[Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

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[Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Arlène Kwinzel le Sam 19 Nov 2016 - 21:56


Ci-après, le déroulement de la quête initiatique à l'issue de laquelle Kalirr obtiendra un 7 de trèfle ; elle se passera exclusivement sur forum. Ce sont principalement Scriabine et Arlène qui s'occuperont d'endosser successivement la toge de "Maîtresse de Jeu" sur ce court RP, notamment en ce qui concerne les PNJ ; il n'est toutefois pas exclu que d'autres Têtes interviennent. Si ce RP se réalise en comité restreint, c'est principalement pour qu'il ne s'étale pas trop dans le temps.

C'est la seconde fois que ce type de Quête Initiatique est mis en place, alors nous espérons que les ajustements réalisés depuis la dernière aventure amélioreront l'expérience. En attendant, nous sommes là pour nous détendre et passer du bon temps ! Concernant la trame, elle est très souple alors n'hésite pas à entreprendre les initiatives les plus folles, Kalirr, et à poser des questions éventuelles sur l'environnement RP.


Alors que l’activité du Temple de la Fée Verte avait fortement ralenti depuis les diverses menaces de divulgation formulées par une certaine Ella — neutralisée avec soin par Arlène Kwinzel — la fille Pernode se retrouva avec un immense stock d’absinthe, que le Temple ne pouvait plus gérer. De nombreuses bouteilles étaient encore en cours de production à la distillerie des montagnes Koalaks, et la cadence commençait à peine à ralentir. Face à ce problème logistique, la fille Pernode requérait l’assistance de la Main du Valet Noir afin d’écouler le Vinaigre des 4 Voleurs qui s’accumulait dans les caves secrètes du Temple. Il devenait nécessaire de lier de nouveaux partenariats avec des revendeurs de masse : les tavernes et autres troquets.

Il subsistait néanmoins toujours la contrainte de la confidentialité, nécessaire afin de faire perdurer les affaires. La couverture du Temple ne devait plus être compromise, et la consommation devait se faire ailleurs, ni trop loin ni trop près. Par nature, Brâkmar s’imposa comme choix de prédilection : la réglementation y étant plus « souple » que sur le reste du continent, et la clientèle serait probablement au rendez-vous. C’est à Kalirr que l’on demanda de prendre contact avec les différents débits de boisson de la cité sombre, et d’essayer d’en trouver quelques-uns susceptibles de faire l’affaire. Après plusieurs déceptions, l'agent du trèfle poussa la porte de « Chez Kino ».

L’endroit était curieusement aménagé : il était nécessaire de passer par une cour intérieure — dotée d’une poignée de malpropres — avant d’emprunter un escalier en colimaçon qui s’enfonçait dans les entrailles de Brâkmar. L’intérieur était plus amène que la plupart des établissements de la cité sombre, quelques boiseries de tous styles et de tous âges venaient curieusement égayer les murs pierreux suintant le salpêtre. Çà et là, quelques planches éclatées dénudaient le sol et révélaient une terre noire qui contribuait au cachet olfactif du lieu. Une des rares tavernes qui ne sentait ni la pisse ni le sang frais. Non, ici les effluves étaient davantage fongiques et minéraux.

Le comptoir était adossé contre la longueur du mur de gauche, et terminé par trois gros fûts dont le nectar gouttait négligemment sur le plancher pourri. A l’autre extrémité, des étagères disposées à la va-vite supportaient de multiples bouteilles, aux formes aussi variées que leurs teintes étaient exotiques et poussiéreuses. Le seul objet d’art de cette cave séculaire consistait en une esquisse représentant une sorte de faciès porcin - semblable en tout point à celui du tenancier, posée contre le mur derrière le comptoir, à côté d’une kyrielle de fioles. Les étiquettes ne représentaient pas des mots, mais plutôt de grossières illustrations de fruits et… d’autres choses qu’il était difficile de discerner.

De longues tables, toutes parallèles, se dressaient depuis le mur opposé au comptoir, jusqu’à ce dernier, laissant un espace raisonnable pour circuler, et permettre à quelques badauds d'avoir le privilège de s’asseoir sur de hauts tabourets. La lumière peinait à se frayer un chemin dans la salle entière, puisque cette dernière n'était éclairée, en tout et pour tout, que par quatre jeux de bougies : un à l’entrée, deux au comptoir, et un dernier dans le fond de la pièce. Il y avait un certain sens de l’économie dans cette disposition. Il faisait plutôt froid, l’endroit étant dépourvu de toute source de chaleur autre que celle de ses clients et des effets de l’alcool.


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Message par Kalirr le Dim 20 Nov 2016 - 15:42

Dans la petite cour intérieure, une ombre glissait doucement. Elle avait une queue pointue et un chapeau à plume. Dans les escaliers en colimaçon, le claquement d’une paire de chaussures neuves raisonnait. Elles avançaient d’un pas rapide et assuré. Dans la salle principale de l’établissement, un jeune disciple d’Osamodas arriva. Il s’arrêta au niveau de l’entrée et balaya la salle d’un regard circulaire. La poussière du lieu s’accumulait déjà en grande quantité dans ses narines. Elle les titilla, les chatouilla, les picota, et finalement il éternua. « Bien, pour la discrétion c’est raté mon petit Kalirr. », pensa-t-il en secouant lentement sa tête.

Puisque tout le monde avait remarqué sa présence, il décida de se diriger directement vers le bar. Il visa un tabouret libre, se dirigea dans sa direction et prit place dessus. Il demanda au tenancier qu’on lui serve la bière locale et qu’on nettoie le morceau comptoir devant lui. Son premier souhait fut rapidement exhaussé, quoi que trop mousseux à son goût. Pour le deuxième en revanche, il n’eut droit qu’à un regard mauvais et un chiffon - aussi sale que le reste de l’établissement - lancé à ses pieds.

Il ne toucha pas la bière qu’on lui avait servi et qu’il venait de payer. Au lieu de cela, il préféra sortir un petit carnet de cuir de la poche intérieure de sa veste bleue pour parcourir les quelques notes prisent plus tôt au Temple de la Fée Verte. Une fois toutes les informations remémorées, il fixa le tenancier  face à lui et engagea la conversation.

Il questionna le maître des lieux comme n’importe quel voyageur aurait pu le faire. Il parla de l’architecture de la Cité, posa des questions sur l’existence de cette taverne, demanda si cet établissement tournait bien, s’il avait une clientèle fidèle ou plutôt composée de voyageur, quel type d’alcool il vendait et à qui il l’achetait. Finalement, il termina son interrogatoire par une question qui le démangeait : qu’est-ce que cette « œuvre d’art » à l’allure de sanglier ou de cochon de lait faisait dans ce lieu ?

Tout en discutant avec son potentiel acquéreur, Kalirr prenait soin d’observer les environs et les clients assis autour des tables. Il n’avait jamais mis les pieds à Brâkmar, mais il avait entendu qu’on pouvait y perdre son argent aussi vite que sa vie. En ce qui le concerne, il tenait aux deux. Il jaugeait chaque individu du regard, du moins autant que la faible luminosité le lui permettait. Il voulait aussi s’assurer de pouvoir discuter avec son interlocuteur sans être entendu par un éventuel mouchard de passage. 
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Message par Arlène Kwinzel le Dim 20 Nov 2016 - 18:39

L’entrée de l’agent du Trèfle ne suscita que quelques vagues coups d’œil. Tout au plus daigna-t-on remarquer son éternuement et c’est dans ce qui avait tout l’air d’une indifférence générale que Kalirr atteignit le comptoir et son principal occupant : le tenancier.

Massif, ventru, sanglé dans un tablier coincé sous sa bedaine, le dénommé Kino dévisagea son nouveau client lorsque celui-ci passa commande. Le tavernier mâchouillait un vieux mégot qu’il venait de ranimer à la flamme d’une des rares bougies et dont il tirait quelques rares rougeoiements qui s’accompagnaient d’une odeur tenace. De ses deux petits yeux profondément enfoncés dans les replis de ses paupières, l’aubergiste aux canines proéminentes avait scruté le négociant du jour à la manière d’un mangeur de soupe qui se demande si la mouche qui lui tourne autour finira par piquer une tête dans son assiette.

Kino avait reniflé, de son groin proéminent, évitant à une goutte de morve de venir s’écraser à la surface du comptoir qu’il venait de débarrasser d’un plateau de chopes disparates vidées de leur contenu.

Kino avait reniflé, donc, et il avait tiré d’une de ses barriques une bière tellement épaisse qu’on aurait pu la couper au couteau. Le verrat – aux trois quarts Porkass - empocha son écot et, de l’un des battoirs qui lui servaient de mains, fournit négligemment à Kalirr de quoi satisfaire ses lubies hygiéniques avant de s’en retourner à ses flasques, fioles et autres bouteilles barrées de trois croix rouges. Le client ne faisait, de toute façon, pas mine de vouloir commander autre chose, occupé qu’il était à griffonner dans un petit carnet.

Dans la salle, un éclat de rire secoua la tablée où s’étaient étalés cinq locaux. En pleine partie de cartes, l’un d’entre eux venait de perdre une manche et avait écopé d’un gage qui faisait manifestement la joie de ses camarades. Grognon, l’homme se leva du banc qu’il partageait avec deux autres de ses comparses, et entreprit de rapporter deux pichets de terre cuite à peine ébréchés au comptoir. Il les remplit directement au fût, après un signe de tête au tenancier, et commanda – la mort dans l’âme – cinq verres d’eau-de-vie au fort arôme de cerise macérée.

Revenu parmi les siens, il déclencha une vague d’allégresse, reçut plusieurs tapes amicales dans le dos et retrouva le sourire.

A quelque distance des joueurs s’étaient regroupés trois soldats brâkmariens. L’absence de vouges à leurs côté, remplacée par la présence de sabres au fourreau, et leurs tenues plus rutilantes que la moyenne parlaient pour eux : il s’agissait d’officiers. Le genre de personnes dont il valait mieux éviter de croiser le regard sous peine de se voir envoyé aux fers, dans une mine de sel ou sur le front d’une des guerres du moment pour outrage à agents d’Oto Mustam en-dehors de l’exercice de leurs fonctions. Ces militaires, eux, se faisaient moins remarquer que leurs voisins et tenaient conciliabule, nullement perturbés par les éructations, plaintes et autres esclaffements des joueurs de cartes éméchés.

Ces informations relevées, Kalirr avait titillé son hôte du soir et ce dernier lui avait répondu laconiquement, tout en rangeant divers contenants et en resservant en boisson à intervalles réguliers les soiffards et les officiers qui faisaient le déplacement jusqu’au comptoir ou le hélaient d’une main repliée.

L’établissement se portait bien, selon le maître des lieux.

« Y a pô à s’plaindre, ça p’rait aller mieux, confia-t-il en grognant tout en faisant passer son vestige de cigarette d'un coin de sa bouche lipue à l'autre. Mais ça p’rait êt’ pire. »

Le verrat aux bras épais et aux biceps tendus honora chacune des questions de l’agent de la Main d’une réponse sur fond de couinements porcins, de fouille de groin et de regards en coin.

« Bôh, les clients… Y a ben qu’les locaux euqu’viennent ici. Il renifla. Vous aut’, les v’yageurs, ‘savez pas trop où qu’j’me trouve. Rapport à l’emplac’ment, tout ça… »

A la mention de ce qu’il avait à proposer à sa clientèle, le gérant se rengorgea et se gratta son triple menton verruqueux. Une lueur de fierté passa dans ses petits yeux sombres.

« J’ai un large choix eud’produits locaux, ‘voyez ? demanda-t-il en grouinant. Forcément, y a d’la bière – celle que j’vous ai servie et celle d’eul’ table là-bô – mais ce qu’on m’demande eul’ plus c’est mon eau-d’vie. Kino agita un index boudiné. Maison ! C’du brutal, hein ? J’la fais moi-mêm’ avec eud’pommes. J’ai des liqueurs, aussi. Qu’est-ce qui vô f’rait plaisir ? »

Kalirr déclina poliment la proposition, arguant qu’il se réservait pour plus tard et enchaîna sur la provenance des produits, tout en palpant la bouteille d'absinthe qu'il avait pris soin d'emporter avec lui à travers la besace qui la protégeait des regards indiscrets.

« J’vô l’ai dit, c’est local. Eul’bière, c’est d’la brâkmaroise. Grosse production, ça, la brâkmaroise . Les alcools forts, ça vient d’eul’ coin. C’est des p’tits gars qui font ça et ça plaît pô mal, mais c’est aned… anecto… à p’tite échelle. »

Quand vint la question du portrait, Kino se renfrogna et lâcha un grognement outré :

« Grrruiiiiiiik ! C’eu ma trogne, c’eu s’voit ! C’t’un gars qu’avait pô d’quoi régler sa note. Le tavernier s’esclaffa à l'évocation de ce souvenir. ‘l’a proposé de m’tirer le portrait en échange d’sa conso’. On lui a cassé eul’doigts après qu’il ait fini, heustoire qu’eul comprenne b’en pourquoi qu’on appelle ça une « douloureuse ». Oink, oink, oink ! »

Sur ce bon mot, le tenancier entreprit de resservir à une énième reprise l’un des joueurs qui n’avait cessé de faire la navette entre sa tablée et le comptoir au fur et à mesure que l’alcool remplaçait le sang dans ses veines et celles de ses compagnons de beuverie.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Kalirr le Lun 21 Nov 2016 - 1:11

Après toutes ces questions et ces réponses, Kalirr plongea dans le silence. Il voulait être sûr que sa conversation avec le responsable de l’établissement ne serait pas interrompue et surtout ne serait pas surveillée. Il observa à nouveau la salle. « Trois officiers, mieux vaut les éviter. Cinq joueurs, ils ont l’air de parier en plus. », pensait-il en ajustant la position de son chapeau à plume bleu. Après quelques minutes de réflexion, il lui vint une idée. « Ça fait longtemps mais je pense que mes mains ont conservé l’habitude. », se dit-il à nouveau.

Il commanda deux pichets de brâkmaroise dont l’aubergiste vantait les mérites et s’installa à la table des joueurs. « Vous permettez que je me joigne au jeu. », demanda-t-il d’un air naïf. Voyant que l’inconnu qui venait de les rejoindre leur offrait de bon cœur le précieux liquide mousseux, ils acceptèrent sa proposition.

Kalirr fit trois parties durant lesquelles il se laissa dépouiller de quelques Kamas, rapidement dilapidé en boisson par les vainqueurs. Puis ce fut à lui de distribuer. Tout en détournant l’attention des joueurs par la parole, il plaçait les cartes à sa convenance dans le paquet, faisant mine de les mélanger. « C’est encore plus simple que dans mes souvenirs. Ceci dit, l’alcool joue en ma faveur. », songea-t-il.

« Bon messieurs, je vous propose de changer un peu le pari pour mon dernier tour, jouons autre chose. Si je gagne, vous allez demander un autographe aux officiers là-bas. Ce sont tous d’anciens champions de Boufbowl et je n’ose leur demander moi-même. S’ils refusent, n’hésitez pas à insister. Si je perds, je vous offre toute la liqueur en réserve dans cet établissement. », murmura Kalirr à ses cinq complices.

Visiblement tous certain de la défaite de l’Osamodas, et beaucoup trop alcoolisé pour jauger la situation, la partie commença. Kalirr ne pensait qu’à la position des cartes dans le paquet alors qu’il les distribuait d’un geste sûr, précis et rapide. Les autres soiffards eux n’avaient en tête que la liqueur de la taverne qui avait un goût exquis, à la condition d’en avoir déjà bu une bouteille entière afin d’anesthésier sa langue et sa gorge.

Chacun avait ses cartes en mains et regardait les autres avec méfiance. Les tours passèrent, les cartes furent révélées, Kalirr avait gagné. Il sourit, se leva et retourna s’assoir sur un tabouret près du comptoir, attendant de voir si les cinq parieurs accorderaient de l’importance à leur jeu et s’ils étaient suffisamment alcoolisés pour réaliser l’acte convenu. Il tourna le dos à la salle et écouta d'une oreille attentive.
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Message par Arlène Kwinzel le Lun 21 Nov 2016 - 17:15

L’un des individus en état d’ébriété avait quitté le banc commun pour honorer, d’un pas relativement peu alerte, le marché passé avec l’agent de la Main.

Il avait fait mine de s’asseoir à la tablée des officiers avant de baragouiner quelques mots que l’alcool, la fatigue et sa langue pâteuse rendirent incompréhensibles à plus de trois pas. Les militaires, devant cette invasion de leur espace personnel, s’étaient redressés, crispés, et avaient brisé leur triangle discret.

« … des ch’pions d’bouf… ol, hein ? ‘crés ‘aillards, j’dis… L’aut… d’aut… o’raphe, hein ? »

Constatant que ceux qui ne souhaitaient manifestement pas devenir ses interlocuteurs ne faisaient pas mine de répondre à ses avances, sans remarquer toutefois que deux d’entre eux avaient posé la main sur leur fourreau, l’indélicat personnage insista tant et si bien que l’un des trois officiers prit la peine de lui répondre d’aller se rasseoir, à moins qu’il ne souhaite décuver au fond d’une des geôles de la milice. L’ivrogne prit la mouche, bomba le torse et haussa le ton, avant que l’un des trois hommes ne perde patience et ne finisse par l’empoigner par ce qui lui servait de chevelure éparse et grasse pour lui éclater, en tout bien tout honneur, le visage contre le plateau de la table.

Le choc fit sursauter Kalirr et quelques-uns des compagnons de beuverie de l’infortunée victime. L’un des officiers apostropha le groupe de joueurs :

« Débarrassez-nous de cette loque et apprenez-lui à rester à sa place… qui ne se trouve pas de ce côté-ci de la salle. A moins qu'une vie de galériens, à défaut d'une vie de galères, ne vous tente. »

Le ton avait été froid, sec et péremptoire. Deux des fêtards se levèrent sur le champ, se confondirent en excuses et, pour l’allonger non loin d’eux, ils empoignèrent sous les aisselles celui qui avait fait les frais de la ruse du représentant en absinthe.

Le silence, véritable chape de plomb, s’effrita bien vite sur le bon mot d’un des saoulards qui engendra une crise d’hilarité aiguë chez ses congénères. La soirée reprit son cours. Un sixième type, revenu des latrines – ou de ce qui en tenait lieu – rejoignit le groupe de joueurs. Il s’enquit du sort de son camarade, on lui expliqua l’affaire en lui désignant le jeu de cartes, Kalirr et les officiers entre deux gloussements moqueurs.

Tout le monde était revenu à ses occupations premières : les officiers qui ne voulaient pas être dérangés conspiraient à voix-basse, les habitués des lieux qui continuaient leur partie abattaient leurs cartes avec vigueur et le tenancier qui mastiquait les reliquats de son mégot essuyait son groin du dos d'une de ses mains épaisses.

« J’vô sers aut’chose ? » lança le maître des lieux au négociateur du Trèfle.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Kalirr le Mer 23 Nov 2016 - 21:47

« Zut, ils sont toujours là, y’a même un autre idiot qui vient de se rajouter ! Au moins ce fut divertissant. », pensa Kalirr tout en souriant.

Il se résigna finalement à parler au tenancier malgré le public derrière lui.

« J’vô sers aut’chose ? » lança le maître des lieux au négociateur du Trèfle.

Il commanda à nouveau une brâkmaroise qu’il laissa sur le comptoir sans jamais y toucher ou lui adresser un regard. Puis il entama un long monologue ne faisant que de brèves pauses pour respirer, mais suffisamment courtes pour empêcher le gardien des liquides alcoolisés de lui couper la parole.

Kalirr parla au tenancier de manière simple mais romancée afin de s’assurer de sa compréhension et de son intérêt. Il lui apprit qu’il fut lui aussi propriétaire d’une taverne au sein de la cité d’Astrub, un établissement dont il s’est séparé il y a quelques années pour parcourir le monde. C’était cependant un commerce fort rentable qui lui assure aujourd’hui une bonne retraite malgré son jeune âge. Il avoua également que le moyen qu’il avait pour attirer de nouveaux clients était d’acheter les alcools à la mode. Il connaissait, par ailleurs, quelqu’un dont les boissons faisaient courir les foules dans le bon sens - c’est-à-dire celui de la caisse – et qui cherchait à ouvrir son commerce sur Brâkmar. Il lui confessa également que si un dirigeant d’auberge souhaitait obtenir une exclusivité ou des tarifs avantageux sur ce genre de boisson, il était préférable qu’il en parle rapidement. Il termina son discours en disant au tenancier qu’il était le seul Brâkmarien au courant et qu’il serait préférable qu’il n’en parle pas, de peur que la nouvelle arrive aux oreilles d’un concurrent.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Arlène Kwinzel le Jeu 24 Nov 2016 - 20:48

Au gré des déclarations, affabulations et autres explications de l’agent du Trèfle, le tenancier avait tendu une oreille frémissante et ses reniflements s’étaient espacés. Manifestement, le quasi-Porkass buvait les paroles de son interlocuteur, allant même jusqu’à servir d’un pichet distrait ceux qui venaient se ravitailler au comptoir à intervalles réguliers.

« J’vô b’en c’que vô v’lez dire, grouina-t-il. Mais vô m’pressez comme le f’rait un 'rchand d'tapis. J’signe jamais sans avoir gôté la marchandise, ‘voyez ? Z’auriez pas un ‘chantillon ? »

A ces mots, Kalirr tressaillit : le larron – ou lardon sur pattes – était ferré et, alors que Kino déposait deux minuscules verres sur le comptoir au vernis organique, il sortit précautionneusement la bouteille d’absinthe estampillée « Vinaigre des Quatre Voleurs » de sa besace.

Le négociateur présenta le contenant au tavernier, laissant ce dernier apprécier la robe du liquide, d’un verdâtre tirant sur le blanc, et – faute de cuillères adaptées – versa une lichette du précieux breuvage directement dans chacun des deux verres.

Kino s’empara du sien et quémanda, d’un mouvement du poignet, un surplus de ration éthylique. Ce n’était pas le moment d’être pingre, aussi Kalirr céda-t-il à ce caprice.
Le maître des lieux porta son verre à son groin. Ses naseaux frémirent lorsqu’il huma les arômes du Vinaigre qui lui était proposé et il vida, d’un coup sec, le contenant dans ce qui lui tenait lieu de gueule. Pinçant les lèvres, aspirant quelques fines goulées d’air, Kino fit fonctionner à plein régime sa rétro-olfaction. Sous ses airs rustres, il n’en était pas moins un fin connaisseur en ce qui concernait les alcools.

Kalirr était tendu comme un arc devant les gargarismes de son potentiel client et, lorsque ce dernier finit par déglutir en écarquillant ses petits yeux, il retint sa respiration.

« Et… Vô po’riez livrer quand, qu’vô za’vez deu ? »

L’agent de la Main cacha son soulagement et déroula son boniment.

Au beau milieu des tractations, le sixième membre de la petite bande de saoulards – celui qui s’était éclipsé – s’installa au comptoir, à moins d’une coudée de Kalirr.

L’individu détailla le négociateur, ne faisant pas mine de vouloir passer commande, puis il ouvrit une bouche aux dents déchaussées pour la plupart.

« J’peux voir ton badge, l’ami ? » intima-t-il plus qu’il ne demanda en désignant d’un pouce à l’ongle jauni le disque de bronze dépoli qui ornait sa boutonnière.

Pris au dépourvu, Kalirr n’eut pas le temps de répondre.

Se faisant plus envahissant, le nouveau-venu bomba le torse afin de permettre à l’homme au chapeau de lire ce qui était inscrit sur l’objet cuivré.

« Bras-Sœurs de Brâkmar, rupin. Et ‘m’est avis que t’es en train de chasser sur nos terres. »

Le brasseur tapota de l’index sur le sternum de Kalirr.

« J’sais pas qui t’es et j’veux pas savoir d’où tu viens. Mais de c’que j’ai compris et de c’qu’on m’a rapporté – et j’parle même pas d’ton accent – t’es pas du coin et t’es en train d’essayer de t’implanter dans le coin. »

L’énergumène se fit plus pressant, plus intimidant.

« Et j’dois dire que ça m’plaît pas. Pas du tout, pas des masses, pas l’moins du monde ! T’aurais fait ta proposition à un autre tenancier… »

A la mention de son statut, Kino fit mine de s’intéresser à une tache particulièrement rebelle maculant la paroi d’une chope en étain.

« … dans un aut’ quartier et dans une aut’ cité, à la rigueur, pourquoi pas ? J’en aurais rien eu à carrer. Mais v’là-t’y pas que tu t’amènes, la bouche en cœur, mon p’tit père. Et que t’essayes de nous sucrer not’ marché ! A nous ! Les brasseurs de Brâkmar ! » clama-t-il en brandissant fièrement sa broche bas de gamme.

Croisant les bras sur son torse, le désagréable personnage enchaîna.

« T’es pas d’chez nous, t’as rien à faire ici, alors tu prends tes cliques avant que mes gars et moi on t’mette des claques. »

Sur cette déclaration belliqueuse, il lança un coup d’œil appuyé aux quatre joueurs encore en état de nuire attablés derrière Kalirr et lui.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Kalirr le Ven 25 Nov 2016 - 21:10

Kalirr essuya les quelques postillons que son agresseur lui avait envoyé au visage. Il se plaça de trois quart sur son tabouret afin d’avoir une vision plus globale sur la salle et analysa rapidement la situation.

Il avait pour seules armes un porte manteau, un chandelier, un tabouret, une bouteille et sa dague. Malheureusement pour lui, il ne savait se servir d’aucune d’elles. Le temps d’invoquer une créature, il serait déjà mort, le surnombre de ses assaillants ne jouant pas en sa faveur. Tenter de les raisonner était également une mauvaise idée, tout comme celle de leur mentir qui avait peu de chance de fonctionner.

Finalement, son regard se posa sur les trois officiers toujours dans le fond de la salle, ce qui lui donna une idée. « J’y connais rien en législation brâkmarienne mais j’imagine qu’ils ont tout fait pour être à l’exacte opposé de Bonta. Espérons en tout cas. », pensa-t-il.

« T’as l’oreille bouchée ! On t’dit d’bouger d’là ! », s’énerva l’homme visiblement pressé que son potentiel concurrent n’en devienne pas un.

Kalirr se racla la gorge, parla d’une voix forte et sur un ton pédant.

« Pour être tout à fait malhonnête avec vous monsieur, vous me dérangez. En fait ce qui me dérange surtout c’est votre commerce parfaitement honnête, sans aucune fraude ni même un petit pot de vin pour la milice. Pire encore votre sens du respect et de la vertu me révulse. Vous savez quoi, vous avez l’étoffe d’un marchand bontarien, vous comme vos collègues. »

Les dés étaient lancés et c’était quitte ou double. La mort dans cette taverne crasseuse ou la vie et la signature de Kino au bas d’un contrat. Il avait joué gros et il le savait. Intérieurement, tous ses sens étaient en alerte, son cœur battait plus vite que ne court un tofu, les idées et les plans de secours fusaient dans son esprit accompagnés de quelques prièrent rapide à Osamodas. Extérieurement, rien ne transparaissait. Il était impassible, ses yeux plongés dans ceux de son adversaire.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Arlène Kwinzel le Sam 26 Nov 2016 - 1:47

Sur le coup de poker de Kalirr, les trois officiers se tassèrent imperceptiblement sur eux-mêmes, sans pour autant intervenir de quelque manière que ce soit. D'obscures raisons les poussaient à ne pas s'immiscer dans les affaires des clients de la taverne. Un comportement pour le moins étrange au vu de leur précédente réaction...

« De quoi ? Qu’est-ce que tu baves ? » s’insurgea le brasseur.

Le bonhomme postillonna.

« On arrose qui il faut, quand il faut, d’la manière qu’il faut ! »

Rougeaud, il s’esclaffa.

« Ah ! Ça n’entrave que dalle aux règles du jeu à la brâkmarienne et ça veut donner des l’çons avec son p’tit accent fleuri de maniéré. »

Le brasseur, gazouillant, se lança dans une imitation de la voix de Kalirr :

« Votre sens du respect me révulse gnignigni-gnagnagna ! T’as cru quoi ? Qu’t’allais pouvoir manquer d’respect à toute la profession ? »

La situation devenait critique : l’énergumène avait saisi Kalirr par le col et commençait à armer un poing aux dimensions plus que déplaisantes qui n’augurait rien de bon pour l’intégrité physique de l’agent de la Main.

Le négociateur avait préféré opter pour le hasard plutôt que la diplomatie. Il avait favorisé le bluff au détriment de l’art de l’embobinage. Et tout portait à croire qu’il s’avérait sur le point de regretter douloureusement son choix.

Trouverait-il une astuce, une parade digne du Trèfle, qui lui permettrait de se mettre son adversaire dans la poche ou subirait-il l'ire de ce dernier ?
Il devait réagir. Et vite.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Kalirr le Sam 26 Nov 2016 - 17:08

Son adversaire tenait fermement le col de la veste bleue de Kalirr de sa main gauche. Il recula son bras droit autant qu’il le pu pour avoir un maximum d’élan. Il sera ses doigts dans le creux de sa main et s’apprêta à frapper.

« Partage des bénéfices ! », hurla Kalirr tout en fermant les yeux.

Il attendait le coup, mais il ne vint pas. Il ouvrit les yeux. Son rival n’avait pas changé sa posture et son coup pouvait partir à n’importe quel moment.

« Cause vite. Mais si tu m’saoules plus que c’te gnôle … », postillonna l’homme en faisant bouger ses doigts pour rappeler l’éventuelle punition.

Kalirr se racla la gorge, prit une grande inspiration et parla à voix basse.

« Je me disais qu’on pourrait négocier. Vous autorisez mon commerce dans cette taverne et en échange, vous prenez une part de mes bénéfices dans toutes les tavernes que je livre. Disons trente pourcent. Mais ce chiffre est négociable. »

Il attendait maintenant la réponse de l’ivrogne. Il espérait qu’elle fut verbale et non physique, mais le doute lui fit quand même serrer les dents et plisser les yeux en prévision du coup que préparait son bourreau.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Arlène Kwinzel le Sam 26 Nov 2016 - 19:43

Le brasseur croisa les bras et redressa son menton mal rasé.

« Trente pour ton sang, hein ? »

Dans un signe de dénégation, il secoua la tête.

« C’est loin d’êt’ suffisant, mon gars. Loin d’êt’ suffisant. »

Il avait beau faire mine de ne pas y toucher, l’individu était tout de même moins virulent qu’auparavant.

« Il faudrait au moins le doub’ ! Soixante-dix pour cent ! asséna-t-il. Pour qu’les Bras-Sœurs te tolèrent dans l’coin, j’veux dire. »

L’homme alla chercher son godet à sa table, ses amis le questionnèrent du regard – du moins, autant que l’alcool qu'ils avaient ingurgité le leur permettait – et il leur décocha une moue approbatrice qui se voulait rassurante : il avait la situation en main et, avant la fin de la soirée, ils s’en repartiraient tous avec la certitude d’avoir trouvé de quoi arrondir leurs fins de mois.

Muni de l’objet dépourvu de contenu, le brâkmarien revint au comptoir et y refit le plein. Soufflant sur la mousse jaunâtre et fournie qui s’était formée à la surface de ce qu’il avait le culot de nommer « bière », il rejoignit Kalirr.

Les deux hommes devisèrent de nouveau au sujet des tarifs, taux et autres bénéfices liés à la revente éventuelle du Vinaigre des Quatre Voleurs. L’homme de la Main, fin stratège, prenait soin de peser chacun de ses mots et, au fur et à mesure que la conversation avançait, sa situation s’améliora notablement.

Néanmoins, il eut l’audace de réaliser une contre-proposition qui surprit tant et si bien son interlocuteur que ce dernier recracha en une brume de postillons la brâkmaroise qu’il venait de lamper.

« Hein ? s’exclama-t-il. ‘force pas ta chance, gamin ! J’vais t’apprendre à t’fout’ de moi ! »

La main qui tenait la chope d’étain décrivit un arc de cercle en direction de la joue gauche de Kalirr. L’agent du Trèfle esquiva le coup par pur réflexe et le contenu du godet, soumis aux cruelles lois de l’inertie, acheva sa course sur la tablée des officiers en goguette.

Au moment-même où Kalirr se fendait d’un mouvement de recul, le liquide épais lui passant au-dessus du chapeau, les yeux du brasseur, du tenancier, du groupe de soiffards et même ceux – au beurre noir – de l’ivrogne qui avait eu l’outrecuidance de déranger les militaires ; tous ces yeux, oui, suivirent avec une anxiété et une délectation sado-masochiste palpables le parcours de l’ondée éthylique.

Avis de tempête chez Kino, les trois officiers avaient pris l’averse de plein fouet.

Casques, armures, uniformes et galons : rien n’avait été épargné. Le silence qui suivit cette anomalie météorologique aurait rendu jaloux bon nombre de ses congénères coutumiers des nécropoles ou autres sépulcres.

Le brasseur était livide, l’un de ses camarades – sous le coup de l’émotion – se vida du contenu de son estomac par les deux extrémités. On ne comptait plus les bouches ouvertes, les spectateurs tétanisés et les insectes au vol soudainement plus sonore.

Lentement, mais sûrement, avec toute la lenteur qui caractérise ces moments que l’on vit au ralenti, les trois officiers brâkmariens – ceux-là même qui avaient, sans une once de remords, défiguré l’un des clients – tournèrent leurs visages maculés de bière en direction du comptoir.

Sur la trajectoire de leurs regards, dans lesquels bouillait une colère froide, se trouvaient trois individus – deux, si l’on excluait le tenancier qui commençait à remiser, à la va-vite, ses bouteilles les plus précieuses – responsables de la calamité qui venait de se produire.

Nul ne bougea, dans un premier temps.
Puis l’un des officiers esquissa un geste, un mouvement qui l’amena en position semi-verticale, avant que l’un de ses semblables ne lui saisisse l’avant-bras et que second camarade ne lui jette un coup d’œil alarmé.

Le temps aurait suspendu son envol que cela n’aurait étonné personne dans la pièce aux lueurs tamisées. La vindicte de l’élite brâkmarienne allait, de l’avis général, s’abattre ce soir.

Un instant passa, puis un autre.
La pression du deuxième officier sur les chairs protégées du premier s’accentua et l’homme finit par se rasseoir après avoir crucifié – ou autre joyeuseté du genre – ses cibles d’un regard noir.

Sur un ton qui aurait fait passer le climat frigostien pour une journée de canicule saharachienne, le troisième militaire lâcha aux responsables, un avertissement inattendu :

« Faites. Attention. A vos gestes. »

La stupeur était totale, plénière, absolue. Ces hommes qui, plus tôt, avaient malmené un client parce qu’il leur avait simplement adressé la parole, le privant d’un bon tiers de sa dentition, de sa cloison nasale, de deux arcades sourcilières, d’une pommette et d’un bon paquet de neurones – ces hommes-là – n’avaient châtié personne, après avoir subi un outrage passible d’une peine qu’il était préférable de ne pas imaginer.

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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Kalirr le Sam 26 Nov 2016 - 21:39

Le silence lourd et pesant s’estompait lentement. Les officiers étaient retournés à leur conversation secrète et les joueurs de cartes reprenaient leur partie et le brouhaha qui allait avec.

Kalirr et le brasseur, encore sous le choc de l’offense précédente et sous l’incompréhension de l’absence de sentence, restèrent muets.

« Décidemment bien étrange ces gardes. Peut-être y’a-t-il moyen de profiter de leurs actions ? », songeait Kalirr avant de reprendre la parole à voix basse.

« Vous avez de la chance, que j’ai des amis haut placés dans la Cité. Si vous n’aviez pas été à mes côtés, vous seriez déjà dans leurs geôles. »

Puis il reprit les négociations interrompues par un coup de gobelet qui pourrait bien peser dans la balance commerciale. Il demanda une réduction du pourcentage, en échange de quoi, il pourrait au besoin faire jouer ses relations – qu’il venait de s’inventer – pour conserver ses privilèges ou ceux de son nouvel ami brasseur. Il estima que vingt pourcent et la protection de leurs commerces serait un bon compromis.
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Re: [Quête Initiatique - Kalirr] Chez Kino

Message par Scriabine le Dim 27 Nov 2016 - 10:59

Le brasseur, encore tout penaud et tremblant de son affront envers l'état-major Brâkmarien, ne put qu'écouter Kalirr d'une oreille attentionnée lorsque ce dernier avoua ses relations privilégiées avec le gratin gradé de la cité sombre. Plus que de conclure un arrangement avantageux, notre pauvre loubard avait surtout envie de garder une vie sauve en-dehors des murs de cette piètre taverne. Il accepta tout, sans condition. Kalirr put ainsi habilement rétrograder le pourcentage de commission du brasseur à hauteur de 20% ; ce qui demeurait tout à fait honorable pour un accord de ce type dans les tréfonds de Brâkmar. Le brasseur avait, pour sûr, retenu le nom du vinaigre des quatre voleurs, et ne comptait pas lui chercher des noises pour le moment ; il quitta l'établissement la queue entre les jambes.

Le tavernier, quant à lui, soulagé par l'idée qu'un bain de sang ne recouvre pas son plancher, desserra son emprise de l'arbalète située sous le comptoir, et en profita pour expirer un air que trop longtemps retenu dans ses poumons grassouillets. Si le vinaigre avait du retour et était de surcroît protégé par les autorités brâkmariennes, il avait tout intérêt à en commander l'acquisition pour son modeste établissement. Une caisse de six dans un premier temps, pour voir comment la clientèle s'y ferait — ou pas. Il ne posa guère d'autres question à Kalirr, non désireux d'importuner un notable notablement accompagné.

Les trois officiers adressèrent maladroitement un signe de remerciement à Kalirr, sans que celui-ci ne comprenne nécessairement pourquoi — pensait-il probablement que c'était à lui de les remercier.

La mission de Kalirr était remplie, avec la première vente « en gros » d'absinthe, le bouche à oreille n'allait pas tarder à faire son effet dans les miteuses tavernes de la cité, et la fille Pernode pouvait reprendre en main le commerce du Vinaigre en écoulant ses monstrueux stocks. Peut-être même que les vieux de la distillerie auraient à redoubler d'effort pour les prochaines productions ! Au grand bénéfice des caisses de la Main du Valet Noir, et, à bien plus faible mesure, de celles des Bras-Sœurs de Brâkmar.


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