La fleur des hautes cimes.

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La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Mar 13 Déc - 1:50

Tiré du journal privé d'Emyn Muil.

12 descendre 646.

Voici, je crois, deux semaines qu'un drôle de gaillard au marché d'Astrub m'avait refilé pour quelques kamas un vétuste livre d'alchimie qu'il tentait de vendre à la criée. Ce semblait être en vérité une affaire intéressante : un ouvrage dont je n'avais jamais entendu parler, d'un auteur inconnu de ma personne. Encore fallait-il, me diriez-vous, s'en méfier : était-il réellement intéressant ? Qu'importe, au prix où je l'ai eu, je n'eus de toutes façons pris guère de risques.

Et me voici donc lancé dès le soir-même à l'étude de cet étrange manuscrit. Il n'était pas daté, mais la calligraphie était particulièrement pénible à lire. L'auteur se nommait Stanislas Salubritas, et il s'agissait visiblement d'une sorte de bilan de ses propres découvertes et expériences... lesquelles étaient par ailleurs étonnantes ! J'essayais de les reproduire des jours durant, cloîtré dans ma tour. Et je peux affirmer que dès lors, je n'eus jamais des carreaux aussi translucides, des bottes aussi reluisantes et une robe aussi propre ! Mais vient la question de l'intérêt réel de tout ça : le coût de ces potions est tel qu'on comprend bien pourquoi tout ce labeur est tombé dans l'oubli...

Mais voici qu'un petit paragraphe m'intriguait. Il était vers la fin du livre, où l'auteur présentait les diverses plantes les plus rares qu'il utilisait, en vérité bien connues aujourd'hui à l'exception d'une : l'Anémone Marelée. Salubritas la décrivait en ces termes :

« Il s'agit d'un fleur de grande taille poussant dans les hauts sommets isolés des Montagnes des Koalaks, non loin de l'antre du Koulosse. Ses pétales sont d'un curieux mélange de jaune, de vert et de rouge. »

Ces quelques lignes étaient complétées d'une illustration réalisée au crayon par l'auteur. Il n'en avait apparemment guère trouvé d'intérêt réel, à son goût. Tout juste avait-il réussi à en faire un élixir permettant à son vieux tofu maladroit de traverser les fenêtres qu'il avait tendance à percuter lorsqu'il transmettait des messages...  « Quel prodige, en vérité ! » m'étais-je écrié. Cet imbécile de Salubritas, visiblement uniquement préoccupé à ses questions ménagères, n'avait même pas pris la peine de retranscrire la recette de l'élixir en question. Et pourtant, c'était sans doute la plus prodigieuse découverte de cet ouvrage ! Qui savait ce qu'on pourrait faire d'un pareil pouvoir, si on arrivait à l'appliquer à l'homme ?

Je n'avais jamais entendu parler de l'Anémone Marelée. Aussi m'étais-je rendu dans plusieurs bibliothèques en quête d'informations complémentaires. Je retrouvais sa trace dans quelques ouvrages seulement, confirmant la description qu'en avait fait Stanislas Salubritas mais ne mentionnant aucune propriété alchimique.

Tout ceci m'intriguait de plus en plus. J'imaginais déjà l'intérêt que pourrait tirer la Main du Valet Noir des propriétés d'un élixir de cette espèce ! Aussi m'étais-je finalement décidé : j'irai faire un tour dans les montagnes pour tenter de m'en procurer un échantillon, aussi vaste que possible. J'en avais parlé aux Têtes et au Valet Noir ; en ces temps calmes, mon absence ne poserait guère de problèmes. J'avais donc prévenu mes collègues de mon absence prochaine aujourd'hui même, et fait mes préparatifs pour le voyage que j'entamerai dès demain.
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Re: La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Mer 28 Déc - 21:56

13 descendre 646.

Ce matin, je suis donc parti au village des éleveurs, en Zaap. Quel coin curieux ! Il y fait toujours chaud et humide... c'est insupportable. Je crois que ça a un lien avec une histoire de volcan et de dofus... je ne me souviens plus très bien. Enfin, qu'importe ! La première chose que je fis en arrivant, donc, fut de trouver un guide local pour m'accompagner (contre quelques pièces sonnantes et trébuchantes) jusque dans les hautes cimes que je convoitais. Il n'était pas question que j'aille me perdre tout seul là-bas, dans ce labyrinthe interminable qu'est cette jungle ! D'autant plus qu'on me mit régulièrement en garde : cette région serait peuplée de tribus Koalaks particulièrement dangereuses...

Aussi, peu de guides souhaitaient m'accompagner. Mais je finis bien par en trouver un. Un drôle de gaillard, du nom de Pablo, avec un drôle d'accent. Le coquin me demandait une somme astronomique pour ses services ! Ah ! Tous les mêmes, à toujours vouloir dépouiller les honnêtes gens du moindre petit kamas, sans scrupules ! J'en fais, moi, des choses pareilles ?

Enfin, du coup, il a prévu de partir avec deux porteurs et un ami à lui — pour la sécurité, paraît-il. Le départ aurait lieu demain matin (l'idée de partir un mardi 13 lui déplaisait pour je ne sais quelle raison...), aux aurores.
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Re: La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Ven 30 Déc - 18:05

14 descendre 646.

D'après Pablo, le voyage durerait deux jours aller, et deux jours retour. Tout du moins, pour nous rendre jusqu'aux hautes cimes. Après, il va peut-être falloir trouver un peu de temps pour trouver cette anémone marelée. D'ailleurs, personne ne semblait trop en avoir entendu parler. Il faut dire, mes compagnons de route m'ont confessé que peu de gens allaient si loin dans les montagnes. Est-ce donc si dangereux que ça ?

En tout cas, ce premier jour de voyage s'est passé sans encombres. Ça faisait un petit moment que je n'avais pas voyagé. Aah ! Ça me rappelle mes vertes années ! L'esprit d'aventure, les chemins qui s'étendent à l'infini devant soi...

L'endroit est charmant ! Marcher avec cette température est insupportable, mais on s'y fait. On grimpe progressivement vers les sommets. Pour l'instant, on est encore à l'ombre des grands kaliptus, et on n'a guère vu grand-monde durant le voyage.

Le soir, nous avons bivouaqué à l'abri d'une crevasse, dans la roche. Pablo m'a assuré qu'on pouvait dormir en paix, mais on mit quand même en place un tour de garde, par sécurité. Apparemment, demain nous pénétrerons dans le territoire des tribus Koalaks dont on m'a tant parlé avec effroi...

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Re: La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Sam 31 Déc - 19:09

15 Descendre 646.

Après un réveil difficile, nous revoici rapidement remis en marche. Après quelques heures à grimper, nous entrions dans le territoire tant redouté des Koalaks. Or, tout semblait paisible, et nous avions fini par nous détendre lorsque, dans l'après-midi, une petite troupe de ces satanées bestioles poilues nous a encerclé et nous a attaqué par surprise !

Et c'est à cet instant que je regrettai le plus d'avoir payé un garde supplémentaire : il n'a servi à rien ! En moins de temps qu'il en fallait pour le dire, nous étions faits prisonniers, ligotés et emmenés jusqu'au village des Koalaks. Il ne fallut qu'une brève marche pour arriver sur les lieux : quelques cabanes en bois grossières, posées contre une falaise. Les Koalaks nous ont déposés dans un coin, près du centre du village. Là, ils commençaient à allumer un grand feu. A cet instant, Pablo annonça quel sort nous était réservé : « Qué los dios pouédarent nos ayoudare ! Los Koalakos sonnent antropofagosses ! » Personnellement, je n'ai pas très bien compris mais les autres guides avaient l'air terrifiés.

En tout cas, les Koalaks sonnaient effectivement quelque chose : ils entamaient une sorte de musique étrange, avec des grandes trompes de bois qui faisaient un son grave vraiment curieux. Je n'avais jamais entendu rien de tel. A cet instant, quelques uns d'entre eux avaient amené un grand récipient de cuivre rempli d'eau, et le reste du village — tout juste une vingtaine de personnes, en fait — commençait à se rassembler sur la place. Alors je commençais à comprendre quel destin ils imaginaient pour nos petites personnes...

Finalement, quelques guerriers nous firent avancer jusque sur la place, près du feu, au centre du cercle que formaient les Koalaks. Là, une sorte de vieux sorcier nous jetait des pétales de kaliptus en baragouinant je-ne-sais-quelle formule adressée à ses dieux. Et puis, les cuisiniers commençaient à préparer une sauce, et mon bon goût culinaire ne put m'empêcher une remarque : « Hé ! Mais que faites-vous ? M'enfin, vous n'allez quand même pas mélanger du miel avec de la sève de kaliptus ? Ça va masquer le goût du lait de boufcoolette ! »

Visiblement surpris, les Koalaks s'interrompirent, firent silence et me regardèrent, atterrés. Alors j'eus une idée. Profitant de la surprise, je poursuivis sur ma lancée : « Non, vraiment... Ça ne va pas être très bon. Vous savez, un gars comme lui (je désignais l'ami de Pablo ; après tout, pour ce qu'il a servi, on pouvait bien le sacrifier... puis ça me fera un salaire de moins à verser !), ça se savoure avec quelque chose de fort... quelque chose d'épicé ! Oui, c'est ça : d'épicé. Vous connaissez l’Épice ? Ça vient de Saharach, c'est tout nouveau et ça fait fureur chez nous ! Ah, laissez-moi faire, je vais vous préparer une sauce d'enfer ! »

Toujours hébétés, l'un des Koalaks me délivra toutefois. Aussi, commençai-je à préparer une nouvelle sauce, à partir des ingrédients que détenaient les Koalaks, et les miens propres. Ces charmantes bestioles s’agglutinèrent petit à petit autour de moi, et je commençais à discuter cuisine et à échanger recettes et conseils avec les mamas koalaks du village. En fait, quand ils ne nous mangent pas, ce sont des créatures très sociables, curieuses et intelligentes ! Je discutais et cuisinais ainsi pendant au moins une heure, et on aurait presque pu devenir copains ! Mais je préférais tout de même m'en tenir à mon plan, aussi avais-je déversé dans la sauce une petite poudre de ma fabrication... Je dosais le tout minutieusement, en me demandant, inquiet, combien faudrait-il de temps à une tribu de Koalaks pour tous se servir et commencer à manger... Je pariais sur une quinzaine de minutes, en espérant que leur petite société ne connaisse pas une hiérarchie trop marquée.

Quand tout était prêt, j'annonçais qu'ils pouvaient désormais entamer la cuisson de leur futur repas. Mais ayant quand même pitié pour l'ami de Pablo, je changeais de dernière minute mon plan initial et pris le risque de leur proposer de la goûter maintenant, avant de cuire notre inutile compagnon. Curieusement, ils ne se méfièrent même pas et, les mamas les premières, goûtèrent ma sauce. Comme elles la trouvaient exquise, elles la firent goûter aux autres, et tous eurent envie d'y traîner les papilles ! Ah ! Qu'ils sont naïfs... Bon, maintenant il fallait attendre, en espérant qu'un de nos compagnons n'aurait pas terminé de cuire entre temps...

Et fort heureusement, ils étaient encore occupés à je-ne-sais quelle danse rituelle quand, finalement, ils sont tous tombés dans un profond sommeil, les uns après les autres... Ils n'ont rien vu venir, ahah ! Je délivrais en vitesse mes compagnons, lesquels insistèrent pour ligoter les Koalaks — à défaut de les tuer. De toutes façons, on avait le temps : ils en ont pour des heures à roupiller, les bougres ! Après quoi, nous partions à toute allure tandis que le soleil se couchait, et nous installâmes notre bivouac dans une autre grotte, en tâchant de rester discrets.

Avant de dormir, Pablo vint me voir et me dit : « Qué merci, l'amigo ! Tou nous a sauvé la vida ! Tou é très courageux pour oune étranger ! ». Ce à quoi, je répondis : « Oh, ce n'est rien, tu sais... Bah, allez, tu en profiteras pour me faire une remise de vingt pourcent va ! ».

Ah, ce brave Pablo... J'avais économisé 4723 kamas.
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Message par Emyn Muil le Lun 2 Jan - 1:03

16 descendre 646.

Cette affaire avec les Koalaks nous a fait perdre du temps, aussi ne sommes-nous arrivés aux hautes cimes qu'en milieu d'après-midi. Nous installâmes notre campement sur un éperon rocheux, afin d'avoir une vue dégagée sur les environs, bien qu'apparemment, ça ne craigne pas grand-chose par ici. Mais nos amis d'hier risquaient peut-être d'essayer de nous retrouver, aussi valait-il mieux être prudent.

J'ai effectué un rapide tour des lieux, sans rien trouver. J'aurai plus de temps pour ça demain.

Il y a quelques troupeaux de boufcouls sauvages dans le coin. La teinte de leur laine est vraiment étrange. Je me demande à quoi est-elle due...
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Re: La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Sam 14 Jan - 17:37

17 descendre 646.

Cette journée fut accueillie par un matin froid et brumeux. A ces hauteurs, il semblerait que le bon sens climatique reprenne, au moins légèrement, son bon droit. La nuit avait été paisible. Visiblement, les Koalaks n'avaient pas essayé de nous poursuivre. Mais mieux valait rester méfiant.

Après un rapide petit-déjeuner, il fut décidé que les porteurs garderaient le camp tandis que Pablo et son ami — j'appris d'ailleurs qu'il s'appelait Skobar — iraient avec moi en quête de l'anémone marelée. C'est ainsi, donc, que Pablo et Skobar suivirent à mes côtés une piste de boufcouls qui faisait le tour ouest des hautes cimes. L'endroit était charmant ! J'affectionne beaucoup la haute montagne, avec ses paysages dénudés. C'était un peu le cas ici, même si la jungle n'était jamais très loin. On la voyait au loin, en contrebas, tisser son incroyable manteau vert éclatant, d'où exhalaient maintes brumes témoignant de la grande humidité des lieux.

On ne s'en doute pas forcément, mais à ces altitudes, dans cet environnement, il pleut sans arrêt. Aussi, le voyage fut-il si bien arrosé que nous n'y faisions plus guère attention. Nous nous vautrions allègrement dans les fougères trempées aux bords des chemins pour nous reposer, quand nous n'étions pas assis sur un tronc humide et recouvert de mousse et d'insectes parfois aussi gros que ma main ! Les oiseaux, quant à eux, s'évertuaient à accompagner notre route d'une véritable cacophonie — symphonie de tous les instants qui plairait sans doute beaucoup à ce cher Valet.

Enfin, les sommets étaient somme toute beaucoup plus silencieux. Même si le chant lointain d'un oiseau se faisait toujours entendre à instants réguliers, on y entendait surtout le bêlement des boufcouls qui traînaient par-là. Le chemin était plutôt tortueux, et il fallait parfois faire de grands détours pour aller d'un point à un autre. En outre, une multitude de petits ruisselets coulaient en tous sens à certains endroits, creusant le terrain en une formidable tourbe dans laquelle nous manquâmes plusieurs fois de nous retrouver les quatre pattes en l'air. Mais finalement, après plus de cinq heures de marche, nous avions mis la main sur ce que nous cherchions !

Nous étions finalement arrivés à la source des ruisseaux que nous avions rencontrés : il y avait une petite cascade qui jaillissait de la roche, au creux d'une fugace falaise exposant au ciel sa pierre nue, ailleurs recouverte de fougères. A son pied était un petit trou d'eau, à l'onde grise et lisse. Et, tout autour, un tapis de grandes fleurs jaunes, vertes et rouges. L'anémone marelée ? J'en cueillis une, et la comparais au petit croquis réalisé par Salubritas. Oui, c'était bien elle ! La voici enfin ! J'annonçais donc à Pablo et Skobar que j'avais trouvé ce que je cherchais, et les invitais à patienter le temps que j'en récolte un échantillon aussi vaste que mes besaces le permettraient.

Finalement, comme il était tard et que le temps que nous partions il ferait presque nuit — et que nous ne souhaitions guère du tout nous essayer aux chemins tortueux de la montagne dans le noir —, nous décidâmes de dormir ici, et nous établîmes un maigre campement. La joie était au rendez-vous ce soir ! Aussi, nous fîmes un grand feu sur lequel Pablo et Skobar firent rôtir un boufcoul prélevé dans les parages pendant que je cueillais de l'anémone. C'était un véritable festin, et c'est les estomacs remplis et les corps fatigués que nous entamions une froide nuit face aux étoiles, dans ce haut lieu lointain et sauvage.
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Re: La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Jeu 19 Jan - 1:01

18 descendre 646.


C'est assez tard que nous nous étions réveillés ce jour-là — bien trop tard, en vérité. Nous avions le ventre lourd de tout ce que nous avions mangé la veille. Mais outre les troubles intestinaux, c'est une toute autre chose qui nous attendait ce matin.

Un petit et vieux Koalak nous guettait, effectivement, assis sur un rocher, tenant un bâton à la main orné de plumes et de quelques os. Lorsque enfin nous le remarquions, il nous adressa ainsi la parole : « Ah ! Voici réveillés les voyageurs ! Les étrangers que je trouve avec surprise au pas de ma porte ! Hé bien, que font-ils à dormir devant ma grotte ? Que font-ils à piller le jardin du vieil ermite pendant qu'il est loin de chez lui ? »

Il n'adoptait pas une posture menaçante, mais Pablo et Skobar, inquiets, laissaient trainer leurs mains vers leurs lames. Aussi m'attelais-je à détendre la situation : « Puissiez-vous recevoir nos sincères excuses, ô sage ermite. Nous, qui ne sommes que de naïfs voyageurs, ne savions pas que vous viviez-là. Aussi a-t-on cru qu'il nous était loisible de cueillir les fleurs de ce que nous n'imaginions pas être votre jardin, et pour lesquelles nous avions parcouru un long chemin. »

« Bien sûr ! Vous ne saviez pas ! répondit le Koalak. Qui donc le saurait, après tout ? Car qui donc s'aventurerait si haut, si loin ? Est-ce pour ça que je vis ici, après tout, puisque je suis un ermite. Et les gens de votre race plus encore ne connaissent guère ces haut-lieux. Je devine à votre parler que vous venez de loin, mais vos compagnons ont le teint des gens du village des éleveurs. Et, dois-je le dire, il ne me plait guère de voir les pasteurs qui avaient déjà volé les terres de nos ancêtres souiller nos terres sacrées qu'est celle-ci. »

La remarque fit tiquer Pablo et Skobar. Qui, après tout, aime que l'on rappelle les méfaits de ses ancêtres ? Quand bien même nous ne les jugions pas ainsi. Le Koalak poursuivit toutefois : « Mais trop de solitude m'a refroidi le ventre, aussi vous pardonnerai-je l'offense. Toutefois, les esprits, eux, ne pourraient s'y résoudre, et ils réclament compensation, ou bien ils se déchaîneraient sur vous. » A ces mots, il prit à deux mains son bâton, d'un air de menace. Quel paiement demanderait-il ? Le coquin essayait-il de nous rouler ?

« Nous serons prêts à faire offrande de ce que les esprits réclameront, il vous suffira de nous dire de quoi s'agit-il. » lui répondis-je. Il acquiesça puis sembla réfléchir un instant, nous scrutant attentivement. Finalement, il dit : « Pour les esprits, je prendrais l'arc de votre compagnon. (il désignait de la tête Pablo) Pour les fleurs, je prendrais ses flèches, qui sont d'un fer que nous ne trouvons pas ici. Mais quelle raison vous a-t-elle poussée à chercher les fleurs des esprits, vous, étrangers, qui ignorent tout de nos croyances ? »

J'adressais un regard à Pablo, qui semblait être d'accord pour donner au Koalak ce qu'il demandait. « Nous vous donnerons l'arc et les flèches que vous avez demandé. Pour l'anémone marelée, c'est la simple curiosité d'un homme de science qui m'amène jusqu'en ces lieux lointains. »

« Votre curiosité à vous est une si vilaine chose ! Et ce que vous appelez science, je la devine comme étant destruction et gangrène d'une puissance qui ne vous est pas dévolue. Mais il n'est pas lieu de réfléchir à des choses que vous ne comprendriez sans doute pas. Soit, laissez ce que je vous ai demandé à terre et allez vous-en. Puissent les dieux vous protéger dans votre retour, et les esprits pardonner votre manque de respect. »

Pablo s'exécuta. Je remerciais et saluais poliment l'ermite, puis nous nous hâtâmes de ranger nos affaires et de nous en aller. Le Koalak était resté assis sur son rocher, sans rien dire, et il nous épiait longtemps encore alors que nous nous éloignions. Ses paroles me hantèrent durant tout le voyage : c'était une bien curieuse rencontre. Au retour au campement, nous fûmes accueillis avec soulagement par les porteurs qui étaient inquiets de ne pas nous avoir vu revenir la veille. Nous racontâmes brièvement notre petite aventure, puis nous nous hâtâmes de plier bagages et d'entamer le chemin du retour.

Quand le soir arrivait, nous avions parcouru une bonne partie du chemin et nous étions non loin du village des Koalaks qui nous avaient attaqué. Aussi, nous nous étions réfugiés dans un renfoncement rocheux, au bord d'une falaise, de façon à rester invisibles au loin et à prévenir toute tentative d'encerclement : en hauteur, la falaise de dos, l'endroit serait facile à défendre.
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Re: La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Jeu 19 Jan - 1:12

19 descendre 646.

La nuit fut finalement paisible, et aucun danger ne nous avait menacé. Nous restions tout de même sur nos gardes pour le reste du chemin, et redoublions de vigilance.

Finalement, et curieusement, aucun Koalak ne montra le bout de son museau. (encore qu'il m'avait semblé en avoir vu au loin, nous épiant dans les brousses) A la fin de la journée, nous avions quitté leur territoire et mis une certaine distance avec celui-ci.

Nous serions de retour au village des éleveurs dans l'après-midi, le lendemain.
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Re: La fleur des hautes cimes.

Message par Emyn Muil le Sam 21 Jan - 1:32

20 descendre 646.

Le voyage du retour s'est passé sans encombres. Comme nous avions bien fraternisé et que la nuit tombait quand nous étions arrivés au village, Pablo et Skobar m'ont invité à souper avec eux le soir, et de dormir chez Pablo. C'est donc ce qu'on a fait, et nous avons fêté comme il le fallait la fin de ce petit périple ! [le lecteur attentif remarquera que la calligraphie est plus hasardeuse que pour les jours précédents]

Je repartirai le lendemain de bonne heure, avec de satisfaisants échantillons d'anémone marelée en main ! J'ai hâte de voir ce qu'on pourra en faire...




***

FIN
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