[Quête mineure] Cousu de fil blanc

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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Sakopi Komzar le Jeu 16 Fév 2017 - 14:47

Sakopi était arrivé bien retard, sur cet endroit repoussant qu'était le trou-du-coude. Il avait eu vent un peu tard du mouvement qu'effectuer la Main, trop occupé dans une de ses expérimentations. Rose avait bien en vain essayé de lui faire passer le message mais ... Elle fût plus que rabrouée pour avoir tenté cela. Une fois son office fait, il en avait pris connaissance ... Et Rose fût une nouvelle fois envoyé se faire balader, pour ne pas avoir transmis le message plutôt.

Il prit la route aussi vite que cela était possible, en laissant son laboratoire-havre sac. Il ne prit avec lui que ça besace avec son attirail pharmaceutique et médicale, ainsi que sa flasque.

Le trajet prit un certain temps, mais son trajet c'était passé sans accroc. Il avait pu apprécier le paysage morne et terreux des alentours. Mais si même la Dame de Coeur avait pris la route, il ne pouvait faire son difficile.

Il découvrit donc le lieu de la mission de la Main, dont il n'avait accessoirement aucun détail. Son regard se porta sur la bâtisse la plus imposante du village. Enfin, imposante, tout est relatif n'est-ce pas ? Il alluma un de ses cigares et dirigea vers l'entrée.

Il eu le droit à l'exposition de la sacro-sainte et grande prophétie. Il en resta coi.

-Mais c'est quoi cette connerie ... ?

Il le dit pour lui-même, en soufflant sa fumée, d'une voix peu audible. Mais qu'elle ne fût pas sa surprise pour son esprit cartésien. Tout ceci n'avait aucun sens.

C'est durant cette réflexion que la Dame de Coeur se rapprocha de lui et lui donna ses ordres de mission.

-Vos désirs sont des ordres, ma Dame.

Il inclina la tête et sans autre forme de formalité, reprit la direction de sa dragodinde. Allons bon. Il semblerai que le but sera donc de réaliser cette absurdité. Soit. Si c'était là la volonté des têtes couronnées du coeur, il ferai son possible.

C'est ainsi qu'il parcouru les alentours de ce village misérable, à la recherche d'un autre village tout aussi minable qui vendrai du vin frelaté, ne méritant même pas d'être utilisé pour cuisiner des plats infectes, dans une cuisine abominable.

C'est après un certain temps de route dans ces terres désolées, qu'il trouva le fruit de ses recherches. Le trou du coude était en effet bien éloigné de toute production de vignes.

Il ne s'attarda pas bien longtemps, achetant plusieurs tonnelets de cette immonde liqueur issu du travail de ces vignes moribondes qu'ils osaient appeler "vin".

Il entreprit donc le chemin du retour, qu'il lui prendrait un temps certain ...

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Message par Scriabine le Dim 19 Fév 2017 - 11:22

Peu de temps après que Sakopi se soit mit en quête de quelques tonnelets de vin, Emyn sortit au grand air rejoindre Scriabine. Il raconta les divers détails qu'il avait incrusté dans l'histoire factice de la présence de la Main en ces lieux.

« Bien, il semblerait que Falas ait abandonné toute suspicion à notre égard. Sakopi est parti chercher du vin. Il nous faudrait maintenant trouver un moyen de dissimuler cela chez des villageois. Peut-être devons-nous chercher du côté des habitants les moins... recommandables, même dans un tel village endoctriné, il y a toujours des mauvaises graines. »


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Message par Scriabine le Dim 26 Fév 2017 - 12:53

Voyant que son résumé de la situation avait fait peu d'échos, l'héritière de l'enseigne du cœur se décida néanmoins à entreprendre quelque chose. Elle avait tout intérêt à quitter Trou-du-Coude au plus vite, tant la paysannerie avait le don de l'insupporter. Pour certaines raisons, elle préférait ne plus s'adresser au gourou du village, dont elle n'arrivait pas à percer le secret. Elle avait besoin de nouvelles têtes à expérimenter, ou à tourmenter.

Pour ce faire, elle entreprit de quitter le centre du village pour se diriger vers la campagne. Elle cherchait à l'œil une ferme ou une maisonnée moins immaculée que les autres.

Trouvera-t-elle le vilain petit corbac du hameau, ou bien étaient-ils tous réellement irréprochables ?


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Message par Arlène Kwinzel le Dim 26 Fév 2017 - 13:43

Il ne fallut guère de temps à la Dame de Coeur pour poser la pupille sur un édifice qui satisfaisait ses critères esthétiques du moment.

A moins d'une demi-lieue de Trou-du-Coude, une masure à laquelle était accolé un enclos se dressait, vaille que vaille, au milieu de la boue et de remugles porcins.

Après avoir trotté, il faudrait que la Tête se crotte les souliers si elle souhaitait s'enquérir de la nature des habitants de ce lieu qui détonnait avec le reste du hameau.

A force d'investigations, la Matriarche de la Main du Valet Noir mit une main manucurée sur un individu vêtu de blanc qui lui apprit qu'il était ici en expiation de ses péchés. Il était question d'une quasi-lunaison passée aux côtés des animaux les plus vils des environs sans être atteint par la salissure de leurs âmes dévoyées. Le porcher dévot devait retrouver ses semblables sous peu et faire preuve de ses efforts en matière de rédemption. Sa tunique parlerait pour lui : le nombre et la nature des tâches qui y fleuriraient attesteraient de sa bonne foi.

L'énergumène s'en sortait plutôt bien, affichant un plastron irréprochable, bien que ses chausses, à force de patauger quotidiennement dans la fange, fussent maculées de boue et d'excrément mêlés.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Scriabine le Lun 27 Fév 2017 - 18:35


« Les cochons sont parmi les créatures les plus propres, c'est leur élevage qui les contraint à vivre dans l'insalubrité. » se souvint Scriabine, entre deux propos terreux de l'exilé. Peut-être, finalement, que cela ne s'appliquait pas qu'aux suidés.

Elle avait dépensé un certain capital « hygiène » pour se rendre précisément à cet endroit, et elle comptait bien le rentabiliser en tirant toutes les informations possibles de ce paysan.

Notamment, elle en vint à aborder les sujets suivants :

• Les pêchés qu'avait commis le pauvre homme pour se retrouver en pareil exil ;
• L'existence d'éventuels autres pécheurs comme lui, et la gravité de leurs propres péchés ;
• S'il voulait éviter de salir ses chausses, il pouvait essayer de prendre exemple sur le système des getas de Pandala.


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Message par Arlène Kwinzel le Mar 28 Fév 2017 - 21:36

L'exilé révéla à la patiente Scriabine que, nouveau-venu dans la communauté de Trou-du-Coude, il avait cédé à l'appel du ventre et s'était empiffré à la première occasion lors d'un des gras et sucrés petits-déjeuners. Le résultat avait été sans appel : l'huile de cuisson avait maculé ses frusques de splendides et terribles taches graisseuses. Double peine pour un excès passionnel : plus aucune collation et l'obligation d'apprendre, sur le tas de fumier, l'art de peser chacune de ses actions dans l'optique de ne plus être souillé par la moindre tache.

Concernant l'existence d'autres pécheurs, l'homme afficha une mine dubitative : durant la grande messe mensuelle, chacun y allait de sa petite confession, mais rares étaient celles et ceux qui auraient pu prétendre à l'appellation de pécheurs patentés. Les enfants, à la rigueur, faisaient l'objet d'une indulgence plus marquée, mais ils s'éduquaient rapidement.

Quelques temps après s'être fait expliquer le système des getas pandalaises, le banni entreprit de se lancer dans la fabrication sommaire d'une paire de chaussures semblables. Hélas, leur essayage ne fut guère probant, le bougre glissa dans la première flaque de purin venue... et ruina l'arrière de son pantalon de lin qu'il avait su, avec plus ou moins de brio, protéger des salissures de sa tâche.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Scriabine le Mer 1 Mar 2017 - 18:21

Le village ne semblait rempli que de bonnes âmes. Pas un trublion pour tâcher de perturber le doux cours des choses. « Quelle tristesse » songea Scriabine.

Manifestement, ce n'était peut-être pas sur un individu en particulier qu'il fallait se concentrer mais... sur la masse. Sur l'anonymat. Personne ne serait ainsi injustement accusé, et l'effet perturbateur n'en serait que renforcé.

À cet effet, la Dame de Cœur aida l'exilé qui se relevait tout juste des frais de son incompétence dans l'usage des getas pandalaises, puis, après une sollicitude marquée, et quelques phrases sans intérêt sur la vie des champs, elle lui demanda comment les habitants du village stockaient tous leurs excédents alimentaires : navets bien évidemment, mais sans oublier le reste des quelques biens grignotables gérés par la communauté.


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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Mer 1 Mar 2017 - 19:36

L'indécrottable bouseux baragouina quelques phrases dépourvues de joie – il venait tout juste de tirer une balle dans le pied de sa repentance – et expliqua à la Dame de Coeur que Trou-du-Coude troquait régulièrement une partie non négligeable de sa production agricole lors d'une foire tenue dans un bourg voisin.

C'est de cette seule et unique manière – même s'il était possible qu'un camelot providentiel passe inopinément dans le coin – que les habitants du crou... du tru... du Trou, disait-il, s'approvisionnaient en denrées introuvables ailleurs : sucre, miel, huile, produits de première nécessité. La liste était longue lorsqu'on n'avait que le navet pour seul bien.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Scriabine le Dim 19 Mar 2017 - 12:26

Le gueux n'avait pas réellement répondu à la question de Scriabine, mais qu'importe. Elle ne désirait pas passer un instant de plus à patauger dans la glaise. Elle se soucia néanmoins de connaître l'emplacement de ce bourg voisin, puis après de cordiales salutations, entreprit de le joindre à pied. En route, elle songea aux affaires en cours qu'elle devait régler, aux divers engagements et rendez-vous qu'elle avait prévus cette semaine. Il n'était pas envisageable d'immobiliser une partie des effectifs de la Main du Valet Noir trop longtemps pour une demande aussi farfelue que celle d'Ogorath.

Scriabine avait quelque peu surestimé son endurance, mais elle était arrivée à bon port. Le bourg était un peu plus grand que Trou-du-Coude. Le fond de l'air était crépusculaire, le son d'une activité festive se faisait entendre au cœur du village. La Dame de Cœur avait déjà un plan. Il lui fallait néanmoins quelques artifices pour le mettre en œuvre : elle détacha ses cheveux qui se libérèrent en une crinière plus naturelle, et ajouta du rembourrage sous sa poitrine pour en accroître le volume visible. Elle était fin prête.

Son arrivée dans la taverne du bourg provoqua quelques regards intéressés, et quelques sifflets étouffés. En se dirigeant nonchalamment vers le comptoir, elle pu remarquer une tablée à l'écart dans une alcôve, qui, par expérience, semblait être celle d'un marchand habitué des lieux. Le reste des festoyeurs était constitué de paysans, quelques loubards, et gens de passage.

Elle lança à son tour un clin d'œil avenant à une tablée joyeuse qui, à en juger par leur aise en ces lieux, ne pouvaient être que des locaux. Ni une ni deux, avant même que le tenancier ne propose quoi que ce soit à notre dame du soir, un gentilhomme des champs se proposa pour lui payer l'élixir de son choix. La carte étant pour le moins restreinte, elle opta pour un gobelet de vin du coin. En retour, elle accepta avec enthousiasme de rejoindre la tablée de ces messieurs.

Luc, le vieil Al', René, et Titi accompagnèrent Scriabine une bonne partie de la soirée. Rencontrer une inconnue est toujours l'occasion de faire revivre les histoires « extra-ordinaires » du passé, et les quatre hommes ne tarirent pas d'anecdotes champêtres sur les uns et sur les autres, comme cette fois où par un concours de circonstance malencontreux, René a confondu sa femme et un bouftou. La Dame de Cœur, quant à elle, s'était inventé un passé de courtisane d'une région voisine. Elle fit tout pour paraître simple, usant d'un vocable commun, sans pour autant finir simplette. Au cours de la soirée, elle avait finit par faire dire à ses gus qu'ils connaissaient effectivement le marchand assurant le ravitaillement de Trou-du-Coude. En réalité, le marchand était connu de tous, principal homme d'affaire du hameau.

Luc, le plus jeune, avait été choisi, par Scriabine. C'était l'élu. Des regards non équivoques, et des rougissements clairs comme de l'eau de roche avait bien fait comprendre la situation au quatuor paysan. Luc était d'un naturel réservé, et les trois autres étaient content de voir que ce dernier suscitait de l'intérêt pour une étrangère. Ils finirent par laisser les deux tourtereaux ensemble. La Dame de Cœur poursuivit une langoureuse discussion avec Luc dont la gêne était palpable. Elle finit par lui demander le logis pour ce soir. Ravi d'en venir à des préoccupations plus prosaïques Luc accepta de suite.

La bâtisse n'était pas aussi miteuse que ce à quoi Scriabine pouvait s'attendre. L'intérieur était curieusement bien agencé, avec un certain début de bon goût. Seule une chandelle éclairait l'intérieur. Luc ne savait réellement que faire. Elle le guida à l'étage, où elle présuma que s'y trouvait une chambrée. Le contact des mains douces et frêles de l'étrangère dans la paume dure et massive de Luc n'était pas sans l'émoustiller. Un lit double trônait fièrement, fermement ancré au sol par quatre rondins.

Scriabine ôta ses vêtements, en prenant soin de masquer la présence de rembourrage dans ses atours. Entièrement dénudée, elle s'inséra dans le lit et ponctua la soirée par : « Bonne nuit, Luc ». Ce dernier, encore debout, sous le choc, mis quelques temps à réagir. Il finit par dormir par terre, sur le plancher, Scriabine ayant monopolisé l'intégralité du lit.

* * *

Le lendemain matin, alors que son hôte dormait encore, probablement puisqu'il n'avait pas pu dormir les premières heures de la nuit, Scriabine laissa un mot ainsi qu'une bourse de kamas à disposition de Luc, avant de reprendre la route vers Trou-du-Coude.

« Mon cher Luc,

La soirée d'hier en ta compagnie fut vraiment inoubliable. Je ne peux hélas pas rester, j'ai des affaires à régler, et je me suis déjà trop attardée avec vous quatre ! Mais je reviendrai la semaine prochaine, et nous pourrons discuter davantage toi et moi, peut-être que tu pourras me rejoindre dans le lit cette fois !

En attendant, je n'ai pas eu le temps de passer commande auprès du marchand du bourg, pourrais-tu le faire pour moi ? Il faudrait livrer à Trou-du-Coude deux tonnelets de votre délicieux vin, ainsi que deux pichets de vinaigre. Évite de parler de moi en tout cas, je ne veux pas que ces marchands-pipelettes s'imaginent des choses !

Merci, Luc.
 »


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Message par Arlène Kwinzel le Dim 19 Mar 2017 - 13:02

La Main était désormais assurée de pouvoir compter sur le soutien inconditionnel et l'approvisionnement éthylique de Luc le terreux. Autant dire que les éléments étaient réunis pour satisfaire aux conditions de la première partie de la prophétie dite « de l'Attache-Devin », ô combien redoutée par Falas.

Restait à savoir comment les Doigts s'y prendraient pour favoriser « l'irruption d'habitants du Sous-Monde dans les rues de Trou-du-Coude »...
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Message par Emyn Muil le Dim 19 Mar 2017 - 22:48

Pendant que Scriabine accomplissait sa mission, Emyn avait fait mine de procéder à l'inspection du village — comme il avait indiqué qu'il ferait au chef du Trou-du-Coude. Hélas, les villageois étaient méfiants et le Xélor n'apprit pas grand-chose. Il espérait que la Dame de Cœurs aurait eu plus de succès. Avant de se coucher, il avait longuement discuté avec Falas des potions qu'il pourrait lui vendre.

Le lendemain, il s'entretint avec Scriabine dès son arrivée. Satisfait de ses découvertes, il lui proposa d'entamer la seconde partie du plan. Il lui incomberait ainsi de préparer quelques artifices pour simuler l'invasion des fameux êtres du Sous-Monde, ce qu'il ferait pendant le reste de la journée. Les autres, eux, devraient mettre en place la suite du plan pendant ce temps — à condition que la livraison de vin arrivait aujourd'hui. Dans tous les cas, Emyn donna rendez-vous en début de soirée à l'équipée en haut d'une colline sur laquelle passait la route qu'ils avaient empruntée avant-hier, et où avait poussé tant bien que mal un grand frêne parmi les rochers.

C'est là qu'alla le Xélor. Il y découvrit ce qu'il imaginait trouver : à savoir un renfoncement rocher assez profond pour se cacher. Là, il alluma un feu, sortit un petit marmiton et ses ingrédients puis commença la préparation de quelques potions de Crapaud-Mufle et d'autres artifices qui produiraient moult fracas et fumée.

Ses préparations étaient bientôt prêtes quand le soleil terminait sa course à l'ouest. Il attendait l'arrivée imminente de ses camarades — si tout s'était passé comme prévu.
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Message par Kirosane le Lun 20 Mar 2017 - 13:22

Après avoir vaguement compris quel rôle les doigts devaient jouer dans l'accomplissement de la prophétie quelques jours plus tôt, Kirosane s'était mise en route, en quête d'un lieu assez obscur pour abriter quelques créatures capables d'effrayer le commun des mortels. Elle déambulait à une distance raisonnable du Trou-Du-Coude depuis longtemps déjà, traçant dans le sol un sillon avec sa longue lame pour retrouver son chemin, lorsque Poussière commença à s'agiter.

Suivant la bête, elle arriva bientôt à l'orée d'une forêt susceptible d'héberger ce qu'elle était venu chercher. Alors que la lune était haute, la guerrière blonde s'enfonça au plus profond du bois, jusqu'à arriver dans une clairière où semblaient l'attendre un groupe d'une dizaine de chafers. Brandissant son épée, elle entreprit de réorganiser le squelette de ses adversaires.

Après avoir réduit les monstres en un grand jeu d'osselets, Kirosane récupéra les crânes éparpillés sur le sol. Avec un peu de retouche, ils fourniraient aux membres de la main des costumes assez ressemblant à ce qu'elle s'imaginait des habitants du "sous-monde". Son attirail sur le dos, elle se mit à la recherche de Poussière, qui s'était éclipsée, suivant les "krkk" qui résonnaient dans la forêt. Elle la retrouva surplombant un arbre creux, dans lequel une araknelle fort bien portante semblait surveiller des œufs. Le dégoût apparent que provoquait Poussière chez les habitant du Trou-De-Coude donna à la disciple de Sacrieur une autre idée. Tendant sa main, elle saisit sous les protestations des deux bestioles une poignée d’œufs et les rangea dans son sac avant de prendre la fuite.

Les cris de l'araknelle firent s'allumer une myriade d'yeux d'abraknydes et d'araknes dans la forêt, donnant à Kirosane le signal du départ. Elle prit Poussière et la fuite, avant d'être attaquée dans le lieu de prédilection des monstres. L'écorchée savait que ceux-ci se lanceraient à la poursuite du bien volé, mais ils hésiteraient un moment avant de franchir le seuil de la forêt, surtout de jour. Tout en prenant soin de s'entailler le bras pour laisser derrière elle une trace de sang, afin que toute la faune et la flore de ce lieu puisse suivre sa trace, elle reprit la route du village sous le soleil matinal.

Cela laissait à la main une journée de préparation avant que, elle l'espérait, la forêt toute entière se dirige vers le Trou-De-Coude. Arrivant au village en fin d'après-midi, Kirosane le contourna pour ne pas être remarquée et se rendit au point de rendez-vous fixé par Emyn.
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Message par Kalirr le Lun 20 Mar 2017 - 22:23

Suite à la discussion avec Farlas –qu'il avait écouté assidûment– Kalirr c’était offert un tour complet du village. Il fut assez déçu par la monotonie de l’endroit et par l’absence de ce qu’il qualifiait de « lieux d’intérêt ». Il prit la décision de retourner voir la famille qui l’avait accueillie un peu plus tôt. Il y fut, comme la dernière fois, bien reçu et passa la majorité de son temps là-bas, à dialoguer avec les habitants. Il se surprit même à céder aux coutumes et lors d’une soirée il participa à l’épluchage traditionnel des navets. Une activité qui fit naître en lui un double sentiment. D’une part, de la compassion pour ces gens vivants complètement hors du monde – tout du moins, hors du monde que Kalirr concevait. Et d’autre part, une grande satisfaction d’être né dans une famille aisée d’une grande cité et d’avoir emprunté les chemins qu’il a pris jusqu’à présent.

Il prit, néanmoins, congé de cette famille pour rejoindre ces collaborateurs. Il avait reçu l’appel indiquant le rassemblement et se dirigea donc vers le lieu de rendez-vous. La nuit prenait le pas sur le jour quand il arriva dans le refuge improvisé de la Main.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Sam 25 Mar 2017 - 21:38

La Main avait déplié ses doigts, c’était le cas de le dire. La postérité ne parviendrait jamais à trancher qui du pouce, de l’index ou de leurs compagnons aussi majeurs que dissociables avait exploité au mieux le peu de temps qui lui était imparti. Les choses étaient ce que ces malfrats avaient décidé d’en faire. Ni plus ni moins.

Le chaudron portatif d’Emyn avait glouglouté généreusement, nimbant l’arbre creux dans lequel s’était réfugié l’astrologue du Valet Noir de lueurs aussi surnaturelles qu’inquiétantes.
Le marchand de vinasse mandé par l’experte Scriabine n’avait pas tardé à se mettre en route, tant le jeune et candide Luc l’avait pressé de surseoir ses autres obligations en faveur de la Dame qui occupait ses pensées, son coeur et une dernière région de son anatomie qui avait connu une forte vascularisation au cours de cette nuit qui resterait – des années durant – gravée dans sa mémoire.
L’implication « sincère » de Kalirr dans la vie de la communauté aussi fermée que soudée de Trou-du-Coude valut au Sept de Trèfle bien des compliments et les langues se délièrent plus aisément lorsqu’il vint à bout de sa cinquième livre de navets. L’homme avait l’art et la manière de se fondre dans le décor et il revint vers ses semblables avec les noms de bon nombre de boufettes – presque – galeuses.
Kirosane, quant à elle… Ah, Kirosane… Il serait plus aisé de décrire le calme olympien qui accompagna son retour au Trou que de dépeindre ses pensées tout au long du trajet. Elle tint compagnie au pourvoyeur d’alcool du bourg sur la dernière ligne droite, alors que derrière elle – bien loin derrière elle – les troncs et les branches de l’obscure forêt grinçaient et ployaient sous le passage d’une horde mi-végétale, mi-animale aux intentions sans équivoque.
Sakopi, en bon auriculaire, débarqua au rendez-vous muni d’une provision d’une substance éthylique aussi frelatée que salissante. Le Roi de Trèfle fut le premier à l'accueillir.

La Main était au complet, chacun avait rempli son office, les conditions requises pour « organiser » l’Attache-Devin étaient réunies : lorsque le destin ne coopère pas, il est toujours possible de le forcer. Les agents du Valet Noir venaient d’en apporter la preuve.

Loin de là, bien loin de là, sur la route principale qui menait au réseau de chemins de traverse reliant Trou-du-Coude au reste du monde civilisé – ou « incivilisé » selon la norme de Falas – il était possible d’entendre le piétinement mécanique de sabots ferrés mêlé au raclement de lourdes roues crantées malmenant les pavés d’une chaussée séculaire. Par-dessous ce vacarme, une oreille experte aurait pu identifier deux autres bruits : l’un, métallique, évoquait quelques carillons miniatures tandis que l’autre, vocal, n’était rien d’autre qu’une crise d’hilarité continue jouée par deux gorges.

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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Scriabine le Jeu 27 Avr 2017 - 20:06

Dès son retour à Trou-du-Coude, Scriabine avait expliqué son avancement et pris les nouvelles des différents plans en cours d'exécution pour le reste de la Main — presque tous, du moins ! Puis, elle s'était postée à ce qui ressemblait le plus à la « grande » place du village, où le passage du marchand qu'elle avait elle-même mandé ne faisait aucun doute.

Elle attendit. Tantôt accoudée contre une palissade, tantôt attablée, relisant diverses notes et messages qu'elle portait sur elle et connaissait déjà par cœur. Elle envoya paître quelques ouailles un peu trop curieuses, et trop simplettes pour apprécier l'acidité des remarques de la Dame de Cœur.

Enfin, après de nombreuses et insoutenables heures d'attentes. Une charrette branlante, pleine à craquer de caisses, tonnelets et autres contenants en tout genre, s'avança lentement depuis la route menant au village où Scriabine avait passé la nuit.

— Enfin...

L'ultime soupir de Scriabine se transforma en sourire discret. Néanmoins, elle ressentait quelque chose qui n'avait pas pour habitude d'empiéter sur sa personnalité : l'anxiété. En effet, cela faisait de nombreuses années depuis que...

Elle se ressaisit, elle ne pouvait pas se relever, au risque de trahir son geste. Elle resta assise face à sa table miteuse, gardant un air distrait, concentrée sur des pensées lointaines. Pourtant, sous la table, son bras gauche se mit à frissonner légèrement. Ses phalanges se contractèrent doucement, puis...violemment. Ses tendons ressortaient de manière visible et peu gracieuse, comme les cordages d'un trois-mâts qui venait de prendre une brise soudaine. Sa main droite, quant à elle, était pressée contre son ventre à travers les soieries délicates, comme si elle souffrait d'un ulcère.

Peu à peu, le bout des doigts de sa main gauche se mit à rayonner faiblement. La Dame de Cœur fixait un point précis au sol. Un point qui n'était pas anodin, puisqu'il s'agissait d'une étoffe imbibée d'alcool qu'elle avait elle-même placé à cet endroit plus tôt dans la journée.

Le bruit de la charrette se rapprochant dangereusement, Scriabine accéléra le processus. Sa main droite puisait rapidement dans ses réserves, tandis que la gauche se gonflait d'une énergie prête à être utilisée. Dès que la dragodinde fut à portée, l'étoffe s'embrasa subitement, et provoqua une gerbe de flamme de plusieurs kamètres de hauteur pendant un instant. La bête, effrayée comme si elle avait compris qu'on l'emmenait à l'abattoir, se mit à virer de bord brutalement, tirant de toutes ses forces sur son harnachement, et fit de ce fait basculer l'intégralité de la charrette dont le centre de gravité se trouvait bien trop haut...

Une victoire facile, Scriabine n'aurait pas cru que tout se serait déroulé aussi simplement : toute la cargaison se déversa sur la place du village, dont les tonnelets de vin et de vinaigre qui s'éclatèrent au sol, se mêlant définitivement en un seul et répugnant liquide odorant.

Satisfaite de son entrée en matière, elle mima l'étonnement, et se délecta de la réaction des locaux.


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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Emyn Muil le Sam 29 Avr 2017 - 12:10

Emyn entendit arriver Kirosane puis Kalirr aux abords de sa cachette. Il vint les accueillir et termina la préparation de ses artifices en expliquant son idée :

« Voici quelques fées d'artifice qui feront un sacré boucan ! Des flammes, du fracas, de la fumée... On verra et entendra le spectacle jusqu'au village. Si Scriabine a bien réussi sa mission, les villageois devraient découvrir avec effarement que quelques uns d'entre eux ne sont pas aussi proprets qu'ils le devraient : ça devrait déjà les inquiéter. En outre, j'ai discrètement été empoisonner quelques navets dans les champs ce matin, afin qu'ils noircissent et pourrissent — j'avais indiqué à Falas que ce serait l'évènement annonciateur de leur prophétie. Les paysans ont dû s'en apercevoir pendant la récolte de cet après-midi. »

Il touilla encore un peu le liquide jaunâtre du chaudron puis éteint le feu. Il prit ensuite une grande louche et versa la mixture dans cinq fioles qui étaient vides.

« Et ça, c'est de la potion de Crapaud-Mufle ! Nous en boirons une chacun, ce qui nous transformera temporairement en d'horribles créatures hideuses. Aussi, les fées d'artifice attireront l'attention des villageois, qui savent bien qu'il y a des grottes par ici. Nous surgirons ensuite de la colline après avoir bu les potions (nous en garderons deux pour Scriabine et Sakopi, si nous les trouvons sur le chemin) et nous nous dirigerons vers le village. »

Un sourire amusé au coin de la bouche, il scruta la réaction de ses deux compagnons.

« Vous commencez à comprendre ? Des ouailles pas si vertueuses que ça, des navets pourris, des grands feux dans les collines et des monstres hideux qui en descendent : les villageois seront persuadés que c'est l'Attache-Devin qui se produit ! Par contre, pour la suite, on va devoir improviser... Je ne sais pas ce qu'a Ogorath derrière la tête... Enfin, le soleil se couche. Vous êtes prêts ? On y va ? »
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kalirr le Sam 29 Avr 2017 - 16:35

Kalirr empoigna la potion tendue par Emyn. Il retira son chapeau et le coinça contre lui en le plaçant sous sa ceinture. « Pourquoi faut-il toujours qu’on se tourne en ridicule, pensa-t-il. M’enfin, ça me paraît nécessaire. »

« Allons-y sans attendre, je meurs d’envie de quitter cet endroit. », répondit-il à l’alchimiste.

Il déboucha la fiole et la porta sous son nez. L’odeur de la mixture créa sur son visage une grimace de dégoût. Il prit une profonde inspiration, adressa un sourire forcé à ses camarades et but le mélange d’un trait. Les effets ne se firent pas attendre. Sa langue commença à bleuir et à gonfler, il sentit sa musculature et son ossature se tordre et se déformer, sa peau changer de couleur et de texture et ses yeux gonfler. Il apparut finalement sous la forme hideuse escomptée et se dirigea vers la sortie de la grotte pour attendre ses compagnons.


Dernière édition par Kalirr le Sam 29 Avr 2017 - 16:53, édité 1 fois
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Sam 29 Avr 2017 - 16:51

Alors qu'il n'avait jamais été aussi proche de parvenir à Trou-du-Coude, le mystérieux convoi s'était enrichi d'une nouvelle gamme de sonorités au fur et à mesure qu'il avait vidé de leur population canine les rares cités et localités qu'il traversait.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Emyn Muil le Sam 29 Avr 2017 - 19:32


Pendant que son comparse expérimentait la potion qu'il lui avait donnée, Emyn Muil jeta une à une les fées d'artifice qu'il avait confectionné. Il s'y prit avec soin et méthode, selon l'ordre qu'il avait imaginé. Aussi, la première d'entre elles fit surtout un énorme bruit sourd, puis projeta une épaisse fumée noire. Les suivantes firent de même, mais avec moins de puissance. Puis il attendit un peu et jeta à la volée une multitude de fées qui firent de grandes flammes et de vives explosions dans le ciel, tout en se déplaçant vivement d'un bout à l'autre du versant de la colline opposé au village.

Une fois toutes les fées jetées, il revint vers Kalirr et Kirosane : « Ce doit être un beau spectacle, vu d'en-bas ! » Il but à son tour la potion de Crapaud-Mufle et invita ses compagnons à se diriger lentement vers Trou-du-Coude.

« Je me demande quelle tête vont faire les villageois, et quelle journée dramatique ont-ils vécus pendant tout ce temps ! Espérons que tout ce soit bien passé... » commenta-t-il.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Lun 1 Mai 2017 - 17:40

Les retour des habitants de Trou-du-Coude vers la petite localité fut morose. La découverte et la récolte de navets impropres à la consommation avait gâché le moral des troupes immaculées, mais les locaux n’étaient pas au bout de leurs surprises.

Ce fut l’odeur qui les alerta tout d’abord. Une senteur aigre, qui prenait au nez avant de s’attaquer à la gorge. Aux portes du Trou, une mare aux fragrances répugnantes s’étalait, rougeoyante. Ici et là, quelques habitants de l'endroit essayaient, tant bien que mal de se débarrasser de la lie vinaigrée qui maculait le sol imbibé du contenu des tonneaux qui avaient éclaté à l’issue de leur brève mais inexorable chute.

La vinasse empuantissait l’atmosphère autant qu’elle attaquait les chausses de celles et ceux qui avaient le malheur de s’y aventurer dans le but de rendre un semblant d’ordre et de propreté à Trou-du-Coude. Les vapeurs éthyliques tournèrent quelques têtes et le plancher des bouftous vint à la rencontre d’une poignée de nettoyeurs qui se retrouvèrent couverts d’une boue rougeâtre et tenace qui donnerait du fil à retordre aux meilleures lavandières des environs.

La Dame de Coeur savourait sa victoire tout en se pinçant le nez. L’art des arcanes avait prélevé son dû et elle n’avait pas eut à simuler son malaise. D’honnêtes pécores, encore indemnes des souillures qui entachaient désormais certains des leurs, se portèrent à son secours et l’aidèrent à s’asseoir confortablement à quelque distance de ce que tout le monde prit pour un accident de transport.

Personne ne crut, dans un premier temps, à cette histoire de flamme haute de plusieurs toises qui avait fait valdinguer le précieux chargement du marchand de vin, mais les plus dévots se souvinrent de séculaires signes annonciateurs d’évènements importants.

Le premier habitant de Trou-du-Coude, Fallas, fut appelé sur les lieux du désastre et, tandis qu’on lui expliquait le déroulement des calamités de la journée, son visage se décomposa petit à petit.

Alors que le récit de ces péripéties touchait à sa fin, une détonation assourdissante retentit du côté des collines. Du haut de ces dernières, bientôt, dévala un épais nuage sombre dont jaillissait un véritable ballet de flammes et de lumières.

« R-Rentrez les récoltes, mettez tout à l’abri ! » croassa le chef spirituel.

Le soleil était bas, presque confondu avec l’horizon, la nuit poignait et d’étranges silhouettes, que nul n’aperçut dans la panique générale, avaient commencé à descendre des hauteurs voisines.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Emyn Muil le Mer 10 Mai 2017 - 0:25

Emyn, Kirosane et Kalirr descendaient donc lentement la colline et se dirigeaient droit vers le village. Notre petit Xélor eut une idée, et en fit part à ses compagnons :

« Je pense que les villageois se rassembleront dans leur église, pour se cacher. Nous tâcherons donc de nous retrouver là-bas. Dans tous les cas, il faut essayer de les y ramener tous, comme des bouftous dans l'enclos ! Partons chacun d'un côté de la ville et écumons les rues pour rabattre les gens dans l'église, donc, si le besoin en est. Je passe par l'est, je vous laisse vous en sortir pour le reste ! Essayez de faire le plus de grabuge que possible, dans tous les cas ! »

Il partit donc dans son propre coin, continuant à avancer à pas lourds au mépris des navets qu'il écrasait de ses pieds verdâtres gluants.

« Le principal enjeu de tout ça, c'est de réussir à effrayer tous ces bonshommes en n'étant que trois.... » pensa le Xélor. Hélas, il avait beau se creuser la cervelle, il n'avait pas beaucoup de solutions en tête... A part utiliser ses sorts de téléportation pour semer le confusion.

Cela dit, il n'en eut guère besoin : alors qu'il arrivait aux bords du village, les quelques âmes qu'il aperçut s'enfuirent à grands cris, tout droit vers l'église, comme il l'avait deviné. Il entreprit donc de sillonner en zigzag l'est du village, pour rabattre tous les bouftous jusqu'à l'abattoir, espérant que ses camarades obtenaient un succès égal...
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kalirr le Mer 10 Mai 2017 - 23:07

Sans hésitation Kalirr prit la partie Ouest du village. C’est ici qu’il avait passé beaucoup de temps avec les habitants et il connaissait un peu mieux cette partie du hameau. Il pénétrait chaque maison lançant de grands cris et forçant les habitants à sortir dans les allés en courant. Il essayait, du mieux qu’il pouvait, de les envoyer vers l’église. Si certains échappaient à sa vigilance, la plupart allaient dans la direction souhaitée.

La compassion qu’il avait pu avoir pour eux quelques heures plus tôt avait complètement disparu, et il devait bien avouer prendre un certain plaisir à effrayer toute cette population et en particulier, celle qu’il avait côtoyée.

Après ces quelques minutes de distraction, il arriva finalement au point central, face à l’église dans laquelle les ruraux se tassaient et priaient leurs dieux de les sauver.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kirosane le Jeu 11 Mai 2017 - 2:07

Kirosane déambulait dans les rues de trou-du-coude. Elle ne voyait pas comment forcer les passants à aller vers l'église, puisqu'ils semblaient fuir dans n'importe quelle direction à sa vue. Il fallait espérer qu'ils aient le réflexe de se diriger vers le lieu voulu.

Cette affaire avait pour mérite de la divertir, et elle s'en donnait à cœur joie: tantôt elle se cachait pour surprendre un passant sans qu'il ne la voie, tantôt elle trouvait une source de lumière pour projeter une grande ombre de sa nouvelle silhouette sur un mur, mais par moments elle perdait aussi de vue son objectif et s'adonnait à des courses poursuites avec Poussière.

Les deux individus finirent enfin par trouver le chemin de l'église, en suivant les effets personnels abandonnés par les habitants du village dans leur précipitation. Kirosane arriva devant l'édifice alors que ce qui semblait être les derniers habitants s'y précipitaient en venant de toutes les directions, signe qu'Emyn et Kalirr avaient mené à bien leur mission.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Lun 15 Mai 2017 - 19:42

• BLANC... CASSE •


Le lieu de culte bruissait des conciliabules, pleurs et autres timbres de voix inquiets de la population de Trou-du-Coude. Jamais pareil événement ne s’était produit dans les environs et personne n’aurait songé rencontrer des créatures sorties tout droit du cauchemar d’un prophète décédé depuis des siècles.

On avait barricadé les portes de « l’église » et Fallas, du haut de sa chaire, tentait tant bien que mal de rassurer ses ouailles. Du moins, il les enjoignait à se calmer, mais la perte de son flegme habituel jouait contre le guide spirituel.


« Priez, mes frères, car c’est par la dévotion et votre foi que viendra notre salut ! » clamait-il. 


Ainsi, c’est une messe extraordinaire qui fut célébrée, alors que les Crapauds-Mufles de la Main du Valet Noir tambourinaient contre les vantaux du bâtiment.

La ferveur des réfugiés emplissait la salle, tous étaient à genoux, la tête baissée, les mains jointes, les paupières fermées à l’excès. Chacun puisait en son for intérieur la force qui lui serait nécessaire pour occulter de son existence ces entités démoniaques qui avaient fait irruption dans le village.

Un murmure sonore, véritable pot-pourri de vœux pieux et autres paroles dévotes, résonnait aux oreilles de Fallas. Ah, les braves gens, ils valaient la peine que l’on s'échine pour eux ! La force de l’habitude, oui, les rituels traditionnels les rasséréneraient certainement. Tranquillisés, ses adeptes surmonteraient cette épreuve.

A l’extérieur, les humanoïdes impies continuaient de rôder et la lueur de quelques foyers ignés alla jusqu’à projeter leurs ombres à l’intérieur du bâtiment : même retenues à l'extérieur, ces bêtes démoniaques parvenaient à s'immiscer dans le Saint des saints. Des sifflements – qui avaient tout de hurlements – fendaient les oreilles autant que les airs, suivis de chocs aussi sourds que répugnants.


« ...ïïïïïïïïe. »



Quittant sa position surélevée avec moins de décence qu’il n’en avait l’habitude, Fallas entreprit de se munir d’une coupe cérémonielle au bois peint d’or et de pourpre. Après avoir fendu les rangs des fidèles en direction d’une des niches creusées dans l’un des murs, il fit pivoter une des icônes qui faisaient la fierté de ses disciples. De ce rangement fort pratique, il extirpa une épaisse bouteille semblable en tout point à celles qu’il utilisait d’ordinaire pour procéder au « rite du calice fendu ».

Les gémissements continuaient de rythmer les psalmodies des croyants. Toujours plus forts.


« ...aïïïïe. »


Et toujours ces impacts, toujours ces lueurs, filantes, qui venaient illuminer les rues du bourg.

Muni du précieux breuvage – rien de moins qu’un gros rouge qui cogne – le premier citoyen de Trou-du-Coude gravit de nouveau les degrés et regagna son perchoir. Il y remplit modérément le calice de cette affreuse piquette qu’il venait de récupérer et brandit fiévreusement le gobelet de bois consacré.


« ...aaaaaaaïïïïïïïïïe ! »


Malgré les hurlements de moins en moins lointains, de plus en plus distincts, le cheptel du Gardien de Trou-du-Coude se remua.

Une paire d’yeux se leva, rapidement suivie par une autre, puis une autre, et encore une autre… Toute l’assemblée fixa bientôt les mains tremblantes de Fallas, dans l’attente du sermon qui suivrait forcément l’apparition du calice ébréché.


« ...iiiiiiiaaaaaaaïïïïïïïïïe ! »


Les impacts pilonnaient désormais les toits de chaume voisins du lieu de culte, mais le chef de l’assemblée, en exécutant ces gestes familiers, avait retrouvé contenance et sa confiance était contagieuse. Il apostropha la foule apeurée, raviva la flamme de l’espérance et de l’auto-satisfaction dans le coeur des boufettes apeurées, il énuméra bon nombre de modèles qui faisaient office de saints et d’exemples à suivre dans la petite communauté puis il entreprit d’achever son sermon par une litanie entêtante que reprit en choeur l’assemblée passionnée :


« Jolis yeux, garde gaillard, anxieusement l’antre gémit. Juteux yaourt goûtera assidûment les âmes grivoises. J’y gagnerai gros au lagon aux gouttières. Joute, yatagan. Gagne ambitieusement, l’ancêtre gamberge. J’y gronderai goulûment. Arrête les au…

- Kiiiiiiiaaaaaaaïïïïïïïïïe ! »



Coupant Fallas dans ses effets, une boule de chair, de suif, de flammes, de nerfs et de douleur venait de traverser l’une des fenêtres – l’un des vitraux – de la bâtisse pour venir s’écraser entre les bancs, répandant flammèches, débris organiques et panique parmi les rangs des habitants de Trou-du-Coude.


« La p… prophétie. »
balbutia Fallas. 


Sous le coup de la surprise, l’illustre gourou avait sursauté, renversant une partie du liquide contenu dans le calice sur sa robe d’un blanc immaculé.

Folle de terreur, la foule se rua sur les portes. Quitte à mourir, autant choisir son trépas et décéder carbonisé – ou écrasé si l’on avait moins de chance – par un projectile tout feu tout flamme ne figurait sur la liste des envies de personne.

Hélas, les ouaille de Fallas – encore sous le choc au sommet de sa chaire – ne purent aller bien loin : les créatures du Sous-Monde se dressaient entre elles et la liberté.

La stupeur frappa bon nombre de résidents – à moins que ce ne fut l’effroi – lorsque ceux-ci se rendirent compte qu’il pleuvait des roquets. Des roquets enflammés. Sur Trou-du-Coude.




Cris, évanouissements, lamentations.

Le déluge cessa bientôt, à l’inverse du concert de pleurs. Les immondes êtres à pustules gardaient le troupeau.

Fallas, l’air hagard, rejoignit ses fidèles qui l’avaient délaissé et abandonné dans leur panique, l’air hagard.

Un rire finit par retentir, à l’orée du hameau. Un rire qui se dédoubla. A la fois féminin et masculin, à la fois fou et moqueur, à la fois cruel et joyeux.

Deux êtres firent leur apparition : un dandy aux manières plus que félines et une arlequine bondissante. Hilares tous les deux, le premier s’avançait en conquérant tandis que la seconde cabriolait d’un foyer à un autre. Venaient derrière eux un individu mi-amusé, mi-décontenancé et une femme à l'air las. Les agents du Valet Noir reconnurent ainsi Ogorath, Arlène Kwinzel, Sakopi Komzar et Scriabine Castrellan.


« Chers clients, la bonne nuit ! s’esclaffa le vieux-beau. La bonne nuit, le bon jour, la bonne époque ! Bonne époque ? J’ai comme dans l’idée que je tombe – hahaha, je TOMBE – à point nommé pour proposer mes services à la riante assemblée que vous constituez. »


Ecartant théâtralement les bras, Ogorath embrassa du regard les habitants de Trou-du-Coude ainsi que la pagaille aux alentours.


« Votre village, n’en rougissez pas, possède un certain charme ou un cachet certain, voire carrément – ne lésinons pas sur les qualificatifs – du chienchien ! »



A ces mots, les adorateurs de Fallas gémirent de plus belle. Leur mentor s’avança et s’érigea, machinalement, en rempart face à cette nouvelle sorte d’envahisseurs que la vue d’une engeance shushutesque ne semblait pas émouvoir.


« Et voilà le plus beau !

- Et voilà le nabot !
renchérit la rigolarde en écho au ton réjoui du matou au regard asymétrique.

- Battoirs, cuvettes et savons, je crois que cette personne a oublié comment boire son vin jusqu'à la lie ! Cher client, la bonne nuit à vous aussi ! »


Ogorath salua élégamment le maître de ce qui restait des lieux sans lui laisser le temps de répondre puis, d’un seul coup, il pointa une griffe accusatrice en direction de la figure maculée et de la tunique souillée du guide spirituel.


« Oh, la belle tache ! jubila le félin félon.

- On pourrait même dire… renchérit l’arlequine goguenarde.

- Oh, la tache de vin ! s’exclamèrent-ils à l’unisson. »


La Dame de Coeur leva les yeux au ciel.

De son côté, sous son voile de gros-rouge-qui-tache, sous sa peinture de guerre moins spirituelle qu'éthylique, Fallas blêmit. Toute couleur déserta son visage, toute dignité quitta son corps. Il mouilla ses chausses, ses genoux tremblèrent et il s'effondra sous les masses conjuguées de l'humiliation, du désespoir et du mensonge.

Ses adeptes se ruèrent sur lui, tantôt empressés de lui venir en aide, tantôt révulsés par son aspect et le manque de tenue dont il venait de faire preuve. Dans la confusion semée par le comportement de ce qui avait été le premier citoyen du « charmant, paisible, mais terne, terne, terne » Trou-du-Coude, Ogorath avait fait signe aux Doigts présents sur place de le suivre.

Filant à la frigostienne, entre deux baraques en flammes, le maître blanchisseur s’esclaffait, escorté par le petit groupe dont les membres reprenaient figures humaines.


« Chers clients, cela ne me coûte guère de vous annoncer que je me réjouis de me nourrir de vos entrailles. Je dois dire que convier vos petits amis à ces réjouissances des plus inopinées était, de loin, la meilleure idée que vous ayez jamais eue. J’espère que vous vous êtes autant amusé que moi. Attendez… Non ! J’espère que je me suis plus amusé que vous ! Tenez, prenez ça. C’est une chouette petite babiole. »


A ces mots, le lavandier remit un objet doublement denté au petit astrologue de la Main.


« Voici une petite récompense pour vos petits efforts. Vous auriez fait de grands efforts, je vous aurais offert une grande récompense. C’est logique, non ? Voici, l’un de mes jouets. Bon, retournons aux affaires avant que je ne m’égare. Maintenant, décampez. Avant que je ne vous tue. »


Ogorath continua de déblatérer au sujet de l'ustensile dont il masquait l'identité de ses coussinets épais :


« Peut-être qu’il aurait dû vous être donné plus tôt. Je ne sais pas pourquoi vous ne l’avez pas obtenu auparavant. La personne qui aurait dû vous le confier bien plus tôt a vraisemblablement mal fait son travail. Ou alors avait-elle ses raisons ? Elle est peut-être même très bien faite de sa personne ? Et de sa tête. Et de… Je dois dire, donc, qu'inviter vos petits amis à cette sauterie drôlatique au possible était du plus exquis des raffinements et sachez, révérées clientes, estimés clients, que j'apprécie votre façon de d'orchestrer cette Grande Lessive. »


Les agents de la Main ne comprirent pas de suite à quoi faisait allusion Ogorath. Ce n’est que lorsqu’il appuya ses propos d’un geste de la papatte en direction de la forêt voisine que les yeux de quelques-uns des brigands s’écarquillèrent, qui de surprise, qui d’effroi, qui de fierté.

La forêt se mouvait. En direction de Trou-du-Coude.


« Rien ne vaut de laver son linge sale, surtout lorsqu’on est en famille ! » conclut Ogorath, Prince des Draps et maître blanchisseur...

...de nouveau au service du Valet Noir.
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