[RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

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[RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 17.09.16 18:25

• MISE A PLAT •


Un concert de gémissements et de râles de douleur résonne au fin fond de ce qui s'apparente à une mine qu'on aurait pu penser désaffectée.

« Ma jambe, ma jaaaaambe... se lamente quelqu'un.
- …-f-f-folle. 'veux pas crever ici. Pas... Naaaaaaaan ! hurle un autre.
- Aaaaaaaargh ! » gargouille un dernier.

Une voix aimable et masculine se fait entendre, par-dessus les plaintes.

« Messieurs, j'espère que vous avez pris autant de plaisir à discuter avec nous que nous en avons eu à traiter avec vous. »

Un rire, haut perché, suit la déclaration. La voix reprend, sérieuse.

« Notez bien que la prochaine fois – si prochaine fois il devait y avoir – les choses ne se passeraient pas aussi bien qu'aujourd'hui. Arlène, très chère, tout est-il en place ?
- Autant en place que leur attitude était déplacée, trésor
, répond celle qui riait quelques instants plus tôt.
- Parfait ! Il est donc l'heure de quitter nos amis. Gageons que ces forgerons amateurs auront retenu la leçon : on n'écoule pas sa marchandise en cassant les prix. C'est très vilain.
- Trèèèèèèès vilain. Ouh, les affreux ! »


Une supplique retentit, plus sonore que les autres.

« Lai-Laissez-nous au moins le coffre... S'il vous plaît... »

Un rire moqueur.

« Le coffre ? Oh, ça ? Tenez, si cela peut vous faire plaisir. »

Un objet massif tombe au sol, occasionnant un soupir de soulagement ainsi que quelques balbutiements de gratitude, et la voix calme conclut :

« Messieurs, au plaisir de ne pas vous revoir de sitôt.
- Au revoir, mes tout beaux ! »
ajoute sa camarade.

Deux personnes s'éloignent, laissant l'écho de leurs pas résonner sur le revêtement rocheux.

« Hâtons-nous, je préférerais que nous soyons le plus loin possible lorsque les charges ex... »

Le souffle d'une déflagration, suivi du mugissement d'une détonation, coupe l'homme au ton docte en plein milieu de sa phrase et le propulse au sol. Sa compagne subit le même sort.

Quelques acouphènes, une perte d'équilibre passagère et un rire tonitruant suivent ce feu d'artifice en intérieur.

« Emyyyyyyn, glousse la détraquée, ces nouveaux jouets sont faaaabuleux ! »




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Message par Arlène Kwinzel le 17.09.16 18:42

• OS SECOURS •


Une lame vibre dans l'air, accompagnée d'un cliquetis féroce.

« Non, mon Emynence, je suis certaine d'avoir correctement posé ma question. On aurait dû passer à droite après la deuxième porte. »

Une détonation, suivi de deux autres, rapprochées. Des claquements irrités se mêlent aux cliquetis.

« Manifestement, le tas d'os n'a pas bien compris la question, il nous a aiguillés directement dans ce qui semblait être une ancienne salle des gardes. »

Un roulé-boulé grelottant. Cette fois, le cliquetis est celui d'objets légers tombant au sol.

« Bah, ils y bouffent tous les pissenlits par la racine, maintenant. Doublement, même. Hihihihiiii ! »

Le son de la pierre qui se fend. Les cliquetis se font rares et les craquements se multiplient.

« Ça, pour être morts, il sont... Han ! Morts et bien morts ! »

Une série d'impacts et de fractures.

« Ça expliquerait les têtes de déterrés que tirent ces os laids ! »

Le fracas d'une armure qui entre en contact avec le sol. Silence.

« Et de quatre ! Je prends les caveaux de gauche.
- Et moi, je reste adroite ! On aurait difficilement pu imaginer que le pillage de tombes en ta compagnie s'avérerait aussi... mortel.
- Quel vilain mot !
- Tu préfères « archéologie », mon joli ?
- Quitte à choisir, oui et... Oh, joli torque funéraire ! »





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Message par Arlène Kwinzel le 17.09.16 18:55

• NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA •


Des objets s'écrasent contre une surface solide - sans doute un mur de torchis. Des piaillements horrifiés ponctuent chaque impact. Ils redoublent d'intensité lorsqu'un liquide se met à gicler des projectiles explosés.

Le battement d'une paire d'ailes de cuir fait renaître l'espoir dans le cœur d'une dizaine de couveuses opprimées.

« Ah, le voilà enfin, ricane l'un des deux lanceurs.
- Petit-petit-petit
, chuchote facétieusement l'autre. »


• • •


Le jour se lève sur la campagne amaknéenne.
Jappemulou, Tofu Royal de son état, sort sa tête de sous son aile et, de ses yeux d'un bleu tout aussi royal que sa personne, embrasse du regard son royaume : le plus beau tofulailler des environs.

Récemment retiré du champ de course, ce champion de la vitesse se prépare à profiter des joies de la retraite et de ses innombrables concubines. La matinée promet d'être belle, il est l'heure d'aller saluer le soleil et de réveiller les humains à son service.

Tout est calme, dans le tofulailler. Sur le passage de Jappemulou, les pondeuses tremblent d'émoi et restent silencieuses.

Parvenu sur le seuil du bâtiment, l'animal gratte la terre de ses ergots acérés et se prépare à pousser un piaillement dont il a le secret lorsqu'un morceau de coquille venu d'on-ne-sait-où lui choit sur le crâne – qu'il a fort couronné.

Perturbé, à la limite de la rogne, Jappemulou scrute les environs sans parvenir à identifier l'irrespectueux téméraire qui vient d'oser s'en prendre à son auguste personne... et un autre débris calcaire s'écrase juste devant le bout de son bec.

Le Tofu Royal s'élance dans la basse-cour, se retourne et se fige soudain : la devanture du tofulailler est maculée de restes d'oeufs royaux !

Jappemulou hoquette, ivre de rage et le cri qu'il s'apprêtait à pousser s'étrangle au fond de sa gorge lorsqu'il aperçoit, découpée et clouée à la façade, la paire d'ailes aussi sombres que la nuit de son fidèle second, un Batofu d'exception.

« Il est réveillé, tu penses ?
- Vu l'heure, oui.
- Il retournera sur le champ de course ?
- Evidemment. Après tout, nous venons de lui faire une offre qu'il ne peut pas refuser. »





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Message par Arlène Kwinzel le 17.09.16 22:15

• LA LAINE CHARGEE •


« On ne dit pas « bêêêê », on dit « comment ? », malappris ! Tiens, prends ça. »

Une plainte animale répondit à cette saillie et le cliquetis régulier de ciseaux de tonte s’éleva du fond de l’étable.

« Qu’est-ce que ça sent mauvais ! se plaignait une voix aiguë.
- Il faut souffrir pour être…
- Belle ?
- Non, riche
, rectifia un homme sur un ton docte.
- Oh… L’un vaut l’autre. »


Quelques sabots martelèrent le sol, leurs propriétaires semblaient ravis de fuir à l’opposé des lames d’acier. Une exclamation retentit, ponctuée d’une série de carillons.

« Emyn, celui-là a failli me mordre, quelle sale bête ! s'indigna la femme.
- Il a du goût, voilà tout, glissa flatteusement son homologue masculin.
- J’t’en ficherai de la revente de laine… Si seulement on était plus nombreux à les tondre…
- Les autres ont leurs propres tâches, et nous n'aimerions pas forcément être à leur place !
- N’empêche que c’est nous qui pataugeons dans la paille crottée. Tiens, je te parie que l’odeur va nous coller à la peau pendant des jours ! »


La diatribe de la râleuse aux grelots fut interrompue par une porte qui claqua. Un bêlement furieux se fit entendre et un sabot commença à racler le sol avec agressivité.

« Emynet ? Y en a un gros, là-bas. »

Le bêlement reprit de plus belle, aussi puissant que la bête était massive.

« Oh ? Ce doit être le chef du troupeau. Sa taille parle pour lui. »

Le dénommé Emyn lâcha tout de même un sifflement admiratif.

« Et toute cette laine – la meilleure des environs… Il a un sacré paquet de Kamas sur le dos.
- Le pauvre,
railla son interlocutrice, il doit mourir de chaud ! Si seulement quelqu'un pouvait se charger d'améliorer son sort...
- Heureusement que nous sommes là pour penser à son bien-être…
- … et le débarrasser de cette toison si encombrante. »


Deux rires. Une cavalcade.


• • •


« Dis donc, j’ai un doute affreux…
- Lequel, chère Arlène ?
- A-t-on prévenu le propriétaire du troupeau que nous nous sommes mis de notre propre chef à son service afin de récolter la laine de son cheptel ?
- Il ne me semble pas, non.
- C’est bien ce que je me disais. Allez, fouette, cocher ! »


A cette annonce, deux roues cerclées d’acier grincèrent. Arlène gloussait.

« Hihihi, n’empêche…
- Quoi ?
- On peut dire qu'il s'est laissé tondre la laine sur le dos !
- Héhéhé, bien vu ! »




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Message par Arlène Kwinzel le 17.09.16 23:07

• SCIENCE SANS CONSCIENCE  •


Ça craque sous les pieds : la chitine cède sous les semelles tandis que les planches de bois vermoulues depuis des éons gémissent sous le passage de deux âmes égarées en des lieux depuis longtemps oubliés.

« Attention, Arlène, tu en as un dans les cheveux !
- Raaaah,
peste la jeune femme, encore un ? C’est pas vrai ?
- Là, là, le voilà parti
,  la rassure un homme de petite taille. »

L’insecte délogé, un scarafeuille immature, bourdonne et s’en va chercher un meilleur accueil sur un autre support.

Le grondement d’une lourde porte de pierre trouble la quiétude des lieux, il est instantanément suivi d’un déclic sonore et du roulement peu rassurant d’une sphère pesant dans les deux quintaux.

L’homme se racle la gorge et se tourne vers sa comparse.

« Généralement, dans ce genre de situation, on…
- On court, oui.
- Si possible rapidement ?
- C’est préférable.
- Et on évite de perdre du temps à papoter alors qu’une mort relativement certaine vient à notre rencontre, c’est ça ?
- C’est le plan, effectivement.
- On se retrouve dehoooooooors…  
- Sacré Emyn, toujours le mot pour mourir ! »



• • •


Une course effrénée et un mur défoncé plus tard, les deux explorateurs reviennent sur leurs pas, sains, saufs et passablement essoufflés.

« Bon, c’est joli, hein, lâche Arlène. Y a pas à dire, mais c’est quand même pas très enrichissant comme sortie. Financièrement, je veux dire. Culturellement et émotionnellement, ça vaut le détour, c’est sûr, mais bon... Qu’est-ce qu’il te faut, déjà ?
- De quoi incuber des êtres vivants. Un peu comme cette espèce de larve ou de nymphe, là-bas, dans le fond…
- Ou comme cette nymphette à tes côtés, grand fou ?
- Je me contenterai du liquide contenu dans cette espèce de cocon
, plaisante le petit Emyn. C’est gigantesque ! Tu as vu ça ?
- Disons qu’il serait difficile de passer à côté vu qu’il luit dans la pénombre et doit être tellement large qu’on n’en ferait pas le tour si nous étions deux fois plus nombreux.
- C’est pas faux.
- Y a quelque chose que tu n’as pas compris ?
- Quelque chose que… Pardon ?
- Je te charrie, mon grand ! On procède comment ?
- Je propose de percer un trou dans la paroi et de récolter quelques échantillons dans un premier temps.
- Et… Et la bestiole à l’intérieur ?
- Oh, disons que c’est pour la Science et que le chemin de cette dernière est parsemé de pierres tombales. Il faut savoir donner de sa personne et, aujourd’hui, c’est au tour de cette créature. »


Quelques coups bien placés ont tôt fait de venir à bout de la paroi translucide et luminescente. En jaillit à gros bouillons un puissant jet d’un liquide à l’odeur forte et rance. Une fragrance qui attire immédiatement des nuées bourdonnantes de scarafeuilles immatures.

« Ça recommence ! Emyn, fais quelque chose !
- Une ou deux torches bien placées et ils…
- … n’y verront que du feu, hihihihihiiii ! »


Les insectes mis en déroute, le bourdonnement disparaît avant d’être remplacé, quelques temps plus tard, par un vrombissement des plus sonores.

« Et voilà, ils reviennent à la charge. Tu as tout ce qu’il te faut ?
- Ça devrait faire l’affaire. La bestiole est fichue, par contre et… Arlène ? »


La rieuse n’écoute manifestement plus son compagnon, focalisée sur la source du vrombissement, toujours plus important.

« Eh bien, Arlène, qu’y a-t-il ?
- Mon doux bellâtre, si tu ne veux pas passer d’Emynence grise à un Emynuscule tas de pulpe sanguinolente, je te conseille de faire quelques pas sur le côté. Tu as un Scarabosse Doré au-dessus de la caboche. »



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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 18.09.16 12:38

• HOUYOUGONAKOL •


Quelques coups furent frappés sur un mur de carton-pâte, rendant un son creux attestant de l’artificialité de l’édifice.

« Tout ça paraît bien fragile, cher ami, lâcha un homme sur un ton las.
- T-Tout n’est qu’illusion ici, v-vous savez ce que c'est… répondit un autre. »

Les coups reprirent de plus belle et s’achevèrent sur un craquement.

« Arlène, voyons, ce ne sont pas des manières !
- Je ne comprends pas, Emynou, je ne faisais qu’avancer le pied et ce mur s’est jeté juste sur son trajet. Quelle imprudence de sa part ! »


Un soupir angoissé se fit entendre.

« S-S’il vous plaît, écartez-vous…
- Oh, je crois que nous allons faire mieux que cela, très cher. Il est temps pour nous d’aller rendre visite à votre attraction-vedette. Votre maison hantée se trouve dans cette direction, si je ne m’abuse ?
- Oui, m-mais…
- A tout à l’heure ! »
lança, sur ton réjoui, la carillonnante Arlène.

« On revient vite, beau gosse, attends-nous ! »
jugea bon d'ajouter la destructrice de décor amusée.


• • •


La petite musique des horreurs en fond sonore, nos deux « touristes » progressaient à l’intérieur d’une bâtisse dévolue aux joies du frisson et de la surprise. Les hululements des spectres de pacotille et les suçons des vampires reconvertis ajoutaient un soupçon de fantastique à l’ambiance délétère qui règnait – ou essayait de régner – en ces lieux prisés des amateurs de sensations fortes.

« Comment je pouvais savoir que ce n’était pas un automate, moi, hein ?
- Peut-être en faisant attention aux cris qu’il poussait lorsque tu lui as cassé le poignet, non ?
- Tu peux parler, oh ! Ce n’est pas moi qui ai réduit ces Gargrouilles et ce gros suceur de sang en poussière. »


Emyn haussa les épaules et répondit sur un ton fataliste.

« Ils paraissaient déterminés à nous empêcher d'atteindre le cœur de la maison.
- La cuisine ? Quel homme
, gloussait Arlène ! Tiens, en parlant d’attraction…
- Oui, il semblerait que nous touchions au but. »


Un hurlement sépulcral jaillissait des tréfonds de la salle dans laquelle le couple venait de pénétrer. Les lumières s’éteignaient par à-coups et cessèrent finalement d'émettre leur lueur blafarde.
Un liquide verdâtre et fluorescent commençait à suinter des murs tandis qu’une forme massive, éthérée et moustachue sortait du plancher à l’aspect défoncé.

Le bruit sec et répété de deux pompes manuelles en pleine action brisa l’élan fantasmagorique du Boostache.

« Le pauvre, il semble déshydraté. Arlène ?
- A la tienne, mon gros ! »


Deux jets d’eau pressurisée accompagnèrent ce toast et les cris de l’entité spectrale redoublèrent tellement d’intensité qu'on les entendit de l'autre côté de la foire du Trool. A un détail près : il ne s’agissait plus de rugissements destinés à terroriser les deux visiteurs, mais de gémissements d'effroi et de douleur.

« Ne croise pas les effluves, Emynipote ! expliquait joyeusement Arlène.
- Pourquoi donc ? s’étonna l’arroseur court sur pattes.
- Au prix où est l’eau bénite, ce serait gâcher, hihihihiiiiii !
- Hahaha ! »



• • •


« Vous savez désormais à quoi vous attendre si vous refusez de contracter notre police d’assurance. Rendez-vous bien compte qu'il est à la portée de n’importe qui de pénétrer et d’aller s'en prendre aux occupants de votre plus gros manège. »

Un silence éloquent répondit à cette affirmation.

« J’pense pas que du monde veuille voir un Boostache dépressif… Pas vrai, Emyn ?
- Certainement pas. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire, très cher. »


La pointe d’une plume crissa à plusieurs reprises sur le papier tandis que deux mâchoires particulièrement serrées grincèrent de dépit.

« C’est un réel plaisir que de faire affaire avec vous. N’hésitez surtout pas à nous contacter si le besoin s’en faisait sentir.
- On repassera la semaine prochaine pour le premier versement, prends soin de toi, mon chou ! »


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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 18.09.16 21:32

• MICROKROSMOZ •


Le claquement métallique d’une paire de lames fut suivi d’un couinement suraigu.

« Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est qu’il n’y a rien de personnel là-dedans, annonce doctement la voix d’un homme.
- C’est vrai, quoi. Tout le monde veut gagner sa croûte
, ajoute celle d’une femme, manifestement moqueuse.
- Et, des croûtes – de pain ou de fromage – on vous en donnait, il me semble. A foison
, énonce à regret le premier individu.
- Mais non… »


Nouveau claquement sonore. Deuxième cri haut perché.

« Non, ça, non, il a fallu que Môssieur tente de la jouer solo, reprend la sarcastique. »

Une paire de ciseaux s’ouvre et se referme dans le vide, manifestement dans une manœuvre d’intimidation.

« Tu penses que ça nous fait plaisir de venir ici ? Tu crois qu’on n’a rien de mieux à faire ?
- Kankrounet, ou quel que soit ton blaze… Tu fais perdre du temps à tout le monde – Emyn, moi, tous les autres – et  c’est d’un pénible… Tu nous avais habitués à beaucoup mieux.
- C’est quand même fou ! Vous étiez grassement rétribués pour envahir les cloisons des maisons qu’on vous désignait. »


Un énième pépiement aigu s’élève, chargé de douleur et de protestations.

« Comment ? Tu y comprends quelque chose, Arlène ?
- Rien du tout, coquin. Il baragouine quelque chose. Ah, j’y suis : c’est ta patte, c’est ça ? Tu la trouves dépareillée par rapport à celles qui ont déjà sauté ? Attends, mon grand, ne bouge pas, je vais t’arranger ça. »


Les ciseaux se referment une troisième fois et mordent dans la chitine d’un segment insectoïde.

« T’es tout de suite plus présentable comme ça ! Oh, ne te plains pas, il t’en reste encore suffisamment pour te gratter les élytres et l’abdomen en même temps. Z’êtes quand même sacrément chanceux, vous autres les Vilinsekts. Toutes ces pattes, j’en serais presque jalouse… »

Quatrième claquement.

« Tiens, ça t’apprendra. Et p’is ça te fera réfléchir aussi. S’tu veux garder tes deux dernières pattounes, arrange-toi pour ne plus avoir à nous faire revenir ici.
- Remets-toi au boulot
, assène un Emyn blasé sur un ton menaçant. Renvoie les grouillots à leurs postes et fais-toi oublier. Autrement, on reviendra faire le ménage. Et quand je dis « ménage », c’est au sens propre. Le genre de propreté qui fait horreur aux représentants de ton… espèce. »


• • •


« Ça ira, selon toi ? Ils vont se remettre au boulot ?
- Il faudra bien, sans quoi il faudra assainir les combles. Et introduire de nouvelles troupes dans les parages. Ce ne sont pas les prétendants au « trône » qui manquent chez les Vilinsekts.
- Bah, au bout d’une semaine ou deux, les effectifs seront de nouveau au complet. Ils se reproduisent à une de ces vitesses ! Et puis toutes ces pattes, ça ouvre tellement de perspectives ! Tu as vu comment ils… »




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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 19.09.16 18:27

• MAUVAISE GRAINE •


Les massacreurs Bhauts, non contents d’avoir plombé le marché de la Main du Valet Noir dans le domaine des galets de contrebande, avaient porté leur intérêt sur les ressources à bas prix et autres produits de première nécessité : en l’occurrence, les composants de base de l’industrie alchimique.
Dès lors, ce n’était plus quelques groupes d’aventuriers épars que l’on voyait fouiller les bosquets et les parcelles agraires de Terra Amakna, mais bien d’insatiables légions entièrement focalisées sur la déforestation et l'extermination systématique de la faune locale.

Emyn Nuil et Arlène Kwinzel avaient donc été désignés pour mettre un terme à ce fléau ou, du moins, endiguer considérablement la menace des Bhauts.

« J’ai toujours su que nous étions les gentils, dans l’histoire. Mais si l’on m’avait dit que tu me proposerais d’aller cueillir des fleurs pour sauver la campagne, je n’y aurais pas cru ! Tu es un grand romantique, en fin de compte, jacassait la moqueuse.
- Oh, tu sais, si l’on peut joindre l’utile à l’agréable…
minauda son interlocuteur de petite taille.
- Ooooh, flatteur ! On ne m’avait jamais appelée « gréable ».
- Il y a un début à tout ! »


La lourde double-porte d'une grange gémit et l'être à la verticalité contrariée inspira l'air ambiant à pleins poumons.

« Aaaah, que j'aime l’odeur de la moisson au petit matin !
- C’est bien, chaton, reste dans la thématique de l’herbe coupée… sous les pieds des sales bottés. »


Deux déflagrations, trois détonations et un embrasement de parcelle d’orge plus tard, les deux compères parvinrent devant la créature qui exerçait son emprise sur les champs aux alentours.

« T’as besoin de quoi, déjà, Emygnonet ?
- D’à peu près tout son organisme, mais pas de sa vie.
- Arrachons donc cette mauvaise herbe ! »


Aussitôt dit, aussitôt fait. Le cadavre flétri d’un Tournesol Affamé chargé sur leur dos, les deux scélérats s’en repartirent d’où ils étaient venus, sans un seul regard en arrière. Bien malheureux serait le paysan désormais dépossédé de son garde-chiourme naturel.

« Si je parviens à isoler des pousses saines, je devrais pouvoir en faire des greffons viables. Nous pourrons alors transformer d’autres plantes marchantes de la même essence en redoutables gardiennes de récoltes. A condition que les propriétaires locaux soient prêts à y mettre le prix !
- De toute façon, ils n'auront pas le choix : c'est ça ou la faillite. Et puis je suis prête à parier qu'ils ne laisseront pas passer une occasion de lancer un avertissement aux Bhauts. D'autant plus que ce serait dit… avec des fleurs ! Hihihihihi ! T’as compris ? Avec des fleurs !
- Hahaha ! Elles devraient leur donner du fil à retordre, c'est vrai.
- Tous les moyens sont bons, du moment que les Bhauts bottent en touche... »


Nouveau rire hystérique.




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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 19.09.16 23:02

• LES BRONZES FONT DU TRI •


De l'iode. De l’iode partout. Dans les narines, dans les sinus, dans le moindre recoin. Et du sable. A foison. Sur deux épidermes, sous deux paires de pieds et à l'intérieur d'autant de bottes. Contre les dents, aussi. Il crisse. Les oiseaux de mer, eux, criaillent. Les vagues indolentes viennent, reviennent et s’écrasent sur la grève, sempiternelles paresseuses.


• • •



Quelques crabes se repaissaient déjà des dépouilles de créatures marines ayant eu le malheur de sortir des eaux pour répondre à l’irrésistible appel à l’aide du petit monarque de la plage.

Qu’ils soient bleus, blancs, verts ou orange, les Pichons flottaient sur le dos, les nageoires pointées vers le ciel, bercés par le ressac.
Deux solides Raul Mops vinrent mordre la poussière et s’écraser pesamment de part et d’autre d’un individu aussi chétif que spongieux.

« Ben alors, Mobichou, c’est comme ça qu’on accueille les amis ? » lâcha une visiteuse pleine d'entrain et coiffée de grelots.

« La porte était fermée, on a dû creuser notre propre entrée dans le mur de ton… château. Pas terrible, le sable, d’ailleurs. Tu devrais changer de matériau de construction ! »

Un rire léger suivit cette déclaration.

« Oh, gageons que notre candide bout d’éponge ambulant saura se souvenir de ce conseil, Arlène. Mais nous ne sommes pas venus pour discuter architecture. »

Les deux individus, malgré leur air affable, se campèrent de chaque côté de l’objet de leur attention. La menace était sous-jacente.

« Figure-toi qu’on passait dans le coin… reprit la femme.
- … et que nous avons remarqué que cela faisait longtemps que nous ne t’avions pas rendu visite, ajouta son compagnon.
- Ni une ni deux, tu nous connais, nous en avons profité pour venir te saluer, mais une fois rendus devant la planche vermoulue que tu nommes « pont-levis »... STUPEUR ! »


Arlène en faisait des caisses.

« Nous avons été dépassés par une horde de touristes pressés de découvrir ton édifice. Pas de chance, hein ?
- Comme nous sommes relativement bien élevés – enfin, surtout Emyn – nous avons décidé de nous mêler au groupe qui partirait lors de la visite suivante
, acquiesça la carillonneuse.
- Aussi nous sommes-nous installés sur la plage, pas loin des contreforts de ce splendide château qui fait ta fierté. Et au beau milieu d’une horde de plagistes grillant au soleil.
- Tout d’un coup, une espèce de rigolo a déboulé de nulle part, les bras chargés de cagettes et un grand sourire vissé sur le visage. Figure-toi qu’un attroupement s’est aussitôt formé autour du bonhomme. Moi… »

Emyn leva les yeux au ciel.

« Curieuse comme elle est…
- … je suis allée voir ce qu’il vendait, ce pauvre garçon. Eh ben tu ne me croiras jamais, mais il refourguait de la crème solaire à un prix… Ouhlala ! Rien que d’y penser, je pleure la détresse de toutes les bourses de la plage.


Le petit homme s'était rapproché de sa victime.

« De la crème solaire, Mob, ça te dit quelque chose ? »

Chaque syllabe de cette dernière question avait été détachée de ses voisines et prononcée sur un ton inquisiteur.

L’hôte involontaire n’avait pas pipé mot depuis le début de cette rencontre et, sous l’effet de la pression qu’il subissait, il avait perdu les deux tiers de son volume, humidifiant généreusement le sable qui avait bu ses fluides corporels, avide, sous ses tongs.

Son oppresseur lui tendit un pot d’onguent bleuté.

« Je t’ai posé une question, l'Eponge : ça te dit quelque chose ? »

Le dénommé Mob rapetissa de nouveau. Il ne savait plus où se mettre. Arlène, aussi loquace qu'à l'accoutumée, reprit :

« Une sacrée camelote, dis donc !
- Vendue par des charlatans !
asséna Emyn, irrité.
- Jette un coup d’œil à l’étiquette : « Crème miraculeuse de la Mer d’Asse ». Pfff, n’importe quoi ! »

Le pot fut balancé au loin, avant de venir heurter un oiseau de passage qui poussa un juron aviaire que la décence nous empêche de traduire ici.

Le petit disciple de Xélor renchérit, sur un ton docte et moralisateur :

« Seule notre crème solaire modératrice de bonheur aux treize algues minérales est digne de figurer sur le marché.
- Cette crème est une vraie crème solaire de méditation
, cita Arlène. D’ailleurs, la liste des composants est écrite dans la langue des moines méditatifs l’ayant préparée aux confins du pays. Tiens, si tu plisses les yeux, tu peux même lire le nom de leur temple : « Médi… tayewouane ».
- Sans compter qu’elle est beaucoup moins chère que celle qu’on a retrouvée vendue sur ta plage. »

Les deux escrocs, aimables, tapotèrent gentiment le dos totalement déshydraté de la pauvre créature qui avait cru qu’elle pourrait les doubler en permettant à une entreprise concurrente de refourguer ses produits sur son territoire, moyennant une commission des plus avantageuse sur les ventes réalisées.

« T’as voulu jouer
, l'acheva Arlène. Et t’as perdu. Comme ce pauvre revendeur qu'on risque de retrouver sous peu pendu dans un four, à quelques encablures du rivage, les veines ouvertes et l'estomac blindé d'une bonne dose de cyanure. La milice conclura à un suicide, assurément, lâcha-t-elle innocemment.
- On mettra ça sur le compte de l’appât du gain
, enchaîna Emyn. Preuve, s’il en est, que tu as fait tienne l’une des particularités de l’esprit humain. Tu fais des efforts pour t’intégrer, c’est bien, mais tu manques encore d'un peu de jugeote…
- Ce qui te vaudra le gel de ton pourcentage sur les trois mois à venir. C’est bien ce que tu avais dit, Emyn ?
- Tout à fait, Arlène, tout à fait.
- Et la prochaine fois, ça te coûtera bieeeeen plus cher, si tu vois ce que je veux dire… Couine si tu as compris ce que je sous-entendais, mon bouchon. »


L’éponge humanoïde, désormais sèche et légère, émit un très faible sanglot.

« Il a compris, Arlène. Il n’y aura pas de « prochaine fois ».
- Brave garçon. »






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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 21.09.16 16:07

• SI VIS EBRETIAS PARA BELLUM •


« Eh ben, c’est qu’on boit, ici ! » s’exclama une Arlène dont les grelots résonnaient dans l’imposante salle des fêtes bwork du village éponyme.

Les grandes tables croulaient encore sous le poids des chopes et des reliquats peu reluisants d’une beuverie récente. Une odeur de sueur, de vomi et d’alcool empuantissait l’atmosphère.

Emyn Muil errait entre les quelques bancs qui ne gisaient pas à terre tandis que sa comparse au couvre-chef loin d’être discret s’indignait :

« Et ils voudraient nous faire croire que leurs réserves sont à sec ?

- Ah, ces hypocrites ! lâcha le petit homme. Ils ont un bar bien planqué, oui ! Ça ne va pas se passer comme ça !

- Bien dit, mon tout beau, l’attisait Arlène. Montre-leur de quel sable tu te chauffes ! Ah, ils ne connaissent pas le Serpète-Minute, c’est certain ! »


• • •


Quelques portes défoncées et une dizaine de crânes enfoncés plus loin, l’inénarrable binôme pénétrait dans une énième pièce haute de plafond. Tout n’y était que démesure destinée à impressionner l’imprudent lambda qui aurait osé s’aventurer aussi profondément à l’intérieur du siège – bien que « tabouret » aurait été un terme plus adapté – du pouvoir Bwork. Avec une majuscule pour mettre l’accent sur le « Beurk » sous-jacent.

Des crânes, à divers stades de décomposition, étaient délicatement empalés sur des pics fichés dans la terre battue qui tenait lieu de sol plus ou moins égal. Quelques torches flambaient afin de faire reluire les armes – fonctionnelles, massives et généralement rouillées ou recouvertes de reflets brunâtres aux origines que nul ne chercherait à déterminer – que l’on avait empilées, çà et là, et, des rares ouvertures pratiquées dans les parois de la structure, jaillissaient des rayons de soleil fatigués.

Une véritable haie d’honneur osseuse – aussi macabre que peut l’être une cage thoracique géante – guidait le regard sur un trône planté au sommet d’un monticule de trophées organiques croulant sous la charge d’un postérieur proportionnel aux dimensions du lieu.
La Bworkette affichait un air las et l’entrée des deux visiteurs ne fit naître aucune émotion visible sur son visage aussi gras que disgracieux.

« La voilà, la bougresse ! » s’écria Emyn.

Une série de pas rapides, ponctuée de deux-trois regards noirs, s’acheva au pied du cairn d’ivoire, alors que jaillissait une escouade de Bworks baraqués. Les gardes du corps de l’autorité locale, à n’en pas douter.

Sans se démonter le moins du monde, faisant fi de la bienséance – qui n’est pas un gros mot chez les Peaux-Vertes, contrairement à ce que l’on pourrait penser – Arlène apostropha la dirigeante grassouillette.

« Ben alors, ma grosse, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? »

Les êtres musculeux se dévisagèrent, ils ne comprenaient, semblait-il, pas la question. La taulière ricana en déroulant sa prose et en caressant le fil de la lame de son hachoir personnel.

« Pad moviett issi. Houst-houst, gagedé sinon bobo. Peti zozio perde leur zèl. Retour ché mama lé kassos. »

Heureuse d’avoir suscité une réaction chez leur interlocutrice, l’agile Arlène se tourna vers son minuscule compagnon, un sourire perplexe vissé sur son visage fardé de poudre de riz.

« Kassos » ? T'y comprends quelque chose, bouchon ?

- Je crois qu'elle nous insulte.

- Ouh, la vilaine !

- Réglons ça par la diplomatie des armes, je propose !

- Motion adoptée à l'unanimité. Hé, ma belle, tu descends ou ‘faut venir te chercher ? »


Cette saillie et le ton qui l’accompagnait furent le signal que les Bworks attendaient pour laisser libre cours à leur agressivité.

Mal leur en prit.

L’affrontement tourna court et, s’il fallait en retenir quelque chose, ce serait que les familiers ailés du mage local s’inséraient relativement difficilement - ou alors avec beaucoup de lubrifiant - dans le fondement verdâtre de la méritocratie bwork.

L’attitude des indigènes avait changé, comme en témoignait certaines modifications dans leur comportement – outre le fait qu’une bonne partie d’entre eux se massait douloureusement le cuir.

« Je crois qu'elle a... hésita Arlène. Je crois qu'elle a apprécié la négociation. Elle semble dans de meilleures dispositions. Oh, et regarde ses copains, tout en sueur et souriants... Oulalaaaah ! »

L’acrobate dévorait du regard les Peaux-Vertes luisantes d’effort. Conscients ou non de leur petit effet, les fidèles de la Bworkette comparaient leurs plaies et faisaient rouler leurs muscles tout en jetant de fréquents coups d’œil appréciateurs en direction des auteurs de leurs maux physiques.

La beauté callipyge au hachoir émoussé souriait désormais à pleins crocs.

« Ahah ! Ça lui apprendra : voilà comment on négocie avec la Main du Valet Noir !

- Et que coule la bière ! lança l'équilibriste.

- A flots ! » renchérit l'alchimiste.


• • •


La légitimité du Valet Noir à pouvoir revendre l’alcool issu des brasseries du village des Bworks en-dehors de celui-ci ayant été restaurée par la force, les tripots affiliés à l'As de Pique purent de nouveau écouler la fameuse « pisse de gob » estampillée « Médine blaude ».

Au plus grand bonheur des taverniers de la Main et au grand dam des organismes des membres de leur clientèle.



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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 23.09.16 19:24

• SIX PIEDS SOUS TERRE •


Et grouillent les volatiles invisibles. Et perce la canopée leur babil subtil. Et bruissent les bambous qui s’entrechoquent.
L’air est lourd, l’atmosphère humide, à moins que ce ne soit l’humidité qui soit atmosphérique et la lourdeur qui soit aérienne ? La touffeur des lieux, non contente de participer grandement à la croissance de la flore locale, n’invite pas à la réflexion et a tôt fait d’embrouiller les esprits les plus cartésiens en même temps qu’elle fait fondre les cœurs les plus gelés.

La vie prolifère dans la bambouseraie et c’est justement la raison de la venue de deux têtes bien connues. L'une d'elles est coiffée de grelots aussi sonnants que virevoltants tandis que l’autre culmine à moins de cinq pieds au-dessus du sol.
Les deux individus, une femme souple et un homme grisonnant, se frayent un chemin à travers la végétation, suivant un sentier à moitié effacé. Les insectes locaux ne les importunent plus depuis que le nabot a épuisé l’équivalent de trois pulvérisateurs remplis d’une solution à l’odeur épouvantable, ce qui a eu pour effet notable d'endiguer considérablement le nombre de plaintes et de jérémiades de son acolyte.


• • •


Il fait désormais moins clair. Les lieux ont changé et, si l’humidité se fait encore sentir, la chaleur est à présent moins étouffante. Les deux randonneurs ont pénétré depuis une poignée de minutes à l’intérieur d’une galerie souterraine. Les sonorités de la jungle se font plus distantes et ne sont maintenant plus que les échos de celles qu’elles étaient plus tôt dans la matinée.

La plus agile des deux spéléologues brise le silence cavernicole.

« On n’en a pas vu un seul dehors. ‘faut dire qu’ils doivent bien se cacher...

- Se camoufler, Arlène. Se camoufler, la corrige doctement Emyn Muil.

- C’est forcément ici, tu en es sûr, bouchon ?

- Vu le nombre de végétaux à silhouette humanoïde, j’en mettrais ma main à couper.

- Ne lance pas de paroles en l’air, Emynistre ! raille la jeune femme qui se fait soudainement pensive. M’enfin, c’est vrai que le gros buisson à l’entrée avait tout d’un athlète. »

Nouvelle pause. On croirait entendre grincer des rouages cachés sous le crâne féminin.

« Alors, c’est bien vrai ? Le petit peuple de la sous-bambouseraie a décidé de faire la peau à nos braconniers ?

- Il faut croire que oui ! soupire le petit homme.

- Tssssk ! C’qui est coupé finit par repousser, et plus vite ici qu’ailleurs ! On entretient les lieux en y prélevant ce qui se revend mieux ailleurs. On participe à l'essor touristique de leur île, ricane Arlène. Peuvent-ils en dire autant ? Pour qui se prennent-ils, ces machins ? s'énerve-t-elle, plus attristée que véritablement fâchée.

- Pour les gardiens de cette jungle, semble-t-il.

- On verra s’ils sont capables de se défendre en plus de protéger les environs, déclare sarcastiquement la rieuse. »



• • •


L’odeur de l’humus se fait de plus en plus forte à mesure que les deux membres de la Main du Valet Noir s’enfoncent sous la surface de la forêt de Pandala. Les racines se multiplient et font régulièrement trébucher les intrus, même l’acrobate aux grelots.

« C’pas naturel, tout ça, affirme Arlène.

- Ça l’est trop, justement, hahaha. Suivons ce cours d’eau. »
 
Des êtres végétalisés – à moins qu’il ne s’agisse de végétaux sur pattes – descendent du plafond de la vaste salle où ses recherches ont mené l’improbable duo. De plus en plus nombreuses, les créatures émergent des murs de terre humide et rougeâtre et viennent se masser, à distance respectueuse, tout autour du binôme.

Ce dernier est, pour l'instant, absorbé dans la contemplation d’un trône de terre cuite sur lequel finit par se jucher l'acrobate.

« Drôle de truc ! Qu’on ne vienne pas me dire que, ça, c’est naturel, lâche-t-elle, sceptique.

- Surtout pour des bambous errants. Tu penses qu’ils ont réussi à fabriquer ça avec les sortes de racines qu’ils ont à la place des mains ?

- Des bambous ? Du p’tit bois en devenir, oui ! Elle réfléchit. Non, ils ont dû faire venir quelqu’un.

- Un maître potier fabricant de chaises ? tente Emyn.

- Tu tiens le bambou, l’arsouille, s’esclaffe sa camarade avant de se rendre compte qu’ils sont désormais cernés. On pourrait leur en proposer un de meilleure facture s’ils cessaient d’enquiquiner nos… récolteurs. »

Son compagnon se retrousse les manches tout en se tournant vers la multitude.

« Pour ce qui est de la facture, il est temps de les faire passer à la caisse.

- Rassurez-vous, les gars, on accepte les petites coupures, lance l'Arlène sur un ton faussement rassurant. Surtout si c’est nous qui les causons !

- Faisons ça vite. Et bien. Je ne tiens pas à m’éterniser ici.

- Tu veux dire que tu ne souhaites pas prendre racine, c'est ça ? Hihihihiiiiihihi ! »



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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 18.10.18 20:22


« Tu voulais m’refiler deux missions, c’est ça ?

- Trois, à vrai dire, mais il y en a effectivement deux qui sont... Disons qu’elles sont un peu particulières.

- Oh ?

- Toutes sont à réaliser en Amakna, du côté de Vérole. La cité est déchirée depuis des années par la rivalité entre deux familles d’adeptes d’Eniripsa, les Bêtise et les Pirâme. Elles ont fait fortune dans la production d’herbes et la concoction de potions destinées au marché des alchimistes et chacune menace l’autre d’un point de vue commercial, lorsqu’elles ne règlent tout simplement pas leurs différends dans le sang. »


Un bâillement ponctua cette déclaration.

« Dernièrement, le commerce des Pirâme et des Bêtise a été mis à mal par l’implantation d’un nouveau concurrent, le Caducée, et ce dernier a systématiquement rejeté les offres d’alliance des deux familles, gagnant rapidement en importance du fait de n’avoir trempé dans aucune vendetta. Aujourd’hui, les familles rivales n’ont plus d’autre choix que de s’unir, par le biais de leurs enfants, afin de supplanter le Caducée et reprendre la première place. C’est ici que nous intervenons.

- Mmh ?

- Capucine Pirâme, l’héritière de la famille Pirâme, doit épouser Montague Bêtise, l’héritier de la famille…

- Bêtise ?

- Bravo. Leurs frères et sœurs ayant tous été victimes du conflit entre leurs deux familles, ils sont les seuls à pouvoir permettre à leur nom de perdurer.

- Mais… ?

- Mais Montague Bêtise craint sa promise. Capucine Pirâme a, en effet, déjà été mariée trois fois par le passé, et elle est devenue veuve très peu de temps après chacun de ces mariages arrangés, héritant de la fortune de son époux du moment. Le jeune Bêtise craint donc d’être le prochain sur la liste des « regrettés » époux de la Pirâme. Il souhaiterait donc que cette dernière le précède dans le trépas.  Si possible, après leur union.

- Et c’est « particulier », ça ?

- En quelque sorte : Capucine Pirâme a mis la tête de son futur époux à prix. Elle offre une coquette somme en échange de sa mort, pourvu que cette dernière survienne, elle aussi, après leurs noces, histoire qu’elle puisse légalement mettre la main sur les biens de son cher et tendre mari.

- Donc… Chacun veut la mort de l’autre ?

- Oui. Pour des sommes sensiblement équivalentes.

- Je prends !

- Les deux contrats ? Tu as bien compris que… ?

- Oui-oui.

- Mais ils…

- Oui-oui.

- Dois-je supposer qu’il est inutile de dire quoi que ce soit ?

- Oui-oui. Hé, tu sais que t’as une fossette qui se creuse dans ta joue droite quand t’es contrariée ? 

- …

- Tu causais d’une troisième mission dans le coin, non ? »



*
*   *


Capucine Pirâme était splendide. Au son de la marche nuptiale interprétée par l’organiste de l’église, elle remontait l’allée centrale au bras de son père, un vieillard qui ne tarderait pas à passer l’arme à gauche, mais qui avait eu le bon goût d’enterrer son épouse et trois de ses gendres – bientôt quatre, espérait-il – avant de rendre son dernier soupir.

Engoncée dans une robe de taffetas blanche, tâchée, ici et là, de quelques perles brunes – à  moins qu’il ne s’agisse de gouttelettes de sang séché, la mariée se pavanait, le menton haut, le port altier, sa mise en pli savamment élaborée et piquée d’autant de fleurs fraîches que de bijoux hors de prix avec, dans son sillage, un cortège de demoiselles d’honneur. Des teneuses de traîne à la porteuse d’alliances, sans oublier les gamines qui jetaient, dans le sillage de la femme en blanc, des pleines poignées de pétales de rose rouge, tout le petit groupe était vêtu d’un uniforme crème – pardon : d’un ensemble d’ensembles crème supplément voilette – et n’avait pour seul rôle que de faire ressortir l’éclat et la beauté de la femme du jour.

Le marié, lui, se mordait l’intérieur des joues, voyant s’approcher la venimeuse créature qu’il était sur le point d’épouser, et jetait de fréquents coups d’oeil à son père ainsi qu’à son clan. Tous l’encourageaient du regard.

Les Pirâme étaient placés à gauche de la nef, tandis que les Bêtise occupait la partie droite de l’église. On avait remisé les épées et les armes à feu et sorti les tenues des grandes occasions. Bill Bêtise, encore chef de son clan, toussota bruyamment lorsque le patriarche des Pirâme le salua d’un hochement de tête.

La promise finit par rejoindre son futur époux auquel le beau-père par alliance de ce dernier prit le soin de confier la main fraîchement manucurée, et, ensemble, ils s’agenouillèrent devant le prêtre des Douze chargé de consacrer leur union autant qu’il avait pour tâche d’officialiser la fusion de leurs deux clans, après des décennies d’affrontements sanglants.

La cérémonie se déroula sans heurts, les alliances quittèrent le coussin de satin tendu par la potiche assignée à ce rôle, ornèrent les annulaires des deux héros du jour, aucun amant ne sortit de l’ombre pour empêcher la bonne tenue des festivités et l’homme de foi déroula son boniment, saluant, tour à tour, les douze statues des divinités du Panthéon, appelant de ses vœux leur bienveillance et leur sagesse dans le but de bénir l’union des clans Pirâme et Bêtise dont les représentants venaient de joindre leurs mains.

Vint le moment fatidique, celui qui laisse toujours ce fol espoir du « et si jamais... » : l’échange des consentements. Si la foule était restée stoïque jusque-là, elle devint de marbre. Chacun tendit l’oreille, bien décidé à ne rien louper de cet instant aussi fugace qu’historique. Le prêtre savourait ce moment et c’est la voix emplie de fierté qu’il posa la question rituelle en s’adressant à la mariée.

*
*   *

Plus tôt, bien plus tôt, au salon d’Oto.

« Donc tout ce qu’ils ont à faire, c’est les porter ?

- C’est cela. Lorsqu’une question leur sera posée, ils ressentiront le besoin irrépressible d’y répondre.

- Irrépréquoi ?

- Disons qu’ils ne pourront pas s’empêcher de répondre à la question qui leur aura été posée. C’est ce que vous souhaitiez, non ?

- Oui… Oui, oui, ça fera l’affaire. Combien j’te dois, mon tout beau ? »


*
*   *


« Capucine Claire Julietta Pirâme, acceptez-vous de prendre pour légitime époux Montague Roméro Léonard Bêtise, ici présent, et vivre avec lui selon la loi des Douze ? L’aimerez-vous, le consolerez-vous, l’honorerez-vous dans la maladie, comme dans la santé, et, renonçant à toute autre union, lui resterez-vous fidèle jusqu’à la mort en unissant le sang de votre lignée à celui de la sienne ? »

La main droite de la mariée luisit brièvement au moment où Capucine ouvrit la bouche :

« Non, je compte bien m’en débarrasser, comme je l’ai fait avec les autres. »

Une bouche qui resta béante, la stupéfaction se lisant sur le visage pourtant voilée de la Pirâme. Que venait-elle de dire ? Elle ne pouvait avoir prononcé ces mots, les ayant seulement pensés !

Le marié, estomaqué, essayait de dévisager sa promise, partagé entre l’incrédulité et la panique. Le curé revint à la charge, gêné :

« Que… Pardon ? Mon enfant, je disais… Acceptez-vous de prendre pour légitime époux Montague Roméro Léonard Bêtise, ici présent, et vivre avec lui selon la loi des Douze ? L’aimerez-vous, le consolerez-vous, l’honorerez-vous dans la maladie, comme dans la santé, et, renonçant à toute autre union, lui resterez-vous fidèle jusqu’à la mort en unissant le sang de votre lignée au sang de la sienne ?

- Et puis quoi encore ? » répondit la principale intéressée alors que sa main luisait de nouveau.

Effrayée par cette expression à voix haute de ce qu’elle pensait en son for intérieur, la Pirâme se récria, prenant l’assistance à parti :

« Non, ce n’est pas ce que je voulais dire ! Qui… Qui a dit ça ?

- Tu… Tu veux ma mo… me tuer ?
Demanda, scandalisé, le jeune Montague.

- Bien sûr que oui, crétin ! Lâcha sa Capucine, alors que sa main droite produisait, une troisième et brève fois, une lueur blanchâtre. Qu’est-ce que… ? s’étonna-t-elle du phénomène.

- Menteuse !

- Traîtresse ! »


La foule commençait à s’agiter. Les deux patriarches avaient volé au secours de leur progéniture. Bill Bêtise réclamait des comptes au vieux Pirâme qui, lui, exhortait le prêtre à poursuivre son office :

« Mariez-les ! Mariez-les !

- Meurtrière ! Meurtrière ! Jamais mon fils n’épousera une meurtrière ! Recule, Montague, tu n’as rien à voir avec ces gens-là, tu vaux bien mieux que cela ! »


Ce fut au tour de l’annulaire droit du marié de luire alors qu’il répondait à son père sans avoir conscience des mots qui franchissaient le barrage de ses lèvres qui avaient perdu toute couleur :

« Non, père : je m’apprêtais moi-même à la faire éliminer. »

Le patriarche du clan Pirâme continuait de harceler le prêtre, qui aurait donné cher pour se trouver ailleurs.

« Mariez-les ! Qu’on en finisse !

- Ta roulure de fille n’épousera pas mon héritier ! »
vociféraient les deux-cent-cinquante livres du géniteur de Montague.

L’insulte fit mouche et le vieillard se retourna pour vriller un regard inquisiteur sur son rival de toujours.

« Comment viens-tu de parler de ta belle-fille, Bill Bêtise ?

- Ma belle-fille ? Ah ! Il faudrait déjà qu’elle le devienne
, s’époumona le costaud.

- C’est ce qui va se passer, Bêtise ! »
Assura le vieux décati.

Le visage empourpré de Bill Bêtise passa de l’indignation à la colère.

«  Pour qu’elle bute mon fils, Pirâme ? Moi vivant, jamais !

- Ça, ça peut s’arranger. »


L’ancêtre héla ses fidèles avant d’agripper l’aube de l’homme de foi :

«  A moi, les gars ! Curé, marie-les !

- Vous entendez, vous autres ?
Rétorqua puissamment le Bêtise. Protégez le cureton ! »

Tels des shushus jaillis de leur boîte, les invités quittèrent précipitamment les bancs sur lesquels ils étaient encore installés quelques instants plus tôt.

Les belles promesses, les rêves de paix et la trêve sacrée furent rompus et sacrifiés sur l’autel de la vengeance. Les deux clans s’étaient levés comme un seul homme. On dégaina les lames cachées, jusque-là, dans des replis discrets – parce que, hé, sait-on jamais, il faut toujours se méfier de cette sale engeance d’en face qui pourrait être venue armée – et on s’attaqua au mobilier de l’église dans le but d’en transformer les fragments en instruments de mort.

Celles et ceux qui n’avaient pas pris la peine de se munir d’un arsenal, même de fortune, s’étaient déjà jetés les uns sur les autres et se livraient à un combat acharné, à grands renforts de coups de poings, de pied, de tête et de morsures.

Quelques rares personnes avaient entrepris de barrer les portes avant de foncer rejoindre le tas grouillant des belligérants : ce serait l’occasion ou jamais d’en finir avec le clan adverse.

Plusieurs groupes se formèrent, notamment à proximité de l’huis et de l’autel, où le prêtre représentait, sinon l’autorité divine, au moins une cible de choix, tandis que, partout dans l’église, les disciples des Douze invités à cette noce virant au pourpre se foutaient méchamment sur la gueule.

Les insultes fusaient, les cris de douleur et les beuglements de rage foisonnaient au fur et à mesure que le mobilier était réduit en miettes, dans un grand fracas mêlant le bois brisé au verre explosé ainsi qu’aux plaintes du métal torturé.

Dans la cohue, un hurlement retentit, plus sonore que tous les autres. L’un des belligérants venait de découvrir que l’homme de foi était mort étouffé – ou piétiné, c’était difficile à dire – dans l’échauffourée.

Voyant s’envoler l’unique occasion de mettre le grappin sur l’héritier des Bêtise, la mariée entra dans une furie incontrôlable.

« Toi ! » s’époumona-t-elle à l’adresse de la demoiselle d’honneur qui remontait tant bien que mal la nef en direction des portes de l’édifice, alors même que la bagarre était devenue générale, chaque camp laissant libre cours à sa rancoeur et déchaînant sa violence à l’encontre des rivaux séculairement haïs.

En présence de la mort, le sang se mit à ruisseler sous le regard impassible des statues des Douze.

Capucine Pirâme avait rattrapé sa cible, le teint cramoisi, éructant de rage.

« Toi ! C’est de ta faute ! Tout est de ta faute ! Tu as tout gâché avec ces al… D’où viennent ces bagues ? Réponds ! »

La demoiselle d’honneur se retourna lentement, tenant encore et toujours le coussin de satin qui avait supporté les anneaux ensorcelés, un sourire figé derrière son voile léger.

« Ça te fait rire ? Tu vas me le payer, traînée ! »

De son impeccable mise en plis, la Pirâme en blanc tira une épingle aussi effilée qu’ouvragée. L’objet avait manifestement plus d’une utilité et celle pour laquelle sa propriétaire avait opté n’avait rien de cosmétique. Capucine Pirâme s’élança, le visage déformée par la rage, l’arme au poing et l’insulte à la bouche :

«  Tu vas crever, sal... »

La fin de sa phrase fut étouffée par le coussin délicatement brodé qu’elle venait de recevoir en plein faciès. Un coussin bientôt rejoint d’un direct du droit. Direct du droit qui rencontra, à travers le faible rembourrage de coton, le nez de la mariée vociférante, en brisa le cartilage dans un bruit légèrement atténué par l’ersatz d’oreiller de luxe, puis fendit l’os nasal dont les éclats partirent se ficher dans le cerveau de Capucine, occasionnant une hémorragie des plus… incapacitantes. L’impact du coup propulsa la Pirâme en arrière, sur les planches froides du lieu de culte transformé, pour l’occasion, en lieu de massacre. Elle ne se relèverait plus.

L’acte aurait pu passer inaperçu, en plein milieu de la confusion, si l’un des alliés de feu la mariée, occupé jusque-là à décrocher la réplique du mythique Martelheur des mains de la statue de Xélor, n’avait assisté à l’attaque. L’homme brandit le marteau au-dessus de sa tête et, avec un ahanement terrible, l’abattit droit sur la demoiselle d’honneur ricanante qui parvint, in extremis, à se déporter sur le côté, laissant la tête de pierre de l’arme improvisée défoncer le plancher.

L’élan de son assaillant stoppé, elle en profita, dans la foulée, pour le délester de son outil de mort en usant d’une vicieuse balayette. L’écrabouilleur finit écrabouillé : ce coup-ci, Martelheur avait atteint sa cible.

Puis une autre, et une autre, et encore une autre. Un homme abattit un gourdin en direction de la marteleuse, arrachant sa voilette au passage, et découvrant une face poudrée bien connue des services de la Main. L’agresseur eut à peine le temps d’écarquiller les yeux que la tête de Martelheur remonta à toute vitesse rencontrer son menton, le manche coulissant dans les mains de l’arlequine du Pique de manière experte.

Contrainte de constater qu’elle ne ferait pas long feu dans un tel accoutrement, notre folle du marteau déchira consciencieusement sa robe sur sa longueur. Il lui faudrait toute son agilité pour se sortir de ce traquenard.

Arlène récupéra le gourdin, bien plus adapté au corps à corps, après avoir propulsé le marteau en direction d’une Bêtise qui lui fonçait dessus, et s’en servit, à deux reprises, contre un Pirâme qui se dressait devant elle : un coup dans l’estomac pour commencer, suivi d’un autre sur la tempe. L’homme s’écroula et un autre surgit de son dos, fendant l’air d’une lame qu’il brandissait de la main gauche. Arlène se baissa à temps, laissant le bras meurtrier passer derrière elle de manière à se retrouver sous l’aisselle de son attaquant, saisissant la main droite de ce dernier et la tirant à elle pour se servir de l’énergumène comme d’un bouclier humain. Ensemble, ils tournoyèrent une poignée de secondes, le temps de distribuer quelques coups de gourdin bien placés puis l’acrobate de la Main propulsa l’homme au couteau sur un autre.

Dans l’opération, un malandrin parvint à fracasser une tringle à rideau sur le dos de l’arlequine qui jura et expédia son arme dans la mâchoire du malappris. Débarrassée du grossier personnage, elle enjamba les corps empêtrés de deux enragés, fit faire un soleil à une femme d’âge mûr qui lui fonçait dessus, en prit une autre, plus jeune, en otage tout en distribuant des coups de bâton bien sentis.

Délaissant sa prise et tournant désormais le dos aux portes de l’église, Arlène esquiva et feinta deux lacérations par arme blanche avant de frapper énergiquement du talon dans le dossier de l’un des bancs de l’église, coinçant, par effet domino, les trois personnes qui s’y étripaient.

L’acrobate prit de la hauteur, sautant d’un dossier à un autre, pour fondre sur une nouvelle victime qu’elle jeta à terre avant de la frapper d’un unique coup sur le crâne.

Dans le feu de l’action, elle manqua de se faire empalégorger par un Pirâme qui se servait d’une hampe comme d’une lance. La matraque d’Arlène acheva son périple dans l’oeil de l’importun et y demeura.

Désormais désarmée, celle qui n’avait plus rien d’une demoiselle d’honneur modèle roula sur deux kamètres, se remit vivement sur ses appuis et saisit, sur le fil, le poignet et la ceinture d’un Bêtise bien décidé à la poignarder. Profitant de l’élan de son adversaire, elle le fit basculer par-dessus son épaule en le frappant de sa hanche droite, accompagnant l’impoli au sol dans un craquement douloureux. Elle y ramassa un escarpin abandonné qu’elle projeta, talon en tête, dans le visage d’un lanceur de couteau voisin qui s’écroula sur un banc renversé.

C’est à ce moment précis que deux belligérants passèrent derrière Arlène, bien décidés à s’entretuer joyeusement. L’un était, d’ailleurs, meilleur que l’autre à ce petit jeu car il avait empalé son camarade au bout d’une lance de fortune. Bout que la victime-façon-brochette n’entendait pas lâcher : quitte à crever, autant ne pas faciliter la tâche à son meurtrier.

Arlène récupéra un tuyau de plomb sorti d’on-ne-sait quelle manche d’invité à présent inanimé et en frappa la hampe qui se brisa en deux. Arrachant la partie mortellement utilisée de son étui organiquement improvisée, elle se servit de l’extrémité pointue disponible pour perforer le torse du manieur de pique cassée. L’homme s’effondra dans un râle de douleur, mais le vacarme était tel que cet énième trait de souffrance passa inaperçu.

Du tuyau, l’Arlène frappa l’occiput d’un Bêtise – à moins que ce ne fût un Pirâme – occupé à étrangler une Pirâme – à moins que ce ne fût une Bêtise, délivrant ce dernier ou cette dernière d’une mort certaine. N’attendant aucun remerciement, l’acrobate prit appui sur l’autel – c’est qu’elle s’était bien éloignée des portes, la gredine – et, à peine s’était-elle reçue au sol, un mastard l’envoya s’écraser, d’une bourrade subite, contre l’orgue de l’église.

Dans un PLOINK métallique, notre arlequine sentit l’air quitter ses poumons et tenta de se relever, tant bien que mal, dans le but de repartir à l’assaut plutôt que de repartir tout court. La providence – à moins qu’il ne s’agisse d’Ecaflip en personne – mit sur sa route un encensoir et il ne lui fallut pas longtemps pour qu’elle s’en serve comme d’un fléau d’arme. L’avantage d’un tel outil était triple : non content de lui permettre de taper sur tout ce qui bougeait, il possédait une fonction fumigène doublée de la capacité de brûler à peu près tout ce qui le recevait en pleine figure.

Et Arlène exploita cette arme au mieux : un coup dans le creux d’un genou suivi d’un autre en pleine face lorsque la victime tombait au sol, une gerbe d’étincelles dans les yeux d’un opposant ou deux, l’intoxication momentanée d’un invité un peu trop entreprenant… Les possibilités étaient multiples mais elles ne purent toutes être expérimentées du fait de la perte de l’objet cuivré dont la chaîne n’avait pas été conçue pour résister à de telles pratiques.

Quand on joue, il faut savoir échouer et le départ précipité de son arme improvisée valut à l’arlequine de se recevoir une chaise en pleine figure, la faisant chuter à plat-ventre après avoir tournoyé sur elle-même.

Mais il fallait qu’elle se relève, prenant appui sur un épais livre de prière. Bouquin dont elle se servit immédiatement comme d’un bouclier pour se protéger d’un énième coup de couteau venu, cette fois-ci, d’un jeune homme furibard. La lame se planta dans l’ouvrage et y resta coincée, ce qui permit à Arlène de désarmer son opposant… et de lui broyer la gorge d’un bon coup de reliure.

Notre rate de bibliothèque du moment n’eut malheureusement pas le temps de s’appesantir sur le bien-fondé d’une telle conception de la littérature car il lui fallut employer sa nouvelle arme pour dispenser la bonne parole au niveau de l’entrejambe d’un petit filou qui s’apprêtait à l’attaquer en traître. Alors que le mal-aux-trucs se cramponnait à ce qui lui restait d’usine à progéniture, l’Arlène retira le couteau du livre, poignarda l’homme aux cuisses, un autre entre la clavicule et l’omoplate, puis un suivant dans l’oeil.

Elle y abandonna sa lame et décocha un jab bien senti en plein dans le pif – paf ! Pouf ! -  d’un voisin qui ne lui avait rien demandé, mais qui s’apprêtait à le faire de manière fort peu courtoise, avant de récupérer, brièvement, le sacro-saint surin dans le but de raser l’oreille d’un type menaçant. Hélas, dans le feu de l’action, Arlène confondit – presque sans le faire exprès – rasage et perforation.

L’arme resta affreusement coincée et son nouvel étui resta, lui, sur le carreau, ce qui permit à l’agent du Pique de se concentrer sur un autre adversaire – à catogan celui-ci – auquel elle asséna trois coups – au plexus, à la gorge puis au menton – avant qu’il ne soit défenestré par un type surgi d’on-ne-sait-où.

Profitant de cette sortie surprise, mais définitive-hein-hé-oh-faut-pas-pousser-quand-même, Arlène arracha un bougeoir enfoncé dans la gorge d’un cadavre et s’en servit, dans un premier temps, comme d’un semblant de batte puis, estimant qu’il n’y avait aucune raison à ce que seuls les autres soient « pointilleux », comme d’un poinçon démesuré.

C’est, à peu de choses près, à ce moment-là que furent tirés les premiers coups de feu. Drôle d’idée que de venir à un mariage avec des tromblons, mais les faits étaient là : certains noceurs avaient dû dissimuler ces armes « au cas où » et avaient commencé à s’en servir.

Le bougeoir fusa, tel un javelot, et cloua l’un des tireurs à un pilier de bois proche et Arlène s’empara de son arme, ravissant, à l’occasion, l’une des fioles à détonation de couleur lilas que le poinçonné venait d’équiper en bandoulière.

D’un coup de crosse, elle frappa au menton un Bêtise, lui enfonça dans une poche la fiole dont la goupille de sécurité avait sauté et l’envoya bouler contre trois autres bagarreurs.

L’agent du Pique courut dans la direction opposée, vers les portes, mais s’arrêta soudainement. Abandonnant temporairement son trom-trom, son blon-blon, elle se rua sur un cadavre dont elle retira une hache bien enfoncée – une hache, sérieusement ? Qui vient à un mariage avec une HACHE ? – et, d’un mouvement rotatif qui n’aurait pas déplu au plus sceptique des bûcherons, la planta dans le cou d’une détentrice d’arme à feu avant de récupérer la sienne.

C’est à cet instant que la fiole explosa dans une gerbe de flammes, projetant à terre toutes celles et ceux qui se trouvaient à proximité, dont Arlène.

L’acrobate du Pique se redressa difficilement, titubant, alors que ses oreilles sifflaient et que sa vue se troublait. Tout autour d’elles, les rares rescapés continuaient à s’entretuer, à s’écharper.

Là-bas, un homme criblait une femme de coups. Ici, un père lardait son voisin de coups de poignard. Le monde était devenu fou.

Seules des détonations retentissaient, lointaines, ce qui rappela à Arlène qu’elle avait lâché son tromblon dans sa chute. Elle finit par remettre la main dessus, s’en servit difficilement pour « pacifier » un manieur d’arme blanche, récupéra cette dernière en même temps qu’un semblant de réflexes, perfora le poignet d’un autre agresseur et éventra une furie qui poursuivait, fiole au poing, un homme particulièrement effrayé.

Jonglant entre la crosse de son arme et le couteau, tant bien que mal remise de la déflagration, Arlène glissait d’un adversaire à un autre. Elle brisait des articulations, en déboîtait d’autres, se frayant sans discontinuer un chemin vers l’issue qui occupait ses pensées depuis la remise des alliances.

Il ne restait plus que trois personnes encore debout, en-dehors d’elle. Deux, à vrai dire,  car l’une d’entre elles venait de décéder sous les coups de hache – la même qu’Arlène avait utilisée – que lui portait le père Bêtise. Ah, non, plus qu’une ! La dernière s’était méchamment fait refaire la mâchoire à coups de bâton pointu porté sur la religion. Un pieu, quoi. Pieu qui finit par se frayer un chemin vers le plafond, sans doute attiré par l’Inglorium lointain, saillant de bouche de sa victime alors qu’Arlène poussait celle-ci sur le manieur de hachoir de manière à lui offrir un dernier baiser. Mortel, si possible.

Mortel, effectivement, car le dernier des Bêtise – le dernier de son espèce – s’écroula dans l’ultime étreinte d’un Pirâme dont il ne connaissait rien.

S’assurant que plus personne ne viendrait entraver sa progression vers un havre de repos qu’elle estimait bien mérité, Arlène détailla les lieux. Le silence était retombé, les odeurs de fumée et de chair brûlée empuantissaient l’atmosphère, et des cadavres qui n’avaient rien à voir avec ceux de bouteilles jonchaient le plancher malmené. Arlène débloqua les portes de l’église, en franchit le pas et, au moment de refermer l’huis sur le carnage, rappela aux mourants les raisons de leur présence en un tel lieu :

« Unis par les liens du sang, mes cocos. Unis par les liens du sang ! »

*
*   *


« …

- Tu causais d’une troisième mission dans le coin, non ?

- J’y venais, Arlène. Il s’avère que le Caducée…

- Le… ?

- Caducée. Celui qui a poussé les Pirâme et les Bêtise à s’allier.

- Ils se sont alliés ?

- Arlène, je vais oser te demander de te concentrer l’espace d’un instant. Au moins jusqu’à ce que je te demande si tu as compris ce que je viens de t’expliquer. Fais-le pour moi, s’il te plaît, je sens poindre l’une de ces migraines dont tu as le secret.

- Le Caducée… ?

- Le Caducée vient de mettre la tête des deux clans à prix. Celles de Capucine Pirâme et de son père, Moe Pirâme, ainsi que celles de Montague Bêtise et de son père, Bill.

- Il faut donc tuer Bill…

- Parlons plutôt d’élimination, mais oui, c’est l’idée. Bill ainsi que Montague, Moe et Capucine. Leurs clans décapités ne devraient pas leur survivre, telle est l’intention du Caducée en employant nos services.

- On y gagne quoi ?

- Beaucoup, dont un allié qui pourrait s’avérer précieux à l’avenir. As-tu compris ? »


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Arlène Kwinzel
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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 25.10.18 18:51

• LE CADEAU DE MÔSSIEUR J. •


L’air embaumait du parfum de fleurs épanouies. Les murs d’écorce fendus, çà et là, de larges ouvertures vitrées permettaient à la lumière de pénétrer et de réchauffer les lieux, à la manière d’une serre résidentielle.

L’arbre creux, pour imposant qu’il fut, avait depuis des mois retrouvé une seconde jeunesse avec l’installation d’une rouquine à la peau blafarde préférant la compagnie des plantes à celle des humains.

« Ça fait si longtemps, ma petite timbrée ! » se réjouissait l’occupante des lieux en serrant dans ses bras une jeune femme à la peau poudrée vêtue d’une tenue bigarrée et coiffée d’une cagoule à grelots.

« Je sais, Cerille, je sais, s’amusait l’autre avant de se mettre à siffler, perplexe. La dernière fois remonte à quand ? »

Toutes deux s’installèrent sur d’amples coussins de fibres, alors que se mettait à bouillir l’eau d’un petit récipient.

« Eh bien… se remémora l’hôte. Tu avais gagné cet immeuble de la foire d’Empouayn et…

- Ah, oui !
la coupa son invitée. Après que j’aie récupéré la piécette ! »

La dénommée Cerille hocha de la tête.

« ‘faut croire que sa réputation était méritée, ma grande ! Une partie d’cartes à laquelle je n’ai d’ailleurs toujours rien compris et l’tout était dans ma poche, assura la cagoulé dans un concert de tintements métalliques. D’ailleurs, tu m’avais lâchée juste après la signature de la queue de propre en été, non ?

- L’acte de propriété, Arlène, l’acte de propriété
, la corrigea patiemment la rouquine. J’avais à faire ailleurs, oui, mais j’ai quand même pris le temps de vérifier pour toi que ce document ne cachait aucun mulou. »

La dénommée Arlène gloussa et claqua une bise sonore sur la joue de son amie.

« Tu es un amour ! Qu’est-ce que je ferais sans toi, gredine ?

- Je préfère ne pas l’imaginer, mais j’aimerais bien que tu me le racontes. Alors, cet immeuble ? »


L’eau avait fini de bouillir et refroidissait lentement dans deux tasses de terre cuite dans lesquelles infusait une herbe à l’arôme entêtant.

« Oh, Cerille, il est merveilleux, tu devrais le voir ! Il est situé pile le long d’une des grandes avenues. Le rez-de-chaussée et le sous-sol sont occupés par l’attraction de Monsieur Sim Istre : la Maison des Erreurs !

- Charmant. Qu’y trouve-t…

- Le premier étage servait de débarras et de fourre-tout à mon arrivée et le dernier étage est compartimenté en différentes petites pièces dans lesquelles vivent des travailleurs d’Empouayn. J’ai des locaux à terre, Cerille, tu te rends compte ?

- Des locataires ?
traduisit la préparatrice d’infusions.

- C’est ça ! Y a Sim, évidemment, Gros Toine, le gars Mino, Ed Crâne d’Oeuf, Reine… On vit tous ensemble ! Ou presque. J’ai ma propre piaule, eux les leurs, et ils me payent pour conserver leur place chaque mois. »

La femme aux plantes leva un fin sourcil.

« Ça en fait du monde, petite fleu…

- Et encore,
l’interrompit Arlène, ça, c’était à mon arrivée ! Depuis, on a recueilli une bande d’animaux qui occupent désormais tout le premier étage !

- Une bande d’animaux ?

- De pauvres bestioles condamnées à finir dans les pâtés et les sandwiches d’une des échoppes d’Empouayn. »


Les yeux de la femme aux grelots s’embuèrent.

« Oh, Cancerille, il fallait les voir avec leurs yeux de chienchiens battus et leur frimousses de chachas en mal d’amour ! Ils étaient promis à une mort atroce, il fallait faire quelque chose !

- Et, manifestement, tu as fait… quelque chose
, soupira son amie.

- Oui ! Bon, je n’avais pas prévu que leur nombre augmenterait aussi rapidement, mais…

- Comment ça ?

- Oh, ben… Au bout d’un moment, les femelles ont commencé à avoir des petits et…

- Arlène, de combien d’animaux me parles-tu, exactement ?

- Ça dépend.

- De quoi cela dépend-il, Arlène Kwinzel ?

- Ben… On parle du nombre d’animaux avant ou après l’épisode des perrokwaks ?

- Je… je crois que je ne préfère pas savoir, en fin de compte. Dis-moi, chérie, ne sont-ils pas un peu à l’étroit, tes petits protégés ?

- Les copains ? Oh, non, ils logent dans la baraque depuis un bail !

- Je te parle de tes autres protégés, ceux qui aboient, feulent et caquettent. Ils doivent faire leurs besoins partout, qu’en est-il de l’odeur et de l’état des lieux ?

- Oh, tu sais, on s’habitue… Et on a trouvé une chouette solution pour l’évacuation des déchets : Gros Toine a bricolé une cacatapulte sur le toit, et…

- Epargne-moi les détails. Je passerai, à l’occasion, pour constater l’étendue des dégâts.

- Chic alors ! Je te ferai visiter la foire ! On va tellement s’amuser, ça fait longtemps qu’on n’a pas fait de sortie entre filles ! »


Arlène trépignait sur son coussin, extatique à l’idée de pouvoir profiter de la future venue de sa comparse. Cette dernière, jolie plante, gardait les pieds sur terre.

« Bon, et à part ça, rien de neuf ? demanda-t-elle alors qu’elle ouvrait et présentait un coffret de cristaux de sève d’érable sucrier à la visiteuse.

- J’ai revu Monsieur J. » répondit innocemment Arlène en engloutissant une pleine poignées des délicieux bonbons.

La nouvelle surprit Cancerille.

« Tu l’as revu ? s’inquiéta cette dernière. Quand ? Où ? Comment ?

- C’est un peu compliqué, ‘tends, j’te raconte.

- Les choses ne sont jamais simples avec toi, Arlène. Jamais simples... »


*
*     *

La présence de l’acrobate aux clochettes à la foire d’Empouayn n’avait rien d’innocent. Il lui avait été demandé de suivre la trace d’une statuette destinée à être vendue lors d’enchères organisées au cours de l’un des événements annuels des lieux : la Vendition.

Cette vente aux enchères drainait systématiquement une certaine clientèle aux mains bien trop petites pour contenir tout l’argent qu’elle possédait.
L’entrée était sélective et, pour une liste d’attente comprenant près d’un millier de noms, seule une poignée d’inscrits était officiellement tirée au hasard chaque année.

Officieusement, il s’agissait d’une vente essentiellement destinée à la pègre dont les billets d’entrée avait, depuis belle lurette, déjà été expédiés aux personnes concernées.

On y vendait de tout, de l’innocence de quelques esclaves aux corps de rêve aux objets de légende, en passant par des perles dont la rareté n’avait d’égale que la réputation.

Arlène était venue pour le Lynx Rose : une statuette féline d’une trentaine de centikamètres sculptée dans un rubis unique et dont le cou était orné d’un collier d’or pur.
Si le corps de la statuette valait déjà une petite fortune, ce n’était rien en comparaison de ses deux yeux qui, à eux seuls, auraient suffi à équiper une petite armée. En effet, les mirettes n’étaient rien d’autre que deux diamants, l’un rose et l’autre rouge, issus des entrailles de la fameuse et non moins introuvable Mine de Boo.

Chaque lot de la vente avait été exposé au préalable dans une salle sécurisée et gardée par un nombre honteusement élevé de vigiles, de façon à ce que les potentiels acheteurs puissent jeter leur dévolu sur l’un d’entre eux. Les lots, bien sûr, pas les vigiles.

C’est donc en tenue de soirée qu’Arlène déambula dans les allées de la salle.

Après avoir admiré les toiles de maîtres, apprécié des joyaux incomparables et s’être rincé l’oeil devant l’anatomie de quelques captifs, hommes et femmes, rapportés de lointaines contrées, l’arlequine qui avait tout d’une femme du monde, ce soir-là, prit le parti de visiter le pavillon dédié à la faune qui serait mise en vente quelques heures plus tard.

Afin de ne pas importuner l’odorat délicat des invités, on avait masqué les fragrances animales à grands renforts d’huiles essentielles, tant et si bien que l’on se serait cru dans un champ de fleurs s’il n’y avait eu les grondements, jappements et autres cris plaintifs ou énervés des occupants des cages installées pour l’occasion.

Sur ce perchoir de cuivre, un oiseau rare. Dans ce bassin, un crocodaille doré. A l’intérieur de ce vivarium, une serpète bicéphale et multicolore.

L’ambiance n’était guère à la fête, et l’infiltrée partageait l’humeur des captifs, mais, si elle s’attendait à devoir faire face à pareille tristesse, l’Arlène n’avait absolument pas anticipé le choc qui allait être le sien, une poignée de secondes après avoir dépassé une Truche solitaire et neurasthénique.

Là, dans une cage aux barreaux mordillés bien que renforcés, tournait en rond un couple de léolhyènes. Les deux créatures au pelage tacheté s’ennuyaient ferme et leurs ricanements exprimaient davantage la mélancolie que la joie de vivre.

Pourtant… Pourtant, à la vue de la jeune femme, les deux rieuses redressèrent leurs têtes affreuses ainsi que leurs oreilles pointues, se ruant contre les montants de leur geôle d’acier, glapissant à qui mieux mieux.

Arlène était estomaquée et il fallut plusieurs secondes avant que l’habituelle bavarde ne parvienne à articuler quelques mots :

« Mes… Mes bébés ! »

Les léolhyènes hurlèrent en retour.

Les colliers passés autour de leurs cous musculeux ne trompaient pas.

« Boud’ ! Lou’ ! »

Dans l’euphorie du moment, la visiteuse faillit enjamber la barrière qui la séparait encore de la cage de ses deux protégés, mais un duo de vigiles l’en empêcha, la reconduisant dans la salle principale.

« Ne vous en faites pas, mes trésors ! hurla-t-elle à l’adresse des deux léolhyènes alors qu’on la traînait, manu militari, hors du pavillon zoologique. Maman revient ! Maman rev… Hé, ce sont vos pieds, ça ? Vous chaussez du combien ? »

*
*     *

La vente allait débuter et les pensées de l’arlequine ne tournaient plus qu’autour de la présence de ses deux merveilles, enfermées loin d’elle, destinées à être achetées par quelqu’un qui ne pourrait jamais autant les aimer qu’elle.

Boud’ et Lou’ lui avaient été offerts par son Pou-dingue d’amant, le sémillant Jacques Kerr, et étaient restées avec lui lorsqu’ils s’étaient brutalement séparés.

Comment se faisait-il que les léolhyènes se soient retrouvées à la Vendition de la foire d’Empouayn ? Monsieur Kerr était-il dans les parages ? Etait-ce lui qui avait cherché à se débarrasser de leurs bébés ricaneurs ? Pensait-il pouvoir oublier son Arlène en accomplissant un tel acte ou bien lui était-il arrivé quelque chose ? S’était-il fait du mal à cause de son départ, à elle ? S’en était-il voulu jusqu’à commettre l’irréparable en ne parvenant pas à la retrouver ? Etait-elle responsable de la mort de son Kouin-Kouin autant haï qu’adoré ?

« … le prochain lot est constitué d’un couple de deux créatures exotiques nommées léo...léol...hyènes. Mise à prix : soixante-mille Kamas pour la paire. Soixante-mille Kamas, allons, qui dit mieux ? Soixante-et-un mille. J’ai une offre à soixante-et-un mille Kamas. Soixante-deux mille Kamas à ma droite. Soixante… »

Arlène agita au-dessus de sa somptueuse mise en plis le petit carton coloré qu’on lui avait remis lorsqu’elle s’était installée. Il lui fallait récupérer ses deux amours et elle était prête à y mettre le prix.
Hélas, d’enchère en surenchère, ses réserves ne lui permirent pas d’avoir le dernier mot et les deux animaux furent acquis par un type au nez crochu et au haut-de-forme ridicule qui aurait eu l’air d’un Mansot s’il la teinte de sa peau avait été plus bleutée.

L’acrobate bouillait d’une rage qu’elle peinait à contenir, mais parvint à rassembler le peu d’attention qui lui restait pour découvrir qui avait acheté le Lynx Rose.

Les lots seraient remis à leurs acquéreurs le lendemain, de façon à ce que les invités puissent prolonger le plaisir de leur contemplation en se targuant d’avoir réussi à mettre la main sur telle ou telle pièce d’exception devant leurs connaissances, amies ou ennemies, forcément vertes de jalousie.

*
*     *

Arlène ne pouvait attendre. Elle profita donc de l’obscurité nocturne, une fois les derniers invités partis, pour retourner sur les lieux de la vente dans une tenue bien plus adaptée à la cabriole.  Les vigiles qui croisèrent son chemin finissaient au pays des rêves, ligotés et délivrés de leur trop lourde tâche d’un léger coup de maillet sur l’occiput. Enfin, « léger », façon de parler.

Les rondes des gardiens s’espaçaient au fur et à mesure que l’irrévérencieuse progressait dans le bâtiment de la Vendition et, bientôt, l’arlequine parvint dans la principale salle d’exposition, celle-là même où trônaient les acquisitions luxueuses d’une poignée de malfrats encore ignorants du sort qui attendait l’un d’entre eux.

Dépassant la toile lacérée intitulée du génial collectif artistique des Six Banques, se faufilant entre deux bustes de Gros d’Un, faisant signe de se taire à deux captifs ensommeillés aux corps huilés, Arlène progressait d’allée en allée.

Elle était sur le point d’atteindre le pavillon zoologique lorsqu’une formidable poussée dans son dos l’envoya rouler-bouler quelques kamètres plus loin, fort heureusement sans briser le moindre bien de valeur au passage.

L’acrobate se remit vivement sur ses pieds, en alerte, mais ne put éviter la lanière qui vint s’enrouler, dans un claquement sec, autour de son avant-bras droit. Un fouet ?

Pas le temps de se poser davantage de questions, l’Arlène tira avec force sur la longe de cuir, attirant à elle une silhouette élancée.

Un feulement irrité accompagna ce contre inattendu et une paire de de pattes griffues se tendit aussitôt en direction du visage de la poudrée.

Arlène reçut son mystérieux agresseur avec les honneurs, le déstabilisant et le faisant chuter. Hélas, mû par une souplesse féline qui égalait – voire surclassait – la sienne, son adversaire parvint à se libérer de l’étreinte de la cambrioleuse.

Les coups de griffes succédèrent aux coups de pieds, les tentatives d’estourbissement répondaient aux claquements de fouet et, lorsqu’il fut clair que ni l’une ni l’autre ne parviendrait à prendre l’ascendant sur son adversaire, les deux intrus mirent fin aux hostilités, se jaugeant dans la pénombre.

Arlène délaissa sa posture défensive en se redressant, tendit une main gantée en direction de sa rencontre nocturne et lui sourit franchement, un rayon de lune venant se réfléchir sur l’émail de ses dents.

« Arlène Kwinzel, enchantéééée… » murmura-t-elle à l’adresse de l’inconnu.

Un inconnu qui s’avéra être UNE inconnue lorsqu’elle prit la parole.

« Parce que tu penses que je vais te donner mon nom ? Cracha-t-elle. Chérie, je ne suis pas folle, ronronna son interlocutrice alors que ses prunelles dorés déchiraient les ténèbres relatives des alentours.

- Oh ? Tant pis… T’es là pour quoi, ma grande ? Sers-toi, hein. Cette pièce ne m’intéresse pas : je suis seulement venue récupérer mes deux trésors, mes tout petits, et je m’en vais ! Ils sont dans l’autre salle.

- Vraiment ?
s’étonna l’autre, un brin désarçonnée. Et moi qui pensais que tu en avais après la même chose que moi ?

- T’es pas là pour des animaux, rassure-moi ?

- Des animaux ?
ricana l’interlocutrice mystérieuse. Non ! Ce soir, je me contenterai d’une statuette.

- D’acc’, faisons comme ça ! Je récupère mes bébés, et toi ta… Minute, quelle statuette ?

- Ça ne te regarde pas
, miaula la chachatte voleuse.

- Oh, chaton… J’disais ça pour t’aider, tu sais. Si c'est l'Lynx Rose, t’auras peut-être besoin d’un coup d’main ou deux, vu le nombre de gardiens qui doivent entourer le précieux bibelot. Si mes bébés étaient de la partie, tu peux être sûre qu’on n’en ferait qu’une bouchée ! »


L’inconnue demeura silencieuse, soupesant la proposition qui venait de lui être faite et calculant ses chances de parvenir à ses fins. Elle avait tiqué à la mention du Lynx Rose et il était vrai qu’avec une aide telle que celle de l’acrobate, ne serait-ce que pour éliminer les inévitables vigiles, elle gagnerait du temps et pourrait se trouver plus loin que prévu de la scène de crime lorsque le vol serait découvert… Mais pouvait-elle lui faire confiance ?

« Passe devant, Kwinzel, finit-elle par concéder. Mais pas d’entourloupes.

- C’que tu peux être méfiante, coquine ! »


Le pavillon zoologique ne représenta aucun réel défi pour les deux intruses : un seul gardien de nuit réalisait mollement sa ronde, titillant, de temps à autres, les animaux les plus inoffensifs. Il rejoignit bien vite ses confrères dans les bras du Méryde des rêves.

Boud’ et Lou’ accueillirent le retour de leur maîtresse avec force ricanements et, lorsque les deux léolhyènes s’avisèrent de menacer son alliée temporaire, Arlène les sermonna gentiment :

« Vilains garçons. On ne mord pas, on ne touche pas et on n’étripe pas la dame. Elle est avec nous et nous allons l’accompagner, elle a besoin de notre aide.

- Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai besoin d…

- Ça nous fait plaisir ! »
la coupa l’acrobate.

Désormais escortées par les deux léolhyènes, Arlène et sa compagne parvinrent non loin du lieu d’exposition de la statuette du Lynx Rose. Comme prévu, la garde avait été renforcée autour de l’objet, du fait de sa grand valeur, et le concours de l’arlequine ainsi que celui de ses animaux ne seraient pas de trop.

Leur affrontement précédent était passé inaperçu, car masqué par le bruit proche des animaux encagés. Cette fois-ci, tel ne serait pas le cas, il leur faudrait agir promptement et efficacement.

Au signal de leur maîtresse, les léolhyènes bondirent chacune sur un garde. Dans la foulée, la manieuse de fouet se débarrassa d’un autre vigile et Arlène mit hors d’état de nuire les deux derniers surveillants au bout de moult cabrioles.

Après s’être assurée qu’aucun renfort ne viendrait leur tomber sur le coin du râble, la miauleuse se planta devant la cajoleuse de léolhyènes et lui tendit, à son tour, une patte aux coussinets de velours.

Papatte qu’Arlène s’empressa de saisir et de secouer frénétiquement.

« Merci pour ton aide, Kwinzel, sourit-elle mollement. Tu n’étais pas obligée et tu aurais très bien pu me laisser tomber en pleine action, mais tu as tenu parole.

- ‘videmment !
gloussa la timbrée alors que l’apparente adoratrice d’Ecaflip pesait le pour et le contre de dévoiler son identité à une consoeur de la cambriole.

- Leucate, finit-elle par lâcher en défiant la femme aux léolhyènes du regard. Leucate Oumane.

- Et moi, Arlène K…

- Tu l’as déjà dit
, soupira l’inconnue qui n’en était plus une.

- Ah ? Possible ! Bon, tu récupères ta babiole et on décampe ? »


Sur ces mots, Leucate s’approcha à pas de chacha du piédestal sur lequel trônait fièrement l’objet de sa visite.

Le Lynx Rose – car Arlène avait vu juste – était là, à portée de ses griffes, et, bientôt, il rejoindrait sa collection personnelle.

Pourtant, au moment de le remiser dans une besace jusqu’alors sanglée dans son dos, l’Ecaflip marqua un temps d’arrêt, inspectant l’oeuvre d’art sous toutes ses coutures, puis s’en alla récupérer la lanterne sourde d’un des gardiens terrassés.

Intriguée et accompagnée de son duo ricanant, Arlène se pencha par-dessus l’épaule de sa camarade et découvrit en même temps qu’elle que le Lynx Rose avait quelque peu perdu de sa superbe depuis sa vente récente.

Ses deux yeux, splendides et précieux joyaux, avaient disparu et un sourire carmin, manifestement tracé au rouge à lèvres, s’étirait le long des babines de rubis de la statuette aveugle. Sous la base de cette dernière figurait un J de la même couleur.

Arlène déglutit, comprenant finalement pour quelles raisons ses deux trésors avaient fait partie du catalogue de la Vendition.

« Qui a bien pu faire ça ? se hérissa subitement Leucate. J’ai été doublée ! Y serais-tu pour quelque chose, Kwinzel ?

- Promis-juré-craché, j’n’ai rien à voir avec tout ça,
se signa l’insupportable, mais on ferait bien de mettre les voiles ! »

Joignant le geste à la parole, les deux femmes suivies de la paire de léolhyènes déguerpirent sans demander leur reste et se séparèrent dans la nuit.

*
*     *

Plus tard, bien plus tard, dans l’abri de Cancerille, alors que crépitent les flammes sous un chaudron de poche de nouveau bouillonnant et que s’étirent les vrilles de quelques végétaux inquisiteurs.

« Donc tu as perdu la trace du Lynx Rose ? s’étonna Cancerille.

- Meuh non… Je sais qui l’a en sa possession, et c’est tout ce qui m’était demandé ! Leucate a le corps. Et les yeux…

- Les yeux, Arlène ?
insista la rouquine.

- … sont avec Môssieur J. concéda l’empoudrée avant de se racler la gorge.

- A ce propos,
changea presque de sujet sa compagne, que sont devenus tes petits protégés ? Tu es venue sans eux, à ce que je vois. »

A ces mots, les yeux d’Arlène s’emplirent de larmes et l’arlequine fondit en sanglots, enfonçant son visage dans le giron de son amie.

« Ceriiiiiiille ! Geignit-elle longuement, régulièrement interrompue par des hoquètements de tristesse. Lorsque j’ai… ai… ai ramené Boud’ et Lou-ou-ouuuu à la maisooooon… J’ai pas ‘u les ‘arder longteeeeemps, beuheuheuuuuuu… Mes pauvres bébééééés… Z’avaient faim, tu ‘omprends ? Hic ! Tu comprends ? ‘pouvais pas les ‘arder là-bas sinon z’auraient ‘ommencé à manger les p’tits chachaaaaaaas, heuheuheuuuuuu… ‘ai dû les placer ailleuuuurs… Snirfl, hoc ! Gros Toine s’est… s’est arrangé ‘vec un zoo privé d’la f… d’la foire pour y abriter mes ché… mes chéris…. Huc, huc… ‘vais les voir s… souvent, tu sais ? Mais pas poss… pas possib’ d’les ‘arder chez moi… Snurfl ! »

Cancerille laissa la pitre vider son sac, lui caressant longuement la cagoule, alors que la bave, la morve et les larmes de son improbable amie dégoulinaient sur sa peau d’albâtre.

Les klounes aussi ont parfois besoin de pleurer.

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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le 09.11.18 21:54

Un grésillement, quelques fragments de voix.

« ...u… tends, Arlène ?
- Pas des masses. »


Les interférences revinrent et disparurent d’un coup.

« Et ainsi ? 
- Ah, oui ! Tu disais ? »


L’acrobate du Pique jactait en solitaire. Du moins, telle était l’impression qu'on aurait pu avoir de la scène, mais quiconque doté d’une ouïe dans la moyenne se serait rendu compte qu’un interlocuteur invisible lui donnait la réplique.

« Notre implication dans la chute d’un concurrent a été compromise. Nous aurions besoin d’envoyer un message fort qui détournerait l’attention qui pourrait se porter sur nous. Et faire un brin de ménage parmi les éventuelles preuves collectées. »

L’arlequine marqua un temps d’arrêt, faisant mine de réfléchir.

« Ménage… façon plumeau ? Finit-elle par demander.
- Ménage façon printemps. »

Les fins sourcils de l’agent de la Main s'arquèrent.

« Oh, lâcha-t-elle avec surprise. Et où c’est-y qu'c’est sale à c’point ? »

Une série de chuintements lui répondit :

« Déjà entendu parler de Hambaldad ? »

*
*     *

Les craquements du tonnerre dans le lointain éclipsaient sporadiquement le battement incessant des innombrables gouttes de pluie qui martelaient, autant que faire se pouvait, le moindre obstacle les séparant de leur objectif final : la nappe phréatique de la cité endormie de Hambaldad.

Côté gouttelettes, on était sur du modèle d’exposition. Bien lourdes, carrément humides, n’ayons pas peur de le dire, et foutrement impartiales. A croire qu’elles n’avaient pour seul but que de rendre spongieux, glissant et définitivement plus mouillé à l’extérieur qu’à l’intérieur tout inconscient se pavanant sur leur chemin. Il fallait avoir un sacré grain pour se retrouver, en nocturne, sous pareil... grain. Sous pareil orage, soit.
D’ailleurs, côté pluie, on était sur de la battante patentée, partie pour durer et relativement gonflée niveau viciosité. Gonflée, parce que s’il n’y avait eu que la flotte, allez, disons que ç’aurait pu aller, mais il fallait aussi compter sur le vent. Un zéph’ façon soufflante, hein, un de ceux qui ne rigolent pas sauf de la mouille de ceux qu’ils déséquilibrent.

Un sale vent bien fumasse. Une sale pluie bien dégueulasse. Une arlequine se hissant sur une terrasse.

Ça glisse, ça zippe, ça chancelle, mais ça reste debout. T’façon, c’pas en tombant le cul dans l’eau que le fessier galbé de l’acrobate pourrait s'humidifier davantage.
La plouc du Pique, plic-plic-plic, dégouttait, dégoûtée d’avoir eu à gratter par ce temps qui se gâtait.

Dans le lointain, donc, parmi les éclats suivant les éclairs, derrière le rideau sonore de la pluie — qui aurait pu lui plaire — l’alerte Arlène décelait les tintements entêtants des cloches de l’attelage d’un équipage de traqueurs de flammes en vadrouille.

‘faut dire que ça cramait, du côté de Hambaldad. Et de son palais de Justice, plus précisément.

« Oh, juste un qui se hisse ! Qui se hisse tout seul, comme un gland, à la force des cervicales. Le long d’une corde roide, raide, rendue rigide par le poids des secrets. Que n’aurait-il pas donné ce coquin, ce gredin, ce sacripant, pour se retrouver à buller, ailleurs, dodo faisant, qu’en son misérable gourbi, enfoui sous des cartons compromettants ? Quelle idée, aussi, de prétendre vouloir faire le mort après avoir été r’péré… Côté prétention, le zouave ne s’attendait pas à dépasser ses espérances, quand on tend une perche… »

L’escaladeuse détrempée, certaine de ne pas s’être trompée, énuméra la liste de « ses » envies. Le parcours qu’elle devait suivre en cette nuit. Les commissions dont elle avait été chargée. La course qu’il lui fallait réaliser parce que quelqu’un, quelque part, à un certain moment, s’était pris les pieds dans l’accroc d’un tapis finalement mité bien qu’apparemment solidement tissé.

Tapis, tapis, remettre la choses sur le tapis.

Taper au carreau. Attendre une réponse. Autre que le silence de l’innocence onirique, voilé par un concert en drache majeure.

Taper dans le carreau. Obtenir une réaction, bien trop lente pour empêcher qui que ce soit de mal avisé de déverrouiller les doubles-battants de la chambre avec terrasse.
Bien trop lente pour éviter que qui que ce soit d’antipathique ne couvre la distance entre les rideaux opaques et les couvertures d’un lit qui d’abri chaleureux se transforme en scène de crime aussi froide que fatale.

« Hou ! » eut à peine le temps de hululer l’endormi-qui-ne-l’était-plus-tant-avant-de-ne-plus-pouvoir-espérer-se-réveiller.

« Bouh ! » lui répondit l’amène Arlène tout en le garottant.

« Rien de personnel, crut-elle bon de rassurer sa victime désignée. C’est pour le boulot. »

Sa proie désormais chiffe molle et déchue de son piédestal, la meurtrière la pluma consciencieusement.

Des rémiges de l’assassiné, Honorable Juge de Paix du cru, l’intruse se fit un bouquet.
Sur le cadavre encore chaud, elle laissa choir… Non, elle posa carrément en évidence un carton plié en deux que la milice découvrirait le lendemain, à mi-journée, alors qu’elle serait déjà loin.

Dessus, les sbires du magistrat découvriraient un message qui ferait les choux gras de la presse quelques semaines durant :


Avec les compliments de Monsieur Midofis.


Sa sinistre besogne accomplie, l’insupportable oiseau de nuit retourna sous la pluie et s’effaça derrière l’un des rideaux aqueux qui se déversaient en cette nuit d’été sur la petite cité de Hambaldad. Alors que, dans le lointain, claquaient les éclairs, grommelait le tonnerre, hurlaient les cloches des pompiers et grinçait la charpente embrasée d’une salle des scellés appartenant désormais au passé.

Les gazettes titreraient, les jours suivants, tout et n’importe quoi sur l’affaire du Palais de Justice, du Juge Depet et du greffier retrouvé pendu.

Le dernier aurait attenté à la vie du second et détruit les preuves à charge contenues dans l'une des salles du premier pour le compte d’un réseau de trafiquants de drogue.

Le deuxième se serait attiré les foudres des complices d’un baron du crime qui se faisait passer pour un honnête maître artificier.

Des admirateurs pyrotechniciens auraient voulu laver l’honneur et blanchir la mémoire de leur idole disparue en supprimant tout ce et ceux qui l’avaient salie et pouvait encore le permettre de par leur simple existence.

*
*     *

Un grésillement, quelques fragments de voix.

« Et… tenant, tu ...entends ?
- Voui-voui-voui. »


Les interférences revinrent. Sans disparaître, cette fois.

« Celui que tu app... « le Vieux » a bien reçu... colis.
- Ah ?
- Je m’étonne à ce… ujet. Depuis quand collect...tu ce genre de…rophées ?
- Des trophées ? Catastrophe !
- ...n’en sont pas ?
- Tout n’était pas attaché à un manche ?
- Pas à... connaissance, non. A moins que l’en...semble n’ait souffert... transport. Oui, maintenant que tu... dis, nous nous sommes ...terrogés sur la signification de… tige de roseau parmi le res...te.
- ‘sont belles, ces plumes, hein ?
- Si tu… dis… ourquoi ?
- C’pas tout le monde qui peut s’targuer de passer le Plumeau de la Loi chez soi sans que cette dernière ne vienne y faire le ménage, huhuhu !
- …
- Huhuuuuuhuhuuuuuhuhuihihihiiiiiiihihihi !
- …
- Hihihihihiaaaaaaaaaaar !
- ...e « Vieux » a souri. A ...ientôt. »


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