[RP] Scriabine Castrellan

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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 23.10.18 17:17

La perspective de devoir retourner à Bonta provoquait en moi une terrible angoisse. Et si je croisais ce crapaud d’Alexandre ? Laura ? Des anciens des Lyncéens ? Marco ? Un Castrellan survivant ?

Sur le chemin du Troquet, je pris un détour vers le terrain d’entrainement forestier du Carreau. Il y avait de la broussaille jusqu’à mi-cuisse et je sentais de temps à autre le corps huileux d’une larve me frôler les chevilles.

Au fur et à mesure que je m’approchais des lieux, des « tocs » étouffés se faisaient entendre, résonnant entre les vieux troncs.

Il y avait Léon alias « visage-rond », ainsi que l’archère aux yeux étranges. Celle-ci semblait en train de lui apprendre quelques techniques. Il décochais une série de flèches, mais seule quelque une parvenaient à se planter dans la cible.

Sa collègue sourit amicalement, puis, prenant position à son tour, posa son arc et ses flèches devant elle, plaqua ses mains au sol, et, dans une contorsion que je ne parvenais pas à expliquer, attrapa son instrument de chasse avec les pieds, avant de se saisir d’une flèche, de l’encocher, puis, la magie opérant, de faire filer ce trait droit sur sa cible, en plein cœur.

Je me mis à applaudir mollement, tout en descendant le chemin qui me séparait d’eux.

— Joli !

L’intéressée remonta sur ses deux pattes, un peu surprise.

— Je ne savais pas qu’on pouvait mettre autant d’art dans le tir d’une simple flèche.
— Ah, Scriabine, c’est toi ! Tu as vu, c’est une bien digne héritière de Crâ, déclara Léon, tout fier de sa partenaire.

L’archère baissa les yeux, puis s’en alla dans la remise adjacente.

— Pas très loquace ta collègue…
— Oh tu sais, ce n’est pas ce qu’on lui demande alors… tout va bien.
— Certes, si tu le dis.

Je ne côtoyais pas Léon depuis très longtemps, un mois à peine, et pourtant une sorte de proximité s’était tissée entre nous. Les gens du Carreau portaient en eux cette bienveillance naturelle dont j’avais cruellement eu besoin lors de mon arrivée. Les autres enseignes, et notamment celle du Cœur se montraient moins coopératives à cet égard.

— Que nous vaut l’honneur de la visite d’une disciple de Bélisha sur notre humble terrain d’entrainement ?
— Je passais dans les environs, rien de plus.

Je ne sais pas si on aurait pu dire que Léon était bel homme, mais en tout cas il avait des yeux qui ne laissaient pas indifférent. Deux prunelles sombres qui laissaient deviner un mystère insondable sur l’être se trouvant de l’autre côté. Cela avait toujours attisé ma curiosité.

— Tu veux essayer ?
— Pardon ?
— Le tir.
— Je ne pense pas que…
— Allons, allons, c’est aussi notre rôle que de vous apprendre à vous défendre, nous ne pouvons pas vous protéger en permanence.
— J’imagine, mais l’arc…
— Une arme vieille comme le monde.

Il attrapa un arc sur le présentoir, jaugea sa taille comparativement à la mienne, puis en choisit un autre qu’il me tendit.

— C’est ridicule… déplorais-je, tout en me saisissant de l’instrument d’une main malhabile.
— Ahah, oui, tu es ridicule c’est vrai ! Mais cela ne tue pas ?
— Mphm…
— Moins fiérote la Scriabine, hein !
— Enfin, je ne vais pas tirer, et puis c’est bientôt l’heure de déjeuner.
— « C’est bientôt l’heure de déjeuner » me singea-t-il, tout en se prenant pour un valet de chambre. « Au menu ce midi, nous avons viande séchée de sanglier aux quatre épices, sur son lit de pissenlits comestibles ; à moins que Son Altesse porte son choix sur les restes de goujon d’hier soir à la sauce Boo-Boo »
— Je crois que j’ai vu assez de Boo pour aujourd’hui…
— Ne me dis pas que… Nooon… Ce n’est pas possible… reprit-il sur un ton beaucoup plus sérieux.
— Quoi donc ?
— Aurais-tu vu, aurais-tu assisté à ce spectacle légendaire, narré dans toutes les unités du Carreau, du troufion à Kaézar ? Cette émotion pure, cette scène que tout soldat rêve de voir un jour !
— …
— Le mythique bain de boue de Bélisha.

Je laissai tomber mon arc au sol, tout en soupirant, exaspérée.

— Rhoooo, on peut bien rigoler…
— Je ne te dirai rien.
— Alors je ne te demanderai rien !

Je récupérai l’arc tombé au sol, afin de le reposer sur son présentoir.


— Dis-moi Léon, n’as-tu jamais eu de mal à concilier ta vie au sein de la Main avec ta vie privée ?
— Ouf… je l’ai pas vu venir celle-là !
— Et elle est bien là, pourtant.
— Heu… bon, oui voilà. Première réponse : le bon gars du carreau. « Non ». Pour plus de précisions, merci de vous référer au Code. Code écrit par ton patronat, je préciserai.
— Précision inutile.
— Seconde réponse : le bon gars, le Léon. « Oui ». Ça m’a déjà valu quelques coups sur la truffe, par ailleurs, je te ferai dire.
— Développe.
— Oh ma belle, cela te coûtera au bas mot un déjeuner.
— Ah c’est ainsi… soit.

Autour d’un déjeuner sommaire, en compagnie de l’archère quasi muette, Léon m’expliqua les différents déboires qu’il avait déjà eu avec la Main, en raison de ses projets controversés. Ses idées sur la politique faisaient par ailleurs bien peu de sens à mes yeux. Il s’entêtait dans une lutte de principe contre tous les partisans du royaume : les nobles, les bourgeois, les artisans. Même les cultes avaient pour lui trop d’importance sur la place publique. Il appelait à une révolte, une revanche des faibles contre les forts, il s’enflammait dans des discours moralisateurs, aux multiples biais.

— J’ai l’impression que tes idées atypiques sont quelque peu en opposition avec certains principes de la Main, comment expliques-tu cela ?
— C’est simple Scriabine, il faut faire la part des choses. Nous avons tous nos valeurs, et ce n’est pas un vieux Code qui nous les enlèvera, à nous de choisir ensuite quand nous devons les défendre ou les étouffer.
— Je vois. Dites-moi vous deux, seriez-vous prêts pour une petite virée à Bonta la semaine prochaine ? Et toi, tu seras mon homme.

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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 27.10.18 17:50

La Tornade faisait partie de ces bistrots atypiques en périphérie de la cité Blanche. Le décor hésitait entre taverne poisseuse et vieux théâtre de province. Un petit orchestre jouait des airs populaires du Nord, tandis que la grappe de serveuses à forte prépondérance mammaire s’affairait à abreuver le Duc du Guet-Caux et ses amis patibulaires des spécialités locales : lait de mulou au schnaps frappé, Torboytrool — mieux ne valait pas entrer dans les détails de sa composition —, et pinard au clakoss.

Le Duc avait réservé tout l’établissement afin d’être plus tranquille. Le prétexte d’une telle soirée était l’anniversaire de son neveu, ou quelque chose de ce genre-là.

Cela faisait plus d’une heure que le Duc s’avinait à côté de moi, et souhaitait me faire vivre le même sort. Dinekine, ma cible de ce soir, était à une autre table. Bélisha m’avait confié comme objectif de renouer le contact afin d’entrevoir de nouvelles perspectives commerciales.

— Allons très chère, vous ne buvez rien ! Tenez, prenez-donc un peu de ce lait schnapssé, c’est tout doux, ça se laisse boire comme…. DU PTIT LAIT ! AHAHAH !

Le Duc était si fier de sa blague qu’il faillit s’étouffer dans son autosatisfaction, tandis que ses amis, habitués, forcèrent niaisement le sourire.

— Oui, je l’ai déjà goûté tout à l’heure, il est fameux, mais ça ira pour le moment, plus tard peut-être.
— J’insiste !
— Aller Élé’ ! me lança Léon, goguenard, dont les intérêts convergeaient avec ceux du Duc : me voir saoule.

Sans allié dans ce combat, je me résignai à tendre ma coupe.

— Vous en avez de la chance mon cher Léon ! D’avoir ce bout de femme pour vous seul…
— M’sieur le duc, n’êtes pas marié vous ?
— Ohhh… si, je le suis… Mais à qui, mon ami, à qui ! Vous verriez ce laidron. Droit sorti de la fange brâkmarienne.
— J’imagine qu’elle a quelques autres qualités, la beauté ne fait pas tout, mentis-je.
— Des qualités oui… elle est malade et mourra bien avant moi, c’est là tout mon réconfort.
— J’espère que vos enfants seront viables ! plaisanta Léon.

La phrase n’eut pas l’effet escompté, et jeta un froid sur la tablée.

D’un coup, l’orchestre se mit à jouer un air plus exotique, ambiance ardente, kokokos et sable fin. Tout le public retint son souffle, et dirigea son regard vers la petite scène dont le rideau se plissait lentement sur les côtés.

La fille de Maigrelet fit alors irruption sous un écran de fées d’artifice roussoyantes. Cette femme… Ô cette femme en faisait tomber, des mâchoires et des chopes. Un corps sculpté dans le charme brut, tout était parfait et en bonne place. Certaines se targuaient d’avoir un beau nez, de belles hanches, de beaux yeux ; elle avait tout. Un chef d’œuvre sans pareil sur le Monde des Douze.

Une longue cooleuvre jaune se tortillait mollement autour du cou de la divine créature, au gré du tempo hypnotique. Tout en effectuant une danse sensuelle, elle s’approchait lentement de nous, enjambant les restes de quelques feues fées d’artifices.

D’un coup d’un seul, elle monta sur notre table, décidée. C’est bien le Duc qui était l’objet de sa marche éhontée ; elle attrapa une bouteille de lait de mulou qui traînait là, puis, tout en plaçant ses orteils au niveau de la bouche béate du Porkass, déversa le contenu blanchâtre le long de son interminable jambe. Rivière qui finit pour grande partie sur la chemise du Duc, ne laissant que deux ou trois affluents faire leur chemin jusqu’aux babines obscènes du Guet-Caux. Une manière de boire fort peu rentable.

C’était là le grand vice du Duc, la voûte plantaire de ces dames ; et celle-ci en était experte.

Je profitai de la scène pour m’éclipser en direction de la table de Dinekine, dont la moitié des places étaient libérées. Léon me suivit avec assiduité.

— Messieurs, bonsoir ! Tentai-je, tout en constatant que ma sobriété commençait à s’effriter.

L’homme avait le visage fermé, se refusant tout excès d’émotion. Ses quelques acolytes suiveurs l’imitaient plutôt bien dans ce style.

— Entre nous, ce truc avec les pieds, j’ai l’impression que ça manque un peu d’hygiène, non ? demanda innocemment Léon, pour briser le glacier.

La bande à Dinekine échangea quelques regards, puis nous servit deux verres bien remplis de pinard au clakoss. C’est à ce moment-là que je compris que cette mission ne se passerait pas comme prévu. Tout en ingurgitant l’infâme liquide, je maudis Bélisha de m’avoir embarqué dans cette galère.

La suite des événements est moins précise. Lors d’une de mes innombrables tentatives de déchiffrer Dinekine, quelques mots furent mal choisis, et il se mit en colère. Léon avait dégainé ses deux armes favorites : marteau et faucille. Le Duc était ivre mort à ce moment-là. Le sang pleuvait dans la salle, et l’orchestre continuait de jouer inlassablement ce sempiternel morceau envoûtant. Des flèches sifflèrent au-dessus de ma tête. Je me suis levée, je me suis rassise. Je suis tombée, on m’a relevée, on m’a portée. On m’a jetée sur des caisses, on m’a reprise. On m’a attachée, on m’a crié dessus. On m’a détachée, on m’a prise comme un sac, on m’a déposée sur des planches.

J’ai dormi.


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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 30.10.18 16:08

Il ne s’agissait bien entendu pas de me première soirée arrosée, mais la violence des alcools en présence couplée aux quantités prescrites m’accablèrent d’une terrible gueule de bois. Cette leçon restera gravée en moi pour bien des années.

— Alors, Son Altesse est réveillée ? Questionna Léon.

Je balbutiai quelques onomatopées en guise de réponse. Le soleil me brûlait le visage. Je me sentais moite et poisseuse. Souillée. Au lever, la nausée me rattrapa, mais je sus habilement la contenir.

Nous étions sur une charrette, en périphérie de la cité, probablement au Sud vu les champs alentour qui s’étendaient à perte de vue, et le massif de Cania que l’on devinait au loin.

— De l’eau… quémandais-je avec mes dernières ressources.
— De l’eau, en voici !

Léon me versa l’équivalent d’un plein seau sur le visage. L’effet fut immédiat et la gifle également.

— Tu as demandé de l’eau, je t’ai donné de l’eau… S’amusa Léon, en se massant la joue, rieur.

Mon regard dû être si noir, que son air plaisantin eu tôt fait de disparaître.

— Hum, il y a un petit étang là-bas si tu veux te « débarbouiller »



Après une toilette de première nécessité, mes esprits étaient à peu près revenus.

— Que s’est-il passé ?...
— Hier soir ?
— Oui… hier soir…
— Oh ma belle, hier soir il s’est passé bien des choses, mais je pense que la plus mémorable… oui c’est lorsque tu as parlé de nos affaires avec un clan concurrent à la troupe de Dinekine. Ou bien était-ce quand tu faisais ton exposé sur les sous-vêtements coquets des dames bien nées ? Je ne sais plus…
— Merde…
— Tu l’as dit, le type n’a rien voulu savoir, un vrai sanguinaire, et j’ai bien failli canner pour te sortir de là ma belle. Ils t’avaient capturé, et j’ai dû me les faire à l’ancienne avec la copine.

Deux doigts amicaux émergèrent du haut de la charrette, ceux de l’archère.

— Merde !
— Enfin, ça nous a remis en selle quoi, un peu d’exercice c’est bon pour le cœur.
— Et le Duc ?
— Aucune idée, ce gros pâté devait déjà être bien fait lors de notre petite escarmouche.

Quelle honte. J’avais proprement échoué sur toute la ligne, avec risque majeur de perdre notre contact avec le Duc, tout en bouchant notre position sur le marché Bontarien. Abattue, fragilisée par mon état, je me mis à sangloter lamentablement.

Presque gêné, Léon me tapotait l’épaule, puis finit par m’étreindre pour limiter mon désarroi. Ce qui fonctionna plutôt bien.

— Allons, allons… Au moins tu pourras ramener des recettes de boisson pour le Trèfle…

D’ordinaire, l’humour douteux de Léon ne m’aurait inspiré qu’un gentil mépris, mais en l’état je me mis à sourire, puis à rire, tout en pleurant.

— Léon ?
— Oui, Scriabine ?
— Peut-on faire un détour sur le chemin du retour ?



Quelques lieues plus loin, nous nous écartâmes de la route de la côte pour prendre un petit chemin terreux. Nous traversâmes une grande plaine parsemée de blés brillants, puis nous passâmes entre deux collines bombées, franchîmes trois ruisseaux rapprochés, puis, après une longue allée de cyprès, nous arrivâmes.

J’emmenai Léon et l’archère, sur le flanc de ces buttes exposées. La terre rocheuse crissait sous mes pantoufles de vair. Apeurées par notre présence, les plantes animées regagnèrent leurs fourrés.

— Est-ce encore loin ? s’enquit Léon.
— C’est là-haut, il faut monter.

Nous suivîmes un petit sentier qui contournait la montagne. Après quelques minutes de marche, nous découvrions un magnifique coteau, très incliné, qui accueillait en son sein de belles rangées vinifères.

Nous nous assîmes sur un muret, duquel deux lézards venus prendre leur quotidien bain-de-soleil furent contraints de se carapater.

— Nous y voilà…
— Quelle vue ! S’enthousiasma Léon, contemplatif.
— Quand j’étais petite, parfois nous venions ici avec mon Père. Sur ce même muret… C’était un petit peu notre coin secret.
— En plein dans le passage ? S’inquiéta Léon, absent de toute nostalgie.
— Il n’y a que le vieux Georges qui passe avec sa charrette. Le pauvre est quasiment aveugle. Nous nous amusions à faire des grimaces quand il passait, et il ne voyait jamais rien héhé…
— Tu as l’air de bien connaître…
— Oui… C’était une autre époque…
— Tu regrettes ?
— J’aime à me dire que non, mais… un peu, oui, je regrette ce temps. Depuis je ne trouve rien d’équivalent.
— On est tous un peu pareils, j’imagine.
— Il y a des choses qui ne changent pas. Regarde là-bas.
— Ce village-là ? désigna-t-il avec son doigt boudiné.
— Oui, c’est Sette, et c’est de ces vignes qu’on en fait le vin.


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