[RP] Libérée — délivrée

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[RP] Libérée — délivrée

Message par Scriabine le 25.06.18 20:51



• LÉPREUX CHAUVE •
16h03


Je m’engouais faussement de conter mes dernières péripéties outre-mer à Emyn Muil, lorsqu’Arlène fit irruption dans l’antichambre. Celle-ci, après quelques vaines cabrioles, annonça qu’un membre du pique était détenu dans les geôles d’Astrub : Xerona. Un nom qui ne m’évoquait pas grand-chose.
 
Ce serait mentir d’affirmer qu’à ce moment précis, ma première idée ne fut pas celle de l’élimination pure et simple du disciple de Divad. Après tout, c’était la solution la plus simple : bien peu de personnes se soucient de voir un criminel mourir empoisonné dans les prisons d’Astrub… Ne cédant toutefois pas à cette voie, le Cœur proposa qu’on délivre le 4♠️ par des moyens détournés.
 
Mais je savais que ce ne serait pas aisé. Traiter avec les pouvoirs locaux était toujours délicat, il convenait de prendre une distance raisonnée avec la cible ; sinon, on risquait sa propre tranquillité au sein de la cité. Et j’y étais attachée, à ma tranquillité.
 
Pour un maximum d’efficacité et de rapidité, il fut décidé que j’agirais seule. Le temps jouait contre nous.
 
 
• L’HÔTEL BUDAVAR •
16h41


En entrant dans l’établissement séculaire, je venais de faire perler quelques larmes de joie. Encore et toujours le vieux Comte De Goff. Mais ce n’est pas lui que je venais ici chercher, de ce fait je lui présentai mes excuses avec toute la chaleur qu’il m’était permis d’offrir en ces lieux.
 
Ladite personne n’était pas là. Alors, pour me donner contenance, j’avançai jusqu’au comptoir, derrière lequel Monsieur Arthur faisait semblant de ne pas avoir remarqué ma présence.
 
— Oh, Scriabine, vous revoilà… annonça-t-il.
— Dites-moi, mon cher Arthur, je souhaitais parler à Maistre Karlghos, pensez-vous qu’il est disponible ?
— Il n’est pas à l’hôtel, il est probablement encore à l’étude.
— Certes, merci bien, Arthur.
— Au plaisir.
 
 
• ÉTUDE DE MAISTRE KARLGHOS •
16h59
 
Dès que la porte fut poussée, une sonnerie rouillée s’enclencha, ainsi que d’autres bibelots mécaniques. Un clerc poussiéreux remua vaguement derrière son bureau bien trop étroit pour les montagnes de documents qu’il supportait.
 
— Vous avez rendez-vous ? Me demanda-t-il d’une voix égrillarde.
— Je viens voir Maistre Karlghos, je suis une amie.
— Une amie ?
— Certes, pouvez-vous l’appeler ?
 
Le grincheux personnage se leva non sans protestation de son siège usé, et disparut dans le corridor central. Quelque temps après, une boule de poil bondissante sautilla jusqu’à mes pieds.
 
— Hohoho ! Mais qui voilà ! Scriabine !
— Karl… tu ne changeras jamais !
— Et toi non plus, ma belle !
 
Après quelques salutations d’usage, je m’installai dans son bureau, et les choses sérieuses pouvaient commencer.
 
— Dis-moi Karl, j’aurai besoin d’un petit service.
— Tant que tu ne m’envoies pas ramoner la cheminée de l’Hôtel, je devrai pouvoir t’aider ! Tu as une énigme à résoudre peut-être ?
— Hélas non, au risque de te décevoir… il s’agit de matière purement juridique.
— Je t’écoute, me répondit-il, déçu, en mettant ses lunettes rondes au-dessus de son vieux nez.
— J’ai un ami qui mène une sorte d’investigation.
— Une investigation, dis-tu ?
— Oui, il se renseigne sur les nobles têtes de la cité.
— Ce ne serait pas le premier !
— Il s’intéresse plus particulièrement au foncier. Nous savons tous que certains cachent leur misère sous le tapis rouge.
— En effet…
— Et… il a des doutes concernant le Duc du Mulou. Comme tu en as parlé la semaine dernière, je me suis dit que…
— … ce bon vieux Maistre Karlghos pourrait te dépanner, c’est ça ?
— C’est ça.
— Je veux bien, mais… pas d’entorse à nos petites habitudes pour ce dossier, tu sais bien que c’est un grand monsieur.
— Que trop, et je sais taire mes sources, ne t’en fais pas.
— Bon en tout cas, ton ami fait fausse route, car le Duc est bien propriétaire.
— Vraiment ?
— Manoir et maraîchers, je vous prie.
— T’insulterais-je, si je demandais un acte de propriété ?
 
J’avais essayé de sortir cette phrase avec le plus de naturel possible, mais c’était difficile, tant la demande contrevenait à l’usage, et la relation de confiance mutuelle que nous nous vouions.
 
— Mon ami est attaché aux détails, tu connais ces gens-là… soupirai-je afin de rajouter du crédit à ma demande.
— Ils sont tous ainsi, ne bouge pas, je vais te trouver ça, répondit Karlghos sans gêne aucune.
 
Après quelques recherches aux archives le vieux maître koalak bondit sur son bureau avec une fine liasse entre les dents. Tel un chienchien fidèle, il les déposa proprement devant moi.
 
Je fis mine de parcourir les pages avec un certain désintérêt, mais en réalité je cherchais deux informations très précises, noyées dans le flot de jargon incompréhensible dont les notaires ont le secret. À force de tourner les pages, je finis par les trouver :
 
- La fille unique du Duc s’appelle Katia, elle a 19 ans, et réside effectivement en Amakna, comme je le supposais auparavant, au fil de diverses conversations étalées dans le temps.
- Le sceau personnel du Duc était d’une complexité moyenne, et je m’en figurai dorénavant la forme générale.
 
Une fois ma quête auprès de Karlghos terminée, je remerciai prestement ce dernier, avec un minimum d’impolitesse, avant de me diriger vers mes prochains prestataires.
 
 
• DEMEURE DE TAUB HIRA •
18h12


Après avoir écumé mes habituels contrefacteurs du haut de la liste, qui n’avaient malheureusement pas l’objet de mon désir, je me résolus à joindre la demeure de Taub Hira que j’avais rencontré il y a peu au salon d’Oto, et dont les talents ne me laissaient pas indifférente.
 
— Bonsoir.
— Bonsoir.
— Où pouvons-nous parler… tranquillement ?
— Suivez-moi, je vous en prie.
 
Le faussaire me conduisit dans une pièce plus étriquée, avec quelques matériels d’orfèvrerie disposés çà et là.
 
— Je vous écoute.
— J’ai besoin du sceau du Duc du Mulou.
 
Il me jaugea, puis sembla reconnaître mon visage.
 
— Un sceau peu courant, et recherché.
— J’ai du respect pour votre profession, mais je me dois de vous dire que le temps me presse, et que la négociation sera rapide et sans détour.
— Je comprends, combien vous en faut-il ?
— Trois parchemins suffiront, ainsi qu’une enveloppe cachetée.
— 55 000 kamas.
— 50 000 et la promesse de me voir revenir.
— Entendu. Je reviens dans un instant.
 
Un instant plus tard, Taub Hira se manifesta avec trois parchemins vierges dont la partie inférieure était sertie du sceau du Duc, ainsi que d’une petite enveloppe et d’un nécessaire à cacheter. Prévoyant, il avait également apporté de quoi écrire. Je me saisis alors de la plume, et lui fit signe de sortir de la pièce.

 
« À l’attention de Monsieur l’Officier des geôles,


Si je prends la peine de vous écrire personnellement ce message, c’est pour vous annoncer ce que vous ignorez peut-être : ma fille Katrina est retenue prisonnière dans vos cellules.


Il s’agit d’une fille de sang, qui a toujours eu le goût de l’escapade ; loin de sa campagne amaknéenne elle s’est probablement trop emportée ici en ville, à ce sujet, actuellement elle se donne le nom de Xerona. Mais cela m’importe peu de connaître les raisons de sa détention.


Tout ce que je souhaite, c’est que vous la libériez. Je vous l’annonce sans détour, et vous connaissez la largeur de mes appuis, aller contre ma volonté c’est prendre un risque.


Une réputation est si vite ternie, surtout dans votre monde, vous les militaires. Et les gens sont si vite destitués.


Agissez avant demain, sinon, j’agirai pour vous. »

 
Je pliai consciencieusement le parchemin que je glissai dans l’enveloppe. Enfin Taub Hira revint dans la pièce et finalisa le travail en cachetant celle-ci.
 
 
• GEÔLES D’ASTRUB – Extérieur •
19h22


Je n’aimais guère le quartier des geôles, et encore moins ses habitants. En cette douce soirée d’été, les fenêtres des quartiers de la milice étaient entrouvertes. La ruelle de ce côté était peu empruntée.
 
Alors, je sortis de ma fine besace le tofu qui s’y impatientait. Attachée à l’une de ses pattes, la lettre était pliée, et volontairement décachetée.
 
Quelques minutes suffirent à me conforter dans l’idée qu’il ne s’agissait pas d’officiers, mais de simples engagés. Pour ajouter un peu de spectaculaire, attirer l’attention, et augmenter le crédit de cette histoire, je me résolus malheureusement à briser la vie de la pauvre créature entre mes doigts. C’était plus difficile que prévu, la bête étant tenace et aux os bien trempés.
 
Une fois la tâche accomplie, il ne me resta plus qu’à lancer ce cadavre messager par la fenêtre et à quitter prestement ce maudit quartier.
 

 
• GEÔLES D’ASTRUB – Intérieur •
19h25
 
Alors que les troufions prenaient tranquillement leur ration, le volatile inanimé s’écrasa au centre de la pièce de vie. S’en suivit un moment partagé entre rire, incompréhension, et désintérêt.
 
Un gaillard, pas le plus courageux, s’en alla récupérer le messager collé à la patte du tofu décédé.
 
La vue du sceau réinstaura un soupçon d’intérêt pour la chose. Ce n’était pas tous les jours que de tels messages arrivaient dans les mains des gars. Naturellement, l’enveloppe n’étant déjà plus scellée, la curiosité dévorante des miliciens les poussa à en lire le contenu.
 
Ils voyaient parfaitement de quelle prisonnière il s’agissait. Si certains ont pu être intérieurement sceptiques, les quelques miliciens s’affolant d’un tel message suffirent à convaincre le groupe entier. Il se questionnèrent quelque temps sur la démarche à adopter : fallait-il prévenir le chef ? que risquaient-ils pour ne pas avoir reconnu la fille du Duc ? que risquaient-ils s’ils la relâchaient maintenant ?
 
C’est ce qu’ils firent, après quelques délibérations.
 
Sans qu’elle ne comprenne réellement pourquoi, Xerona était désormais libérée, délivrée dans les ruelles crépusculaires de la cité mercenaire.


Dernière édition par Scriabine le 26.06.18 16:17, édité 2 fois


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Re: [RP] Libérée — délivrée

Message par Xerona le 26.06.18 5:49

Ne comprenant pas tout de suite les raisons de sa libération, Xerona resta quelque secondes dubitative au fond de sa geôle, avant de se lever pour saisir sa chance. Alors qu'elle récupérait ses effets, et qu'elle sortait à l'air libre, elle laissait passer sa surprise pour réfléchir aux raisons de sa libération. La réponse semblait évidente, la Main du Valet Noir était derrière tout cela. Elle qui pensait que la dernière chose qu'elle entendrait d'eux serait le tintement des grelots de la Valet de Pique...

En tout cas, elle savait bien qu'il ne faudrait pas traîner trop longtemps dans les rues d'Astrub. On lui avait parlé du Duc du Mulou que ses geôliers pensaient être son père, il ne vaudrait mieux pas qu'elle soit encore dans les environs lorsque la supercherie serait découverte. Oui, mais où aller ?

Certainement pas à la Taverne. Certainement pas chez elle... Quoique. Partir sans prévenir Orgo ? Lui qui avait dû la chercher tout ce temps, mort d'inquiétude. Tant pis, elle prendrait le risque. Elle griffonna à l'avance un petit message, qu'elle plia, puis se dirigea vers le domicile conjugal. Là, elle glissa rapidement le papier sous la porte avant de s'éloigner discrètement.

Puis elle se dirigea vers une place marchande au sud d'Astrub, et sortit par la grande porte sous les yeux des gardes. Elle suivit quelques temps le chemin vers Amakna avant de le quitter, traversant le cimetière d'Astrub pendant une petite demi-heure, remontant ensuite la forêt qui longeait l'ouest de la ville afin de la contourner à l'abri des regards, pour finalement, après deux bonnes heures de marche, rejoindre le doré des champs d'Astrub, désormais plongé dans l'obscurité de la nuit noire. Elle continua sa route d'un pas pressé, finissant enfin par atteindre le petit ruisseau au nord de la ville.

Elle n'avait plus qu'à attendre, et qu'à espérer qu'Orgo ait trouvé son message. Elle passerait le reste de la nuit dans la cache de la Main, plus au nord encore, là où les champs s'effacent peu à peu alors que l'on s'approche des calanques. Elle resterait là-bas le temps qu'il faudrait avant que les recherches ne cessent...
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