[RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

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[RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le Sam 17 Sep - 18:25

• MISE A PLAT •


Un concert de gémissements et de râles de douleur résonne au fin fond de ce qui s'apparente à une mine qu'on aurait pu penser désaffectée.

« Ma jambe, ma jaaaaambe... se lamente quelqu'un.
- …-f-f-folle. 'veux pas crever ici. Pas... Naaaaaaaan ! hurle un autre.
- Aaaaaaaargh ! » gargouille un dernier.

Une voix aimable et masculine se fait entendre, par-dessus les plaintes.

« Messieurs, j'espère que vous avez pris autant de plaisir à discuter avec nous que nous en avons eu à traiter avec vous. »

Un rire, haut perché, suit la déclaration. La voix reprend, sérieuse.

« Notez bien que la prochaine fois – si prochaine fois il devait y avoir – les choses ne se passeraient pas aussi bien qu'aujourd'hui. Arlène, très chère, tout est-il en place ?
- Autant en place que leur attitude était déplacée, trésor
, répond celle qui riait quelques instants plus tôt.
- Parfait ! Il est donc l'heure de quitter nos amis. Gageons que ces forgerons amateurs auront retenu la leçon : on n'écoule pas sa marchandise en cassant les prix. C'est très vilain.
- Trèèèèèèès vilain. Ouh, les affreux ! »


Une supplique retentit, plus sonore que les autres.

« Lai-Laissez-nous au moins le coffre... S'il vous plaît... »

Un rire moqueur.

« Le coffre ? Oh, ça ? Tenez, si cela peut vous faire plaisir. »

Un objet massif tombe au sol, occasionnant un soupir de soulagement ainsi que quelques balbutiements de gratitude, et la voix calme conclut :

« Messieurs, au plaisir de ne pas vous revoir de sitôt.
- Au revoir, mes tout beaux ! »
ajoute sa camarade.

Deux personnes s'éloignent, laissant l'écho de leur pas résonner sur le revêtement rocheux.

« Hâtons-nous, je préférerais que nous soyons le plus loin possible lorsque les charges ex... »

Le souffle d'une déflagration, suivi du mugissement d'une détonation, coupe l'homme au ton docte en plein milieu de sa phrase et le propulse au sol. Sa compagne subit le même sort.

Quelques acouphènes, une perte d'équilibre passagère et un rire tonitruant suivent ce feu d'artifice en intérieur.

« Emyyyyyyn, glousse la détraquée, ces nouveaux jouets sont faaaabuleux ! »


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Message par Arlène Kwinzel le Sam 17 Sep - 18:42

• OS SECOURS •


Une lame vibre dans l'air, accompagnée d'un cliquetis féroce.

« Non, mon Emynence, je suis certaine d'avoir correctement posé ma question. On aurait dû passer à droite après la deuxième porte. »

Une détonation, suivi de deux autres, rapprochées. Des claquements irrités se mêlent aux cliquetis.

« Manifestement, le tas d'os n'a pas bien compris la question, il nous a aiguillés directement dans ce qui semblait être une ancienne salle des gardes. »

Un roulé-boulé grelottant. Cette fois, le cliquetis est celui d'objets légers tombant au sol.

« Bah, ils y bouffent tous les pissenlits par la racine, maintenant. Doublement, même. Hihihihiiii ! »

Le son de la pierre qui se fend. Les cliquetis se font rares et les craquements se multiplient.

« Ça, pour être morts, il sont... Han ! Morts et bien morts ! »

Une série d'impacts et de fractures.

« Ça expliquerait les têtes de déterrés que tirent ces os laids ! »

Le fracas d'une armure qui entre en contact avec le sol. Silence.

« Et de quatre ! Je prends les caveaux de gauche.
- Et moi, je reste adroite ! On aurait difficilement pu imaginer que le pillage de tombes en ta compagnie s'avérerait aussi... mortel.
- Quel vilain mot !
- Tu préfères « archéologie », mon joli ?
- Quitte à choisir, oui et... Oh, joli torque funéraire ! »



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Message par Arlène Kwinzel le Sam 17 Sep - 18:55

• NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA NA •


Des objets s'écrasent contre une surface solide - sans doute un mur de torchis. Des piaillements horrifiés ponctuent chaque impact. Ils redoublent d'intensité lorsqu'un liquide se met à gicler des projectiles explosés.

Le battement d'une paire d'ailes de cuir fait renaître l'espoir dans le cœur d'une dizaine de couveuses opprimées.

« Ah, le voilà enfin, ricane l'un des deux lanceurs.
- Petit-petit-petit
, chuchote facétieusement l'autre. »


• • •


Le jour se lève sur la campagne amaknéenne.
Jappemulou, Tofu Royal de son état, sort sa tête de sous son aile et, de ses yeux d'un bleu tout aussi royal que sa personne, embrasse du regard son royaume : le plus beau tofulailler des environs.

Récemment retiré du champ de course, ce champion de la vitesse se prépare à profiter des joies de la retraite et de ses innombrables concubines. La matinée promet d'être belle, il est l'heure d'aller saluer le soleil et de réveiller les humains à son service.

Tout est calme, dans le tofulailler. Sur le passage de Jappemulou, les pondeuses tremblent d'émoi et restent silencieuses.

Parvenu sur le seuil du bâtiment, l'animal gratte la terre de ses ergots acérés et se prépare à pousser un piaillement dont il a le secret lorsqu'un morceau de coquille venu d'on-ne-sait-où lui choit sur le crâne – qu'il a fort couronné.

Perturbé, à la limite de la rogne, Jappemulou scrute les environs sans parvenir à identifier l'irrespectueux téméraire qui vient d'oser s'en prendre à son auguste personne... et un autre débris calcaire s'écrase juste devant le bout de son bec.

Le Tofu Royal s'élance dans la basse-cour, se retourne et se fige soudain : la devanture du tofulailler est maculée de restes d'oeufs royaux !

Jappemulou hoquette, ivre de rage et le cri qu'il s'apprêtait à pousser s'étrangle au fond de sa gorge lorsqu'il aperçoit, découpée clouée à la façade, la paire d'ailes aussi sombres que la nuit de son fidèle second, un Batofu d'exception.

« Il est réveillé, tu penses ?
- Vu l'heure, oui.
- Il retournera sur le champ de course ?
- Evidemment. Après tout, nous venons de lui faire une offre qu'il ne peut pas refuser. »





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Message par Arlène Kwinzel le Sam 17 Sep - 22:15

• LA LAINE CHARGEE •


« On ne dit pas « bêêêê », on dit comment, malappris ! Tiens, prends ça. »

Une plainte animale répondit à cette saillie et le cliquetis régulier de ciseaux de tonte s’éleva du fond de l’étable.

« Qu’est-ce que ça sent mauvais ! se plaignait une voix aiguë.
- Il faut souffrir pour être…
- Belle ?
- Non, riche
, rectifia un homme sur un ton docte.
- Oh… L’un vaut l’autre. »


Quelques sabots martelèrent le sol, leurs propriétaires semblaient ravis de fuir à l’opposé des lames d’acier. Une exclamation retentit, ponctuée d’une série de carillons.

« Emyn, celui-là a failli me mordre, quelle sale bête ! s'indigna la femme.
- Il a du goût, voilà tout, glissa flatteusement son homologue masculin.
- J’t’en ficherai de la revente de laine… Si seulement on était plus nombreux à les tondre…
- Les autres ont leurs propres tâches, et nous n'aimerions pas forcément être à leur place !
- N’empêche que c’est nous qui pataugeons dans la paille crottée. Tiens, je te parie que l’odeur va nous coller à la peau pendant des jours ! »


La diatribe de la râleuse aux grelots fut interrompue par une porte qui claqua. Un bêlement furieux se fit entendre et un sabot commença à racler le sol avec agressivité.

« Emynet ? Y en a un gros, là-bas. »

Le bêlement reprit de plus belle, aussi puissant que la bête était massive.

« Oh ? Ce doit être le chef du troupeau. Sa taille parle pour lui. »

Le dénommé Emyn lâcha tout de même un sifflement admiratif.

« Et toute cette laine – la meilleure des environs… Il a un sacré paquet de Kamas sur le dos.
- Le pauvre,
railla son interlocutrice, il doit mourir de chaud ! Si seulement quelqu'un pouvait se charger d'améliorer son sort...
- Heureusement que nous sommes là pour penser à son bien-être…
- … et le débarrasser de cette toison si encombrante. »


Deux rires. Une cavalcade.


• • •


« Dis donc, j’ai un doute affreux…
- Lequel, chère Arlène ?
- A-t-on prévenu le propriétaire du troupeau que nous nous sommes mis de notre propre chef à son service afin de récolter la laine de son cheptel ?
- Il ne me semble pas, non.
- C’est bien ce que je me disais. Allez, fouette, cocher ! »


A cette annonce, deux roues cerclées d’acier grincèrent. Arlène gloussait.

« Hihihi, n’empêche…
- Quoi ?
- On peut dire qu'il s'est laissé tondre la laine sur le dos !
- Héhéhé, bien vu ! »


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Message par Arlène Kwinzel le Sam 17 Sep - 23:07

• SCIENCE SANS CONSCIENCE  •


Ça craque sous les pieds : la chitine cède sous les semelles tandis que les planches de bois vermoulues depuis des éons gémissent sous le passage de deux âmes égarées en des lieux depuis longtemps oubliés.

« Attention, Arlène, tu en as un dans les cheveux !
- Raaaah,
peste la jeune femme, encore un ? C’est pas vrai ?
- Là, là, le voilà parti
,  la rassure un homme de petite taille. »

L’insecte délogé, un scarafeuille immature, bourdonne et s’en va chercher un meilleur accueil sur un autre support.

Le grondement d’une lourde porte de pierre trouble la quiétude des lieux, il est instantanément suivi d’un déclic sonore et du roulement peu rassurant d’une sphère pesant dans les deux quintaux.

L’homme se racle la gorge et se tourne vers sa comparse.

« Généralement, dans ce genre de situation, on…
- On court, oui.
- Si possible rapidement ?
- C’est préférable.
- Et on évite de perdre du temps à papoter alors qu’une mort relativement certaine vient à notre rencontre, c’est ça ?
- C’est le plan, effectivement.
- On se retrouve dehoooooooors…  
- Sacré Emyn, toujours le mot pour mourir ! »



• • •


Une course effrénée et un mur défoncé plus tard, les deux explorateurs reviennent sur leurs pas, sains, saufs et passablement essoufflés.

« Bon, c’est joli, hein, lâche Arlène. Y a pas à dire, mais c’est quand même pas très enrichissant comme sortie. Financièrement, je veux dire. Culturellement et émotionnellement, ça vaut le détour, c’est sûr, mais bon... Qu’est-ce qu’il te faut, déjà ?
- De quoi incuber des êtres vivants. Un peu comme cette espèce de larve ou de nymphe, là-bas, dans le fond…
- Ou comme cette nymphette à tes côtés, grand fou ?
- Je me contenterai du liquide contenu dans cette espèce de cocon
, plaisante le petit Emyn. C’est gigantesque ! Tu as vu ça ?
- Disons qu’il serait difficile de passer à côté vu qu’il luit dans la pénombre et doit être tellement large qu’on n’en ferait pas le tour si nous étions deux fois plus nombreux.
- C’est pas faux.
- Y a quelque chose que tu n’as pas compris ?
- Quelque chose que… Pardon ?
- Je te charrie, mon grand ! On procède comment ?
- Je propose de percer un trou dans la paroi et de récolter quelques échantillons dans un premier temps.
- Et… Et la bestiole à l’intérieur ?
- Oh, disons que c’est pour la Science et que le chemin de cette dernière est parsemé de pierres tombales. Il faut savoir donner de sa personne et, aujourd’hui, c’est au tour de cette créature. »


Quelques coups bien placés ont tôt fait de venir à bout de la paroi translucide et luminescente. En jaillit à gros bouillons un puissant jet d’un liquide à l’odeur forte et rance. Une fragrance qui attire immédiatement des nuées bourdonnantes de scarafeuilles immatures.

« Ça recommence ! Emyn, fais quelque chose !
- Une ou deux torches bien placées et ils…
- … n’y verront que du feu, hihihihihiiii ! »


Les insectes mis en déroute, le bourdonnement disparaît avant d’être remplacé, quelques temps plus tard, par un vrombissement des plus sonores.

« Et voilà, ils reviennent à la charge. Tu as tout ce qu’il te faut ?
- Ça devrait faire l’affaire. La bestiole est fichue, par contre et… Arlène ? »


La rieuse n’écoute manifestement plus son compagnon, focalisée sur la source du vrombissement, toujours plus important.

« Eh bien, Arlène, qu’y a-t-il ?
- Mon doux bellâtre, si tu ne veux pas passer d’Emynence grise à un Emynuscule tas de pulpe sanguinolente, je te conseille de faire quelques pas sur le côté. Tu as un Scarabosse Doré au-dessus de la caboche. »



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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le Dim 18 Sep - 12:38

• HOUYOUGONAKOL •


Quelques coups furent frappés sur un mur de carton-pâte, rendant un son creux attestant de l’artificialité de l’édifice.

« Tout ça paraît bien fragile, cher ami, lâcha un homme sur un ton las.
- T-Tout n’est qu’illusion ici, v-vous savez ce que c'est… répondit un autre. »

Les coups reprirent de plus belle et s’achevèrent sur un craquement.

« Arlène, voyons, ce ne sont pas des manières !
- Je ne comprends pas, Emynou, je ne faisais qu’avancer le pied et ce mur s’est jeté juste sur son trajet. Quelle imprudence de sa part ! »


Un soupir angoissé se fit entendre.

« S-S’il vous plaît, écartez-vous…
- Oh, je crois que nous allons faire mieux que cela, très cher. Il est temps pour nous d’aller rendre visite à votre attraction-vedette. Votre maison hantée se trouve dans cette direction, si je ne m’abuse ?
- Oui, m-mais…
- A tout à l’heure ! »
lança, sur ton réjoui, la carillonnante Arlène.

« On revient vite, beau gosse, attends-nous ! »
jugea bon d'ajouter la destructrice de décor amusée.


• • •


La petite musique des horreurs en fond sonore, nos deux « touristes » progressaient à l’intérieur d’une bâtisse dévolue aux joies du frisson et de la surprise. Les hululements des spectres de pacotille et les suçons des vampires reconvertis ajoutaient un soupçon de fantastique à l’ambiance délétère qui règnait – ou essayait de régner – en ces lieux prisés des amateurs de sensations fortes.

« Comment je pouvais savoir que ce n’était pas un automate, moi, hein ?
- Peut-être en faisant attention aux cris qu’il poussait lorsque tu lui as cassé le poignet, non ?
- Tu peux parler, oh ! Ce n’est pas moi qui ai réduit ces Gargrouilles et ce gros suceur de sang en poussière. »


Emyn haussa les épaules et répondit sur un ton fataliste.

« Ils paraissaient déterminés à nous empêcher d'atteindre le cœur de la maison.
- La cuisine ? Quel homme
, gloussait Arlène ! Tiens, en parlant d’attraction…
- Oui, il semblerait que nous touchions au but. »


Un hurlement sépulcral jaillissait des tréfonds de la salle dans laquelle le couple venait de pénétrer. Les lumières s’éteignaient par à-coups et cessèrent finalement d'émettre leur lueur blafarde.
Un liquide verdâtre et fluorescent commençait à suinter des murs tandis qu’une forme massive, éthérée et moustachue sortait du plancher à l’aspect défoncé.

Le bruit sec et répété de deux pompes manuelles en pleine action brisa l’élan fantasmagorique du Boostache.

« Le pauvre, il semble déshydraté. Arlène ?
- A la tienne, mon gros ! »


Deux jets d’eau pressurisée accompagnèrent ce toast et les cris de l’entité spectrale redoublèrent tellement d’intensité qu'on les entendit de l'autre côté de la foire du Trool. A un détail près : il ne s’agissait plus de rugissements destinés à terroriser les deux visiteurs, mais de gémissements d'effroi et de douleur.

« Ne croise pas les effluves, Emynipote ! expliquait joyeusement Arlène.
- Pourquoi donc ? s’étonna l’arroseur court sur pattes.
- Au prix où est l’eau bénite, ce serait gâcher, hihihihiiiiii !
- Hahaha ! »



• • •


« Vous savez désormais à quoi vous attendre si vous refusez de contracter notre police d’assurance. Rendez-vous bien compte qu'il est à la portée de n’importe qui de pénétrer et d’aller s'en prendre aux occupants de votre plus gros manège. »

Un silence éloquent répondit à cette affirmation.

« J’pense pas que du monde veuille voir un Boostache dépressif… Pas vrai, Emyn ?
- Certainement pas. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire, très cher. »


La pointe d’une plume crissa à plusieurs reprises sur le papier tandis que deux mâchoires particulièrement serrées grincèrent de dépit.

« C’est un réel plaisir que de faire affaire avec vous. N’hésitez surtout pas à nous contacter si le besoin s’en faisait sentir.
- On repassera la semaine prochaine pour le premier versement, prends soin de toi, mon chou ! »


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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le Dim 18 Sep - 21:32

• MICROKROSMOZ •


Le claquement métallique d’une paire de lames fut suivi d’un couinement suraigu.

« Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est qu’il n’y a rien de personnel là-dedans, annonça doctement la voix d’un homme.
- C’est vrai, quoi. Tout le monde veut gagner sa croûte
, ajoute celle d’une femme, manifestement moqueuse.
- Et, des croûtes – de pain ou de fromage – on vous en donnait, il me semble. A foison
, énonce à regret le premier individu.
- Mais non… »


Nouveau claquement sonore. Deuxième cri haut perché.

« Non, ça, non, il a fallu que Môssieur tente de la jouer solo, reprend la sarcastique. »

Une paire de ciseaux s’ouvre et se referme dans le vide, manifestement dans une manœuvre d’intimidation.

« Tu penses que ça nous fait plaisir de venir ici ? Tu crois qu’on n’a rien de mieux à faire ?
- Kankrounet, ou quel que soit ton blaze… Tu fais perdre du temps à tout le monde – Emyn, moi, tous les autres – et  c’est d’un pénible… Tu nous avais habitués à beaucoup mieux.
- C’est quand même fou ! Vous étiez grassement rétribués pour envahir les cloisons des maisons qu’on vous désignait. »


Un énième pépiement aigu s’élève, chargé de douleur et de protestations.

« Comment ? Tu y comprends quelque chose, Arlène ?
- Rien du tout, coquin. Il baragouine quelque chose. Ah, j’y suis : c’est ta patte, c’est ça ? Tu la trouves dépareillée par rapport à celles qui ont déjà sauté ? Attends, mon grand, ne bouge pas, je vais t’arranger ça. »


Les ciseaux se referment une troisième fois et mordent dans la chitine d’un segment insectoïde.

« T’es tout de suite plus présentable comme ça ! Oh, ne te plains pas, il t’en reste encore suffisamment pour te gratter les élytres et l’abdomen en même temps. Z’êtes quand même sacrément chanceux, vous autres les Vilinsekts. Toutes ces pattes, j’en serais presque jalouse… »

Quatrième claquement.

« Tiens, ça t’apprendra. Et p’is ça te fera réfléchir aussi. S’tu veux garder tes deux dernières pattounes, arrange-toi pour ne plus avoir à nous faire revenir ici.
- Remets-toi au boulot
, assène un Emyn blasé sur un ton menaçant. Renvoie les grouillots à leurs postes et fais-toi oublier. Autrement, on reviendra faire le ménage. Et quand je dis « ménage », c’est au sens propre. Le genre de propreté qui fait horreur aux représentants de ton… espèce. »


• • •


« Ça ira, selon toi ? Ils vont se remettre au boulot ?
- Il faudra bien, sans quoi il faudra assainir les combles. Et introduire de nouvelles troupes dans les parages. Ce ne sont pas les prétendants au « trône » qui manquent chez les Vilinsekts.
- Bah, au bout d’une semaine ou deux, les effectifs seront de nouveau au complet. Ils se reproduisent à une de ces vitesses ! Et puis toutes ces pattes, ça ouvre tellement de perspectives ! Tu as vu comment ils… »


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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le Lun 19 Sep - 18:27

• MAUVAISE GRAINE •


Les massacreurs Bhauts, non contents d’avoir plombé le marché de la Main du Valet Noir dans le domaine des galets de contrebande, avaient porté leur intérêt sur les ressources à bas prix et autres produits de première nécessité : en l’occurrence, les composants de base de l’industrie alchimique.
Dès lors, ce n’était plus quelques groupes d’aventuriers épars que l’on voyait fouiller les bosquets et les parcelles agraires de Terra Amakna, mais bien d’insatiables légions entièrement focalisées sur la déforestation et l'extermination systématique de la faune locale.

Emyn Nuil et Arlène Kwinzel avaient donc été désignés pour mettre un terme à ce fléau ou, du moins, endiguer considérablement la menace des Bhauts.

« J’ai toujours su que nous étions les gentils, dans l’histoire. Mais si l’on m’avait dit que tu me proposerais d’aller cueillir des fleurs pour sauver la campagne, je n’y aurais pas cru ! Tu es un grand romantique, en fin de compte, jacassait la moqueuse.
- Oh, tu sais, si l’on peut joindre l’utile à l’agréable…
minauda son interlocuteur de petite taille.
- Ooooh, flatteur ! On ne m’avait jamais appelée « gréable ».
- Il y a un début à tout ! »


La lourde double-porte d'une grange gémit et l'être à la verticalité contrariée inspira l'air ambiant à pleins poumons.

« Aaaah, que j'aime l’odeur de la moisson au petit matin !
- C’est bien, chaton, reste dans la thématique de l’herbe coupée… sous les pieds des sales bottés. »


Deux déflagrations, trois détonations et un embrasement de parcelle d’orge plus tard, les deux compères parvinrent devant la créature qui exerçait son emprise sur les champs aux alentours.

« T’as besoin de quoi, déjà, Emygnonet ?
- D’à peu près tout son organisme, mais pas de sa vie.
- Arrachons donc cette mauvaise herbe ! »


Aussitôt dit, aussitôt fait. Le cadavre flétri d’un Tournesol Affamé chargé sur leur dos, les deux scélérats s’en repartirent d’où  ils étaient venus, sans un seul regard en arrière. Bien malheureux serait le paysan désormais dépossédé de son garde-chiourme naturel.

« Si je parviens à isoler des pousses saines, je devrais pouvoir en faire des greffons viables. Nous pourrons alors transformer d’autres plantes marchantes de la même essence en redoutables gardiennes de récoltes. A condition que les propriétaires locaux soient prêts à y mettre le prix !
- De toute façon, ils n'auront pas le choix : c'est ça ou la faillite. Et puis je suis prête à parier qu'ils ne laisseront pas passer une occasion de lancer un avertissement aux Bhauts. D'autant plus que ce serait dit… avec des fleurs ! Hihihihihi ! T’as compris ? Avec des fleurs !
- Hahaha ! Elles devraient leur donner du fil à retordre, c'est vrai.
- Tous les moyens sont bons, du moment que les Bhauts bottent en touche... »


Nouveau rire hystérique.




Dernière édition par Arlène Kwinzel le Mar 20 Sep - 7:39, édité 1 fois
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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le Lun 19 Sep - 23:02

• LES BRONZES FONT DU TRI •


De l'iode. De l’iode partout. Dans les narines, dans les sinus, dans le moindre recoin. Et du sable. A foison. Sur deux épidermes, sous deux paires de pieds et à l'intérieur d'autant de bottes. Contre les dents, aussi. Il crisse. Les oiseaux de mer, eux, criaillent. Les vagues indolentes viennent, reviennent et s’écrasent sur la grève, sempiternelles paresseuses.


• • •



Quelques crabes se repaissaient déjà des dépouilles de créatures marines ayant eu le malheur de sortir des eaux pour répondre à l’irrésistible appel à l’aide du petit monarque de la plage.

Qu’ils soient bleus, blancs, verts ou orange, les Pichons flottaient sur le dos, les nageoires pointées vers le ciel, bercés par le ressac.
Deux solides Raul Mops vinrent mordre la poussière et s’écraser pesamment de part et d’autre d’un individu aussi chétif que spongieux.

« Ben alors, Mobichou, c’est comme ça qu’on accueille les amis ? » lâcha une visiteuse pleine d'entrain et coiffée de grelots.

« La porte était fermée, on a dû creuser notre propre entrée dans le mur de ton… château. Pas terrible, le sable, d’ailleurs. Tu devrais changer de matériau de construction ! »

Un rire léger suivit cette déclaration.

« Oh, gageons que notre candide bout d’éponge ambulant saura se souvenir de ce conseil, Arlène. Mais nous ne sommes pas venus pour discuter architecture. »

Les deux individus, malgré leur air affable, se campèrent de chaque côté de l’objet de leur attention. La menace était sous-jacente.

« Figure-toi qu’on passait dans le coin… reprit la femme.
- … et que nous avons remarqué que cela faisait longtemps que nous ne t’avions pas rendu visite, ajouta son compagnon.
- Ni une ni deux, tu nous connais, nous en avons profité pour venir te saluer, mais une fois rendus devant la planche vermoulue que tu nommes « pont-levis »... STUPEUR ! »


Arlène en faisait des caisses.

« Nous avons été dépassés par une horde de touristes pressés de découvrir ton édifice. Pas de chance, hein ?
- Comme nous sommes relativement bien élevés – enfin, surtout Emyn – nous avons décidé de nous mêler au groupe qui partirait lors de la visite suivante
, acquiesça la carillonneuse.
- Aussi nous sommes-nous installés sur la plage, pas loin des contreforts de ce splendide château qui fait ta fierté. Et au beau milieu d’une horde de plagistes grillant au soleil.
- Tout d’un coup, une espèce de rigolo a déboulé de nulle part, les bras chargés de cagettes et un grand sourire vissé sur le visage. Figure-toi qu’un attroupement s’est aussitôt formé autour du bonhomme. Moi… »

Emyn leva les yeux au ciel.

« Curieuse comme elle est…
- … je suis allée voir ce qu’il vendait, ce pauvre garçon. Eh ben tu ne me croiras jamais, mais il refourguait de la crème solaire à un prix… Ouhlala ! Rien que d’y penser, je pleure la détresse de toutes les bourses de la plage.


Le petit homme s'était rapproché de sa victime.

« De la crème solaire, Mob, ça te dit quelque chose ? »

Chaque syllabe de cette dernière question avait été détachée de ses voisines et prononcée sur un ton inquisiteur.

L’hôte involontaire n’avait pas pipé mot depuis le début de cette rencontre et, sous l’effet de la pression qu’il subissait, il avait perdu les deux tiers de son volume, humidifiant généreusement le sable qui avait bu ses fluides corporels, avide, sous ses tongs.

Son oppresseur lui tendit un pot d’onguent bleuté.

« Je t’ai posé une question, l'Eponge : ça te dit quelque chose ? »

Le dénommé Mob rapetissa de nouveau. Il ne savait plus où se mettre. Arlène, aussi loquace qu'à l'accoutumée, reprit :

« Une sacrée camelote, dis donc !
- Vendue par des charlatans !
asséna Emyn, irrité.
- Jette un coup d’œil à l’étiquette : « Crème miraculeuse de la Mer d’Asse ». Pfff, n’importe quoi ! »

Le pot fut balancé au loin, avant de venir heurter un oiseau de passage qui poussa un juron aviaire que la décence nous empêche de traduire ici.

Le petit disciple de Xélor renchérit, sur un ton docte et moralisateur :

« Seule notre crème solaire modératrice de bonheur aux treize algues minérales est digne de figurer sur le marché.
- Cette crème est une vraie crème solaire de méditation
, cita Arlène. D’ailleurs, la liste des composants est écrite dans la langue des moines méditatifs l’ayant préparée aux confins du pays. Tiens, si tu plisses les yeux, tu peux même lire le nom de leur temple : « Médi… tayewouane ».
- Sans compter qu’elle est beaucoup moins chère que celle qu’on a retrouvée vendue sur ta plage. »

Les deux escrocs, aimables, tapotèrent gentiment le dos totalement déshydraté de la pauvre créature qui avait cru qu’elle pourrait les doubler en permettant à une entreprise concurrente de refourguer ses produits sur son territoire, moyennant une commission des plus avantageuse sur les ventes réalisées.

« T’as voulu jouer
, l'acheva Arlène. Et t’as perdu. Comme ce pauvre revendeur qu'on risque de retrouver sous peu pendu dans un four, à quelques encablures du rivage, les veines ouvertes et l'estomac blindé d'une bonne dose de cyanure. La milice conclura à un suicide, assurément, lâcha-t-elle innocemment.
- On mettra ça sur le compte de l’appât du gain
, enchaîna Emyn. Preuve, s’il en est, que tu as fait tienne l’une des particularités de l’esprit humain. Tu fais des efforts pour t’intégrer, c’est bien, mais tu manques encore un peu de jugeote…
- Ce qui te vaudra le gel de ton pourcentage sur les trois mois à venir. C’est bien ce que tu avais dit, Emyn ?
- Tout à fait, Arlène, tout à fait.
- Et la prochaine fois, ça te coûtera bieeeeen plus cher, si tu vois ce que je veux dire… Couine si tu as compris ce que je sous-entendais, mon bouchon. »


L’éponge humanoïde, désormais sèche et légère, émit un très faible sanglot.

« Il a compris, Arlène. Il n’y aura pas de « prochaine fois ».
- Brave garçon. »




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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le Mer 21 Sep - 16:07

• SI VIS EBRETIAS PARA BELLUM •


« Eh ben, c’est qu’on boit, ici ! » s’exclama une Arlène dont les grelots résonnaient dans l’imposante salle des fêtes bwork du village éponyme.

Les grandes tables croulaient encore sous le poids des chopes et des reliquats peu reluisants d’une beuverie récente. Une odeur de sueur, de vomi et d’alcool empuantissait l’atmosphère.

Emyn Muil errait entre les quelques bancs qui ne gisaient pas à terre tandis que sa comparse au couvre-chef loin d’être discret s’indignait :

« Et ils voudraient nous faire croire que leurs réserves sont à sec ?
- Ah, ces hypocrites ! lâcha le petit homme. Ils ont un bar bien planqué, oui ! Ça ne va pas se passer comme ça !

- Bien dit, mon tout beau, l’attisait Arlène. Montre-leur de quel sable tu te chauffes ! Ah, ils ne connaissent pas le Serpète-Minute, c’est certain ! »


• • •


Quelques portes défoncées et une dizaine de crânes enfoncés plus loin, l’inénarrable binôme pénétrait dans une énième pièce haute de plafond. Tout n’y était que démesure destinée à impressionner l’imprudent lambda qui aurait osé s’aventurer aussi profondément à l’intérieur du siège – bien que « tabouret » aurait été un terme plus adapté – du pouvoir Bwork. Avec une majuscule pour mettre l’accent sur le « Beurk » sous-jacent.

Des crânes, à divers stades de décomposition, étaient délicatement empalés sur des pics fichés dans la terre battue qui tenait lieu de sol plus ou moins égal. Quelques torches flambaient afin de faire reluire les armes – fonctionnelles, massives et généralement rouillées ou recouvertes de reflets brunâtres aux origines que nul ne chercherait à déterminer – que l’on avait empilées, çà et là, et des rares ouvertures pratiquées dans les parois de la structures jaillissaient des rayons de soleil fatigués.

Une véritable haie d’honneur osseuse – aussi macabre que peut l’être une cage thoracique géante – guidait le regard sur un trône planté au sommet d’un monticule de trophées organiques croulant sous la charge d’un postérieur proportionnel aux dimensions du lieu.
La Bworkette affichait un air las et l’entrée des deux visiteurs ne fit naître aucune émotion visible sur son visage aussi gras que gracieux.

« La voilà, la bougresse ! » s’écria Emyn.

Une série de pas rapides, ponctuée de deux-trois regards noirs, s’acheva au pied du cairn d’ivoire, alors que jaillissait une escouade de Bworks baraqués. Les gardes du corps de l’autorité locale, à n’en pas douter.

Sans se démonter le moins du monde, faisant fi de la bienséance – qui n’est pas un gros mot chez les Peaux-Vertes, contrairement à ce que l’on pourrait penser – Arlène apostropha la dirigeante grassouillette.

« Ben alors, ma grosse, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? »

Les êtres musculeux se dévisagèrent, ils ne comprenaient, semblait-il, pas la question. La taulière ricana en déroulant sa prose et en caressant le fil de la lame de son hachoir personnel.

« Pad moviett issi. Houst-houst, gagedé sinon bobo. Peti zozio perde leur zèl. Retour ché mama lé kassos. »

Heureuse d’avoir suscité une réaction chez leur interlocutrice, l’agile Arlène se tourna vers son minuscule compagnon, un sourire perplexe vissé sur son visage fardé de poudre de riz.

« Kassos » ? T'y comprends quelque chose, bouchon ?
- Je crois qu'elle nous insulte.

- Ouh, la vilaine !

- Réglons ça par la diplomatie des armes, je propose !

- Motion adoptée à l'unanimité. Hé, ma belle, tu descends ou ‘faut venir te chercher ? »


Cette saillie et le ton qui l’accompagnait furent le signal que les Bworks attendaient pour laisser libre cours à leur agressivité.

Mal leur en prit.

L’affrontement tourna court et, s’il fallait en retenir quelque chose, ce serait que les familiers ailés du mage local s’inséraient relativement difficilement - ou alors avec beaucoup de lubrifiant - dans le fondement verdâtre de la méritocratie bwork.

L’attitude des indigènes avait changé, comme en témoignait certaines modifications dans leur comportement – outre le fait qu’une bonne partie d’entre eux se massait douloureusement le cuir.

« Je crois qu'elle a... hésita Arlène. Je crois qu'elle a apprécié la négociation. Elle semble dans de meilleures dispositions. Oh, et regarde ses copains, tout en sueur et souriants... Oulalaaaah ! »

L’acrobate dévorait du regard les Peaux-Vertes luisantes d’effort. Conscients ou non de leur petit effet, les fidèles de la Bworkette comparaient leurs plaies et faisaient rouler leurs muscles tout en jetant de fréquents coups d’œil appréciateurs en direction des auteurs de leurs maux physiques.

La beauté callipyge au hachoir émoussé souriait désormais à pleins crocs.

« Ahah ! Ça lui apprendra : voilà comment on négocie avec la Main du Valet Noir !
- Et que coule la bière ! lança l'équilibriste.

- A flots ! » renchérit l'alchimiste.


• • •


La légitimité du Valet Noir à pouvoir revendre l’alcool issu des brasseries du village des Bworks en-dehors de celui-ci ayant été restaurée par la force, les tripots affiliés à l'As de Pique purent de nouveau écouler la fameuse « pisse de gob » estampillée « Médine blaude ».

Au plus grand bonheur des taverniers de la Main et au grand dam des organismes des membres de leur clientèle.

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Re: [RP] Méfaits de la Main du Valet Noir

Message par Arlène Kwinzel le Ven 23 Sep - 19:24

• SIX PIEDS SOUS TERRE •


Et grouillent les volatiles invisibles. Et perce la canopée leur babil subtil. Et bruissent les bambous qui s’entrechoquent.
L’air est lourd, l’atmosphère humide, à moins que ce ne soit l’humidité qui soit atmosphérique et la lourdeur qui soit aérienne ? La touffeur des lieux, non contente de participer grandement à la croissance de la flore locale, n’invite pas à la réflexion et a tôt fait d’embrouiller les esprits les plus cartésiens en même temps qu’elle fait fondre les cœurs les plus gelés.

La vie prolifère dans la bambouseraie et c’est justement la raison de la venue de deux têtes bien connues. L'une d'elles est coiffée de grelots aussi sonnants que virevoltants tandis que l’autre culmine à moins de cinq pieds au-dessus du sol.
Les deux individus, une femme souple et un homme grisonnant, se frayent un chemin à travers la végétation, suivant un sentier à moitié effacé. Les insectes locaux ne les importunent plus depuis que le nabot a épuisé l’équivalent de trois pulvérisateurs remplis d’une solution à l’odeur épouvantable, ce qui a eu pour effet notable d'endiguer considérablement le nombre de plaintes et de jérémiades de son acolyte.


• • •


Il fait désormais moins clair. Les lieux ont changé et, si l’humidité se fait encore sentir, la chaleur est à présent moins étouffante. Les deux randonneurs ont pénétré depuis une poignée de minutes à l’intérieur d’une galerie souterraine. Les sonorités de la jungle se font plus distantes et ne sont maintenant plus que les échos de celles qu’elles étaient plus tôt dans la matinée.

La plus agile des deux spéléologues brise le silence cavernicole.

« On n’en a pas vu un seul dehors. ‘faut dire qu’ils doivent bien se cacher...

- Se camoufler, Arlène. Se camoufler, la corrige doctement Emyn Muil.

- C’est forcément ici, tu en es sûr, bouchon ?

- Vu le nombre de végétaux à silhouette humanoïde, j’en mettrais ma main à couper.

- Ne lance pas de paroles en l’air, Emynistre ! raille la jeune femme qui se fait soudainement pensive. M’enfin, c’est vrai que le gros buisson à l’entrée avait tout d’un athlète. »

Nouvelle pause. On croirait entendre grincer des rouages cachés sous le crâne féminin.

« Alors, c’est bien vrai ? Le petit peuple de la sous-bambouseraie a décidé de faire la peau à nos braconniers ?

- Il faut croire que oui ! soupire le petit homme.

- Tssssk ! C’qui est coupé finit par repousser, et plus vite ici qu’ailleurs ! On entretient les lieux en y prélevant ce qui se revend mieux ailleurs. On participe à l'essor touristique de leur île, ricane Arlène. Peuvent-ils en dire autant ? Pour qui se prennent-ils, ces machins ? s'énerve-t-elle, plus attristée que véritablement fâchée.

- Pour les gardiens de cette jungle, semble-t-il.

- On verra s’ils sont capables de se défendre en plus de protéger les environs, déclare sarcastiquement la rieuse. »



• • •


L’odeur de l’humus se fait de plus en plus forte à mesure que les deux membres de la Main du Valet Noir s’enfoncent sous la surface de la forêt de Pandala. Les racines se multiplient et font régulièrement trébucher les intrus, même l’acrobate aux grelots.

« C’pas naturel, tout ça, affirme Arlène.

- Ça l’est trop, justement, hahaha. Suivons ce cours d’eau. »
 
Des êtres végétalisés – à moins qu’il ne s’agisse de végétaux sur pattes – descendent du plafond de la vaste salle où ses recherches ont mené l’improbable duo. De plus en plus nombreuses, les créatures émergent des murs de terre humide et rougeâtre et viennent se masser, à distance respectueuse, tout autour du binôme.

Ce dernier est, pour l'instant, absorbé dans la contemplation d’un trône de terre cuite sur lequel finit par se jucher l'acrobate.

« Drôle de truc ! Qu’on ne vienne pas me dire que, ça, c’est naturel, lâche-t-elle, sceptique.

- Surtout pour des bambous errants. Tu penses qu’ils ont réussi à fabriquer ça avec les sortes de racines qu’ils ont à la place des mains ?

- Des bambous ? Du p’tit bois en devenir, oui ! Elle réfléchit. Non, ils ont dû faire venir quelqu’un.

- Un maître potier fabricant de chaises ? tente Emyn.

- Tu tiens le bambou, l’arsouille, s’esclaffe sa camarade avant de se rendre compte qu’ils sont désormais cernés. On pourrait leur en proposer un de meilleure facture s’ils cessaient d’enquiquiner nos… récolteurs. »

Son compagnon se retrousse les manches tout en se tournant vers la multitude.

« Pour ce qui est de la facture, il est temps de les faire passer à la caisse.

- Rassurez-vous, les gars, on accepte les petites coupures, lance l'Arlène sur un ton faussement rassurant. Surtout si c’est nous qui les causons !

- Faisons ça vite. Et bien. Je ne tiens pas à m’éterniser ici.

- Tu veux dire que tu ne souhaites pas prendre racine, c'est ça ? Hihihihiiiiihihi ! »



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