Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts !

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Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts !

Message par Kalirr le Mar 31 Oct 2017 - 0:10

Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts !

 


La voiture avançait bon train. Un fouet dans la main droite, les rênes dans la gauche, le jeune homme dirigeait les dragodindes d’un geste expert. L’embarcation dévalait la grande route à vive allure et regagnait, sans aucun doute, la cité d’Astrub. Il était à peine onze heures quand les animaux ralentirent jusqu’à ne plus avancer, forçant la diligence au repos et ses occupants à l’immobilité. Bref, tout le monde était à l’arrêt.
 
Un état qui, sans nul doute, vous remet en mémoire la citation de ce scientomage dont le nom m’échappe actuellement.
 
Tout corps persévère dans l'état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n'agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d'état.
 
Eh bien, ici, on s’attendait fortement à ce que l’absence de mouvement perdure. C’était sans compter sur une force que vous reconnaitrez sûrement, sinon à la voix, au moins au chapeau. Car venant de l’intérieur de l’habitacle, un homme vêtu de bleu s’inquiétait de cette inaction.
 
« Eh bien Victor, hurla-t-il, on se reposera en arrivant !
– C’est que nous ne pouvons pas continuer Kalirr, répondit le cocher tout penaud.
– Vraiment ?
– Le pont a été brisé et la rivière est trop haute en cette saison. Il faudrait contourner mais ça nous prendra deux heures de plus.
– Deux heures !! Hors de question, je dois être à Astrub pour midi ! N’y a-t-il rien d’autre à faire ?
– Malheureusement, non.
– Bon, alors contourne ! On se retrouve tout à l’heure. »
 
Disant cela, l’Osamodas replia les lettres qu’il était en train de lire et sortit un petit coffret qui contenait, entre autres objets, quelques fioles. Il en saisit une, la but et disparut en un clin d’œil. La voiture, quant à elle, se remit en route vers l’ouest afin de contourner la rivière.
 
•   •   •
 
Le disciple du Maître de Bêtes n’eut même pas le temps de compter jusqu’à dix – et pourquoi l’aurait-il fait ? – qu’il était déjà réapparu. Mais, on pouvait aisément deviner qu’il n’était pas là où il le souhaitait. Il affichait, en effet, une mine déconfite, des yeux exorbités et la fiole en verre glissa de ses mains impuissantes pour venir se briser sur l’herbe de la plaine.
 
Oui, oui, de la plaine. Notre cher Kalirr apprit ce jour-là qu’il ne faut jamais se fier à un artisan et que, eux aussi, sont capables d’erreurs. Et celle-ci n’était pas des moindres ! Au lieu de se retrouver dans le centre grouillant d’Astrub, l’agent de la Main observait une étendue herbeuse qui lui était inconnue autant qu’elle était déserte et silencieuse.
 
Après avoir crié, insulté tous les alchimistes vivants, ayant vécu ou à naître et tué quelques brins d’herbe à coups de talons assassins, l’homme du Trèfle s’assit à même le sol parmi ses congénères. Dissertant avec lui-même sur la marche à suivre, il décida justement qu’il fallait poursuivre la marche. Il prit donc une direction au hasard qui s’avéra être le nord.
 
Au bout d’une demi-heure de marche, il croisa finalement un convoi inespéré. Un groupe de deux chariots conduits par des disciples d’Enutrof et entourés de cinq hommes armés de lances, d’épées et d’autres ustensiles piquants ou tranchants arrivait face à l'Osamodas. Il alla vers eux et s’adressa à l’homme de tête.
 
« Messieurs, dit Kalirr, je me suis, malheureusement, perdu dans ces lieux. Voilà des heures que je marche et ne retrouve pas mon chemin. Pourriez-vous m’escorter jusqu’à Astrub ?
– Astrub ? Oh, tu manques pas de culot gamin ! répliqua un des disciples du dieu dragon. C’est à plusieurs semaines d’ici ! Et nous on file vers Brâkmar.
– J’ai de quoi vous payer, et très bien !
– Mais je n’ai que faire de ton oseille, petit ! Soit tu viens avec nous, soit tu continues ta route ! »
 
Kalirr se trouva donc face à un dilemme qui fut vite résolut par ce deuxième adage du même scientomage dont le nom ne m’est toujours pas revenu.
 
Les changements qui arrivent dans le mouvement sont proportionnels à la force motrice ; et se font dans la ligne droite dans laquelle cette force a été imprimée.
 
La force motrice étant, ici, clairement le convoi et celui-ci filant en ligne droite vers Brâkmar, c’est tout naturellement que Kalirr accepta le changement et grimpa dans un des chariots.
 
•   •   •
 
Je vous épargnerai la narration du long voyage vers Brâkmar qui prit deux semaines et trois jours et qui n’est que combats contre des goules, histoires de vieux Enutrofs au coin du feu et nourriture fade à l’aspect douteux. Enfin, le principal et qu’ils arrivèrent, non pas aux portes, mais aux murs de la cité Sombre.
 
« Pourquoi s’arrête-t-on ici ? demanda innocemment Kalirr.
– La fin du voyage gamin. Les portes sont à quelques mètres là-bas. Bon courage ! répondit un des hommes d’armes.
–Mais… »
 
C’est à ce moment, et uniquement maintenant que le jeune dix de Trèfle compris. Qu’il s’en voulut de ne pas avoir saisi plus tôt ! C’était pourtant son domaine. Les produits d’importations étaient alors interdits à Brâkmar et aucun marchand extérieur ne pouvait y faire commerce. Ce groupe-là était sans aucun doute des contrebandiers qui avaient trouvé un bon passage pour entrer dans la cité. Une occasion à exploiter, pour sûr.
 
« Veuillez me pardonner, messieurs, mais si j’entre dans la cité je ne peux garantir de tenir ma langue. », lança le chapeauté.
 
Mais avant de parler, il n’avait pas pris le temps de relire le troisième précepte de notre scientomage dont je n’ai toujours pas retrouvé le nom.
 
L'action est toujours égale à la réaction ; c'est-à-dire que les actions de deux corps l'un sur l'autre sont toujours égales et de sens contraires.
 
Ainsi, à cette action de l’Osamodas s’opposa une réaction en sens contraire. C’est-à-dire dans le sens du refus. Les cinq gardiens sortirent leurs armes et s’approchèrent de l’homme d’affaires sans défense.
 
« Allons, allons, du calme. Les portes ne sont pas loin et mes cris risqueraient de faire venir les gardes. », se défendit Kalirr.
 
Et il avait raison. Les deux marchands firent signe de se calmer et les armes repartirent dans leurs fourreaux, bien que les mains restèrent sur les pommeaux.
 
« Que voulez-vous ? demanda un des contrebandiers
– Hum… bonne question… répliqua Kalirr. Vous réalisez souvent ce genre de voyages ?
– Tous les deux mois. On part d’Astrub et on livre.
– Bien… vous pourriez assurer quelques livraisons pour moi. Je vous payerai, naturellement. Hum… retrouvez-moi sur Astrub à votre retour. »
 
Et Kalirr leur laissa une adresse avant de partir vers le centre de la cité Sombre. Il avait la certitude de les revoir bientôt, la promesse de kamas et sa connaissance du passage jouant pour lui. Il prit donc le Zaap en direction de la ville Brune et attendit patiemment.
 
•   •   •
 
Un mois plus tard, on frappa à la porte de Kalirr. S’était les deux marchands qui revenait vers lui. Au bout de longues heures de négociations voici ce qui ressortit. Les marchands assureraient le transport de biens dans divers lieux de Brâkmar. En échange de quoi, ils pourraient conserver trente pourcents des ventes.
 

Kalirr avait maintenant un point d’accès solide dans la cité. Il ne restait plus qu’à trouver des établissements prêts à recevoir les livraisons. Le travail allait être long ! Mais il en avait l’habitude et, si pour lui cette mécanique était classique, il avait une nouvelle tonne de labeur à abattre.


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