[Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

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[Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Scriabine le Lun 26 Sep - 21:59


Ci-après, le déroulement de la quête initiatique à l'issue de laquelle Arlène obtiendra un 7 de pique ; elle se passera exclusivement sur forum. C'est principalement moi qui m'occuperai de faire le "Maître de Jeu" sur ce court RP, notamment en ce qui concerne les PNJ ; il n'est toutefois pas exclu que d'autres Têtes interviennent. Si ce RP est à 2 c'est principalement pour qu'il ne prenne pas trop de temps.

C'est la première fois que nous mettons cela en place, alors nous nous servirons de ce test pour faire les ajustements nécessaires. En attendant, nous sommes là pour nous détendre et passer du bon temps ! Concernant la trame, elle est très souple alors n'hésite pas à entreprendre les initiatives les plus folles Arlène, et à poser des questions éventuelles sur l'environnement RP.


Scriabine faisait machinalement froisser le vieux papier entre son pouce et son index. « Ces feuilles sentent la sueur et la moiteur propre aux habitants des basses couches », songeait-elle. L'horloge indique 19h23. La Dame de Cœur tapote le bois usé de la table avec ses ongles parfaitement taillés. À la lecture d'une ligne précise, sa mâchoire se resserre et demeure le seul indice extérieur de sa frustration. Elle prend une lente inspiration, avant de s'adresser à la nouvelle six de pique.

— Ces documents... Il se pourrait qu'ils soient plus compromettants qu'estimé. Cette Ella Troffouine que vous avez réduite au silence l'autre jour, elle avait beaucoup creusé, et très profond. C'est un problème. La discrétion de notre entreprise semble plus fragile que nous le pensions. Pour tout vous dire, c'est notre commerce d’absinthe qui est compromis. Cet alcool, sobrement intitulé « Le Vinaigre des 4 Voleurs » fait le bonheur de nombreux citoyens mais... pas de la cité elle-même, et encore moins des marchands qui n'en vendent pas. Ella faisait partie de ces marchands, et comptait dévoiler notre lien avec la circulation illégale d'absinthe parmi les consommateurs. Elle n'est plus, mais il se pourrait qu'elle ait laissé la voie libre à d'autres curieux pour profiter de son œuvre ; votre mission sera de vous assurer que cette voie est... sans issue.

Ne trahissant pas la fierté de son trait d'esprit, Scriabine tendit une feuille à Arlène, où figuraient diverses informations.

— Vous avez champ libre pour investiguer et trouver comment Ella a pu réunir toutes ces pièces nous incriminant. L'établissement qui centralise le trafic se nomme « Le Temple de la Fée Verte », petit temple de province vénérant Éniripsa situé près de la péninsule des gelées ; là-bas, demandez à voir la fille Pernode, c'est notre contact qui chapeaute l'affaire ; elle pourra certainement répondre à une partie de vos questions. Je vous remets ces copies manuscrites des documents en question, et voici 5 000 kamas pour vos frais. Des questions ?

Documents :
• Emplacement de la distillerie cachée dans les montagnes Koalaks.
• Lettres de différentes personnes, principalement des nobles, vantant la qualité de l'absinthe en y rapprochant le nom du Temple, voire de la Main.
• Relevé des heures des gardes du village, et démonstration d'un manque de surveillance dans les alentours du Temple.





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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Mer 28 Sep - 18:29


Scriabine, impassible, débitait sa litanie d’informations préventives.
Arlène, quant à elle,se contentait de regarder fixement son interlocutrice, le menton dans les mains et les coudes appuyés sur le bois de la table polie par l’usage.


Oh, purée. Ça recommence ! Elle est pas là depuis dix secondes qu’elle me gonfle déjà avec son organisation à sauver.

« … avait beaucoup creusé, et très profond. C'est un problème. La… »

Je devrais peut-être écouter… C’est sûrement un détail crucial de son histoire !

« ... pas de la cité elle-même, et encore moins des marchands qui n'en vendent pas. Ella faisait… »


Arlène, derrière le voile de ses deux yeux rendus vides par l’ennui, chevauchait une fusée de foire montée sur un ressort rouillé aux grincements entêtants.


« … voie libre à d'autres curieux pour profiter de son œuvre ; votre mission sera de vous assurer que cette voie est... sans issue. »

C’est… Trop… Chiaaaaant !


« … 5 000 kamas pour vos frais. Des questions ? »


A l’arrêt du monocorde monologue de la Dame de Coeur, l’acrobate distraite se flanqua une gifle magistrale, faisant voleter la poudre de riz avec laquelle elle avait coutume de se farder le visage.


« Votre absente, là… Comment vous en faites de l’alcool, exactement ? »


• • •


Moins d’un jour plus tard, la bourse plus légère et les petons épargnés par l’usage d’un portail Zaap, l’arlequine débarquait au beau milieu de la place centrale de l'élevé village des éleveurs. Autant dire que davantage toucher le mille relevait de l'utopie.

L’air raréfié de l’altitude lui coupa momentanément le souffle lorsqu’elle entreprit de rallier la distillerie clandestine en se lançant dans une randonnée hasardeuse, mais sa nature de bonne grimpeuse reprit tranquillement le dessus et, au détour d’une crevasse, dans l’un des innombrables culs-de-sac du Canyon qu’on avait baptisé du nom de ses occupants séculaires, Arlène Kwinzel atteint son but.

Encore vaillante, elle se présenta à l’entrée principale de la bâtisse, où elle se fit connaître puis reconnaître comme membre de la Main du Valet Noir.

D’abord méfiants, puis sceptiques, les occupants des lieux l’accueillirent tièdement et, lorsqu’elle leur annonça que leur cachette n’en était désormais plus une, leurs mines se firent soucieuses.

Ne leur laissant pas le temps de souffler - ce qu'elle avait fait durant la première heure de son excursion montagnarde - la joviale Arlène les soumit à un feu nourri de questions aussi diverses qu'avariées.

Avaient-ils remarqué quelque chose de notable, dernièrement ? Du passage ? Des voyageurs égarés ? De l’inhabituel ? Quel goût a leur vinaigre et comment se boit-il ? Pfou, c’est du brutal ! Avaient-ils une idée de la manière dont ils avaient été repérés ? Y a de la pomme, non ?  J’ai l’impression qu’il y a de la pomme. Reverse, pour voir, trésor ?  Tiens, à ce propos : qui travaille ici, en temps normal ? Non, merci, ça ira. Oh, bon, allez ! C’est proposé si gentiment. Est-ce… Est-ce qu’il pouvait y avoir… possib’ement… en supposant, hein… Eskipouv… La poss…ib’ présence d’un trait… d’un trait… d’un traître ? Pas p’us haut… que l’bord, hein ? Hihihihiiihi ! ‘tention, mon grand. Arf, fam…fameux. Et p’is d’où qu’ça vient, c’nom des quat’… des quat’… trucs, là ! Heiiiin ?

Cette contorsionniste d’Arlène savait y faire pour se plier aux coutumes locales. S’il fallait boire pour obtenir les informations qu’elle était venue chercher, elle se prêterait au jeu. Du moment qu'elle retrouvait le chemin du retour.

Les éclats d’un rire hystérique, ponctués d’autant de tintements de grelots, résonnèrent longtemps à l’intérieur de la fabrique fournissant son précieux breuvage à la Fée Verte.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Scriabine le Mer 28 Sep - 20:17

Nichée entre deux rocs polis, la vieille distillerie ne se remarquait pour ainsi dire qu'une fois sur son pas de porte. Couverte de végétation, et trahie uniquement par quelques fumerolles discrètes, elle tombait en ruine. À l'image de ses deux exploitants.

Ces derniers, croulant sous les âges, n'avaient en rien perdu le sens de l'hospitalité, surtout pour une envoyée de la Main du Valet Noir. Ils l'installèrent sur l'unique table, qui semblait par ailleurs être l'unique distraction de l'établissement, et lui présentèrent leur produit séculaire enrichi de dizaines de saveurs florales différentes, mais surtout d'alcool. Les deux bouilleurs de cru les plus crasseux du pays savaient comment déguster leur vinaigre, tout de même. Verrerie adaptée, mesure d'absinthe mesurée, pelle équilibrée, sucre déposé, gouttes d'eau doucement versées, et liquide troublé.

Nos deux compagnons de longue fortune tentaient tant bien que mal, avec plus de mal que de bien, de dissimuler leur angoisse depuis qu'Arlène avait abordé le sujet de la découverte de leur localisation. Ça riait jaune. Nos deux lascards du siècle dernier se contentèrent de répondre des banalités sans trop de fond, ni de forme d'ailleurs, aux premières questions de l'arlequine.

Il n'y avait définitivement pas de passage dans ce trou paumé, et tant mieux, tel était l'effet recherché ! Ils ne pensaient en aucun cas que leur emplacement était connu, ou plus exactement, avait été connu. Quant aux effectifs de la distillerie, il y a les deux vieux bouilleurs de cru, et leurs fils respectif qui s'occupent du transport des bouteilles jusqu'au Temple — ces dernières sont cachées sous une cargaison variant selon les demandes des commerçants du village des éleveur, parfois du Kaliptus, des huiles essentielles, du poisson séché, etc. Ainsi, le transport rapporte un peu d'argent permettant aux deux fils d'assurer leurs frais de route.

À l'évocation du mot « traître », les deux compères multi-décennaux se braquèrent, il s'agissait d'une entreprise familiale, la notion même de traîtrise était taboue. Les deux fistons inclinaient respectueusement le menton dès que leur paternel affirmait quelque chose. Un particulièrement, qui avait cette particularité d'être blond, semblait particulièrement anxieux et mal à l'aise depuis l'arrivée d'Arlène.

Un des bouilleurs de cru expliqua l'origine du nom de leur absinthe, puisque la légende veut que quatre voleurs aient naguère dépouillé une partie des habitants décédés du village des éleveurs lors d'une épidémie particulièrement violente. Interrogés sur leur résilience à la maladie, ils auraient affirmé que cela était dû à une boisson magique : le vinaigre des quatre voleurs ; qui se trouvait être l'absinthe de la famille de nos deux bougres.

Légende sur fond de vérité ? Opération commerciale... qui sait.


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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Mer 28 Sep - 21:09

Il fallait bien que la cuillère fonde, que la bouteille se vide – par on ne sait quelle magie ou miracle hépatique – et que la fée verte finisse par peser sur les paupières fardées de la leste inquisitrice. La nuit était vieille, la journée presque jeune, et la lune avait remplacé le soleil couchant depuis belle lurette. Les insectes nocturnes, attirés par les lueurs voilées de l’intérieur du bâtiment, s’invitaient aux agapes en pénétrant par deux lucarnes vétustes.

Il y avait désormais autant d’absinthe répandue par terre que dans le sang des convives : il était l’heure de rendre les armes. Arlène se leva tant bien que mal, l’un des deux propriétaires lui désigna une paillasse élimée qui, vu son état d’ébriété, avait tout d’un matelas de premier ordre rembourré au duvet de Tofubine et elle s’y écroula de tout son long, dans un concert de grelots, faisant fi de toute grâce.
Les distillateurs enquillèrent quelques sucres humides supplémentaires avant de rejoindre la jeune femme au pays des songes et la nuit ne fut plus bercée que par les ronflements des dormeurs, tous trop éméchés pour songer à prendre la route… ou la poudre d’escampette.

Le lendemain matin, ce ne fut que maux de tête, haleines chargées et petits yeux éblouis par la luminosité ambiante.
Les vapeurs d’alcool coupèrent l’appétit, pourtant proverbial, de l’acrobate et quelques soubresauts gastriques couplés à de grandes rasades d’eau claire achevèrent de tirer un trait sur les affres de l’alcool.

Alors qu’elle se remettait des excès de la nuit sur un banc ombragé, Arlène fit le point sur les événements de la veille. Les souvenirs émergèrent, d’abord flous puis de plus en plus nets, et se frayèrent un chemin entre les cymbales que fracassait l’une contre l’autre le petit Nomoon hyperactif qui avait élu résidence, les trois dernières heures, dans le crâne de l’athlète qui n’était plus très pompette.

Il y avait quelque chose qui ne collait pas - contrairement au sol sale de la salle qui n’était plus scellée - et elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Avisant les deux rejetons des propriétaires des lieux depuis son îlot de quiétude, un détail lui revint en mémoire : l’un des deux jeunots avait pâli lorsqu’elle avait évoqué –entre deux hoquets éthyliques – la possible trahison d’un des employés de la distillerie et son malaise n’avait rien de ceux qui accompagnent l’excès de boisson, mais tout de ceux tiennent la main aux consciences malmenées par le doute et les remords.

Arlène héla l’énergumène et, toute de ses chiffons à clochettes vêtue, engagea la conversation. L’arlequine se fit coquine, puis mutine, avant de virer gredine. Le gamin, comme elle l’appelait, piquait des fards à foison et balbutiait plus qu’il ne répondait.

Poussant son avantage, l’agent du Pique pressa l’homme qui n’était quasiment plus un enfant et sous-entendit qu’il appartenait à chacun de faire des erreurs, mais que ces dernières étaient toujours à moitié pardonnées lorsqu’elles étaient confessées. Le message à peine voilé, accompagné d’un massage, se fit plus grinçant lorsqu’Arlène évoqua le sort qui attendait les traîtres et les parjures. Après quoi, elle s’esclaffa et asséna une tape sonore dans le dos de son interlocuteur.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Scriabine le Jeu 29 Sep - 20:23

Le blondinet juvénile se trouva cerné par Arlène et sa demi-démence. Pauvre âme isolée de la dureté du Monde, que pouvait-il faire contre le machiavélisme de l'agent du Pique ? S'effondrer, craquer, se briser. Cuisiné, cuit, et bouilli plus qu'un cru ne le mérite, le triste enfant montrait des signes de culpabilité à mesure qu'Arlène s’immisçait sans sommation dans son esprit cisaillé. Lorsque le mot « Traître » fut lâché, le fiston à poil blond s'arma du peu de véhémence que la vie lui avait confié, pour justifier que son action n'avait rien eu à voir avec de la traîtrise. Traître qu'il ne clamait pas être, il venait pourtant de se trahir lui-même.

Ne désirant pas subir une autre distillation mentale par le Six de Pique, il déblatéra son histoire sans autre formalités. La carte en possession d'Arlène, de facture douteuse, était bien du fait de la main hésitante de ce jeune homme. En rentrant du Temple de la Fée Verte, alors qu'ils firent halte dans une taverne de passage, et que son acolyte avait déjà trouvé une fille de petite vertu avec qui écouler une portion de la nuit, notre blondinet s'était fait entourloupé, comme un bleu. Une femme, comme toujours, était à l'origine de ce désastre. Avec des arguments sulfureux, et un discours cajoleur, cette démone avait soutiré l'emplacement de la distillerie ancestrale à son piètre détenteur. Ce dernier a cédé, voyant que sa nouvelle fausse-amie avait le besoin urgent et ultérieur de rencontrer en personne les bâtisseurs de l'illustre « Vinaigre des Quatre Voleurs » afin de leur informer de son entrée prochaine dans cette famille restreinte, par le biais de son mariage avec leur blondinet de fils — si tôt, oui, l'amour ignore la commune mesure des choses, comme la bêtise.

Eu comme il fut, le fiston ne put que ronger son frein, attendant l'arrivée de son aimée dans l'improbable distillerie. Les jours passèrent, et l'idée d'un attrape-couillon se fit plus claire dans l'esprit de notre... couillon. Honteux comme ayant mouillé ses couches, il ne révéla rien de cette histoire à son père, ni aux deux autres colocataires des lieux ; il garda pour lui cette humiliante aventure.

Était-ce là un comportement digne d'un homme de la Main du Valet Noir ? Arlène en jugera.


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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Lun 3 Oct - 19:21

Munie de la confession du jeune mâle en rut, Arlène se remit en route.

Le trajet du retour vers le portail magique du village des éleveurs de dragodindes s’effectua en toute quiétude. Le pied léger, les idées claires, la piqueteuse d’esprit progressait à un bon rythme, de couloirs rocheux en saillies instables.

Ayant atteint la porte bleutée du Zaap et après avoir déboursé la somme en permettant l’usage, l’enquêtrice choisit de se rendre au bouge de l’ailée verdâtre.
Aspirée, concassée, étirée et transportée, Arlène apparut à plusieurs centaines de lieux de son point de départ montagneux. S’ébrouant au son de ses grelots, elle se rendit, guillerette, jusqu’au temple de la Fée Verte.

Une fois de plus, elle s’y fit reconnaître en privé et déballa son sac de mauvaises nouvelles.

Tocards, tocantes, tricards et compagnie. Le responsable fit la moue, l’arlequine leva les yeux au plafond, grimaça et présenta la liasse compromettante.

‘faudrait corriger le tir, à l’avenir, si la vie ne fatiguait pas trop les employés des lieux.
Le ton du conseil était d’une formalité à toute épreuve et il ne fallait pas beaucoup écarter les lignes pour y décrypter le message transmis par la gredine, hilare.

Les déclarations écrites des nobles en possession d’Arlène furent passées en revue, histoire de fournir quelques pistes à l’une et des noms à éviter aux autres.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Scriabine le Mar 4 Oct - 19:05

Le Temple de la Fée Verte se révélait être un bâtiment taillé dans le bon goût, mais certainement pas dans l'excentricité. Quelques colonnes agencées selon un plan méticuleusement circulaire, peut-être d'origine astrale, accueillaient l'humble Arlène Kwinzel. De petites disciples voletaient d'escaliers en escaliers, sans jamais toucher aucune marche. Le vrombissement délicat des ailes Éniripsa constituait pour ainsi dire la principale mélodie de l'endroit.

Un secrétaire un peu simplet aura mis du temps à réaliser qu'Arlène faisait partie de la Main du Valet Noir, mais il finit toutefois par l'aiguiller aux sous-sols, via un passage étroit qui le contraint à poser pied à terre. Dans cet entrepôt, qui cumulait également les fonctions de bar et d'administration générale, celle qui se faisait régulièrement appeler la « Fille Pernode », une fée rousse aux ailes légèrement verdâtres, reconnu de suite le Six de Pique.

La fille avait bon caractère, l'âme d'une gérante, et beaucoup de pugnacité. On l'avait déjà informé de la « défaillance » liée à Ella. Ainsi elle accepta l'aide d'Arlène avec toute la bonne foi dont pouvait faire preuve une femme du Sud, et écouta attentivement cette dernière énumérer la liste des nobles dont la correspondance épistolaire avait fait l'objet d'une révélation.

La fille Pernode adjoignit ses commentaires, principalement afin de souligner le caractère « normal » de ces agissements, et le fait qu'elle les préviendrait à l'avenir de se montrer plus discret concernant le Vinaigre des Quatre Voleurs. Toutefois, Pernode fit remarquer à Arlène que prévenir ainsi les nobles pourraient faire mauvais effet, car le Temple s'occupe de vendre de l'absinthe, pas de fouiner dans les contacts privés de ses clients. Elle demande donc conseil afin de trouver un moyen de le leur faire remarquer sans trop de répercussions négatives sur le commerce.


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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Mer 5 Oct - 17:22

A cette question pour le moins inattendue, sur un fond de grelots dubitatifs, la fardée se gratta le crâne. Du moins, elle essaya autant que sa cagoule à clochettes le lui permit.

« Ça, ma cocotte, c’est une bonne question. » répondit l’Arlène en reportant son attention sur son interlocutrice.

« C’est même une sacrée bonne question, dis donc ! » renchérit l’agent de la Main du Valet Noir, les yeux écarquillés.

Elle se tapota le menton de l’index.

« Comment demander aux bavards de se montrer plus discrets sans que le commerce n'en pâtisse ? » répéta-t-elle.

Prise d’une inspiration subite, la joyeuse acrobate saisit la Fille Pernode par les épaules.

« Ça ne manque pas de piquant comme question ! Ou plutôt si. Enfin non… C’est piquant, mais pas trop. Parce que quand c’est trop piquant, c’est trop… Oulah, non. C’était ça ou presque. Je crois… »

La gérante du temple de la Fée Verte dévisageait Arlène, un brin soucieuse et, surtout, un boisseau égarée.

« La réponse est dans le Trèfle. ‘fin, y a fort à croire qu’elle s’y trouve. Là-maintenant-tout-de-suite, je n’ai pas de parterre sous le gant, mais je ne manquerai pas d’aller y cueillir un retour que je te ferai parvenir. Avec un peu de chance, je tomberai même sur le jardinier. »

Un sourire dément vissé sur son visage fardé, croyant en ce qu’elle venait de déblatérer, Arlène enchaîna :

« En attendant, je compte sur le zèle des z’adeptes z’ailés des z’environs pour rectifier le tir en c’qui concerne la zzzzzurveillanze des z’environs. On fait comme ça ? Allez, on dit qu’on fait comme ça. Garde la pêche, l’absente et le vinaigre. La bise, ma grande, et à bientôt ! »

Sur ce, l’arlequine rebroussa chemin, après avoir claqué deux bécots sonores sur les joues piquetées de taches de rousseur de la Fille Pernode.

Revenue dans les locaux de la Main... Du moins, l’un des locaux figurant sur la liste inexistante des lieux de rendez-vous de l’entreprise du Valet Noir. Non pas qu’il y en ait des masses, hein, mais comme il y en a plus d’un, il ne paraît pas inutile de préciser qu’il s’agit de l'un d’entre eux et non pas d’une unique et obscure chambrette. D’une part parce que c’est plus prestigieux d’avoir l’impression d’œuvrer au sein d’un organisme tentaculaire aux ramifications étendues et, d’autre part, parce que c’est quand même plus pratique de pouvoir compter sur la relative proximité d’un point de chute. Notamment lorsqu’on doit se cacher, transmettre un message urgent, retrouver quelqu’un ou toute autre activité nécessitant un local privé.

Revenue dans les locaux de la Main, donc, Arlène avisa les lieux.
La présence d’un manteau suspendu à la patère balaya les doutes qui ne s’étaient pas encore formés à la surface de l’esprit dérangé de l’agent du Pique : un membre du Trèfle se trouvait indubitablement dans la bâtisse. Et ce ne serait ni la couleur olive et émeraude des tentures ni le ronflement caractéristique d’un poêle en service qui viendraient la contredire.

L’homme – ou la femme : Arlène ne connaissait pas tous les représentants de cette branche de la Main – était invisible pour le moment, mais le gargouillement d’une chasse d’eau provenant de l’autre côté de l’une des parois couvertes de draperies verdâtres donna une idée relativement claire de la localisation de l’occupant des lieux.

Un occupant qu’Arlène n’allait pas tarder à harceler de sourires, mots doux et autres allusions à l’affaire en cours, avant d’en venir au dilemme de la Fille Pernode. Le tout, de la manière la plus claire, concise et efficace possible.

Selon les critères de la contorsionniste.

Evidemment.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Sam Killeen le Mar 11 Oct - 4:10

Sam n'était pas dans son assiette les derniers jours. Son commerce de bières de Guy Nasse avait du mal à fleurir du côté Pandalais. Ses inquiétudes à ce sujet avaient bien attaqué son moral et il lui fallait un peu de repos. C'est pourquoi il avait décidé de venir élire domicile dans l'un des postes de la Main où il n'y avait que très peu de passage.

Après avoir déposé son manteau et prit le petit bois entassé à côté du poêle afin de réchauffer l'atmosphère, l'adepte du trèfle décida d'aller lire un peu afin de s’aérer les méninges. Allongé sur un vieux duvet recouvrant de la paille, il laissa son esprit voguer au fil des lignes. Ses yeux se fermaient, sa tête piochait, il se débattait mais sa fatigue l'emporta dans ses songes.

Sa sieste méritée dura bien quelques heures avant de se faire réveiller par une envie pressante qu'il décida d'aller soulager aussitôt. En revenant dans la pièce qu'il venait de quitter, il entendit un tintement familier. Un soupir instinctif se glissa entre ses lèvres.

"Décidément, on ne peut jamais être tranquille. Bonjour Arlène ! Que me vaut le plaisir de ta visite ?" sortit-il d'un ton on ne peut plus ironique avant même d'avoir passé le coin de la pièce séparant les deux protagonistes et d'avoir pu apercevoir son interlocutrice.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Mar 11 Oct - 12:20

La grelottante ne tarda donc pas à harceler le Roi de Trèfle de sourires, mots doux et autres allusions à l’affaire en cours, avant d’en venir au dilemme de la Fille Pernode. Le tout, de la manière la plus concise et efficace possible.

Selon ses propres critères de clarté.

Evidemment.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Sam Killeen le Ven 14 Oct - 21:43

Arlène était éprouvante pour le disciple du Trèfle : tantôt sautait, tantôt rigolait, tantôt elle le touchait et tantôt elle le poussait. Ses explications partaient dans tous les sens et avaient pour seule consequence d'offrir une affreuse migraine au Trèfle Vert.

"Je ne suis pas certain d'avoir compris toutes les subtilités de l'affaire ni d'avoir toutes mes capacités pour être capable de gérer ça mais ce qui est sûr c'est qu'il va falloir prendre ces personnes influentes avec des pincettes. On a gros à perdre."

Suite à ce passage alarmant, Sam prit un tabouret et s'assit en posant les coudes sur la table et se prit le visage entre les mains. De légers gémissements de douleur se laissaient entendre. Après quelques secondes de réflexion le masqué osseux se releva lentement.

"Bon... Il y a plusieurs options et je vais en prendre une risquée. Je sais que l'un de nos clients d'absinthe parle beaucoup et ne commande que très peu. Tu pourrais aller faire pression sur lui ... Si il ne marche pas, tu peux employer la manière ... forte. Ca fera taire les autres. Son nom est Aice Sunbherg. Je vais t'écrire des indications pour trouver sa maison. Je compte sur toi pour me faire un rapport plus tard... Bien plus tard..."

Il prit un parchemin vieilli par le temps et gribouilla d'une écriture difficilement lisible : "derrière l'atelier alchimiste de Brakmar, une petite maison coquette avec des moulures sur le haut de la porte." et le tendit au pique.

"Maintenant, file."

Il accompagna ses dernières paroles d'un petit mouvement de la main pour indiquer à la roublarde clochette de prendre la porte.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Sam 15 Oct - 12:08

Le mouvement de poignet du Roi de Trèfle suscita l’incompréhension de sa subordonnée. Cette dernière pencha la tête sur le côté, tintinnabulant au passage, perplexe.

« Mon tout beau, ne vaudrait-il pas mieux que j’aille rendre visite au bavard ? »

Arlène haussa les épaules et enchaîna :

« J’veux dire… Je n’ai rien contre la filature, mais t’as vraiment besoin d’une petite pelote, là-maintenant-tout-de-suite ? »

L’homme au masque calcaire reformula son ordre et l’acrobate comprit enfin qu’il lui donnait congé.


• • •


Les cloches brâkmariennes sonnaient la onzième heure d’une nouvelle journée qui s’annonçait radieuse.
Aussi radieuse que le permettaient les volutes de cendres résultant de l’activité volcanique propre à cette région du Monde des Douze, en tout cas.

D’artères bondées en venelles obscures, l’agent du Pique progressait au sein de la cité et de ses traboules empuanties par des vapeurs soufrées.

Lorsque d’autres fragrances se mêlèrent à la forte senteur d’œuf pourri, Arlène déduisit - plus qu’elle ne sut - qu’elle avait mis le pied dans le quartier des alchimistes.
L'alternance de façades neuves et écroulées, les vitraux éclatés et les portes dégondées par le souffle d’explosions plus ou moins récentes achevèrent de la conforter dans son opinion.

« Derrière l’atelier… Derrière l’atelier… chantonnait-elle. Bon, ce doit être ce gros bâtiment fumant. »

L’arlequine primesautière parvint devant la demeure décrite par son commanditaire.

« 'doit falloir un sacré moule pour sortir quelque chose de cette taille ! » observa-t-elle, candide.

Désormais appuyée contre le chambranle de l’huis ornementé, l’Arlène réfléchissait à ses options en comptant sur ses doigts.

Un.
« Par la cheminée, mais il faudrait que je me trouve une barbe blanche. »

Deux.
« Par la porte d’entrée, mais où serait le plaisir ?

[…]

Cinq.
« Avec un trois barils de poudre, quatre esturgeons et deux Poneyplies, je pourrais…

[…]

Dix-huit.
« Je devrais trouver une pompe suffisamment costaude pour un château gonflable de cette taille dans le coin. Par contre, pour le ressort…

[…]

Vingt-sept.
« Frapper à la porte ou frapper contre la porte ? C’pas la même chose. Et puis, combien de coups y mettre ? Comment frappe-t-on à la brâkmarienne ? 'doit y avoir un cérémonial, un protocole ou, du moins, une habitude. Il ne s’agirait pas de brusquer l’arsouille avant de le braquer. Non, il va falloir que… »

Le fil de ses pensées fut interrompu par l’ouverture du battant.

« Ah, oui, c’est vrai qu’il y a aussi cette solution. Vingt-huit : attendre qu’on m’ouvre. »

Souriant de toutes ses dents, la fardée sonnante – sans pour autant être trébuchante - se fendit d’une joyeuse révérence avant de subrepticement placer son pied dans la porte.

« Maljour-maljour ! »
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Scriabine le Sam 15 Oct - 14:14

Aice Sunbherg tournait et virait dans la pièce principale de sa modeste demeure, qui cumulait les fonctions d'atelier, cuisine, salle à manger, salon et chambre. Il lui manquait un élément, la dernière touche. Cette cerise sur le gâteau, cette idée sur le bout de la langue, la dernière ponctuation, l'ultime mesure de cette symphonie alchimique. Rien ne collait pourtant, tout demeurait inachevé sans cette infime sublimation. Sa fourche veineuse frontale s’amplifiait à mesure que les heures s'égrenaient. Il arpentait mille fois ce même circuit au centre de la pièce, déjà imprimé sur le vétuste parquet par une coloration plus claire — moins crasseuse en vérité.

Par plusieurs fois, il lui vint l'envie de hurler son insatisfaction, mais de précédentes expériences lui avait apprises que son voisinage avait un seuil de tolérance très faible pour la pollution sonore, et que ce dernier avait la fâcheuse tendance à ne pas s'encombrer de paroles pour manifester son mécontentement, non, il passait directement par les poings, à la Brâkmarienne. Notre homme étant de science et non de guerre, il préféra crier en silence dans son pauvre esprit tourmenté.

Cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait pas quitté son atelier. Deux cernes profondes et luisantes étaient imprimées sur son visage déconfit. La disposition de sa tignasse donnait enfin une définition de l'aléatoire, et son haleine témoignait de quelques négligences hygiéniques.

C'est dans cette configuration morbide qu'Aice poussa mollement la porte à plusieurs reprises, jusqu'à se souvenir qu'il fallait au préalable en actionner la poignée. Plus mort que vivant, il ne fut que faiblement contrarié par la présence d'Arlène, trônant fièrement sur le pas de son logis.

« Maljour-maljour ! »

Une sorte de gémissement, qui, après répétition, se transforma plus ou moins en suite de mot sortit de la gorge mal raclée de notre alchimiste famélique :

« Man...ger... »


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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Sam 15 Oct - 19:58

« Hu ? » lâcha dubitativement la blonde poudrée.

L’alchimiste en profita pour réitérer son cri du cœur qui n’était, en fait, qu’un cri de l’estomac.

« Man…ger… »

Sans se départir de sa jovialité, l’arlequine saisit l’homme décharné par les épaules et l’entraîna à l’intérieur de la demeure au parquet craquant.

« Avec plaisir ! C’est pas tous les jours qu’on m’invite à déjeuner ! Alors…
Elle détailla les lieux du regard. Qu’est-ce qu’on becte ? »

L’air implorant et les yeux humides d’Aice Sunbherg n’entamèrent pas l’enthousiasme de l’acrobate qui entreprit de cabrioler de paillasse en fauteuil.

« C’est… coquet. Non, disons plutôt que c’est mignon. Oui, voilà, mignon. Je ne pourrais pas dire autre chose, ce serait désobligeant. »

Le ventre creux, Aice oscillait d’avant en arrière, le teint livide, ne sachant à quel Méryde se vouer.

« Bah alors, coco ? T’as perdu ta langue ? Ne t’inquiète donc pas, je n’irai pas te juger sur ta capacité à passer le balai. Même si le sol colle pas mal dans le coin. »

Arlène tira son « hôte » par le coude jusqu’à un lit au matelas défoncé et au sommier déformé – à moins que ce ne fût l’inverse – et l’y coucha de force avant de le border.

« Mon p’tit cœur, fais dodo. »

N’ayant plus la force de lutter, Aice Sunbherg l’alchimiste obtempéra… et se réveilla une poignée d’heures plus tard, alors que l’après-midi touchait à sa fin.
Une odeur de grillade l’avait tiré de ses songes glacés et le grésillement de la graisse sur une flamme le fit saliver.

S’extirpant de ses couvertures, il avisa la visiteuse juchée sur sa paillasse. L’intruse se servait d’un bec de bain-zen afin de cuire deux longues brochettes sur lesquelles étaient fichées de larges tranches d’oignon blanc, de poivrons jaune et vert, sans oublier les sempiternels cubes de viande rouge marinés dans une concoction aux arômes poivrés.

« Ne fais pas mentir l’adage, l’artiste, lui dit Arlène lorsqu’elle le vit se lever. Qui dort dîne ! »

Aice ne se fit pas prier et vint se planter devant le meuble carrelé après avoir tiré une chaise haute sur laquelle il s’assit sans grâce. Il  ne lâchait pas les brochettes des yeux, la flamme du bec de bain-zen venant se refléter sur ses pupilles dilatées.
Il tendit une main fébrile en direction d’un des deux pics garnis et reçut, en retour, une pichenette sur le bout des doigts. La grelottante venait d’utiliser une des brochettes pour lui taper sur les ongles.

« Tututut ! On touche avec les yeux, mon gros. »
lança-t-elle, moqueuse.

L’alchimiste se lécha avidement les doigts, venant cueillir le précieux nectar de la marinade du bout de sa langue pointue. La graisse, les épices et le sel du mets lui arrachèrent un gémissement de plaisir.

« Qu’est-ce qu’on dit, mmmh ?
- F… Faim…
- Et le mot magique ?
- S… S’il vous plaît… »


Arlène sauta de la paillasse et opina du chef, les deux brochettes à la main.

« C’est déjà mieux ! »

Elle tendit, sans le lâcher pour autant, l’un des deux objets à son interlocuteur.

« Jabot vide y la pas zorey. J’vais pas t’arracher une promesse sous le coup de la faim, ça ne servirait à rien. Mange, l’arsouille. »

Tel un désespéré, l’alchimiste se jeta sur la brochette qui lui était offerte, alors que sa pourvoyeuse de repas continuait sur sa lancée.

« Mais dis-toi que la longueur du pic que tu dénuderas de tes crocs sera la même que tu risques de te faire insérer dans le fondement. »

Aice avala une bouchée de travers, s’étouffa et vira au rouge en se répandant en toussotements de plus en plus affolés.
L’arlequine lui flanqua deux claques sonores dans le dos et sa victime de la fin de journée en cracha sa viande. Des morceaux de poivrons humides à demi-mâchés vinrent maculer la paillasse glacée.

« Ohlaaaaa… Doucement, profite ! Savoure, mon grand, savoure ! Tu dégusteras plus tard. »

L’alchimiste hésitait, jetant des regards successifs entre sa brochette et Arlène. Cette dernière mordit dans la viande qui recouvrait son propre pic de métal, malicieuse.

« Ben alors ? Ne me dis pas que je t’ai coupé… l’appétit ? Il ne manquerait plus que ça ! Mange, mon gros. Tu fais peur à voir, t’as que la peau sur les os. »

Sa brochette à la main, Aice Sunbherg se rua vers la porte d’entrée : s’il mettait suffisamment de distance entre cette folle et lui, il pourrait manger à sa faim et chercher du secours.

La poignée tourna dans le vide.
La clef avait été tournée dans la serrure, condamnant l’accès, et effectuait désormais des rotations régulières autour de l’index ganté de la poudrée.

« Tu cherches quelque chose, mon mignon ? se moqua-t-elle. Viens t’asseoir, 'faut qu’on cause. »

Voyant que son hôte ne faisait pas mine de la rejoindre, Arlène se fit plus menaçante.

« Allez, bouge ! Le repas risque de ne pas être le seul à refroidir. »

Aice traîna des pieds jusqu’à la femme aux grelots.

« Qu’est-ce qu’on pourrait boire avec ça ? T’aurais pas une petite idée, là, au jugé ? »

L’homme hésita. Il avait bien un fond de bouteille, mais il devait avoir tourné depuis plusieurs jours. Dans un concert de tintements métalliques, la visiteuse fit non de la tête.

« Garde ta vinasse pour de pires moments, je te parle de quelque chose qui aurait plus de répondant. Un alcool fort. Un tout autre type de… vinaigre. Du genre à se faire voler. T’en connais ? »

Manifestement, la cible d’Arlène ne voyait pas où elle venait en venir, au vu des réponses qu’il lui sortit par la suite.
Elle dut « l’aider » à se concentrer. Et le pic de sa brochette désormais complètement à nu lui fut d’un grand secours : une main clouée dans l’un des joints du carrelage de sa paillasse, Aice Sunbherg s’égosillait à pleins poumons.

Qu’il crie, se dit l’Arlène. Dans les parages, c’était monnaie courante et nul n’y prêterait attention.

« Il va falloir que je m’absinthe. Oups ! Que je m’absente, que je m’absente. Tu comprends, l’affreux ?
- J’ai maaaaaal ! »
lui hurla-t-il.

L’intruse lui tapota l’épaule, compatissante.

« Mais non, mais non, c’est dans ta tête, tout ça.
- Ma main ! Vous m’avez perforé… la main !
- Disons plutôt que je l’ai dotée d’un orifice qui te permettra d’y accrocher un anneau auquel tu feras pendre tes clefs. Pratique, non ? Tu n’auras plus jamais à te soucier de les égarer quelque part.
- Vous êtes f…
- Allons, ne dis rien que tu pourrais regretter par la suite. Et revenons-en à ma question : l’absinthe, ça te parle ?
- La... la quoi ?
Il haletait. L’absinthe ?
- L’absinthe, cette grande absente
, opina Arlène. Je n’en vois pas une goutte dans le coin. Tu saurais où je pourrais m’en procurer ?
- De… De l’absinthe ? Ben… Y a bien le… Aaaargh...le temple de la Fée Ver… »


Arlène s’empara de la seconde brochette, que le malheureux avait fait choir lorsqu’il s’était fait poinçonner la main, et la planta à proximité de sa sœur jumelle et verticale.

Aice Sunbherg s’époumona derechef.

« Mauvaise réponse, hihiiiihihihiiihi ! » s’amusa la carillonnante.

« Siiiii ! Le temple de la Fée Verte ! J-Je vous jure… je… » braillait l’alchimiste.

« Non-non, répondit Arlène en pressant sadiquement la main meurtrie et crispée de son interlocuteur. Tu n’en as jamais entendu parler. »

Pour appuyer son propos, elle s’appesantit un peu plus sur le membre tétanisé de l’homme en souffrance.

« C’est compris ? Le vinaigre, tu l’oublies. Tu n’en as jaaaaamais entendu parler. Disons-le carrément : l’absinthe s’est… absentée de ta mémoire. Arlène tapota de l'index et du majeur sur le front d’Aice le supplicié. Tu retiens ? »
- Que… O-Oui.
- Bien, de quoi parlions-nous, déjà ?
- Je… Le… l’ab… »


Un regard de l’arlequine – appuyé, lui aussi – suffit à faire comprendre à l’homme qui ne songeait plus à se restaurer qu’il était sur le point de gaffer.

« Je… Je ne sais pas ? se reprit-il. Je ne sais pas ! Je ne sais pas... S’il vous plaît, ma main…
- A la bonne heure ! »
s’exclama une Arlène rayonnante qui battit des mains avant d’arracher les deux pics prisonniers des chairs de l’alchimiste.

Comme si de rien n’était, l’agent du Pique tendit sa brochette entamée à l’alchimiste.

« Tiens, il t’en reste un peu. 'faut pas gâcher, termine-la ! »
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Scriabine le Dim 16 Oct - 19:25

Malmené, humilié, et violenté par l'arlequine méphistophélique, Aice n'avait cependant pas la force de lui vouer quelconque sentiment de haine. Il souffrait, affaibli, et intellectuellement vidé de sa substance. Les heures passèrent, et il finit par remarquer que sa tortionnaire n'était plus présente dans son atelier.

Il y avait ces deux piques trônant sombrement sur la paillasse. Ils le terrifiaient. Ils faisaient remonter en lui d'horribles images de souffrance et de sensations détestables. Le visage diabolisé d'Arlène rebondissait dans tous les recoins de sa caboche meurtrie. Les phrases résonnaient, encore et encore, elles prenaient sens. Tout était de la faute de cette absinthe, ce Vinaigre des 4 Voleurs. Il avait eu le malheur d'en acheter pour s'en servir dans ses potions, et d'en faire l'étude auprès de quelques confrères. Mais il s'agissait-là d'un breuvage interdit, une boisson défendue par une corporation puissante et invisible, qui dépassait sa pauvre personne.

Lui qui, de bonne foi, voulait en faire la promotion, se mit à détruire les moindres preuves, les moindres phrases, les moindres mots s'y rapportant. Il alla jusqu'à nier devant ses collègue tout lien le reliant à cet alcool de malheur, il invoqua l'amnésie, le surmenage, et peut-être même un brin de démence. Quoi qu'il en soit, il se jura, sans le faire, de ne jamais retourner à ce Temple s'approvisionner, et d'éviter à tout prix les arlequines dans le choix de ses relations tarifées.


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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Arlène Kwinzel le Dim 16 Oct - 20:03

Son méfait accompli, l’agent du Pique dilapida quelques centaines des précieux Kamas qui lui avaient été remis pour s’en aller informer la Dame de Cœur, la Fille Pernode et le Roi de Trèfle.

Pas forcément dans cet ordre-là, d’ailleurs.

Quoi qu’il en soit, à l’une elle annonça qu’elle devrait compter sur la fidélité d’un client de moins, tandis qu’à l’autre, elle fit un rapport circonstancié – à défaut d’être exhaustif – des événements survenus dans le quartier des alchimistes de la Cité Sombre.
A la dernière, Arlène rapporta le déroulement de sa mission, sans omettre la bévue du rejeton du distillateur d’absinthe, la confection détaillée des brochettes qu’elle avait – à peine – « empruntées » sur un étal en plein air ainsi que les déclarations et autres bonnes résolutions de la responsable du temple de la Fée Verte.
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Re: [Quête Initiatique - Arlène Kwinzel] Le Vinaigre des 4 Voleurs

Message par Scriabine le Dim 16 Oct - 20:12

Face au témoignage d'Arlène Kwinzel, Scriabine hocha lentement de la tête, ce qui pour elle se traduisait par une sorte de début de respect qu'elle témoignait à la disciple du pique. Celle-ci avait fait bonne impression de par sa capacité à être polyvalente et persuasive. Dans ces conditions, et bien qu'il fût difficile de réellement juger de l'efficacité des actions d'Arlène, on put supposer que c'était parmi celles qu'il fallait entreprendre.

À ce titre, et alors que la décision avait déjà été partagée avec les autres Têtes — et peut-être même le Valet Noir —, Scriabine remis solennellement la carte du 7 de pique à Arlène, qui affirmait la confiance croissante que la Main plaçait sur la disciple du Pique. Malgré ses excès, qui contribuaient à créer son charme, Arlène recelait de nombreuses compétences dignes de quelques légendes passées de l'enseigne du Pique.


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