[RP] Scriabine Castrellan

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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 23.10.18 17:17

La perspective de devoir retourner à Bonta provoquait en moi une terrible angoisse. Et si je croisais ce crapaud d’Alexandre ? Laura ? Des anciens des Lyncéens ? Marco ? Un Castrellan survivant ?

Sur le chemin du Troquet, je pris un détour vers le terrain d’entrainement forestier du Carreau. Il y avait de la broussaille jusqu’à mi-cuisse et je sentais de temps à autre le corps huileux d’une larve me frôler les chevilles.

Au fur et à mesure que je m’approchais des lieux, des « tocs » étouffés se faisaient entendre, résonnant entre les vieux troncs.

Il y avait Léon alias « visage-rond », ainsi que l’archère aux yeux étranges. Celle-ci semblait en train de lui apprendre quelques techniques. Il décochais une série de flèches, mais seule quelque une parvenaient à se planter dans la cible.

Sa collègue sourit amicalement, puis, prenant position à son tour, posa son arc et ses flèches devant elle, plaqua ses mains au sol, et, dans une contorsion que je ne parvenais pas à expliquer, attrapa son instrument de chasse avec les pieds, avant de se saisir d’une flèche, de l’encocher, puis, la magie opérant, de faire filer ce trait droit sur sa cible, en plein cœur.

Je me mis à applaudir mollement, tout en descendant le chemin qui me séparait d’eux.

— Joli !

L’intéressée remonta sur ses deux pattes, un peu surprise.

— Je ne savais pas qu’on pouvait mettre autant d’art dans le tir d’une simple flèche.
— Ah, Scriabine, c’est toi ! Tu as vu, c’est une bien digne héritière de Crâ, déclara Léon, tout fier de sa partenaire.

L’archère baissa les yeux, puis s’en alla dans la remise adjacente.

— Pas très loquace ta collègue…
— Oh tu sais, ce n’est pas ce qu’on lui demande alors… tout va bien.
— Certes, si tu le dis.

Je ne côtoyais pas Léon depuis très longtemps, un mois à peine, et pourtant une sorte de proximité s’était tissée entre nous. Les gens du Carreau portaient en eux cette bienveillance naturelle dont j’avais cruellement eu besoin lors de mon arrivée. Les autres enseignes, et notamment celle du Cœur se montraient moins coopératives à cet égard.

— Que nous vaut l’honneur de la visite d’une disciple de Bélisha sur notre humble terrain d’entrainement ?
— Je passais dans les environs, rien de plus.

Je ne sais pas si on aurait pu dire que Léon était bel homme, mais en tout cas il avait des yeux qui ne laissaient pas indifférent. Deux prunelles sombres qui laissaient deviner un mystère insondable sur l’être se trouvant de l’autre côté. Cela avait toujours attisé ma curiosité.

— Tu veux essayer ?
— Pardon ?
— Le tir.
— Je ne pense pas que…
— Allons, allons, c’est aussi notre rôle que de vous apprendre à vous défendre, nous ne pouvons pas vous protéger en permanence.
— J’imagine, mais l’arc…
— Une arme vieille comme le monde.

Il attrapa un arc sur le présentoir, jaugea sa taille comparativement à la mienne, puis en choisit un autre qu’il me tendit.

— C’est ridicule… déplorais-je, tout en me saisissant de l’instrument d’une main malhabile.
— Ahah, oui, tu es ridicule c’est vrai ! Mais cela ne tue pas ?
— Mphm…
— Moins fiérote la Scriabine, hein !
— Enfin, je ne vais pas tirer, et puis c’est bientôt l’heure de déjeuner.
— « C’est bientôt l’heure de déjeuner » me singea-t-il, tout en se prenant pour un valet de chambre. « Au menu ce midi, nous avons viande séchée de sanglier aux quatre épices, sur son lit de pissenlits comestibles ; à moins que Son Altesse porte son choix sur les restes de goujon d’hier soir à la sauce Boo-Boo »
— Je crois que j’ai vu assez de Boo pour aujourd’hui…
— Ne me dis pas que… Nooon… Ce n’est pas possible… reprit-il sur un ton beaucoup plus sérieux.
— Quoi donc ?
— Aurais-tu vu, aurais-tu assisté à ce spectacle légendaire, narré dans toutes les unités du Carreau, du troufion à Kaézar ? Cette émotion pure, cette scène que tout soldat rêve de voir un jour !
— …
— Le mythique bain de boue de Bélisha.

Je laissai tomber mon arc au sol, tout en soupirant, exaspérée.

— Rhoooo, on peut bien rigoler…
— Je ne te dirai rien.
— Alors je ne te demanderai rien !

Je récupérai l’arc tombé au sol, afin de le reposer sur son présentoir.


— Dis-moi Léon, n’as-tu jamais eu de mal à concilier ta vie au sein de la Main avec ta vie privée ?
— Ouf… je l’ai pas vu venir celle-là !
— Et elle est bien là, pourtant.
— Heu… bon, oui voilà. Première réponse : le bon gars du carreau. « Non ». Pour plus de précisions, merci de vous référer au Code. Code écrit par ton patronat, je préciserai.
— Précision inutile.
— Seconde réponse : le bon gars, le Léon. « Oui ». Ça m’a déjà valu quelques coups sur la truffe, par ailleurs, je te ferai dire.
— Développe.
— Oh ma belle, cela te coûtera au bas mot un déjeuner.
— Ah c’est ainsi… soit.

Autour d’un déjeuner sommaire, en compagnie de l’archère quasi muette, Léon m’expliqua les différents déboires qu’il avait déjà eu avec la Main, en raison de ses projets controversés. Ses idées sur la politique faisaient par ailleurs bien peu de sens à mes yeux. Il s’entêtait dans une lutte de principe contre tous les partisans du royaume : les nobles, les bourgeois, les artisans. Même les cultes avaient pour lui trop d’importance sur la place publique. Il appelait à une révolte, une revanche des faibles contre les forts, il s’enflammait dans des discours moralisateurs, aux multiples biais.

— J’ai l’impression que tes idées atypiques sont quelque peu en opposition avec certains principes de la Main, comment expliques-tu cela ?
— C’est simple Scriabine, il faut faire la part des choses. Nous avons tous nos valeurs, et ce n’est pas un vieux Code qui nous les enlèvera, à nous de choisir ensuite quand nous devons les défendre ou les étouffer.
— Je vois. Dites-moi vous deux, seriez-vous prêts pour une petite virée à Bonta la semaine prochaine ? Et toi, tu seras mon homme.

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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 27.10.18 17:50

La Tornade faisait partie de ces bistrots atypiques en périphérie de la cité Blanche. Le décor hésitait entre taverne poisseuse et vieux théâtre de province. Un petit orchestre jouait des airs populaires du Nord, tandis que la grappe de serveuses à forte prépondérance mammaire s’affairait à abreuver le Duc du Guet-Caux et ses amis patibulaires des spécialités locales : lait de mulou au schnaps frappé, Torboytrool — mieux ne valait pas entrer dans les détails de sa composition —, et pinard au clakoss.

Le Duc avait réservé tout l’établissement afin d’être plus tranquille. Le prétexte d’une telle soirée était l’anniversaire de son neveu, ou quelque chose de ce genre-là.

Cela faisait plus d’une heure que le Duc s’avinait à côté de moi, et souhaitait me faire vivre le même sort. Dinekine, ma cible de ce soir, était à une autre table. Bélisha m’avait confié comme objectif de renouer le contact afin d’entrevoir de nouvelles perspectives commerciales.

— Allons très chère, vous ne buvez rien ! Tenez, prenez-donc un peu de ce lait schnapssé, c’est tout doux, ça se laisse boire comme…. DU PTIT LAIT ! AHAHAH !

Le Duc était si fier de sa blague qu’il faillit s’étouffer dans son autosatisfaction, tandis que ses amis, habitués, forcèrent niaisement le sourire.

— Oui, je l’ai déjà goûté tout à l’heure, il est fameux, mais ça ira pour le moment, plus tard peut-être.
— J’insiste !
— Aller Élé’ ! me lança Léon, goguenard, dont les intérêts convergeaient avec ceux du Duc : me voir saoule.

Sans allié dans ce combat, je me résignai à tendre ma coupe.

— Vous en avez de la chance mon cher Léon ! D’avoir ce bout de femme pour vous seul…
— M’sieur le duc, n’êtes pas marié vous ?
— Ohhh… si, je le suis… Mais à qui, mon ami, à qui ! Vous verriez ce laidron. Droit sorti de la fange brâkmarienne.
— J’imagine qu’elle a quelques autres qualités, la beauté ne fait pas tout, mentis-je.
— Des qualités oui… elle est malade et mourra bien avant moi, c’est là tout mon réconfort.
— J’espère que vos enfants seront viables ! plaisanta Léon.

La phrase n’eut pas l’effet escompté, et jeta un froid sur la tablée.

D’un coup, l’orchestre se mit à jouer un air plus exotique, ambiance ardente, kokokos et sable fin. Tout le public retint son souffle, et dirigea son regard vers la petite scène dont le rideau se plissait lentement sur les côtés.

La fille de Maigrelet fit alors irruption sous un écran de fées d’artifice roussoyantes. Cette femme… Ô cette femme en faisait tomber, des mâchoires et des chopes. Un corps sculpté dans le charme brut, tout était parfait et en bonne place. Certaines se targuaient d’avoir un beau nez, de belles hanches, de beaux yeux ; elle avait tout. Un chef d’œuvre sans pareil sur le Monde des Douze.

Une longue cooleuvre jaune se tortillait mollement autour du cou de la divine créature, au gré du tempo hypnotique. Tout en effectuant une danse sensuelle, elle s’approchait lentement de nous, enjambant les restes de quelques feues fées d’artifices.

D’un coup d’un seul, elle monta sur notre table, décidée. C’est bien le Duc qui était l’objet de sa marche éhontée ; elle attrapa une bouteille de lait de mulou qui traînait là, puis, tout en plaçant ses orteils au niveau de la bouche béate du Porkass, déversa le contenu blanchâtre le long de son interminable jambe. Rivière qui finit pour grande partie sur la chemise du Duc, ne laissant que deux ou trois affluents faire leur chemin jusqu’aux babines obscènes du Guet-Caux. Une manière de boire fort peu rentable.

C’était là le grand vice du Duc, la voûte plantaire de ces dames ; et celle-ci en était experte.

Je profitai de la scène pour m’éclipser en direction de la table de Dinekine, dont la moitié des places étaient libérées. Léon me suivit avec assiduité.

— Messieurs, bonsoir ! Tentai-je, tout en constatant que ma sobriété commençait à s’effriter.

L’homme avait le visage fermé, se refusant tout excès d’émotion. Ses quelques acolytes suiveurs l’imitaient plutôt bien dans ce style.

— Entre nous, ce truc avec les pieds, j’ai l’impression que ça manque un peu d’hygiène, non ? demanda innocemment Léon, pour briser le glacier.

La bande à Dinekine échangea quelques regards, puis nous servit deux verres bien remplis de pinard au clakoss. C’est à ce moment-là que je compris que cette mission ne se passerait pas comme prévu. Tout en ingurgitant l’infâme liquide, je maudis Bélisha de m’avoir embarqué dans cette galère.

La suite des événements est moins précise. Lors d’une de mes innombrables tentatives de déchiffrer Dinekine, quelques mots furent mal choisis, et il se mit en colère. Léon avait dégainé ses deux armes favorites : marteau et faucille. Le Duc était ivre mort à ce moment-là. Le sang pleuvait dans la salle, et l’orchestre continuait de jouer inlassablement ce sempiternel morceau envoûtant. Des flèches sifflèrent au-dessus de ma tête. Je me suis levée, je me suis rassise. Je suis tombée, on m’a relevée, on m’a portée. On m’a jetée sur des caisses, on m’a reprise. On m’a attachée, on m’a crié dessus. On m’a détachée, on m’a prise comme un sac, on m’a déposée sur des planches.

J’ai dormi.


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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 30.10.18 16:08

Il ne s’agissait bien entendu pas de me première soirée arrosée, mais la violence des alcools en présence couplée aux quantités prescrites m’accablèrent d’une terrible gueule de bois. Cette leçon restera gravée en moi pour bien des années.

— Alors, Son Altesse est réveillée ? Questionna Léon.

Je balbutiai quelques onomatopées en guise de réponse. Le soleil me brûlait le visage. Je me sentais moite et poisseuse. Souillée. Au lever, la nausée me rattrapa, mais je sus habilement la contenir.

Nous étions sur une charrette, en périphérie de la cité, probablement au Sud vu les champs alentour qui s’étendaient à perte de vue, et le massif de Cania que l’on devinait au loin.

— De l’eau… quémandais-je avec mes dernières ressources.
— De l’eau, en voici !

Léon me versa l’équivalent d’un plein seau sur le visage. L’effet fut immédiat et la gifle également.

— Tu as demandé de l’eau, je t’ai donné de l’eau… S’amusa Léon, en se massant la joue, rieur.

Mon regard dû être si noir, que son air plaisantin eu tôt fait de disparaître.

— Hum, il y a un petit étang là-bas si tu veux te « débarbouiller »



Après une toilette de première nécessité, mes esprits étaient à peu près revenus.

— Que s’est-il passé ?...
— Hier soir ?
— Oui… hier soir…
— Oh ma belle, hier soir il s’est passé bien des choses, mais je pense que la plus mémorable… oui c’est lorsque tu as parlé de nos affaires avec un clan concurrent à la troupe de Dinekine. Ou bien était-ce quand tu faisais ton exposé sur les sous-vêtements coquets des dames bien nées ? Je ne sais plus…
— Merde…
— Tu l’as dit, le type n’a rien voulu savoir, un vrai sanguinaire, et j’ai bien failli canner pour te sortir de là ma belle. Ils t’avaient capturé, et j’ai dû me les faire à l’ancienne avec la copine.

Deux doigts amicaux émergèrent du haut de la charrette, ceux de l’archère.

— Merde !
— Enfin, ça nous a remis en selle quoi, un peu d’exercice c’est bon pour le cœur.
— Et le Duc ?
— Aucune idée, ce gros pâté devait déjà être bien fait lors de notre petite escarmouche.

Quelle honte. J’avais proprement échoué sur toute la ligne, avec risque majeur de perdre notre contact avec le Duc, tout en bouchant notre position sur le marché Bontarien. Abattue, fragilisée par mon état, je me mis à sangloter lamentablement.

Presque gêné, Léon me tapotait l’épaule, puis finit par m’étreindre pour limiter mon désarroi. Ce qui fonctionna plutôt bien.

— Allons, allons… Au moins tu pourras ramener des recettes de boisson pour le Trèfle…

D’ordinaire, l’humour douteux de Léon ne m’aurait inspiré qu’un gentil mépris, mais en l’état je me mis à sourire, puis à rire, tout en pleurant.

— Léon ?
— Oui, Scriabine ?
— Peut-on faire un détour sur le chemin du retour ?



Quelques lieues plus loin, nous nous écartâmes de la route de la côte pour prendre un petit chemin terreux. Nous traversâmes une grande plaine parsemée de blés brillants, puis nous passâmes entre deux collines bombées, franchîmes trois ruisseaux rapprochés, puis, après une longue allée de cyprès, nous arrivâmes.

J’emmenai Léon et l’archère, sur le flanc de ces buttes exposées. La terre rocheuse crissait sous mes pantoufles de vair. Apeurées par notre présence, les plantes animées regagnèrent leurs fourrés.

— Est-ce encore loin ? s’enquit Léon.
— C’est là-haut, il faut monter.

Nous suivîmes un petit sentier qui contournait la montagne. Après quelques minutes de marche, nous découvrions un magnifique coteau, très incliné, qui accueillait en son sein de belles rangées vinifères.

Nous nous assîmes sur un muret, duquel deux lézards venus prendre leur quotidien bain-de-soleil furent contraints de se carapater.

— Nous y voilà…
— Quelle vue ! S’enthousiasma Léon, contemplatif.
— Quand j’étais petite, parfois nous venions ici avec mon Père. Sur ce même muret… C’était un petit peu notre coin secret.
— En plein dans le passage ? S’inquiéta Léon, absent de toute nostalgie.
— Il n’y a que le vieux Georges qui passe avec sa charrette. Le pauvre est quasiment aveugle. Nous nous amusions à faire des grimaces quand il passait, et il ne voyait jamais rien héhé…
— Tu as l’air de bien connaître…
— Oui… C’était une autre époque…
— Tu regrettes ?
— J’aime à me dire que non, mais… un peu, oui, je regrette ce temps. Depuis je ne trouve rien d’équivalent.
— On est tous un peu pareils, j’imagine.
— Il y a des choses qui ne changent pas. Regarde là-bas.
— Ce village-là ? désigna-t-il avec son doigt boudiné.
— Oui, c’est Sette, et c’est de ces vignes qu’on en fait le vin.


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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 09.03.19 19:27






Une coupe vide renversée décrivait nonchalamment des arcs de cercle sur l’étroit buffet de la cabine. Un coup à droite, un coup à gauche. Mais quand allait-elle tomber ? C’était l’inutile questionnement qui se manifestait dans mon esprit ennuyé. J’avais oublié toute la pénibilité des voyages en mer.

Je me pris à relire une énième fois les documents de ma sacoche. En décédant, Judite, la populaire dame de cœur, semblait avoir légué à la Main de bien curieuses dettes. Un contrecoup inattendu puisque la belle avait toujours été si douce et irréprochable. Elle était débitrice de sommes outrageuses envers certains mandataires d’Amakna ; et qui d’autre que la Main, sa seule famille, pour hériter de ce passif.

Cette affaire très inconvenante n’était pas encore sortie de l’enseigne de Karolus. Il n’était pas question de nous couvrir d’opprobre alors que nous avions toujours une place ambiguë au sein de la Main.

L’enquête préliminaire pointait vers un intermédiaire unique : Jean Ponzdé. Un bontarien exilé sur l’île d’Otomaï. Nous n’avions guère plus d’informations sur cet individu, et encore moins sur la nature des dettes que le liait à Judite. Leur montant, toutefois, imposait des recherches plus poussées, sur place.

Il me fallait de l’air. Je remis la coupe sur son pied, puis quittai la cabine d’officier que j’occupais. La mer était parsemée de bouftous, mais il faisait grand soleil. Sur le pont inférieur, Léon et l’Archère s’entraînaient au combat rapproché contre une structure en bois, probablement empruntée au charpentier du navire.

Léon expliquait les subtilités de son style « marteau faucille » à la disciple de la déesse Crâ. De ce que j’en avais compris, il s’agissait d’asséner de puissants coups dans un premier temps — le marteau — afin de désorienter son adversaire, puis à l’achever avec des coups précis — la faucille. Cet art pouvait se décliner à main nue, ou bien avec des armes courtes.

L’Archère faisait de son mieux pour suivre les préceptes de Léon. Mais, curieusement, elle manquait parfois la cible inerte, et assénait des coups de pieds dans le vent.

— Le Carreau dans tout son art ! déclamai-je, en descendant l’escalier qui liait les deux ponts.
— Ah voilà Bi-bine ! répondit Léon, goguenard.

L’Archère s’arrêta nette dans son exercice pour payer son respect.

— Hmph… Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça.
— C’est plus fort que moi, désolé !

Notre équipe d’investigation était bien maigre, le Cœur ayant beaucoup d’autres priorités sur le continent à gérer, notamment concernant la reprise des affaires de Judite. Après les refus successifs des cartes supérieures, c’est finalement sur moi, la 6♥️, qu’est tombée la mission de ce long voyage. Accompagnée par le fameux duo du Carreau en qui j’avais une certaine confiance. Néanmoins, si loin des côtes et de la protection de la Main, ils étaient mes seules garanties, et je devais les ménager, quitte à faire quelques concessions.

— En tout cas vous êtes bien chanceux de pouvoir ainsi tromper l’ennui, avouai-je en toute vérité.

L’Archère acquiesça sagement.

— C’est vrai, mais… si tu t’ennuies tellement, « Scria » Bine, nous pouvons nous charger de te remettre en forme, proposa Léon.

Je haussai les sourcils, désabusée par cette idée. Puis Léon s’approcha de moi et jaugea ma taille, avant de s’exclamer :

— D’ailleurs, est-ce moi ou tu as un peu grossi ?

Ne sachant que dire, en plein milieu de l’océan, entourée de matelots qui pourtant n’en avaient pas grand-chose à faire de nous, je me mis à rougir en ravalant mes brûlantes envies de gifler le goujat. Heureusement, c’est l’Archère qui s’en chargea à ma place.

— Aïe ! Mais… enfin, plus sérieusement, cela pourrait te faire du bien, se reprit le Léon meurtri.

Il avait raison, toutes ces années de banquet et de pourparlers avaient laissé mon corps dans un état déplorable. Je savais mieux que quiconque que l’île d’Otomaï n’était pas une paisible destination, et nous devions nous préparer à toutes les éventualités.

— Certes, mais pas avec toi.
— Qu’ouïs-je ? La gente Scriabine se refuserait aux avisés conseils du preux Sieur Rouget, défenseur des pauvres âmes, et éradicateur des bourgeoises insanités ? déclara Léon sur un ton théâtral.
— Parfaitement, l’Archère au moins n’essayera pas de profiter de la situation.

Quelques marins occupés à tresser des badernes commençaient à s’amuser de notre prestation.

— Ô pauvre de moi, quand gagnerai-je enfin la confiance de cette dame. Qu’ai-je bien pu faire pour traîner derrière moi pareille réputation… continua-t-il sur le même ton, tout en s’agenouillant et en implorant le ciel.
— Veux-tu vraiment qu’on établisse la liste de tes incivilités ?
— Elle m’éperonne, chienchien que je suis… Soit, je m’en vais noyer mon chagrin dans la cale et vous laisse à vos loisirs… bredouilla-t-il en titubant vers le pont inférieur.
— C’est cela, oui… marmonnai-je.

Une fois le comique déguerpi, je me retrouvai seule avec l’Archère.

— Il est terrible, hein ? lâchai-je, non sans une certaine affection.

Elle se contenta de ricaner discrètement.

— Bon, par quoi commence-t-on ? m’inquiétai-je.

La disciple de Crâ contempla mon accoutrement protocolaire et opéra une moue de déception.

— Il va falloir changer ça, déclara-t-elle.

Elle s’empressa de tirer de sa malle de voyage — qui, pour certaines raisons, traînait en plein milieu du pont — une chemise grise, un ruban large, ainsi qu’un pantalon en toile blanche. Je pris la chemise et le pantalon, mais pas le ruban.

C’est ainsi parée en paysanne, que je me mis à faire des tours de pont derrière l’Archère, sous les grotesqueries des matelots suspendus aux vergues de la mâture.

Il n’en fallut pas plus de cinq pour que je crache mes poumons par-dessus le bastingage. L’Archère m’avait surestimée. J’entendais déjà Léon proposer à Kaézar son programme de remise en forme des membres du Cœur.

L’Archère vint m’apporter une louche d’eau, comme si j’étais une vieille mendiante assoiffée.

— M-merci… bavai-je.
— C’est le début, ça ira mieux après, mentit-elle.

Après quelques minutes de repos à l’ombre j’avais repris mon souffle.

— Dis-moi l’Archère… Comment se fait-il que tu aies manqué ta cible tout à l’heure ?

Elle me fixa avec ses yeux laiteux.

— Je ne vois pas bien à moins d’un ou deux kamètres, avoua-t-elle.
— Ohhh… Tu ne peux donc pas lire ?
— Ni écrire, et il m’est difficile de reconnaître les visages.
— N’y a-t-il donc point de verrerie qui puisse estomper ton mal ?
— Aucune que je puisse m’offrir, mais je m’y suis habituée.
— Et pardonne mon indiscrétion, mais n’as-tu donc point de prénom pour que tous t’appellent l’Archère ?
— C’est pareil, je me suis habituée.
— En tout cas j’apprécie de faire connai…
— Allez, on est reparties.


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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 12.03.19 16:16

Il ne fut pas si difficile de trouver Jean Ponzdé. Il n’y avait qu’à suivre les bouteilles vides plantées çà et là dans le sable humide du village côtier.

— Judite est morte ? réalisa-t-il, tout en débouchant un quelconque tord-boyaux.
— Et enterrée, conclus-je.
— Eh ben… ça me fait tout chose. C’était une bonne partenaire.
— C’est la raison de notre présence, votre « partenariat ».
— Judite, c’était une artiste vous savez. Oh ça oui. Une sacrée artiste.
— Dans quel sens ?
— Par devant et par derrière, si tu vois c’que je veux dire ahah ! s’enorgueillit Jean l’Entonnoir.
— Mais encore ?
— Oula… n’êtes pas une rigolote vous, hein ? soupira-t-il.
— C’est ce que je lui dis tout le temps ! se réveilla Léon à l’entrée de la case.
— Voyez, même vot’ garde du corps le dit, alors bon… faut vous détendre ma petite.
— Écoutez, je respectais beaucoup Judite, et sa disparition récente ne me permet pas d’être « rigolote » comme vous dites.
— Mh… vous vouliez quoi déjà ?
— Judite, quelles étaient vos affaires avec elle ? Nous savons qu’elle vous devait certaines sommes.
— Du grisbi ouais, tu l’as dit. Cinquante briques la coquine.
— Pour quoi vous payait-elle ?
— J’préfère que vous voyiez ça avec elle, j’me sens pas très bien là… lâcha-t-il, vaseux.
— Monsieur Ponzdé ! Léon, viens s’il te plaît, ordonnai-je. Secoue-le !
— À votre service, s’engoua le doigt du carreau.
— Je… blmgh… je… Judite, elle… ‘chtait… eau-de-vie… jungle…
— À qui qu’elle l’achetait son eau-de-vie ! hurla Léon dans les esgourdes enivrées de Jeannot l’Éponge.
— Pied… arbre… attendre… blurp… vomit littéralement Jeanjean le Bidon sur les chausses de Léon.
— Ah ! Il a gerbé sur mes pompes le type, non mais t’y crois ça ! Dégage ! s’énerva l’intéressé.
— Il ne nous sera plus utile aujourd’hui, conclus-je.

Nous laissâmes Jean Ponzdé décuver dans sa paillote inflammable, puis, venue l’heure du déjeuner, nous nous retrouvâmes avec l’Archère dans une guinguette du village. Au menu : tartare de curstorail au vinaigre de Sidimote. C’était plus fin qu’espéré.

— Tiens t’es gentille Bi-bine, passe-moi le sel, déclara Léon sur un ton des plus naturels.
— Pardon ?
— Le sel.
— Je t’ai déjà dit de ne plus m’appeler comme ça. Tiens le voilà ton sel !

La salière fila droit et ne s’arrêta pas en chemin.

— Aïe ! Mais t’es folle ou quoi ?
— Par pitié, soigne un peu ton langage…
— Oh, mais elle va se calmer la petite du cœur là, hein ! C’est qui qui s’est fait refaire les semelles en quatre couleurs tout à l’heure ? C’est toi ou c’est moi ?
— Peu importe. Quoi qu’il en soit, cette histoire me laisse perplexe. Je ne vois pas Judite gérer des importations d’eau-de-vie sur le continent. Non, et je ne la vois pas non plus en être la consommatrice.
— Peut-être que…

Léon fut coupé dans son début de phrase par un homme assis au bar de l’établissement.

— Scriabine ? s’interrogea la voix lointainement familière.

Je me retournai pour apercevoir un visage tout aussi familier. Sous les rides, les poils gris, et les lèvres gercées, il y avait le souvenir d’un homme, un ami. L’ami de Papa… Celui qui réparait mes bêtises pour m’éviter les punitions, celui qui riait à mes représentations absurdes, celui qui serait mort pour les Castrellan. Celui qui était là il y a 13 ans.

— Scriabine, c’est bien toi ? demanda-t-il à nouveau.

De nombreuses images me revinrent en mémoire. Mon tout premier voyage sur l’île, Marco, Kubloth…

— Tiens… commença Léon, avant de se prendre un coup de pied de la part de l’Archère.

Le vieil ami de Papa se leva pour m’observer de plus près. Sa main gauche tremblait de manière frénétique. Ses yeux hagards trahissaient une grande fatigue, celle des dévoués sans cause, des serviteurs sans maître.

— Oui c’est toi, il n’y a pas de doute, tu es la petite Castrellan.

J’aurai pu nier cette évidence, mais à ce moment précis, je n’en avais ni la force ni l’envie. L’événement était trop soudain.

— Oui, c’est moi, avouai-je en tentant de rester impassible.
— Tu… tu as bien changé, renifla le vieillard sentimental.

Son sourire était plein de chaleur et de tendresse, n’en déplaise aux quelques dents en or qui y siégeaient.

— Alors que vous… commençai-je, sans poursuivre.

Je ris nerveusement, puis le fis s’asseoir à notre table.

Cette situation n’était pas censée se produire un jour : mon lointain passé qui rencontre mon présent. Après toutes mes précautions pour me tenir loin de la cité blanche, c’est finalement sur cette île que le charme s’était rompu.

— Et ces jeunes gens sont tes compagnons ? demanda-t-il, suintant de nostalgie.
— De route et d’infortune ! s’enthousiasma Léon.

L’Archère se contenta d’un hochement discret.

— Je vois… soupira-t-il de soulagement. C’est important d’avoir des gens sur qui compter.
— Je…

Pour une fois, incapable de trouver les mots, je serrai fortement l’anse de ma chope, et perdis mon regard dans un des nombreux interstices boisés de la table.

— Si on m’avait dit que je te recroiserais ici… Ahah ! Quelle histoire… Où habites tu depuis que…

Le vieil homme s’interrompit. Cette pause brutale et évocatrice remua le fond de mes entrailles. Elle secoua les strates anciennes que j’avais pris soin de cacher dans ma mémoire. Mais toute cette vase nauséabonde remonta à l’air libre : moi agenouillée dans la chambre de mes parents, observant les corps mutilés depuis cet interstice. Les cris d’horreur, le son des lames transperçant la chair, le rire outrageux d’Hector, les mares de sang qui s’allongent et se rejoignent. Ferdinand qui m’adresse ses derniers mots sur ce monde. Le regard livide de mon Père.

— Excusez-moi, je dois prendre l’air…

Je luttai ardemment pour que mon tartare de crustorail ne jaillisse pas par-dessus bord. Il me fallait un peu plus de temps pour digérer cette nouvelle.


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Re: [RP] Scriabine Castrellan

Message par Scriabine le 17.03.19 14:03

Après plusieurs heures d’errance sur la plage, je me résignai à rentrer au village. Une fois mes compagnons retrouvés, je fus contrainte de leur livrer quelques détails de mon ancienne vie, afin de satisfaire leur brûlante curiosité.

Par ailleurs, l’Archère nous apprit comment elle avait obtenu son don de vision par erreur en cambriolant un certain Alchimiste. Elle nous expliqua également sa manière particulière d’appréhender le monde : il s’agissait de se laisser guider par une sorte de destin universel, un grand tout qui prenait les décisions à notre place. Cette philosophie, bien qu’éloignée de mes propres convictions, n’était pas dénuée d’intérêt.

Léon, quant à lui, n’avait guère de récit à nous raconter pour une fois. C’était d’ordinaire qu’il nous rabâchait les oreilles avec ses aventures de jeunesse ; les rôles étaient inversés ce soir-là, et il se contenta d’écouter, jusqu’à ce que la fatigue nous rattrape.




Le lendemain matin, je menai quelques investigations auprès de la populace du village. Mais ces gens ne présentaient guère d’intérêt pour notre affaire. Tout ce que j’en retins, c’est que Jean Ponzdé n’était guère apprécié dans le canton.

Ce fripon alcoolisé s’était par ailleurs carapaté de sa case, et demeurait introuvable.

Dans cette situation, le choix le plus rationnel fut rapidement trouvé : reprendre contact avec l’ami de Papa, et le convaincre de nous guider dans la jungle jusqu’au pied de l’Arbre Hakam, afin qu’on en sache plus sur cette histoire d’eau-de-vie.

Le vieil homme n’attendait que ça. On aurait dit qu’il était là, sur cette île, à ce moment précis, uniquement dans ce but.

Nous louâmes deux dragodindes rousses, et fîmes quelques provisions pour les prochains jours. Je montai avec l’Archère, mais ce fut un mauvais choix stratégique, car Léon et l’ami de Papa en profitèrent pour discuter pendant tout le voyage, comme deux copains. Je m’imaginais les pires témoignages que le vieil homme pouvait faire me concernant, et Léon s’en délectant et préparant ses prochaines répliques humiliantes.

Les plaines de l’île avaient changé, elles me semblaient moins fantastiques qu’auparavant. Ces craqueboules qui à l’époque se dressaient comme des montagnes ne faisaient aujourd’hui qu’office de petit caillou sur l’horizon. De même que les troupeaux de Kilibriss, si facilement effrayés par les flèches brillantes de l’Archère. L’orée de la jungle se dessinait peu à peu, et je regrettais de ne pas avoir vu ce terrible animal, emblème des Castrellan.

L’atmosphère moite et poisseuse de la forêt humide était restée la même. Les piqûres de moskito aussi. À peine une heure après notre entrée dans la jungle, la dragodinde de Léon se brisa une patte en glissant dans un bourbier. Malgré nos efforts conjugués, nous ne parvînmes pas à l’en extraire, et dûmes l’abandonner à son sort, alors qu’une masse grouillante de créatures immondes commençait déjà à en faire leur festin. Cette amputation ralentit considérablement notre progression.

La vue perçante de l’Archère nous permit d’anticiper les problèmes liés au croisement d’abrakleurs et autres bitoufs agressifs. Elle usa plusieurs fois de flèches qui émettaient un sifflement particulier afin d’attirer ces bêtes dans une direction opposée. Léon maugréait, les bottes pleines de tourbe, alors que l’ami de Papa prenait son mal en patience. Cela rendit ma condition moins pénible.
Nous montâmes un camp de fortune sur une bande de terre surélevée. La journée avait été rude.

— Alors Bi-bine, comme ça il paraît qu’à l’époque tu t’étais acoquinée avec un petit matelot ? envoya Léon, l’air de rien, en engloutissant sa ration de biscuits.

Je regardai le vieil homme d’un œil accusateur, suite à quoi il haussa les épaules en souriant.

— Qu’y a-t-il de si étrange à cela ? rétorquai-je.
— Oh rien, rien… Seulement ce n’est pas trop ton genre de te mêler à la plèbe des gens ordinaires !
— Tout peut arriver, il faut croire. Je n’avais guère le choix, c’était ça ou mourir d’ennui.
— Pauvre petite va… Mais ça m’fend le bec quand même ! Même ça tu ne le concèderas pas ! Pourquoi est-ce que tu t’entêtes à dénigrer les pauvres gens ?
— Pour moi, il y a deux catégories de personnes : ceux qui sont incapables de sortir de la misère, et les autres. Ces gens qui luttent chaque jour pour survivre me dégoûtent, leur combat se résume à une simple miche de pain. Leur existence n’est menée que par la nécessité de subsister, n’y a-t-il pas une absurdité profonde dans ce concept ?
— Ahah ! C’est donc ça ton raisonnement ? Et si finalement, ce n’était pas eux les plus honorables, ceux qui se battent envers et contre tous pour vivre leur lendemain ? Cela ne demande-t-il pas plus de courage que de marchander ou de porter un titre ?
— S’ils en sont réduits à leur condition, c’est de leur faute, un point c’est tout. Ils vivent aux dépens de la générosité publique de ceux qui ont été assez astucieux pour s’en sortir, et je ne parle pas de titres.
— Eh bien j’aimerai la voir ta société idéale… Un monde rempli de compétiteurs où les faibles sont envoyés dans les laves de Brâkmar…
— Et la tienne, à quoi cela rimerait-il de hisser artificiellement ces nécessiteux au-dessus de leur condition, alors qu’ils prouvent qu’ils ne sont pas dignes de gérer leur propre vie ? Et d’amputer les têtes pensantes de ce monde du fruit de leur travail ? N’est-elle pas là l’injustice ?

Le ton était monté entre Léon et moi, sur ces éternels sujets de discorde. Un silence, perturbé par quelques bruits de succion lointains, était tombé autour de notre feu de camp, alors que nous dégustions nos rations infâmes.

— Tes contradictions te perdront Scriabine, conclut Léon, avant de rejoindre la tente pour gagner un repos bien mérité.




Le lendemain, le voyage vers le pied de l’arbre géant continua. Par compassion pour le vieil homme qui souffrait en silence de nombreuses courbatures et autres maux des articulations, je lui concédai ma place sur la dragodinde. L’Archère devait rester sur la monture afin de disposer du plus grand angle de vue.

Néanmoins, elle ne put rien faire lorsqu’en fin de matinée un véritable troupeau de bitoufs déchaîné s’abattit sur nous. Apeurée, la dragodinde s’enfuit dans la direction opposée sans écouter les directives des maîtres sur son dos. Quelques-uns des volatiles nous prirent en chasse moi et Léon. Le style « marteau-faucille » avait ses limites contre des ennemis nombreux, et nous fuîmes à travers la jungle.

Après plusieurs heures de course et d’affrontement isolés, où j’avais essayé tant bien que mal d’invoquer mes souvenirs de magie de l’Académie des Lyncéens — sans succès —, nous étions désormais seuls, au beau milieu de cet enfer vert, séparés de notre guide et notre Archère de référence.


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