[Quête mineure] Cousu de fil blanc

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[Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Jeu 8 Déc - 23:11


Cette quête mineure concerne tous les membres de la Main du Valet Noir, comme ce fut déjà le cas pour Au bout du Boo.

Dans un premier temps, seuls les joueurs ne faisant pas partie du groupe des Têtes seront mis à contribution directement en jeu. La Dame et les Rois seront amenés à intervenir ultérieurement.

La quête a pour objectif de faire la part belle à l'entraide, la cohésion et l'effort collectif. En jeu comme sur le forum.

C'est pourquoi les participants seront amenés à (faire) vivre une partie de leur aventure directement sur le forum.
Ce sera éventuellement l'occasion de s'initier au RP forum pour celles et ceux qui n'en auraient pas l'habitude.
Les participations se feront à la libre appréciation de chacun : il n'y a aura aucune obligation. Si vous préférez vous focaliser sur les avancées IG plutôt que sur celles réalisées sur le forum, vous le pourrez. Et inversement.





• DE BUT EN BLANC •


L’approche aérienne et silencieuse d’un volatile – certains parleraient d’un hibou tandis que d’autres évoqueraient une chouette – était venue ponctuer la fin d’un après-midi frisquet.

Recrues, Acolytes ou Compagnons, du plus aveugle au plus dérangé, tous les agents actifs de la Main du Valet Noir avaient reçu la visite d’un oiseau qu’on aurait pu croire de mauvais augure jusqu’à ce qu’il délivre le message dont il était chargé.

Le Roi de Trèfle – car tel était l’expéditeur – faisait appel aux forces vives de la Main, toutes Enseignes confondues, afin de retrouver un collaborateur du passé susceptible de pouvoir mettre à l’abri les fruits dorés, sonnants et trébuchants d’un labeur que chacun savait dur. Très dur. Surtout pour celles et ceux aux dépens de qui il s’exerçait.

Il était donc question d’un individu : un certain « Ogorath ». Logiquement sénescent, peut-être même sénile, et terriblement… inaccessible. Faute d’informations supplémentaires à son sujet.

L’appel du Roi de Trèfle à la coopération et à l’effort collectif permettrait-il de mettre la main – à défaut d’y planter le surin – sur la « cible » du moment ?
Les bénéfices de la Main trouveraient-ils un abri, un havre de paix, une tirelire spacieuse et pas trop spécieuse ?

Des agents du Valet Noir dépendaient désormais les réponses à ces questions.


Dernière édition par Arlène Kwinzel le Mer 21 Déc - 14:47, édité 2 fois
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Message par Kalirr le Lun 12 Déc - 22:47

Quatre visages autour d’une table. Le premier était fin, blême et moucheté de quelques taches d’encre. A la gauche de celui-ci, l’autre minois appartenait à un homme d’apparence jeune et au chapeau bleu délicatement positionné. Face à cette tête chapeautée, la troisième frimousse était fardée et entourée d’une cagoule dont les clochettes tintaient à chaque mouvement. A sa gauche le dernier portrait semblait celui d’une reine à l’allure fière et au regard triomphant.

Parlant de tout et de rien, de leur vie courante et de leurs exploits passés, les quatre complices dérivaient d’un sujet à un autre sans autre but que celui de partager des souvenirs et des informations permettant d’oublier que les aiguilles de l’horloge tournaient à un rythme régulier.

Une conversation fut clôturée par quelques insultes camouflées entre la femme au visage taché d’encre et l’homme au chapeau bleu. Elle s’était Serayne. Elle se leva et sortit de la pièce en lançant un discret « Bonsoir, mesdames. Bonsoir cousin. ». Les deux femmes face à elle lui répondirent ainsi que l’homme qui s’avérait être Kalirr, qui lâcha un « Cousine. » sur un ton ironique et blasé.

Suite à cette sortie, la cagoulée au visage poudrée qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à Arlène, enchaîna sur un autre sujet. Elle révéla à Kalirr et à la noble femme à sa gauche, que chacun connaissait sous le nom de Scriabine, qu’elle avait récemment reçu un hibou de la part de Sam. Hibou qui avait accompli son devoir auprès de chaque membre de la Main pour délivrer le même message. Il fallait blanchir l’argent qui traînait dans nos coffres et pour cela il fallait un spécialiste. L’expert était connu, il s’appelait Ogorath. Scriabine informa ses deux subalternes que l’homme était introuvable mais qu’il avait, autrefois, pour habitude de se présenter dans une taverne d’Amakna.
Ne voyant qu’aucune autre information ne pourrait être révélée, les trois complices se quittèrent et disparurent dans l’obscurité des rues de la cité d’Astrub.

***

Kalirr s’était levé tôt ce matin. Il avait emprunté une diligence et marchait à présent dans les rues de la cité fortifiée du Château d’Amakna. Tout en avançant d’un pas rapide, il parcourait à nouveau la lettre de Sam, cette histoire d’argent dormant en tête. C’était visiblement un problème qui lui tenait à cœur de résoudre, et qui avait le mérite d’occuper son esprit dans une nouvelle affaire lucrative.

Il arriva finalement devant une maison, où une femme imposante aux cheveux blonds balayait le sol. Elle dévisagea l’individu au chapeau bleu et l’interpella d’une voix forte et menaçante.

« Il est en bas ! Si tu lui apporte encore une bouteille … », beugla-t-elle en brandissant son balai pour montrer la sentence.

Kalirr vida ses poches afin de prouver sa bonne foi et descendit le petit escalier qui conduisait à un entrepôt perdu dans la poussière et les marchandises aussi diverses qu’étranges.

« Kalirr, c’est toi ? J’arrive. », dit une voix du fond de la remise.

Un petit homme apparut, des petites lunettes posées sur son nez long et crochu. Il s’arrêta devant l’homme bleu, paraissant attendre quelque chose. Kalirr souleva son chapeau et en sortit une petite flasque contenant un liquide opaque. L’homme prit une gorgée et rangea le flacon dans une caisse à proximité.

– Elle a encore trouvé toute mes cachettes cette cervelle de larve ! Mais tu tombes bien Kalirr, j’ai justement un truc qui pourrait te plaire.
– Pas aujourd’hui, je suis là pour autre chose. Je cherche un homme appelé Ogorath. Il a pour habitude de manipuler de grosses sommes, pas toujours très nettes et de les rendre belles et officielles. Ça te dit un truc ?
– Je vois bien le genre de ton gars. Mais un nom comme ça, connais pas. Et pourtant les gars du métier j’les connais bien.
– T’as pas une petite idée ? Je sèche complètement là.
– Va dans les bureaux du Panier d’Amakna, c’est un hebdomadaire du coin, tu connais ? Ils ouvrent leurs archives au publics et ils ont une bonne rubrique judiciaire. Avec le boulot de ton gars, il a dû faire parler de lui.

Les yeux de Kalirr s’illuminèrent. Il partit en courant, remerciant l’homme en bas des escaliers et sans prêter un regard à la femme qui astiquait toujours la même portion de route qu’à son arrivée.

***

L’obscurité régnait autour de lui et seule une petite lampe éclairait sa lecture. Il parcourrait les titres d’articles soigneusement consignés dans de petits cartons. Il avait commencé au 3 Octolliard 642 et passait en revue toute les pages qui tombaient entre ses mains.

Quand il sortit de l’établissement, la nuit était tombée depuis longtemps, mais il avait appris une information dont il se serait bien passé. Ogorath semblait être un expert de la discrétion et de l’inaperçu, qui prouvait la qualité de ses services mais aussi une inaccessibilité certaine.

Il se décida finalement à rentrer dans les locaux astrubiens de la Main en quête d’un lit et des nouvelles de ses complices qui avaient probablement débuté leur enquête.


Dernière édition par Kalirr le Mer 14 Déc - 16:24, édité 1 fois (Raison : Orthographe)
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Mer 14 Déc - 23:05

• L'ART DE MONTRER PATTE BLANCHE •




Dans l'un des tripots tenus par la Main, quelques ombres se mouvaient le long des murs au fur et à mesure que les quatre occupants des lieux se coulaient d'un siège à une table, de l'unique issue au bar ou d'un tonneau à un fût.
Les lieux sentaient le renfermé, faute d'être régulièrement aérés et livrés aux avanies d'une clientèle qu'il n'était pas difficile d'imaginer fruste, de basse extraction et honteusement ordinaire. La sciure répandue au sol crissait sous les talons hauts, bas, voire agiles pour certains. Les amabilités d'usage fusaient, les saluts de la tête ou du corps tout entier se faisaient écho les uns aux autres et la vie revenait un tant soit peu dans cette salle peu lumineuse devenue l'un des lieux de rencontre privilégiés d'une poignée des agents du Valet Noir.

Dans l’un des tripots tenus par la Main donc, l’élégante Dame de Coeur discourait aussi aimablement que sa réserve naturelle le lui permettait avec un individu richement vêtu à la blanche chevelure. Kalirr, quant à lui, comptait les points, campé à proximité du comptoir. La classe tranquille de Sakopi Komzar se heurtait au style inimitable de Scriabine et lui – pauvre agent du Trèfle – les écoutait se faire assaut d’amabilités. Une quatrième personne, juchée sur le comptoir précédemment évoqué et peu encombré, balançait ses jambes dans le vide et gloussait à intervalles irréguliers sur fond de tintements métalliques.

« ... je ne doute pas que la Main trouvera une sorte d'utilité dans vos travaux. » conclut la Matriarche de la Main du Valet Noir en saluant l'un de ces homologues de la tête : un homme élégant - pour ne pas dire raffiné - vêtu à l'aristocrate et aux cheveux blancs noués en un catogan. Sakopi Komzar - car tel était son nom - venait récemment de rejoindre les rangs du Valet Noir et c'était la première fois qu'il rencontrait sa Dame de Coeur, Scriabine, une petite femme blonde et hautaine, aux habits aussi coûteux que savamment taillés.

Sakopi opina donc du chef, reconnaissant, tandis qu’Arlène Kwinzel - une roturière fardée de poudre de riz et couverte d'oripeaux bigarrés -battait joyeusement des mains sous le regard blasé de Kalirr, un homme sans âge plutôt bien fait de sa personne, au chapeau piqué d'une unique plume et fier de son appendice caudal.

« Au fait, glissa la Dame de Coeur à brûle-pourpoint en s’adressant à l’assemblée, avez-vous avancé quant à la demande de notre bon Roi de Trèfle ?
- La dem...?
s’étrangla l’arlequine. Il a demandé quelque chose ?
- Ne s'agissait-il pas de retrouver un vieil ami de la Main
, rappela laconiquement Scriabine ?
- Ogorath, en effet
, confirma l’opiniâtre Kalirr. »

Arlène Kwinzel, l’acrobate, se gratta les clochettes qui ornait la coiffe aux allures de cagoule qui lui ornait le crâne, dubitative, avant d’avoir une de ces fulgurances dont elle était coutumière et de se tourner vers l’homme qui venait de répondre.

« Ah ! L'histoire de la rate ! s'exclama-t-elle. T'as eu des nouvelles, Collyre ? »

Sakopi Komzar, depuis son siège, se contentait d’écouter. En tant que nouveau-venu, il préférait ne pas prendre le risque de commettre un impair qui aurait compromis son intégration. Cette histoire lui était cependant vaguement familière et il se rappelait somme toute avoir reçu une missive à ce sujet récemment. Où l'avait-il fourrée, d'ailleurs ? Ah, il tâta discrètement l'une de ses poches et sentit le léger renflement qui attestait la présence du courrier qui occupait ses pensées et qui était l'objet de la conversation en cours.

« J'ai passé ma journée d'hier là-dessus, répondit le négociateur au chapeau à plume. Mais rien de nouveau, confia-t-il un brin blasé. »

Affichant un air détaché, Scriabine prit place sur l’une des chaises pas trop poussiéreuses qui peuplaient le plancher maculé irrégulièrement d'une sciure qu'il aurait fallu changer. Autant dire que la Dame s’attribua l’unique exemplaire. Ce qui embarrassa momentanément Sakopi qui fut contraint d’épousseter une chaise haute accolée au comptoir et d'y poser son auguste fessier.

« Je n'ai, pour ma part, guère le temps d'y consacrer mes recherches pour le moment, hélas
, confia la Tête du Coeur... »

Cette révélation ô combien dramatique à peine réalisée, l’acrobate à la tenue qui tenait plus du patchwork qu'autre chose lui coupa la parole en secouant sa tête-orchestre.

« Rôh… De mon côté, j'comptais sur un type pas tibulaire, mais presque... Il devait passer hier, mais que pouic, s'amusa-t-elle. Normalement, il sera là « en fin de journée si la bière est vraiment bonne ».
- Et peut-on savoir qui est ce mystérieux olibrius ?
la questionna Scriabine.
- Un nain, lui fut-il répondu du tac au tac.
- Une caractéristique de taille
, se gaussa la Matriarche.
- Le nain Dick, ou quelque chose comme ça
, jugea bon d’ajouter l'Arlène. 'fin, c'est c'que les aminches du Trèfle m'ont expliqué rapidement. Je croyais qu'il bossait pour toi, chaton, déclara-t-elle en décochant une oeillade à Kalirr. »

Le disciple d’Osamodas sortit de sa demi-rêverie. Les propos d'Arlène avaient le don de renfermer plus de sens que les bonnes moeurs l'aurait souhaité et l'écouter parler avait le don de coller une migraine carabinée à celles et ceux qui n'étaient pas habitués à sa logique. Si tant est qu'elle en ait eu une, un jour.

« Qu'il... bossait pour moi ?
se rattrapa donc Kalirr. Ça ne me dit rien. »

A ces mots, Arlène haussa les épaules et, d'une poussée aussi soudaine que musculaire, se propulsa en avant, se réceptionna à deux enjambées du comptoir et fila en sautillant jusqu’à la porte qui faisait office d’entrée et de sortie. Pratique et rudement bien pensée. Une idée à abrég... brefet... brevetruc, se dit-elle.

« Tant qu'vous êtes là, je peux toujours vérifier qu'il n'est pas ailleurs. Comme une tête, huhuhu ! »

Intrigué, Sakopi questionna Kalirr du regard. Le disciple d'Osamodas, lui, décocha un coup d'oeil désespéré à Scriabine qui, quant à elle, leva les yeux au ciel avant de se rendre compte qu'un plafond s'interposait entre la voûte céleste et sa personne.

• • •

Les trois membres de la Main discouraient de choses et d’autres lorsque l’huis laissa passer un individu d’une taille tout à fait honorable. De sexe ostensiblement masculin, la carrure loin d'être exceptionnelle, mal rasé, un bandana vissé sur le front, les traits taillés à la serpe sans pour autant être particulièrement remarquables, il s'agissait d'un être banal.

«  'soir, salua-t-il l’assistance comme l'aurait fait n'importe qui entrant dans un lieu où il n'avait jamais posé un pied ou baladé une main. »

Scriabine toisa l'intrus, de cet air méprisant qui lui était propre. L’homme ne s’en formalisa pas, alors qu'il osait fouler le même sol qu'elle et consommer un oxygène qu'elle devrait partager avec lui, et se dirigea vers le comptoir avant de demander à la cantonade :

«  C't'ici le godet offert ?

- Bonsoir, le salua Kalirr. Le godet, c'est bien ici.
- Tant mieux
, se réjouit le nouveau-venu en arborant un sourire franc, j'ai une de ces soifs ! »

Face au manque de réaction de ses acolytes, Kalirr se fit apprenti tavernier et attrapa une chope propre. Ou presque propre. Disons pas trop sale. Ce qui était suffisamment rare dans le cas présent pour être appréciable.

« ‘lésinez pas sur la quantité, hein ? »
s’assura le soiffard en se pourléchant d'avance les babines.

Kalirr remplit la chope jusqu'au bord – pas plus haut – tandis que Scriabine palpait le comptoir d'une main gantée et légère.

« Ouaip, comme ça, acquiesça le type. »

Sur ces entrefaites, Sakopi alluma l'un de ses cigares - un barreau de chaise aux arômes exotiques - et détailla l'arrivant.
Kalirr, lui, fit mine de garder le verre en main. L’autre type posa les siennes à plat sur le comptoir.

« Alors, lâcha le barman temporaire, comme ça vous connaissez Arlène ? »

L’incrédulité se peignit sur les traits on-ne-peut-plus communs de l’interrogé.

« Arlène ?
- Une charmante demoiselle aux... grelots
, jugea bon de préciser la Dame de Coeur. »

Joignant le geste à la parole, Kalirr se passa la main devant le front, puis le long de l’occiput.

« Visage blanc, cagoule à clochettes.
- Jamais entendu parler.
L’homme tiqua. 'tendez, vous avez dit « des grelots » ?
- En grappes entières sur son couvre-chef
, affirma Scriabine. »

Rasséréné, l’invité se détendit et reprit.

« Ouais, alors, je rectifie : j'en ai entendu causer. Mais jamais croisée.
- C'est un personnage qui vaut le détour !
déclara la Tête.
- Détour ? » répéta l’homme en fronçant les sourcils.

Ah, ça… songea le fumeur en repensant aux frasques de l’arlequine lors de leur première rencontre.

« Vous le sauriez,
poursuivit légèrement Scriabine, si vous la connaissiez.
- Ha
, lâcha le profiteur sur un ton égal.
- Mais assez parlé d'elle
, balaya son interlocutrice.
- Ouais, buvons plutôt
, opina-t-il du chef.
- De justes paroles
, acquiesça la confidente du Valet Noir à l’instant même où le rustre tendait une main vers la chope de Kalirr. »

Un Kalirr qui lui céda l’objet, et son contenu, de bonne grâce.

« 'rci bien.
- Kalirr,
lança Scriabine sur un ton qui n’aurait souffert aucun refus, puisque vous remplissez avec tant de brio le rôle du tenancier, pourriez-vous me servir un verre de ce vin de Sette ?
- Hum... »


L’agent du Trèfle jeta un oeil – puis deux – aux  bouteilles qui encombraient les étagères derrière lui, de part et d’autre de l’imposant miroir qui ornait tout un pan du mur de lambris patinés par le temps. La taverne ne payait pas de mine, à première vue, mais elle avait de quoi surprendre bon nombre d'amateurs de vins et de spiritueux lorsqu'on prenait la peine d'écarter quelques pans de rideaux, de pousser trois caisses et de soulever la bonne trappe avant d'y fouiller sans gêne.

Scriabine faisait galoper ses doigts sur le bois usé du comptoir, en une parodie de métronome.

«  Et lui, marmonna le nouveau-venu à l’adresse de Sakopi, il prend rien ? »

L’homme au catogan blanc, extirpa un objet aplati et argenté de son pourpoint et sourit.

« Question de principe, je bois seulement ce que j'ai dans ma flasque. »


L’autre haussa les épaules et Kalirr s'empara d'un verre venu tout droit des tréfonds du comptoir avant d’y verser un liquide à la robe grenat. Dans le verre, pas dans les tréfonds. Sans quoi il aurait fallu plusieurs bouteilles. Et, vu leur contenu, ç'aurait été un véritable gâchis.

« C'en f'ra plus pour nous. »

Laissant passer quelques instants, le temps que glougloute le vin passant de la bouteille au verre, Scriabine enchaîna :

« Au fait, mon bon monsieur, qui a eu l'idée folle de vous inviter dans ce merveilleux établissement ? »

Servie, la femme porta le contenant cristallin et unijambiste à ses narines, le fit osciller et huma derechef son contenu. Un bref instant, l’on put apercevoir un rictus de satisfaction naître au coin de sa bouche. Hélas, la fugacité de l’instant ôta toute occasion aux éventuels témoins de se rendre compte de ce à quoi ils auraient eu la chance d’assister en étant plus attentifs.

« Votre... « Arlène »
, déclara l’homme.
- Oh ? »


Le mal peigné regarda la mousse dans sa chope et finit par y tremper les lèvres. Il s'accorda une rasade, puis une deuxième, et encore une troisième avant de reprendre son souffle.
De son côté, Scriabine déposa doucement ses lèvres sur le rebord du verre qui lui avait été servi, et sirota passionnément le nectar fruité qu’il contenait.

«  'fin, rota son interlocuteur, disons plutôt qu'elle a eu l'idée du rendez-vous. Et qu'un de vos gus me l'a transmise. Rapport au fait qu'il paraît qu'vous avez des questions. Et qu'les réponses c'est un peu mon rayon. »

La Dame de Coeur haussa un sourcil.

« Vous seriez donc... Dick ? »

Cette question, posée sur un ton qui oscillait entre la surprise et la déception, en engendra une autre.

« Dick ?
- N'est-ce pas le cas ?
s’enquit Scriabine.
- Pas qu'je sache, ma brave dame ! L’homme siffla une nouvelle rasade de bière. On m'en a donné des surnoms, c’est sûr, mais jamais celui-ci. On m'appelle George, d'habitude. »

Sur cette confidence, Sakopi tira une nouvelle bouffée de son cigare et nota mentalement qu’il paraissait compliqué de faire passer une information complète à partir du moment où la pétulante Arlène en était la messagère.

« Intéressant, grinça la femme au port altier.
- George Praufond
, précisa le George en question.
- Eh bien, « George », de quoi Arlène vous a-t-elle parlé exactement ?
- De rien, j'l'ai jamais rencontrée, vous dis-je. Elle a demandé à quelques-uns de vos copains s'ils connaissaient quelqu'un au courant de quelques petites choses et ils lui ont refourgué mon nom. Après quoi, elle leur a demandé de me transmettre une invitation « histoire de discuter autour d'un verre offert par la maison ».
- Je vois, je vois... »


Scriabine voyait surtout qu’elle devrait toucher un mot ou deux à Arlène au sujet de ses largesses. George, sans rien remarquer des pensées de la Tête du Coeur, scruta les ombres de la pièce où ne rougeoyaient que les braises d’un four et les lueurs de lampes blafardes.

« D'ailleurs, elle n'est pas là votre Arlène ? »

La Matriarche jouait, son verre à la main, à faire apparaître les jambes charnues du Vin de Sette sur les parois presque immaculées du contenant aussi fragile que transparent.

« Il semblerait que non, mais nous sommes du même parti : vos chopes en sont les témoins !
- Ouais,
sourit George, c'est c'que j'avais cru comprendre. Il paraît que les lieux sont « privés-privatisés-prêts-à-tiser pour la soirée ». Har ! Har ! »

Scriabine ne releva pas le trait d’humour, d’autant plus qu’il semblait venir tout droit des élucubrations de l’acrobate du Pique.

« Venons-en donc au fait de votre présence. »

George sirotait sa bière sans essuyer la mousse qui lui coulait le long des lèvres, ce qui avait le don de révulser son allocutrice.

« Oui ?
- Le nom d'Orgorath vous dit-il quelque chose ?
- Orgorath ? »


Le type fit mine de réfléchir quelques instants, les yeux dans le vague.

« Orgorath… C'est pas récent-récent, tout ça… Orgorath, vous dites ? Ça pourrait me dire que'que chose, ouais.
- Vous attisez notre curiosité
, fit remarquer son interlocutrice.
- Orgorath... »


L’indicateur gratta sa gorge mal rasée, fouillant dans les replis de sa mémoire, qu’il avait fort remplie.

Pendant ce temps, Sakopi Komzar – brillant anatomiste de son état – détaillait l’homme qui était soumis au feu nourri des questions de sa supérieure hiérarchique.
Possiblement intéressant, songeait-il, mais le foie doit avoir déjà pas mal souffert... Quoique... Peut-être qu'une étude sur le foie, justement...?

George Praufond repoussa sa chope vide, le visage fermé.

« Nan, Orgorath, ça ne me dit rien. »

Sur le coup, Scriabine ne put s’empêcher de penser que lui donner la récompense avant de lui avoir posé la question n'était peut-être pas la plus judicieuse des approches…

« Voilà qui est fâcheux, commenta-t-elle néanmoins. »

Kalirr, ayant paré à toute éventualité, poussa un bock plein vers le soiffard, et intervint judicieusement :

« Il me semble qu'il s'agit plutôt d'Ogorath. Réfléchissez bien. »

Le dénommé George désigna la chope du regard avant de demander sa permission à l’émérite agent du Trèfle :

« Ça vous dérange si je...?
- Pas du tout, servez-vous : elle est là pour ça.
- Ogorath,
poursuivit la Dame de Coeur. Un expert en... placement de fonds. »

George éclusa un godet et laissa passer un flottement, puis deux, avant de lâcher un rot d’anthologie.

« Aaaah... Orgorath, ça ne m'disait rien. Mais votre Ogorath, là, c'est déjà plus parlant.
- Il est vrai que la différence est de taille…
ironisa la petite femme aux cheveux blonds.
- Rushu se cache dans les détails, ma brave dame. Et tout est dans l'or, en c'qui concerne votre cas.
- N'est-ce pas ?
lui concéda-t-elle.
- Ouais, ouais, confirma l’homme. C'est un nom qu'on n'entend plus souvent, ces derniers temps. »

Détaché des préoccupations de ses comparses, Sakopi discourait avec lui-même et son for intérieur bruissait du vacarme de ses petites cellules grises : ... ou alors l'alcool toucherait aussi le cerveau ? Et si je récupérais un ivrogne, dans les jours qui viennent ?

« … ces dernières années, même. Votre Ogorath, là, il serait pas du genre mastoc ? Bien en chair, sac à vin ?
- Il est possible que vous le connaissiez davantage que nous
, avoua Scriabine.
- Ah ?
- D'où votre précieuse présence.
- Compris. J'peux vous dire qu'il y a quelques années, votre Ogorath, là, il tenait une échoppe du côté de la banlieue nord de Sufokia. Mais il a fermé boutique et j'pense que tout l'monde le croyait mort. »


Avec la vivacité que confère l’habitude, Kalirr sortit son carnet et y coucha quelques notes rapides.

« L'âge, tout ça... »

Evasif, George se frottait l’arrière du crâne.

« Sa mort est une hypothèse tristement envisageable, tenta la femme aux habits hors de prix.
- Ben, y a trois ans, j'vous aurais donné raison. Mais d'puis, il aurait r'fait surface. Alors, j'l'ai pas rencontré, hein ? Mais son nom s'est remis à circuler. Et quand j'dis « circuler », c'est... M'voyez... Pas dans la bouche de tout l'monde. Disons plus que... rares sont ceux qui le prononcent. Ou 'mettons plutôt qu'ils ont d'bonnes raisons, il se racla la gorge, pour le faire. Z'avez de bonnes raisons, vous ? Vous parliez de... « plac'ments de fonds » ?
- Probablement oui, tout dépend de ce que vous considérez comme bonnes les raisons de son recours.
- Vous avez le nom de quelqu'un ayant parlé de lui récemment, à part nous ?
hasarda Kalirr.
- Ouais, deux-trois clampins. Mais pas de gratin ou d'officiels. Et quand j'parle de « gratin », j'pense à des gars du métier. J'suis pas sûr de savoir qui vous êtes - même si j'ai bien ma petite idée - mais y a actuellement personne d'autre que vous sur le coup. »

Cette déclaration fut accueillie par un murmure dont on n’aurait su dire s’il était approbateur ou non. Faussement innocent, l’indicateur tirailla sur son col crasseux.

« 'fait chaud, non ? »

Puis il tapota le rebord de sa chope d'un index directif tandis que Sakopi soufflait un long et épais nuage de fumée. L'odeur était délicate pour qui y était habitué. Komzar retenait toutes les informations lâchées par leur invité. Au cas où...

Kalirr, quant à lui, rangea son carnet dans la poche interne de sa veste.

« Soit. »

Scriabine avait un visage fermé. Moins qu’une porte de prison, mais plus qu’un porte-monnaie d’Enutrof.
George glissa un regard en coin au fumeur de cigare avant de reporter son attention sur Kalirr, sa chope, puis de nouveau Kalirr.

« Deux-trois clampins. cita pensivement la Dame de Coeur, alors que Kalirr refaisait le plein de la chope.
- Des collègues, rectifia George Praufond.
- Beaucoup de rumeurs
, estima son interlocutrice. »

L’indicateur s'accouda au comptoir en attente de la prochaine tournée.

« Hé, ça s'bâtit toujours sur un fond de vérité. »

Mais le tenancier du jour garda la chope à la main. Contrarié, le buveur s’avança.

« Et p'is j'fais pas dans la rumeur, moi. 
- Ah ?
- J'suis dans le tuyau. Et pas percé. »


Kalirr posa la chope sur le comptoir avant que l’autre ne s’en empare, avide.

« Mon père a aidé à poser les canalisations de tout un quartier qu'existe plus d’nos jours, mais qu’était sacrément jouasse il y quelques années. Alors c’est dire si j’ai ça dans le sang ! »


Scriabine bâilla.

« Une histoire passionnante, je n'en doute pas.
- L'souci, tel que j'le vois, c'est que je cause, je cause, je cause... Et j'vois pas bien où est mon profit. Vous m'offrez de quoi boire, c'bien mignon, mais après ?
- Il se trouve que vous le buvez à mesure votre profit
, lui fut-il indiqué. Aucun autre ne vous attend réellement. Je préfère ne pas faire naître en vous quelques fausses espérances. »

George Praufond reposa la chope sur le comptoir et croisa les bras, bravache.

«  'm'en faudra un peu plus pour satisfaire votre soif de curiosité, ma brave dame. Manifestement, z'avez besoin des services du vieil Ogorath, mais vous n'savez pas où l'trouver. Moi, si.
- Elle ne sera jamais satisfaite, je le crains !
répliqua Scriabine en écartant les mains, paumes vers le plafond.
- Une information, ça se vend. Qu'est-ce que vous offrez ? tenta l’indicateur.
- Vous n'étalez pas vos produits, comment voulez-vous qu'on en fixe le prix… ?
- Si lesdits produits existent, ce dont je doute
, asséna le vil Kalirr. »

Le dénommé George haussa les épaules et marqua un point.

«  'faut croire que vos camarades n'en doutaient pas, eux, lorsqu'ils ont conseillé à votre copine de me contacter.
- Peut-être que ce sont eux que nous devrions aller voir dans ce cas...
- Pour qu'ils vous renvoient vers moi de nouveau ? Ma foi, si ça me vaut une nouvelle invitation, pourquoi pas ?
- Ahah, ne soyez pas trop gourmand ! »


George Praufond, indicateur professionnel, se tapota le bout du nez avant que Scriabine ne poursuive.

« L'hospitalité ne fait pas exactement partie de nos vertus, voyez-vous. 
- Bien dommage, ça, avec une si belle cave !
- Si vous saviez ! »


L’homme aux tuyaux de première main songea qu’il connaissait des indic’s qui auraient vendu leurs informations rien que pour obtenir un accès privilégié à ce tripot. Et il en faisait partie.

« Ce fut un plaisir de converser avec vous, mon cher monsieur.
- Plaisir partagé. Si z'avez des godets en trop, pensez à moi.
- Nous n'y manquerons pas. »


Congédié, George Praufond salua l’assistance, retint l’adresse de la taverne et emporta l’une des volailles qui rôtissaient sur une broche. Les journées étaient fraîches et un repas chaud, en plus de la boisson qui venait de lui être servie, lui permettrait de reprendre des forces avant d’aller se renseigner plus avant sur ceux qui venaient de tenter de lui extirper des informations sans proposer la moindre contrepartie.

La Main du Valet Noir avait donc échoué à s’attacher les services de cet informateur accompli. Néanmoins, comme Scriabine en ferait la remarque à ses deux comparses, il leur restait toujours la piste de Sufokia.

Peut-être que, là-bas, quelqu’un se souvenait du vieil Ogorath ? Un être au tour de taille difficile à oublier, semblait-il.
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Arlène Kwinzel
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Mer 21 Déc - 14:49


Ci-après, la suite des investigations de la Main du Valet Noir en ce qui concerne ses recherches sur le mystérieux Ogorath.

N'hésitez pas à poster directement le ressenti de votre personnages, ce qu'il a pensé de cette descente dans les sous-sols de Sufokia, ce qu'il en a retenu, ses idées, ses pistes... Bref, tout ce que vous jugerez bon de (nous) raconter, comme a pu le faire Kalirr, il y a deux messages de cela !

Dans la même veine, si vous avez des suggestions, critiques ou compliments (huhuhu) à formuler autour de la forme de notre session de RP d'hier soir (du JdR papier sans papier mais avec clavier ?), envoyez-les-moi via la messagerie : ça pourra toujours être utile pour la suite.

Sur ce, je vous laisse consulter le « conte-rendu » de cette deuxième partie de l'intrigue et vous souhaite une agréable lecture !





• COMMENT FAIRE CHOU BLANC •




Unis autour d’un seul objectif, munis d’une seule information, ce sont quatre Doigts de la Main du Valet Noir qui débarquèrent en plein centre-ville de la cité maritime à l'arôme vivifiant d'iode, de varech et d'huile de poisson : Sufokia. Sufokia l'odorante, Sufokia la bruyan...

« Cinq, n’oubliez pas Poussière. »


Pardon ?

« Poussière, ma Raknaille. »


Bon, disons cinq Doigts de la Main, histoire de faire plaisir à la demoiselle.

« Merci. »


De rien.

Ce sont donc cinq Doigts de la Main du Valet Noir – une Tête, deux Acolytes, une recrue et un plumeau à huit pattes – qui entreprirent d’investiguer dans un seul et unique but : retrouver un certain Ogorath pour lui proposer un juteux marché.


• • •


De quartiers louches en tavernes interlopes, les quatre personnages et leur familier arachnéen glanèrent peu d’informations. Le nom n’était pas inconnu, loin de là, mais elle remontait loin la dernière fois qu’on l’avait prononcé dans les parages.

Quoi qu’il en soit, lorsqu’ils se retrouvèrent en fin de journée – ou en début de soirée, c'est selon, ils avaient éliminé un certain nombre de pistes et il leur en restait moins d’une poignée à considérer.

Il leur avait été conseillé de rencontrer un veilleur des Bas-Fonds dénommé Janus. Aussi l'escouade s’enfonça-t-elle dans les dédales souterrains – bien que « sous-marins » convienne aussi – à la recherche du bonhomme.

Les uns à la suite des autres – même si leurs positions hiérarchiques respectives ne permettaient aucunement de réaliser cette configuration ludique : n'a pas une suite qui veut, le Roi de Coeur, le sept de Trèfle, le cinq de Carreau, le deux de Pique provisoire et leur ramasse-miettes de Poussière s’engagèrent dans de vastes corridors à l’éclairage tamisé – lorsqu’il n’était pas manquant – et progressèrent dans un labyrinthe submergé de couloirs, d’embranchements et d’alcôves de pierre, de verre et d’acier. Le bruit de leur pas résonnait et leur revenait, déformé par la distance et la proximité de l'onde marine.

Leurs recherches furent néanmoins couronnées de succès et ils mirent le grappin sur leur cible.
Janus était un type plutôt massif, pas originaire du coin, à la peau très bronzée. Il devait avoir passé la majeure partie de sa vie sur les bords de la baie de Sufokia plutôt que sous sa surface et, les agents du Valet Noir l’apprendraient plus tard, sa présence en ces lieux était le fruit d’une reconversion plus subie que souhaitée.

Toutefois le bougre accepta-t-il de se faire accompagner de ce petit homme d’un âge certain à la robe bleue, de son comparse à la mine sombre mais à la mise soignée, de leur compagne – une blonde au corps couvert de cicatrices – ainsi que d'un disciple de la déesse de l’Ivresse à la pelisse bicolore qui fleurait bon le rhum à trois pas.

Il leur apprit qu’il avait pour fonction de veiller sur certaines salles récemment découvertes dans le cadre d’un chantier de fouilles archéologiques – il buta d’ailleurs sur ce mot à rallonge – et d’autres pièces privatisées depuis plus ou moins belle lurette. L’antre d’Ogorath faisait partie de ces dernières et les curieux devraient attendre au moins deux heures avant qu’il ne les y emmène, le temps de réaliser le début de sa tournée.

Plus par dépit que de bonne grâce, Emyn Muil l’astrologue, Kalirr le négociant, Kirosane la téméraire et Sorag le Pandawa emboîtèrent donc le pas à leur guide nocturne.

Ce dernier les conduisit à plus d’une centaine de coudées sous la surface des flots et, les rares fois où ils firent face à d’épaisses parois vitrées, ils ne purent que contempler l’obscurité sous-marine. Des torchères étaient fixées irrégulièrement le long des murs froids et, dans certains passages à demi-effondrés, alors que suintaient l’humidité, le sel et l’angoisse, Janus dut se servir d’une lanterne sourde pour leur permettre de voir où poser les pieds.


• • •


Finalement, l’équipe – qui n’était plus aussi fière qu’au début de sa randonnée nocturne – l'équipe, donc, parvint devant plusieurs entrées obstruées par d’imposantes portes circulaires et métalliques. L'épaisseur et la composition de ces dernières étaient telles qu’elles ne présentaient – pour ainsi dire – aucun signe d’oxydation.
Certaines d’entre elles étaient gravées, d’autres non. Janus les ouvrit avec peine et les referma toutes, sans exception, après avoir jeté un rapide coup d’oeil à l’intérieur des salles dont elles verrouillaient l’accès.

La salle d’Ogorath faisait partie du lot. Sa porte, anciennement sculptée, roula sur elle-même à la force de l’imposante musculature du veilleur de nuit et frotta contre la pierre épaisse des murs millénaires avant de s’ouvrir sur une gueule obscure et béante.

« Hé bien, nous y voici donc !
annonça avec chaleur Emyn.

- Ouaip, lui répondit son agoyate des bas-fonds. C'est pas fameux, tempéra-t-il. On a tôt fait de faire le tour, de toute façon. Il haussa les épaules et fit la moue. Y a rien ici.

- Hum… Peut-on allumer la lumière ?
s’enquit le petit Roi de Coeur.

- Si vous trouvez de quoi faire, oui, accepta poliment Janus avant de prendre un ton plus grave et une attitude plus stricte. Mais interdiction de sortir quoi que ce soit d'ici. Il agita l’un de ses doigts épais en direction du petit groupe. Je tiens à mon travail, moi !

- Ne vous inquiétez pas !
le rasséréna l’astrologue. »

Prudemment, à tâtons, les membres du quatuor pénétrèrent à l’intérieur de la pièce tout en prenant bien soin de rester dans le halo des torchères du couloir d’accès voisin. Il leur fallut, hélas, se rendre à l’évidence : s’ils voulaient explorer les lieux, ils auraient à s’aventurer dans l’obscurité qui y régnait.

« Il y a une lampe à huile ici, je crois... » annonça Emyn après avoir avancé à petits pas dans les ténèbres et s’être servi de ses mains comme autant de cannes blanches.

Sorag n’entendit rien de cette déclaration – qui tenait plus de l'auto-persuasion que de la certitude – tant il était occupé à fouiller parmi les caisses au bois pourri entreposées non loin de la lourde et ronde porte d’acier.
Emyn tâta l'objet sur lequel il venait de poser une main inquisitrice.

« On dirait que ça a bien l'air d'être ça, opina-t-il du chef. Quelqu'un aurait un briquet ? »

Janus sonda le contenu de ses poches. Tout comme les associés de l’astrologue de la Main.

« Pas moi, annonça Kalirr tout de go.

- Ah, pas sur moi non plus, confia le musculeux guide.

- Non
, déclara Sorag.

- Non plus
, se désola Kirosane. »

Faisant preuve de l'esprit d’initiative qui avait fait sa renommée, Kalirr sortit de la salle et revint avec l’une des torchères du couloir.
Muni de cette précieuse source de lumière, il la partagea avec Emyn en lui permettant d’allumer le fruit de ses recherches à l’aveugle. Une fois l’opération effectuée, Janus remit la torchère à sa place. Sans animosité aucune.

La loupiote actionnée, les ombres se mirent à se mouvoir autour de la faible source lumineuse portée à bout de – petits – bras par Emyn et un constat sauta aux yeux des visiteurs : la salle était tellement vaste qu'elle ne pouvait être illuminée au seul moyen de leur pauvre loubarde.

« On cherche quoi, au juste ? demanda Kirosane en brisant le silence ayant suivi la surprise.

- J'vous attends ici, lui répondit Janus en s’adossant à la porte. »

L’homme croisa les bras et sortit un bout de chique qu’il se mit à mâcher.

Les agents de la Main s’avancèrent dans la salle, regroupés autour du porteur de fanal, et, après avoir suivi un parapet et descendu un escalier vétuste, ils découvrirent d’antiques mécanismes aux formes tarabiscotées tout droit sortis des ténèbres d’un âge qu’on croyait révolu.

« Qu'est-ce que c'est que ces engins ? souffla quelqu’un.

- A-t-on vraiment envie de le savoir ? grinça Kalirr.

- Vous savez pourquoi Ogorath loue ce local ? lança Emyn à l’adresse de Janus. »

L’homme leur apprit – alors que le quatuor poursuivait son exploration et découvrait un vieil orgue – qu’il s’agissait d’un ancien fond de commerce. Ogorath – de ce qu’il en savait – avait été une personne en vue, en son temps. Une sorte de banquier – mais pas au sens « pourcentage-intérêts-faillite » du terme. Plutôt dans le dépôt et la mise à l’abri que dans l’encaissement pur et dur.

« Je vois, acquiesça Emyn alors que sa vision n’était pas spécialement à son apogée en ces lieux. Et déposait-il de l'argent ici, dans ce cas ?
- J'en sais trop rien, il... »


Janus marmonna quelque chose d’inaudible.

« Il ? s’enquit le phare ambulant.

- J'sais pas trop si je suis autorisé à vous raconter tout ça, protesta son interlocuteur.

- Oh ?
fit mine de s’étonner le minuscule Emyn. Le plus simple serait alors que nous puissions lui parler nous-mêmes.

- J'vous l'ai dit
, se précipita le grand Janus, je ne l'ai jamais rencontré !

- Ne vous inquiétez pas, cette discussion restera entre nous… » susurra l’un des agents du Valet Noir.

Janus se dandinait sur place, mal à l'aise, et, alors qu’une nouvelle question lui était posée, il sursauta. Tendu comme arc, il leva un index péremptoire et intima le silence à ses visiteurs.

Le calme se fit à l’intérieur de la salle, mais cela ne parut pas suffire à l'homme. Aussi passa-t-il la tête par l’ouverture monumentale qui donnait sur le couloir. Avant de rappliquer dare-dare.

« Planquez-vous ! Vite !
chuchota-t-il sur un ton où perçaient l’inquiétude et l’agitation.

- Pardon ? s’étonna Kalirr.

- Une patrouille ! » annonça Janus.

Branle-bas de combat ! Ce fut à qui se trouverait la meilleure cachette.
Or, chercher à se dissimuler sans voir où l’on met les pieds peut s’avérer dangereux. Quelques-uns des touristes nocturnes s’en rendirent compte, mais chacun finit par se dégoter un abri d’où il ne voyait plus la silhouette de son guide se découper devant l’issue circulaire de la salle à deux niveaux.

Un fracas de bottes ferrées se fit entendre sur la pierre. Il allait crescendo, aussi Janus sortit-il de la pièce et commença-t-il à faire pivoter le lourd dispositif mécanique. Avant que ce dernier n’émette son fort raclement, il chuchota aussi fort que la discrétion le lui permettait :

« Je viendrai vous chercher dès que possible. »

A cette annonce, Kalirr s'offusqua dans un murmure :

« Quoi ? Comment ça « dès que possible » ? Il se fout de nous ! »


La porte circulaire remise en place, la salle fut de nouveau plongée dans une obscurité parfaite, à l‘exception de la lampe d’Emyn que ce dernier avait masquée sous son chapeau élancé après en avoir toutefois diminué l’intensité lumineuse.

Quelques minutes après que la porte eut terminé de gronder contre la paroi de pierre taillée, l'écho de voix assourdies se fit entendre. Janus discutait manifestement avec plusieurs personnes. Combien ? Mystère.

« Attendons, nous verrons bien
, annonça Emyn. »

Trois coups rapides furent frappés contre la paroi métallique, presque étouffés par l'épaisseur du matériau. Puis plus rien. Le silence.


• • •


Livrés à leur sort, abandonnés à moins d'une lieue sous la mer, les membres de la Main du Valet Noir avaient désormais la possibilité d'investiguer les lieux sans être surveillés par leur accompagnateur.

« Ils...ils sont partis ? hasarda Kirosane.

- Je crois qu'il ne va pas revenir, gémissait Sorag.

- On va pouvoir s'amuser ! »
se réjouit la jeune femme.

Après qu’Emyn eut réglé l’intensité de sa lampe à son niveau maximal, la blonde couturée de cicatrices commença à tripoter les leviers des différentes machineries qui peuplaient la pénombre de la salle.
Kalirr, lui, s’aida de ses mains pour retrouver la rambarde de l’escalier et remonta se poster, à tâtons, près de l’entrée. Pourquoi Lessa n’est-elle pas là pour un truc pareil ? songeait-il.

Sorag rejoignit ses deux autres comparses, occupés à mettre en marche une machine étrange. Ensemble, ils parvinrent à actionner quelques leviers grippés et appuyèrent sur un ou deux autres boutons, au prix de douloureuses ecchymoses pour certains.

De son côté, Kalirr progressait toujours à l’aveugle et, lorsqu’il fut certain d’avoir atteint la porte, il plaqua son oreille contre la paroi de métal et tenta de percevoir les bruits du dehors. Hélas, le couloir semblait désert. Il laissa courir ses doigts sur le relief irrégulier – certainement gravé – de l’épais disque d’acier et finit par s’asseoir en tailleur. Réfléchir à un moyen de se tirer de ce guêpier, il devait réfléchir.

« Je crains qu'on n'arrive à rien avec ces engins, confia Emyn après que Kirosane eut flanqué un coup de pied magistral dans l’une des étranges machineries. »

Le trio poursuivit son exploration de la salle et finit par tomber nez-à-nez avec un bac à linge en bois.
A l’intérieur du contenant, ils trouvèrent quelques fibres vestimentaires, coincées dans les échardes de la paroi. L’humidité avait commencé à les faire moisir.

« On dirait que cet endroit n'a pas été utilisé depuis un moment, estima le Roi de Coeur. Tu as trouvé quelque chose toi, Kalirr ?

- Mis à part une porte fermée ?
répondit l’intéressé. Je ne crois pas. »

D’engrenages rouillés en tuyaux abîmés, les explorateurs allèrent de machine en machine.

« Est-ce que ça tourne, ce truc ?

- Je ne sais pas.

- Et ça, qu'est-ce que c'est que cette machine ? Personne ne s'y connaîtrait en mécanique steamer ?

-Non, pas vraiment
, confia un Sorag dépité.

- On peut toujours essayer de taper dessus !
se réjouit l’adoratrice de la Mère des Douleurs avant de s'esquinter l’orteil contre l'objet de son enthousiasme.

- Sinon, on peut la faire griller avec un peu d'alcool, lâcha le Pandawa d'un air narquois. »

Kirosane ne releva pas et tenta de faire entrer sa raknaille apprivoisée dans l’un des tuyaux de l’engin.

« Tu vas voir, c'est très confortable dedans. » assura-t-elle à Poussière.

Pas franchement convaincue, la petite créature poilue fila dans l’obscurité s'abriter sous un vieux tapis à l'autre bout de la salle.
Sur l’insistance de sa maîtresse, le Roi de Coeur et la recrue acceptèrent de partir à la recherche de l’animal en goguette.

Kalirr, pensant que rester assis à ne rien faire était finalement moins productif que d’aller fouiller les ombres de ce lieu, se mit à genoux et avança jusqu’au rebord qui surplombait le bas de la salle où se trouvaient ses semblables. Ils cherchaient manifestement quelque chose. Et ils trouvèrent cette dernière dans l’un des coins de la vaste pièce, sous un vieux tapis défraîchi.

Quatre feuilles de Kalyptus étaient tissées sur le pourtour de l'objet décoratif et pointaient en direction de son centre, orné du dessin d'une fleur – de Kalyptus, elle aussi – à huit pétales et au coeur aussi large que rond.

La raknaille s’était blottie sous l’objet et fila dans la main de sa propriétaire pour lui mordiller les doigts de ses chélicères lorsque Kirosane lui offrit sa paume ouverte.

De son surplomb, Kalirr put observer la scène, réprimer un bâillement et remarquer que le tapis n'était pas du tout accordé avec ce qu'il avait vu du reste de la salle. Bien trop rustique pour être autochtone, songea-t-il.

« Hé bien, s’étonna Emyn, qu'est-ce qui lui a pris à Poussière ? »

Kalirr réfléchissait : Pourquoi vider complètement ce lieu et y laisser une vielle carpette ?

« Il doit être confortable ce tapis ! hasarda Kirosane.

- Dites, les apostropha l’agent du Trèfle, l'un de vous peut le soulever, ce tapis ? »

Sorag obtempéra, en bonne recrue qu’il était et, à mesure qu’il manipulait l’objet, un épais nuage de poussière se forma jusqu’à obstruer les bronches du Pandawa. Il n’y avait rien de dissimulé sous ce nid à vilinsekts. Aucune trappe, aucune cachette. Rien.

Sans prendre de pincettes, Sorag flanqua le tapis par terre, exposant son verso à la vue de tous et Emyn soupira.

« Je me demande bien ce qu'on cherche, au juste. Et ce qu'est devenu Janus...

- Et ce qu'on va devenir s'il ne revient pas
, jugea bon d’ajouter sombrement Kalirr.

- Mouais, moi aussi
, confirma Sorag en s’emparant d’une flasque pendue à sa ceinture.

- Dites, fit remarquer le sept de Trèfle, au lieu de regarder sous le tapis, vous avez regardé le dessous du tapis ? 

- Non, pourquoi ? Tu vois quelque chose de spécial de là-haut ? Il y a des taches mais... »


Des taches, ça, il y en avait. D’une couleur différente de celle employée pour teindre la descente de lit.

« Je le croyais, mais ça doit-être la distance et les jeux d'ombres. »

La vue de Kalirr ne lui jouait aucun tour. Les taches qu'il avait remarquées, une fois le tapis correctement déplié, formaient huit lettres.

J...O...U...E...Z...M...O...I.

Placées anarchiquement sur le verso du tapis, il fallut plusieurs minutes aux membres de la Main pour parvenir à faire le lien entre les lettres et reconstituer le message « caché ». Sorag eut une illumination des plus bienvenues dans une telle obscurité.

« Oh ! L'instrument au fond.

- Que...?

- C'est Ogorath qui a écrit ça ? demanda Kirosane.

- Possible, éluda Emyn. Sorag a raison, il y a un orgue là-bas, dit-il en indiquant les ombres d’un geste vague de la main. C'est peut être ça. »

Le petit groupe au complet, tous se dirigèrent à l’opposé du tapis pour se retrouver devant un orgue qui avait connu des jours meilleurs.

L'instrument, désaccordé depuis sa mise au repos, était toujours fonctionnel. Sautant sur l’occasion, le Pandawa joignit ses doigts, s’étira, roula des épaules et se plaça face à l’orgue.

Il commença par appuyer aléatoirement sur les touches d’ivoire jauni. Le résultat n’était pas des plus agréables à l’oreille, mais cela ne doucha pas son enthousiasme et, au fil des notes il parvint à tirer une mélodie erratique du vieil instrument. Ce qui est – chacun s'en doute – un euphémisme des plus doux pour dire qu'il cassa les oreilles de ses compagnons d'infortune.
S'il ne parvenait pas à percer dans le grand banditisme, Sorag aurait au moins la possibilité de se reconvertir dans la « musique ».

Kirosane salua la performance à grands renforts d’applaudissements enthousiastes. Ou moqueurs. Dans la pénombre, il était difficile d'en juger.

« Hé bien, tu ne te débrouilles pas si mal, le complimenta Emyn.

- Tu trouves ?
rougit le Pandawa.

- Oui !

- Oh
, minauda l’organiste. »

De sa position, Kalirr put apercevoir un éclat brillant, au pied du piano. Sûrement la lueur de la lampe d'Emyn qui se réverbérait sur un objet poli.

« Sorag, dit-il, ne t'arrête pas.

- Tu as remarqué quelque chose, Kalirr ? »


Ce dernier ne prit pas la peine de répondre et s'agenouilla avant de progresser à croupetons vers l'éclat de lumière.
Emyn cherchait des yeux l’objet de l’attention de son compagnon tandis que Sorag continuait d’arracher des notes disparates à l’instrument de musique avec un enthousiasme renouvelé.

« C'est un kama ! »
s’écria le Roi de Coeur.

Kalirr ramassa la pièce et l'observa : un banal Kama. Peut-être un brin trop… propre. Mais tout ce qu’il y avait de plus authentique.
D’un geste devenu réflexe à force d’habitude, il fit rouler le sou entre ses doigts.

« Mouais, marmonna-t-il. C'est toujours ça de gagné. »

L'orgue était muni d'une fente, Kirosane s'en rendit compte en voyant Sorag s'exciter sur le clavier et fit le lien avec le Kama ramassé par l'agent du Trèfle.

« Dis, Kalirr...

- Hmm ?

- Elle n'irait pas là, ta pièce ?
glissa la blonde en pointant l’orifice du doigt.

- Ah, voilà !
s’époumona l’homme. Je l'ai à peine trouvée qu'il faut déjà qu'on me la vole ! »

Résigné, il donna le Kama à son acolyte qui l’inséra aussitôt dans la fente prévue à cet effet.

Dans un silence quasi-religieux, le quatuor suivit l'évolution de la pièce à l'intérieur de l'orgue.

Rlrlrlrlrlrlrlr...toc. Ping ! Clank.

L'objet métallique roula, buta contre une paroi, tomba, et fini par déclencher un mécanisme. Les tuyaux vrombirent soudainement et entamèrent une mélodie exotique et rythmée qui évoquait un ailleurs lointain, synonyme de sonorités graves et profondes.

Sur le qui-vive, Sorag et Kalirr s’écartèrent de l’engin.
Le morceau de musique s’acheva au bout de quelques minutes après avoir résonné dans la salle.

« Bon...

- Bah, voilà.

- On fait quoi, maintenant ?

- Vous n'avez pas une autre pièce ?

- Si, mais pas pour ce genre de musique. »


Tandis qu’Emyn se mettait à scruter le sol à la recherche d’un autre sou, Kalirr le colérique tempêtait :

« Je résume, le gars a écrit « Jouez-moi » sur un tapis pour que quelqu'un mette une pièce dans cet instrument et qu'il joue tout seul ?

- Hahaha
, s’amusa Emyn. Tout ça paraît tout à fait loufoque !

- On vient de gagner notre journée
, râla l’homme au chapeau à plume... »

Kirosane ne participait pas à la discussion. Pensive, elle avait fermé les yeux et se remémorait la musique de l’orgue mécanique.

« Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que tout ça est lié, finit-elle par dire. Pourquoi un tapis ? Qui plus est, un tapis qui ne s’accorde pas du tout avec les couleurs de la pièce !

- Il est vrai que trouver un tapis ici paraît bizarre
, concéda l’astrologue de la Main.

- Soit l'homme que l'on cherche a un très mauvais goût, soit il essaie de nous faire passer un autre message
, poursuivit le cinq de Carreau.

- Un message ? »


Emyn Muil fronçait les sourcils.

« Retournons voir ce fameux tapis, alors ! »

Le quatuor retraversa la salle, le porteur de lampe à sa tête. Le tapis n’avait pas bougé. De toute façon, qui aurait pu penser qu'il disparaîtrait ? Les tapis ne sont pas connus pour leur amour du voyage. Sauf les tapis volants, évidemment, mais ce sont de vilaines bestioles sur qui l'on ne peut jamais compter. Enfin, si : techniquement, on PEUT compter sur un tapis volant. On peut cependant beaucoup moins s'y fier. Sale caractère, les tapis volants.

Il n’est pas si moche que ça, songea le Pandawa.

« Retourne-le pour voir, Sorag ?

- Moi ? Non, merci. J'aime pas trop la poussière. Kirosane ? »


La jeune femme souleva le tapis pour le retourner tandis qu'Emyn reprenait la parole :

« Maintenant que j’y songe, cette musique que nous venons d’entendre n’est pas sans me rappeler celle des Koalaks anthropophages qui avaient bien failli parvenir à leurs fins lorsque je les avais rencontrés lors de mon dernier voyage...

- Il s’est passé où ton voyage, Emyn?

- Dans les montagnes des Koalaks.
Il désigna le motif figurant sur le recto du tapis. Cette fleur, là, c'est une fleur locale. Enfin, là-bas. Chez les Koalaks, précisa-t-il à l'attention de Sorag qui venait de hausser un sourcil. Ce n'est donc pas quelque chose de sufokien…

-  N'empêche qu'une telle carpette dans une pièce comme celle-ci, ça reste une faute de goût… grommela Kalirr.

- Elles se fument, ces feuilles, non ? Et si on essayait de brûler le tapis ?

- Il n'y a pas d'aération, on risque de s'enfumer
, la tempéra le petit astrologue grisonnant. Enfin, il y en a peut-être mais.… Et puis, pourquoi veux-tu le brûler ? Et que fait Janus ?

- Et si on mettait le tapis sur l'orgue ? Vu qu'ils sont liés…

- Mettre le tapis sur l'orgue ?
demanda un Emyn déconcerté par la proposition de l’Acolyte.

- Bon, grinça Kalirr, je crois qu'on vient de passer d'une piste pas fiable à une piste douteuse.

- On sait d'où vient le tapis
, lui rappela Sorag. C'est déjà pas mal !

- Peut-être Ogorath est-il parti vivre dans les montagnes des Koalaks ? »
supposa Emyn.

Le petit homme se pencha au-dessus de la tapisserie et détailla le coeur de la fleur qui figurait en son centre. Ou, plutôt, ce qu’il avait cru être le coeur de la fleur jusqu'à cet instant.

« On dirait que ça ressemble à un "O", au centre du tapis. « O »… pour « Ogorath » ?

- Ou pour « Haut », comme la montagne
, renchérit le Pandawa.

- Ou pour « Eau »,
s’amusa Kirosane, pour faire boire les plantes, jugea-t-elle bon de préciser. »

Elle marqua un temps d’arrêt.

« Mais, si c'est « O » pour « Ogorath », peut-être qu'il est devenu fabriquant de tapis ?

- Dans tous les cas,
la coupa Kalirr, on nous avait indiqué Sufokia : il semblerait qu'il n'y soit plus. »

Perplexe, Emyn se grattait la tête sous son chapeau à pointe. L’Acolyte du Trèfle enchaîna :

« Tout porte à croire qu'il a ou qu'il a eu un lien avec les Montagnes des Koalaks.

- Exact
, acquiesça le Roi de Coeur.

- Le souci, c'est que les montagnes sont grandes. Et on s'y perd facilement.

- Bah,
répondit vaguement Emyn, il doit vivre dans le village des éleveurs. C'est qu’il est dangereux de s'installer dans le territoire des Koalaks !

- Oui, confirma Kirosane, mais c’est pratique pour ne pas être trop embêté. Peut-être que si l’on montre le tapis aux indigènes, ils nous indiqueront le chemin...

- Bon, s’énerva Kalirr, d'autres idées ou on tente d'ouvrir cette porte et de retrouver l'air extérieur ?

- Eh bien,
hésita Emyn, c'est peut être farfelu, mais....

- Mais ?

- On a huit pétales et quatre feuilles. Ici, là, là, là et encore là
, indiqua-t-il de l’index. Ce sont peut-être des coordonnées...

- Des coordonnées ? Du genre ?

- Hé bien... »


Emyn Muil sortit une carte de sa besace et l’étala sur la descente de lit, sous le regard intrigué de ses compères.

« Comme celles que l’on peut trouver sur les cartes. Voyez, vers les montagnes des Koalaks... Il haussa les épaules, à moitié convaincu par ses propres déclarations, et délimita une zone du doigt. Bon, ça tomberait dans les marais, ce qui paraît peu probable en fin de compte...

- On va encore traîner dans la boue, se lamenta Kirosane en se remémorant la sculpture d’une goule d’argile aux côtés d’autres membres de la Main.

- On ira voir si l’on trouve quelque chose du côté du village des éleveurs, voilà tout, la rassura Emyn. »

Kalirr bouillait en son for intérieur : Les marais, la boue, la goule. Des pensées positives Kalirr, des pensées positives...


• • •


Les captifs réfléchirent à ce bout de fibres tressées quelques heures encore avant que les eaux ne s'éclaircissent et que le soleil ne parvienne à adoucir les ténèbres des fonds marins. En partie, du moins. Voire vraiment très peu.

Soudainement, plusieurs séries de coups furent frappées contre la porte métallique.

« Planquez vous ! » s’écria fort peu discrètement la femme aux cicatrices.

Débandade, trébuchements et jurons répondirent à ce cri du coeur.

Emyn retourna se planquer sous l'escalier et masqua la lampe à l’aide de sa cape, tandis que Kalirr et Sorag se plaquaient contre une paroi. Kirosane, elle, avait trouvé refuge entre deux des caisses qui jouxtaient la sortie et serrait Poussière sur son giron.

On aurait pu entendre la petite raknaille respirer et, en l'absence d'une réponse de la part des agents du Valet Noir, les coups reprirent. Plus forts.

Kalirr murmura à l’attention de la représentante du Carreau :

« Kirosane, tu devrais aller voir. »

Mais Emyn ne lui laissa pas le temps de répondre.

« Janus ? » lança-t-il.

Une réponse leur parvint, étouffée par l’épaisseur de la porte.

«  ...t'endez ? ...ééé ! »

Le petit Roi de Coeur dégaina son épée et gravit les marches de l’escalier, prêt à occire l'inconnu qui aurait voulu pénétrer dans leur prison.

« Oui ? » cria-t-il, méfiant.

L’attention d’Emyn était entièrement focalisée sur la réponse de son mystérieux interlocuteur et la luminosité de sa lampe était si faible que le petit homme d’un âge certain ne remarqua pas les gravures sur son côté de la porte lorsqu'il éclaira cette dernière au détour d'un mouvement de sa cape.

La porte en question se mit à tourner sur elle-même dans un raclement sonore et libérateur. Une main large, rapidement suivie par un corps musclé surmonté d’une tête connue, s’immisça dans l’espace dégagé.

« Ah ! C'est toi… soupira Emyn.

- Ah ! s’exclama Janus. Comme vous dites !

- C'est bon ? C'est lui ? »
demanda Kalirr.

L’astrologue grisonnant rengaina son arme, ce qui eut pour effet de faire reculer d’un pas le veilleur de nuit.

« Oui, c'est Janus. » confirma-t-il.

Les anciens prisonniers sortirent de leurs cachettes et vinrent se camper de part et d’autre de l’imposant personnage qui leur avait faussé compagnie.

« Hé bien, que s'était-il passé ?

- Une patrouille
, expliqua Janus.

- Nous étions enfermés depuis si longtemps !

- De temps en temps, ils viennent me prêter main-forte - moi, j'appelle ça « surveiller le p'tit personnel » - et c'est tombé sur v...

- Une NUIT !
s’indigna Kalirr. Une nuit ENTIERE !!!

- Je vous demande pardon, m'sieur ! J'ai pas trop l'habitude de descendre du monde et encore moins de laisser des gens derrière moi.
»

Janus déballait ses excuses à toute vitesse, manifestement très gêné par ce qui venait de se produire.

« J'me suis dépêché de terminer ma tournée fissa pour venir vous récupérer aussitôt. Tout s'est bien passé ? »

Au moment où il prononçait ces derniers mots, l’homme se rendit compte de l'énormité de sa question.

« Enfin, « bien passé », j'veux dire… buta-t-il maladroitement.

- Bien passé ? Kalirr exultait. Il demande si une nuit dans l'obscurité, la froideur et le métal s'est bien passée ! »

Le comique de la situation n'échappa pas à Emyn qui partit dans un éclat de rire sonore.

« Ecoutez, écoutez, continuait un Janus malmené par un Kalirr rendu irascible par la tension et la fatigue nerveuse accumulées au cours de la nuit, je suis vraiment désolé, ce n'est pas ce que je voulais dire. »

Janus se confondit en excuses de longs instants. Sur un ton paternaliste, le Roi de Coeur jugea bon de l’absoudre de sa faute.

« Bon, l'essentiel c'est qu'il n'y ait rien eu de grave. Ce n'est pas votre faute, après tout...

- Il ne faudrait pas remonter ?
bâilla un Sorag rattrapé par l'épuisement.

- Au lieu de vouloir dire, menaça le sept de Trèfle, vous feriez mieux de me montrer la sortie et de prier pour que je ne fasse pas un scandale !

- Oui, oui, pardon. Mille excuses. Laissez-moi vous reconduire à la surface, c'est bien le moins que je puisse faire. Par ici, par ici. »


Janus leur indiqua la sortie, les laissant passer devant lui. Tous, pressés de recouvrer leur liberté, omirent de détailler les ornements intérieurs de la porte qui s’était, une nuit durant, dressée entre eux et le monde. Une réaction pour le moins normale – voire logique – après les événements qui venaient de se dérouler. Mais une réaction ô combien regrettable…
Ce qui figurait de ce côté-ci de l’huis, épargné par l’avanie du temps et des vivants, demeurerait inconnu du quatuor de la Main du Valet Noir.

« Suivez-moi, suivez-moi
, poursuivit Janus. Le temps que je referme cette porrrrrrgn...te. »

Le disque de métal grinça, tourna et revint clore l’ancien antre d’Ogorath.

Le retour se fit au pas de course, Janus fit emprunter à ses visiteurs quelques raccourcis de sa connaissance – sa tournée étant achevée – et il leur fallut moins d’une heure pour regagner la coursive dans laquelle ils s’étaient rencontrés.

« Sachez que si vous voulez terminer la visite des boyaux de Sufokia, je serai ravi de me rattraper en me portant volontaire pour vous guider, leur confia-t-il, toujours gêné.

- On s'en passera, MERCI !
vitupéra le râleur de service.

- J’en prends bonne note, acquiesça Emyn, merci ! C'était instructif, en tout cas ! Quel drôle d'endroit, n'empêche... Dire que des gens ont vécu là-dedans ! Enfin bon, il est temps de dormir, je crois ! Au revoir Janus, et merci pour la visite !

- Maintenant que le soleil se lève, vous voulez dire ? »
précisa le colosse.

Une série de bâillements lui répondit.

«  Il n'est jamais trop tard...

- Reposez-vous bien, alors. Et encore toutes mes excuses !

- Il y en a qui ont passé la nuit debout, quand même !
s’offusqua Kirosane.

- Bienvenue dans mon monde ! s’amusa Janus. Et encore, vous n'avez vu que son meilleur profil. 

- Haha, oui très drôle. »
ironisa Kalirr.

Sur ces mots, Janus s'en alla en sifflotant.


Dernière édition par Arlène Kwinzel le Ven 23 Déc - 23:09, édité 4 fois
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kirosane le Jeu 22 Déc - 2:02

Un petit groupe vagabonde dans les couloirs sofukiens. évitant une énième fois d'être piétinée, Poussière, la petite raknaille, lance quelques insultes au grand homme qui vient d'attenter à sa vie. On pourrait traduire le «rkkrkrrr» qu'elle émet comme...Non, il vaut mieux ne pas le traduire.

La bête grimpe sur sa disciple de Sacrieur préférée pour éviter toute nouvelle tentative d'assassinat, et mord sa main à pleine dents pour ne pas tomber, pense-t-elle.

Le véhicule improvisé s'arrête. Enfin, je commençais à avoir mal aux pattes. L'octopode met patte à terre et observe la vaste salle devant elle en se redressant de toute sa hauteur, c'est-à-dire quelques centimètres. L'endroit est plongé dans l'obscurité, mais cela ne dérange en rien l'animal nyctalope. Chouette, plein de poussière et d'endroits où se cacher.

D'ailleurs, il ne faut pas longtemps pour que tout le groupe mette cette pensée en action. Après que le grand homme a prononcé quelques paroles inintelligibles — en tout cas, pour l'arakne qui n'a pas pris amaknéen en LV2 —, une partie de cache-cache est lancée. «rkrkk krkk rk (je t'ai trouvée)», lance l'arakne tout en mordillant l'agent du carreau pour lui faire comprendre sa défaite.

Quelques instants plus tard, les activités des Grands reprennent. Je m'ennuie... Après une réflexion aussi profonde qu'elle peut l'être pour un animal de si petite taille, une idée émerge dans cette minuscule tête sur pattes.

Poussière se met immédiatement au travail: tandis que Kirosane discute avec ses compagnons, elle tisse dans un concert de cliquetis une toile reliant le pied de la femme au sol de la pièce. Malheureusement, ses efforts se trouvent ruinés lorsque ledit pied est envoyé en direction de la machine la plus proche, arrachant la toile trop fragile pour contrer la force de l'agent de carreau. Je t'aurai, pense la raknaille.

S'ensuivent alors maintes tentatives pour faire trébucher la Grande, allant de la pose de bandelette empruntée au Xélor le plus proche devant le pied aux coups de dents dans celui-ci — Le pied, pas le Xélor — , toutes plus élaborées les unes que les autres, mais malheureusement toutes aussi infructueuses.

L'Amaknéenne arrête alors de se débattre et lance un regard espiègle vers l'animal. Ça y est, elle abandonne! Mais... pourquoi elle m'observe comme ça?

«Tu vas voir, c'est très confortable dedans.

-rrrrrkrrkk rkr kkrkkrr! (Eh, attends!)»

Sur ce, et avant même de comprendre clairement pourquoi, la bestiole se retrouve enfoncée de force dans un tuyau étroit, non aéré et plein de suie, une main lui bloquant la sortie. Sortant ses crocs, elle attaque donc l'obstacle lui faisant face. Je peux toujours me creuser une sortie. Étonnamment, la disciple de Sacrieur retire sa main de l'orifice, ne voulant pas avoir à son tour un orifice dans la main. La petite bête en profite pour se frayer un chemin vers la cachette la plus éloignée de son agresseuse, qui se trouve être un tapis qui n'avait jusqu'alors pas été remarqué par le groupe.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Ven 30 Déc - 4:13


Les investigations de la Main du Valet Noir se poursuivent et Ogorath semble de moins en moins impossible à atteindre.

Vous trouverez dans le conte-rendu suivant une partie des événements survenus en jeu dernièrement. Non-exhaustif, ce récit a pour but de laisser la part belle à ceux qui ont vécu la troisième partie de l'intrigue en ce qui concerne l'expression de leur ressenti aux différents stades de l'enquête (bar de la Main, village des éleveurs, voyage guidé, salle souterraine), qu'il s'agisse des péripéties qu'ils viennent de vivre et/ou des personnages qu'ils ont rencontrés au cours de celles-ci.

A la fin de votre lecture, vous vous rendrez compte qu'une suite de cette intrigue est inévitable. Elle ne se déroulera pas en jeu, mais directement sur le forum, comme cela vous avait été annoncé dans le premier message de ce topic.

Dans un premier temps, ne pourront intervenir que les personnages mentionnés dans la troisième partie de l'intrigue (: celle que vous allez lire ici) et, dans un second temps, ce seront tous les membres de la Main du Valet Noir qui pourront participer au RP-forum que nous allons initier ensemble (parce que toute seule ce serait impossible, vous vous en doutez).

Sachez cependant qu'il sera possible, à votre demande, de mettre en place de courtes séances RP en jeu, si le besoin s'en faisait sentir, dans le but de faire progresser l'intrigue.




• LAISSER UN BLANC •




De réunions en conciliabules, les informations avaient circulé au sein de la Main du Valet Noir. Aussi ce furent pas moins de six de ses membres qui apparurent en milieu de matinée sur la place centrale du village des éleveurs érigé dans les Monts Koalaks.

La petite troupe, menée par un trio de Têtes, émergea du portail zaap bleuté et, le temps que certains retrouvent leur équilibre, détailla les alentours.

Les lieux ne grouillaient pas spécialement d’activité. Oh, bien sûr, il arriva aux agents du Valet Noir de croiser quelques quidams égarés, mais les locaux se faisaient discrets.

L’endroit fleurait bon l’altitude des plateaux montagneux et l’atmosphère aurait pu s’avérer reposante si elle n’avait pas été troublée par l’ouvrage de quelques bonshommes qui s’échinaient à abattre d’imposants Kalyptus.

Comme il était question d’argent, les banquiers et autres trésoriers des environs subirent un début d’interrogatoire jusqu’à ce qu’ils demandent grâce. Les pauvres comptables payaient les excès d'une sauterie ayant eu lieu la veille et souffraient d’une gueule de bois carabinée, aggravée par les chocs sourds et répétés des coups de haches qui résonnaient dans la bourgade.

N’étant pas en état de répondre aux interrogations des agents de la Main, ils retournèrent cuver leur piquette sous leurs comptoirs et leurs livres de comptes.
Les investigateurs, eux, ne s’en laissèrent pas compter et, après avoir suivi les clameurs de l’acier qui mordait le bois, ils apprirent de la bouche d’un des bûcherons – qu’une Dame de Coeur aussi suggestive que persuasive avait su amadouer – qu’un dénommé Gustave les conduirait sans se faire prier à l’objet de toutes leurs recherches dont il était soi-disant le commis : Ogorath.

L’homme, tout en sueur, leur indiqua la porte Est de la cité et tous y coururent avec plus ou moins de dignité, selon le rang qui seyait à chacun ou l’acuité visuelle qui leur échoyait.


• • •


Le Gustave en question se trouvait à l’endroit indiqué, mais, ce que le coupeur de Kalytpus avait omis de préciser – bien qu’il eut évoqué la difficulté à « rater » ce guide improvisé – c’était qu’il s’agissait d’un Crocodaille de belle taille.

Et encore, par « belle taille », on aurait pu dire « colossal », « énorme », « monumental », « exagérément massif » voire « un bestiau du type mastodontesque qui serait à l’espèce à sang-froid ce que la montagne est à la plaine ».

La créature mesurait pas loin de six coudées de hauteur et devait peser un peu plus de deux quintaux, si pas trois. De quoi peser, en sorte, dans la balance des négociations, si le besoin s’en faisait sentir.
Couvert et protégé par de froides écailles, l’être aussi large qu’imposant était – comme si cela ne suffisait pas – pourvue d’un fort bel appendice – long et pointu – qui aurait fait la fierté de bien des hommes.  A condition d’aimer se balader avec une queue crénelée à la cuirasse rigide.

Gustave – car c'était lui – était donc occupé à charger des baluchons d’un contenu peu fragile, au vu du traitement qu’il leur infligeait, à bord d’une carriole à bras.

Lorsqu’un des investigateurs l’interpella poliment, le colosse tourna sa grosse tête en direction du groupe et de son porte-parole. Ses yeux à la pupille fendue et à l’iris d’un éclat jaune métallique disparurent, le temps d’un souffle, derrière une paupière transparente qui se rouvrit aussitôt.

Imperturbable, Gustave fixait les six personnes qui s’étaient réparties – instinctivement ou de manière concertée – en éventail entre lui et sa destination.

Il y avait d’abord cet homme, bien apprêté, tout de sombre vêtu et au chapeau à plume – Kalirr, apprendrait-il plus tard en écoutant discourir ses camarades. A ses côtés se dressaient trois individus manifestement sûrs d’eux. Peut-être trop.
Bah, après tout, c’était leurs affaires, ça ne le regardait pas, du moment qu’ils ne se mettaient pas en tête de nuire à son entreprise.

Le premier d’entre eux semblait avoir un penchant maladif pour le vert : de son pourpoint à ses chausses, tous ses habits étaient teints de la même et maladive couleur. Savait-il seulement qu’elle était de mauvais augure ? Sans doute, vu le masque sinistre qu’il arborait sur son visage dissimulé.
Le deuxième membre du trio était une femme. Petite, blonde, à la mise raffinée. Ses habits, à la coupe onéreuse, étaient d’une rare finesse. Faciles à tacher, pour sûr, se dit le reptile, mais bien plus résistants que ce que l’on pouvait croire.
Un dernier personnage venait compléter la configuration. Il appelait la femme « Scriabine », et cette dernière s’adressait à lui en le nommant « Emyn ». Le type était petit, plus tout jeune, coiffé d’un chapeau conique aux bords larges. Des chapeaux comme on n’en voit rarement dans les parages. Pas en feutre, comme l’avait cru Gustave de prime abord, mais taillé dans un matériau plus luisant et – semblait-il – à l’épreuve des flammes.

Le malabar tout en écailles fit claquer sa mâchoire, révélant au passage un râtelier fort bien garni où luisaient une soixantaine de poignards d’un blanc ivoire.

Il restait deux personnes dans le groupe : un Pandawa – Gustave en avait déjà vu un ou deux traîner du côté de la grand-place lors de ses venues au bourg – et une gamine au regard vitreux. Le premier était aussi velu et grand – enfin, il lui arrivait à la poitrine, à tout casser – que la seconde était maladroite et frêle. La môme ne devait pas y voir bien clair car, par la suite, il y eut toujours quelqu’un à ses côtés, de façon à ce qu’elle puisse suivre le mouvement en s’appuyant sur un avant-bras compatissant.

Tout ce beau monde dévisagé, Gustave reporta son attention sur son interlocuteur, l’homme au chapeau à plume.

« Nous sommes à la recherche d'un ami, annonça celui-ci. Il se nomme Ogorath. A la seule évocation de ce nom, on nous a dirigé vers vous. Peut-être en savez-vous un peu plus ? »

Le costaud empoigna les bras de sa carriole et fit signe à la petite troupe de lui emboîter le pas. Ils quittèrent les faubourgs du village des éleveurs et mirent le cap vers le territoire des Dragodindes sauvages.


• • •


Quelques troupeaux de ces bipèdes à l’air aussi stupide que leur regard pouvait se faire vide s’égayèrent à l’arrivée de leur cortège – Gustave et sa charrette en tête – et leur avancée ne fut guère troublée. Aucune embuscade de la part des rebelles Koalaks, certainement dissuadés par la stature du guide de la troupe. De rocailleux et arboré, le paysage devint plus forestier avant de changer du tout au tout, quelques heures de marche plus tard.

L'odeur de la vase, de gaz méphitiques et de végétaux en décomposition saisit les agents du Valet Noir à la gorge lorsqu’ils enfoncèrent les pieds dans la boue des marécages nauséabonds – qui n'avaient jamais aussi bien porté leur nom. Les six explorateurs se heurtèrent à l’équivalent d’un mur olfactif et celle qui en pâtit le plus fut la benjamine de l’aventure : la petite Lessa.

« Char… Charmant… osa le Roi de Trèfle.

- Il vit par ici, cet Ogorath ? » s’enquit le grisonnant Emyn Muil.

Gustave opina du museau, impassible.

Scriabine plaça une étoffe sur son nez et sa bouche.
Encore de la boue, pensa Kalirr avant de lâcher un soupir qu’il ne prit pas la peine de dissimuler.
Son supérieur hiérarchique souleva son col, vert comme tout le reste de sa tenue, sous son masque quasi-mortuaire.
Le Roi de Coeur, ce chétif astrologue au chapeau pointu, fouilla dans sa fidèle sacoche et en sortit triomphalement une petite fiole qu’il entreprit de déboucher. Une odeur agréable s’échappa du fragile contenant, à sa grande joie.

« Ah ! Je me demandais si cette trouvaille serait utile, un jour. Comme quoi, ce Salubritas n’a pas de si mauvaises idées...

- Gu’est-che dong gue chela ?
l’interrogea son homologue du Coeur, à travers son étoffe chamarrée.

- Une sorte de parfum très puissant, pour masquer les mauvaises odeurs, lui expliqua Emyn avant qu’il ne tamponne – à sa demande expresse –  le carré de tissu de la Dame de Coeur de sa mixture odorante. J’en ai trouvé la recette dans un bouquin que l’on m’a vendu en Astrub. »

Sans faire mine de s’intéresser au manège de ses accompagnateurs, Gustave avait, de son côté, décroché deux longues lattes recourbées des flancs de sa carriole et les avait fixées qu'il fixe sous les roues de bois crantées du petit véhicule.

« Eh bien, où allons-nous maintenant ? » lança le Roi de Coeur au reptile qui s’était remis en route, de sa démarche chaloupée, et s’enfonçait désormais au plus profond des « Marécages sans fond ».

Ogorath blanchissait-il l’argent avec de la boue ?
songèrent certains.


• • •


Au cours de leur exténuant et salissant périple, les membres de la Main virent s’effacer dans les eaux turbides bon nombre de paires d’yeux semblables à ceux de leur guide. La carrure de ce dernier semblait avoir un effet dissuasif partout où il se rendait – et il était facile de comprendre pourquoi.

Au bout d’une journée de voyage, alors que leur petite cohorte se demandait si elle devrait continuer de patauger dans la glaise toute une nuit, le calvaire prit fin lorsque se dressa devant l’assemblée la façade, relativement modeste, d’une maisonnette surmontée d’un panneau aux dimensions ubuesques.

Plantés de part et d’autre de la pancarte surdimensionnée, deux torchères brûlaient – nimbées d’un halo jaunâtre autour duquel virevoltaient des nuées d’insectes mi-curieux, mi-suicidaires – et illuminaient, en fanaux improbables, la réclame publicitaire peinte à la surface du panneau qui dominait la bâtisse.

Des lettre d’un blanc éclatant y proclamaient :

CHEZ OGORATH

PRINCE DES DRAPS

BLANCHISSERIE TRADITIONNELLE



Perclus de fatigue, le Roi de Trèfle gémit :

« C'est pas sérieux ? »

Ne prenant pas la peine de lui répondre, Gustave le Crocodaille gara son véhicule le long du bâtiment, en sortit quelques-uns des baluchons qu’il contenait, jeta ces derniers sur l’une de ses fantastiques épaules et pénétra dans la maison des marais après en avoir ouvert la porte.

« Un mâle alpha, à n’en pas douter. » observa le petit Emyn.

La troupe s’engagea dans l’édifice à la suite du commis d’Ogorath et eut la surprise d’y trouver un simple escalier en colimaçon qui s’enfonçait dans les entrailles d’un parquet de bois imputrescible.

Au terme d’une descente qui dura un temps certain – et par certain on sous-entendra un laps de temps suffisant pour finir sur les rotules à force de malmener ses genoux – les six représentants de la Main du Valet Noir atteignirent une seconde porte, ouverte sur une vaste salle.


• • •

Un style reconnaissable, pensa Kalirr.

Et pour cause ! L’endroit n’était pas sans rappeler l’antre d’Ogorath – celui de Sufokia, du moins – car tout, à l’intérieur, semblait disposé de la même façon. Tuyaux, pompes et machineries fleurissaient ici et là et – écrou sur le boulon à défaut de cerise sur le gâteau – de longs lavoirs étaient encastrés, à intervalles réguliers, dans un sol dallé de plaques métalliques aux reflets cuivrés.

Un système de drainage équipait le coûteux plancher et de nombreux bacs à linge jouxtaient les « machines à laver » mécaniques. Ici, l’eau bouillait. Là, elle tourbillonnait. Un pan entier de l’espace était consacré aux étendages de pièces de tissu humide : un réseau arachnéen de cordes à linge saturait un coin de la salle tandis que, sous les vêtements qui dégouttaient et se gonflaient au gré des caprices de l'aération, un système de soufflerie brassait un air tiède qui accélérait le séchage des habits.
Des armoires débordaient de draps, tuniques, robes et autres tenues lavées, défroissées et pliées tandis que l'endroit embaumait le propre – cette odeur de propre qui vous prend aux narines lorsque vous enfouissez votre visage dans un drap fraîchement lavé et repassé, oui, cette odeur-là. Quelques fragrances florales venaient compléter les arômes des lieux.

Le Roi Vert était bouche bée :

« J'hallucine...

- Une blanchisserie... Dans les marécages ? Quelle drôle d'idée !
s’étonna Emyn.

- Une blanchisserie en plein marais, c'est un concept. » rectifia Scriabine.

Chacun y alla de son commentaire.

« Quoi qu'il en soit, conclut l'homme en vert, l'odeur est bien plus agréable ici qu'à la surface. »

Emyn cria à l’attention d’un individu esseulé qui se tenait au bord d’un des lavoirs.

« Monsieur ! Vous êtes bien Ogorath ? »


• • •


L’homme se retourna et écarta les bras en signe de bienvenue :

« Un visiteur ! »

Puis il remarqua les autres :

« Et un autre ! Et encore un autre ! Toute une ribambelle de visiteurs ! »

Alors que Lessa s’avançait d’un pas incertain, celui qui avait tout l’air d’être le propriétaire des lieux poursuivait :

« Que de nouveaux venus ! Honte ! Honte sur mon portier ! Ah, je suis si heureux que je pourrais vous arracher vos intestins et vous étrangler avec ! »

Puis il remarqua la présence de la jeunette :

« Une autre visiteuse vient d'oser franchir les portes de mon antre et je commence déjà à m'ennuyer. Mais assez parlé de moi, parlons plutôt de vous. »

L’homme s’était rapproché tout du long et avait entrepris, une fois parvenu au bas de l’escalier qui reliait le haut de la salle – réservé à l’accueil et au dépôt du linge sale – au bas de l’endroit destiné à nettoyer ce qui était confié aux bons soins du maître blanchisseur, de se vêtir d’une veste courte et matelassée – un pourpoint pourpre aux surpiqûres d’argent passablement tarabiscotées – et de chausses d’un vert olive. Il troquait ainsi une tenue de travail pratique qui laissait apparaître son torse, ses bras ainsi que ses jambes – du haut des cuisses jusqu'au bout des orteils – contre une mise bien plus distinguée.

Ainsi habillé, il pouvait passer pour un vieil et élégant gentilhomme.

L’individu ne correspondait en rien à la description glanée lors de l’enquête des membres actuels de la Main du Valet Noir.

Absolument pas enrobé, d’une taille et d’un tour de taille que quiconque aurait estimés être dans la norme, l’homme avait vu la fleur de l’âge se faner, sans pour autant subir les avanies liées à la vieillesse. C’était un vieux beau, au sens propre. Vieux, et pas désagréable à l’oeil. Pour ceux qui aiment les adeptes d’Ecaflip au poil plus salé que poivré et aux favoris fournis, peignés et savamment décolorés.

Le bellâtre avait piqué son jabot d’une épingle d’argent dans laquelle était enchâssé un minuscule rubis et, sous sa nouvelle apparence, avait totalement fait oublier à ses interlocuteurs qu’une poignée d’instants plus tôt, il pataugeait dans une cuve en tant que blanchisseur.

S’il fallait encore décrire l’individu, il serait nécessaire d’évoquer le regard qu’il posait sur le monde qui l’entourait ou, plutôt, sur ce qui constituait son regard : deux yeux – jusque-là rien de bien fantastique – aux pupilles fendues verticalement. Deux puits dorés, chacun barré d’un noir de jais. L’un d’entre eux, cependant, était plus pâle que son jumeau – ou faux-jumeau dans le cas présent. Le coquin avait tout l’air d’avoir été esquinté et ce n’était pas la balafre qui courait du front jusqu’à la pommette en passant par l’arcade sourcilière droite de son propriétaire qui dirait le contraire.


• • •


« Approchez, approchez ! s’exclamait le mirliflore alors qu’il gravissait les degrés à la rencontre des nouveaux-venus.

- Parler de... De nous ? balbutia quelqu’un avant que le groupe ne se rapproche de son hôte.

- Hé bien... Nous cherchons un certain Ogorath, avoua Emyn.

- Et il vous a trouvés !
déclara joyeusement son allocutaire. Chez lui. Chez moi. A moins que ce ne soit chez vous ? Non, vous vous trouvez définitivement chez moi. Je reconnais cette canalisation. Et ce tabouret, affirma Ogorath en désignant les objets qu’il nommait successivement.

- J'imagine que c'est une bonne nouvelle ! »
plaisanta l'astrologue du Coeur.

Lessa, confiante, s'avança pour ne rien louper de la conversation et s'aperçut juste à temps que son pied se trouvait au-dessus du vide. Elle battit furieusement des bras pour retrouver son équilibre. Heureusement – ou malheureusement pour elle – personne n’avait fait mine de s’intéresser à sa bévue.

« Nous vous trouvons enfin, soupira un Roi de Trèfle soulagé. Vous n'êtes pas facile à rencontrer.

- Tiens donc ? C'est que j’ai pour habitude de ne travailler qu’avec… des habitués. Et pour coutume d’oeuvrer pour des coutumiers des lieux. Êtes-vous des habitués ? Je n’ai jamais vu vos têtes dans le coin. Ni le reste, du reste.

- On peut dire ça…
glissa quelqu’un.

- D'anciens habitués, éluda la Dame de Coeur. »

Kalirr, en bon Sept de Trèfle, signala discrètement les allées et venues de Gustave à la Tête de son Enseigne avant que celle-ci n’expose les raisons de leur venue à leur hôte.

« Je ne suis pas sûr que votre employé soit habilité à entendre nos affaires, glissa le masqué, dans un chuchotement. »

Mais Ogorath ne l’écoutait déjà plus, trop occupé à vendre ses services à l’un ou l’autre des membres du régiment de la Main.

« Je nettoie les tâches de lait de boufette. Et de pudding. Et même les mauvaises idées, déclara-t-il à Sorag le Pandawa. Je pourrais vous faire manger vos propres doigts pour nettoyer vos manches dans la foulée, affirma-t-il très sérieusement à Emyn. Ou vous faire tomber amoureux d’un nuage pour que vous alliez courir dans la boue, sous la pluie, glissa-t-il évasivement à Kalirr. Peut-être que je pourrais faire quelque chose d’utile pour votre tenue ? demanda-t-il à la jeune Lessa. Voyons voir. »

Agacée par le manège du dandy, Scriabine coupa court à son éventaire :

« N'y allons pas par quatre chemins…

- Dois-je me répéter ?
s’enquit l'homme au masque funèbre.

- Pétez et répétez, cher client ! lui répondit Ogorath. Mais pas plus haut que votre séant !

- Je ne suis pas certain que votre employé soit habilité à entendre nos affaires…
reprit le Trèfle Vert, entre ses dents serrées. »

A ces mots, le maître blanchisseur le coupa d’un geste et héla le Crocodaille sur un ton des plus autoritaires :

« Gustave, va donc prendre l'air ! »

Et, alors que la pesante créature tournait les talons, Ogorath se tint le menton d’une main, pensif, avant d’ajouter :

« Mais pas en totalité. Il faut qu'on puisse respirer. »


Coutumier de ce genre de volte-face sémantique, le Crocodaille marqua à peine un temps d’arrêt, opina du chef et entreprit de remonter le long escalier qui le mènerait à la surface.


• • •

Emyn Muil se grattait le crâne, perplexe.

« Bien, apprécia la Tête du Trèfle. Exceptées les tâches, avez-vous les capacités de faire disparaître d'autres choses ?

- Si fait, cher client ! Si fait ! En lavant votre linge, je pourrai faire de vous un bourreau des cœurs. Ou donner un bourreau à votre cœur. A vous en essorer le palpitant. Histoire de faire « disparaître » vos expériences les plus malheureuses.

- Hum... Ce n'est pas ce que j'imaginais.

- On parlait plutôt de faire disparaître... des chiffres… 
le secourut Emyn.

- Des chiffres ? sourit Ogorath. Ils tachent plus l'esprit qu'autre chose ! »

Pensant qu’il serait plus simple d’évoquer le passé de leur hôte, le Roi de Trèfle glissa vers un autre sujet :

« Avez-vous cessé vos précédentes activités ?

- Mes activités précédentes ?
Le vieux beau fronça les sourcils. Celles qui ont cédé mon pré ? Il leva les yeux au lointain plafond. Un petit pré tout ce qu'il y a de plus champêtre. Avec du bon lait. Et un quart d'oignon. 

- Soyons honnêtes,
déclara Scriabine qui craignait que cela ne soit pas suffisamment précis, nous sommes membres de la Main du Valet Noir, avec qui vous avez déjà traité il y a de cela plusieurs années.

- La main…
reprit pensivement Ogorath. Ah ! Mais que ne l'avez-vous pas dit plus tôt ? »

Deux des Têtes chuchotèrent entre elles :

« Sait-on qui traitait avec cet énergumène à l'époque ?

- Les têtes de l'époque, principalement Alessekandre. »


Ce qui n’empêcha pas le trublion de la lessive de surprendre leur conversation :

« C'est le nom d'un client ? Attendez… Un client que je connais. MON client.

- Il avait bien du courage
, marmonna quelqu'un.

- Comment va mon très cher client ?
s’enquit chaleureusement le lavandier.

- Il va bien, et a à nouveau besoin de vos services. »


• • •


La rouerie fut, hélas, rapidement éventé : Alessekandre était décédé depuis belle lurette et Ogorath le savait. C’était lui qui avait lavé et préparé le linceul du membre fondateur de l’Enseigne du Trèfle.

Il fit savoir à ses interlocuteurs qu’ils devraient jouer cartes sur table s’ils ne souhaitaient pas être expressément raccompagnés par ce cher Gustave… et délestés de quelques toises de leurs précieux intestins. A moins qu'ils ne préfèrent laisser leur râteliers, chicots et autre dents de lait derrière eux ? Ogorath avait un faible pour les dents. Et les doigts. Il aimait beaucoup les doigts, leur assura-t-il, surtout en boucles d'oreille.

Il lui fut donc révélé qu’il était question de mettre à l’abri quelques « excédents ».

« Oh, des... excédents ? Se réjouit-il.

- Sonnants et trébuchants
, sourit Scriabine.

- Mes préférés, gloussa le blanchisseur. Saviez-vous qu'ils donnent une souplesse fantastique au tissu ?

- Vous nous avez été tout particulièrement recommandé pour ce genre de cas... par nos registres, précisa l’homme au masque sinistre.

- Est-ce encore dans vos cordes ?
s’enquit, sceptique, la Dame de Coeur.

- Madame, la salua Ogorath en réalisant une courbette tout ce qu’il y a de plus distinguée, s'il est question de cordes, celles de mon linge sont les vôtres. »

Si elle avait été convaincue, la petite femme n’en laissa rien paraître :

« Sam, dit-elle nonchalamment, quelle est la somme en jeu déjà ?

- Disons qu'elle est suffisamment importante pour devoir la mettre en lieu sûr... et discret, éluda son homologue après un silence savamment dosé. Et qu'il y en a assez pour donner un bonus assez conséquent à notre ami ici-présent, jugea-t-il bon d’ajouter dans le but de ferrer le pichon.

- Il ne faudrait surtout pas que de vilains messieurs en prennent une partie…
hasarda le grisonnant Roi de Coeur. »

L'évocation d'une somme d’argent conséquente fit sourire largement Ogorath. Ses babines s’étirèrent plus que de raison et, face à ce spectacle, quelques agents de la Main eurent un bref mouvement de recul.

« Chers clients ! Vous auriez pu me rendre visite plus tôt, claironna-t-il avant de digresser. Et mettre de côté un ou deux de ces fromages qui ravissent mon palais et alourdissent mon haleine, si vous voyez ce que je veux dire. Mais non, rien de tout ça !

- De l'argent si malhonnêtement gagné,
poursuivit un Emyn pensif, il serait triste d'en donner une partie à qui ne le mérite pas...

- Je vous prie de croire que je suis pour le moins désappointé !
leur confia Ogorath. Il ne sera pas dit qu'une telle manne aura couru de si grands dangers sans que je ne vous propose mes services. »

Sautant sur l’occasion, le Trèfle Vert l’assomma de questions. Ce n’était que justice, le maître des lieux les avaient sonnés, eux les premiers, à force de sauter d’un sujet à un autre :

« Comment procédez-vous au transport, habituellement ? Et pour quelle destination ? Qui est impliqué ? Y a-t-il plusieurs caches ?

- Vous ne voulez pas le code du verrou de mon garde-manger avec ça ?
lui répondit l’élégant, goguenard.

- Pourquoi pas, rétorqua la Tête sans se laisser démonter. Tout dépend de ce que vous y entreposez. Pourvoir en nourriture ma taverne m'intéresserait peut-être.

- Une taverne ? »
demanda un Ogorath intrigué.

Scriabine sourit sans s’en cacher : Sam ne s’en laissait pas conter et il aurait le dernier mot, elle en était certaine.

« Avec une clientèle ? s’enthousiasmait le matou, à la grande surprise de Sorag et de Kalirr. Et des taches ? Bien grasses ?

- C'est fréquent, oui, répondait le Roi de Trèfle, bien décidé à ne pas perdre l’ascendant.

- Des taches de vin, peut-être ?
se frottait les coussinets le nettoyeur d’habits.

- C'est arrivé, effectivement, concéda son interlocuteur.

- Heureux homme !
l’envia Ogorath.

- Votre humour satisfait à la légende, glissa Scriabine sur un ton enjôleur.

- Je peux proposer à ma clientèle de venir vous voir, à l'avenir, si vous le souhaitez…
tenta le masqué.

- Ils feraient le déplacement ? Jusqu'ici ? s’étonna son hôte avant de trembler et de voir se hérisser ses poils. Brrrr ! Pauvres bougres, et riche moi ! »


• • •


On aborda, par la suite, quelques détails techniques tels que la périodicité des livraisons et la rétribution du blanchisseur.

« Je ne connais point vos prix. Mais cela pourrait être un échange de procédés.

- Gardez vos procédés
, refusa tout net Ogorath, et procédons autrement.

- Proposez. A vous la main.

- Je garde tous les muets à mon service. Et je me fais un collier avec leurs oreilles. »


Le félin désigna ceux qui n'avaient pas ouvert la bouche et avaient préféré rester en retrait, dans l’ombre des Têtes, prêts à leur porter secours dans le cas où la rencontre tournerait mal. La jeune aveugle renfonça légèrement son chapeau sur sa tête, dans le but de masquer ses feuilles de chou.

Le négociateur soupesa la proposition, jeta un coup d’oeil à Kalirr – un efficace Sept de Trèfle – puis à Lessa – la très discrète et insoupçonnable Cinq de Coeur – avant de s’arrêter sur Sorag – son prometteur Trois de Trèfle. Il secoua la tête, en signe de dénégation.

« Disons qu'ils ne sont pas à vendre. Un soupir de soulagement collectif accueillit cette déclaration. Ils ont plus de compétences que de simples larbins. »

Ogorath rumina à cette annonce, avant de sourire à pleines dents :

« Alors... Que le chapeauté mange son galurin sans sel ! s’écria-t-il en visant personne et tout le monde en particulier, vu qu’aucun des membres de la Main du Valet Noir n’avait le crâne découvert. Huhuhu, vous êtes tous coiffés ! » s’amusait le matou au poil lustré.

Le Roi de Trèfle grogna.

« Disons… » recommença Ogorath.

Mais le Trèfle Vert ne lui laissa pas le temps de continuer sa phrase : il venait de retirer son masque, pour la première fois, et se frottait le visage d’agacement. Le minet écarquilla les yeux – enfin, surtout le valide.

« Monsieur, le temps c'est de l'argent, et je n'en ai que très peu à perdre.

- Je veux bien vous croire, cher client. Alors cessez de m'interrompre avec vos enfantillages. C'est très sérieux. »



• • •


L’attitude du vieux beau avait de quoi désarçonner n’importe qui. Mais Sam Killeen tint bon… tout en passant la main.

« Si… Si vous souhaitez travailler avec nous, nous allons le faire.
Nos deux agents du Trèfle, il désigna Kalirr et Sorag qui saluèrent d’un signe de tête, pourrons négocier des tarifs avec vous.

- Pas de prix, pas de tarifs, refusa catégoriquement Ogorath. J'ai autre chose en tête. A côté de deux-trois araknes. »

Je veux bien le croire, songea le masqué démasqué.

« Alors parlez.

- Nous vous écoutons
, l’encouragea Scriabine. »

Ogorath ouvrit la bouche, s’apprêtant à formuler quelque chose, et se ravisa. Il dénombra les présents et se lissa les favoris :

« Am-Sram-Gram, chantonna-t-il tout haut alors qu’il levait et abaissait successivement un index griffu en passant d’un agent du Valet Noir à un autre. »

« Un dé. » dit-il en se palpant le torse puis l’abdomen avant de descendre, deux par deux, les marches de l’escalier et de se ruer sur l’une des armoires qui cachaient les murs et débordaient de vêtements propres.

« Rien qu'un dé
, marmonnait-il en fouillant entre les étagères. »

Ogorath se munit finalement d'un dé – à jouer ou à coudre, difficile à dire – et lança ce dernier en l’air avant de le regarder rebondir et de l'écouter tinter sur le sol métallique. A moins que ce ne fût l'inverse ?

Le Trèfle Vert en profita pour s'éponger le front de la sueur qu'avait fait couler ce cinglé avant de remettre son masque. Ogorath était fort, très fort, et s’y connaissait pour déstabiliser ses interlocuteurs. Mais il avait tenu bon.

« TROIS ! » s’écria Ogorath en revenant, guilleret, l’air rajeuni de vingt ans.

Scriabine observait le blanchisseur, dubitative, tandis que Kalirr se massait légèrement les tempes avant d'expirer longuement.

Manifestement ravi, Ogorath annonça :

« Voilà comment ça va se passer... »




C'est donc à partir d'ici que vous pourrez décrire le ressenti de vos personnages.
Une fois que vous aurez le sentiment et l'impression que nous avons fait le tour de la question, la suite de la proposition d'Ogorath sera écrite, ce qui nous permettra d'embrayer sur la partie « RP-forum » de l'intrigue.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Emyn Muil le Lun 2 Jan - 21:01

Hé bien, me voici donc déjà de retour aux montagnes des Koalaks ! Je me demandais si je croiserai Pablo et les autres... Enfin, qu'importe. Le but de cette escapade n'était pas de rendre visite à ses anciens compagnons de fortune !

Aussi, une fois tout le monde débarqué au zaap, nous nous dirigeâmes rapidement vers la banque du village, à la suggestion de Sam qui se demandait si les banquiers locaux ne connaissaient pas notre fameux Ogorath.

Alors nous débarquâmes, l'air de rien, dans la petite banque. La déco était pittoresque ! Les locaux ont des goûts quand même étranges. Qui irait mettre le portrait d'une crocodaille rose grimaçante aux murs de son salon ? En tout cas, les canapés étaient confortables. Et fort heureusement, car il nous fallut patienter un bon moment, le temps que Sam confie à Sorag la tâche de discuter avec le banquier, et que ce dernier le fasse. Bon, a priori, on n'en fera pas un disciple du Cœur...

En tout cas, le banquier n'avait pas tort : ils faisaient vraiment beaucoup de bruit ces bûcherons. Bon, on sentait qu'il avait quand même dû beaucoup boire la veille pour aussi peu le supporter, ce cher volatile. A propos, Scriabine me tira de mes pensées pour me demander si je n'avais pas quelque chose pour soulager notre aimable interlocuteur. Alors, bien sûr, je fouillais dans ma sacoche, et je trouvais une petite fiole de Sobritas Maxima que je gardais toujours sur moi. Des fois, je me demande comment je fais pour ranger autant de choses dans ce sac... Enfin, je n'ai pas atteint l'expertise du commun de la gente féminine à ce sujet, aussi puis-je peut-être me sentir rassuré. Ou pas, je ne sais pas trop...

Bref, je donnais donc un peu de cette potion au Hibou. C'est vrai qu'il faisait pitié à voir, il en avait bien besoin ! Cela dit, ça ne nous a guère plus avancé. Tout juste nous proposait-il maintenant d'aller discuter avec les bûcherons pour qu'ils fassent moins de bruit. Bon, pourquoi pas ! Après tout, on n'avait pas réellement de piste sérieuse...

Scriabine s'employa donc à user de ses charmes féminins pour faire parler le gaillard qui découpait du kaliptus à la sortie nord/ouest du village. Ah là là... Autant de dédain me surprendra toujours... Heureusement que Lessa n'a rien vu... tu parles d'un exemple d'éducation, à son âge ! Quoi qu'il en soit, notre homme se montra plutôt coopératif, et nous apprit qu'il existait bien un Ogorath dans les parages. Il nous suggéra d'aller rencontrer un bonhomme qui travaillait pour lui, et qui était à l'extrémité opposée, nord/est donc, du village.

« Bonhomme » convenait pas tellement, en vérité. Il s'agissait d'un immense crocodaille bien doté par la nature qui balançait des ballots dans une brouette. On lui adressa donc la parole (je devinais bien que Scriabine n'était pas insensible à son immense queue qui trainait par terre, derrière lui) et il nous invita à le suivre, sans un mot.

Il nous guida ainsi à travers les marais, qui ne sentaient pas très bon. Je me souvins à cet instant de la potion dont la recette avait été décrite dans le journal de Stanislas Salubritas, et en profitais pour m'en servir. Elle dégageait une bonne odeur, très forte, qui masquait au moins partiellement celle des marais. A la demande de Scriabine, j'en mis quelques gouttes sur le fichu qu'elle portait contre son nez.

Après quelques instants à gambader dans la glaise, nous arrivâmes à une... blanchisserie : « Chez Ogorath ». Ah ! Vivrait-il donc là ? Une blanchisserie dans des marais... Quelle drôle d'idée. Enfin bref, les dieux soient loués, nous avions trouvé notre homme, qui avait installé un curieux atelier sous le sol ! Commença donc une looongue et compliquée discussion dont rapporter les détails serait superflu.

Je pense que nous étions tous satisfaits d'avoir remis la main, sans mauvais jeu de mots, sur Ogorath. Nos recrues et acolytes avaient bien travaillé, ça fait plaisir à voir !
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kalirr le Lun 2 Jan - 23:39

Il retira ses vieilles fripes, les roula en boule et les lança sur le lit. C’était une tenue qu’il appréciait peu mais qu’il portait souvent chez lui pour préserver ses autres vêtements des taches d’encre et de nourriture. C’est donc en sous-vêtement qu’il arriva devant son armoire de laquelle il sortit un pantalon de velours bleu ainsi qu’une chemise et un pourpoint dans les mêmes coloris. Il enfila le tout avec une paire de chaussure élégante pour la vue et confortable pour la marche. Il passa son manteau, bleu lui aussi, et ajusta la position d’un chapeau à plume sur sa tête à l’aide du miroir accroché au mur.

C’est ainsi vêtu que Kalirr rejoignit ses collègues au Lépreux Chauve, la nouvelle et fraîchement nommée, taverne de la Main à Astrub. Il retrouva sur les lieux le cinq, le Roi et la Dame de Cœur accompagnés du nouveau trois et du Roi de Trèfle. C’est donc à six, qu’ils partirent en direction du village des Eleveurs.

Pour retrouver Ogorath, une décision fut prise. Il fallait entrer en contact avec les banquiers et autres « ramasse-kamas » de la région. Kalirr déchanta rapidement lorsqu’il constata que la totalité des « porte-plumes » du coin avaient été aussi rond que leur monnaie et que le retour à la normal s’avérait difficile. Ce qui l’accablât encore plus c’est l’acharnement de ses compères à vouloir les aider à grand renfort d’alchimie et de mots doux. En effet, il ne voyait pas l’intérêt de sauver ses « oiseaux rares » de leur gueule de bois. C’est pourtant du bois que la solution arriva.

Leur avouant son ignorance, un banquier dirigea les apprentis inspecteurs vers des bûcherons trop bruyants à la sortie Ouest du village. Kalirr eu l’occasion d’admirer les compétences de la Dame de Cœur lorsqu’il s’agissait d’user des faiblesses de ses adversaires et à la demande de Sam prit en note les aveux qu’elle arrivait à soutirer avec une incroyable facilité à son interlocuteur – pour ne pas dire à sa victime. Ils furent ainsi orientés vers la sortie Est du hameau.

Ils rencontrèrent donc l’individu qui devait les conduire à Ogorath. Il s’appelait Gustave. Un Crocodaille de naissance et visiblement livreur de métier. A la demande de Scriabine, Kalirr entama la conversation avec l’écailleux personnage. Il se montra tout de suite coopératif et entraîna les membres de la Main à sa suite. Ils traversèrent le marais sans fond, rappelant à Kalirr son tout premier travail pour la Main, c’est-à-dire, de la sculpture sur une boue répugnante avec Arlène au commande et Lessa à la construction.

Ils arrivèrent finalement devant la bâtisse. Et un peu plus tard devant le tant espéré Ogorath qui était enfin à portée de main. Face aux élucubrations de l’individu, tantôt blagueur, tantôt sérieux, souvent flou et rarement juste, Kalirr dû se rendre à l’évidence : il allait être compliqué de négocier avec lui. Aussi laissa-t-il le Roi de son enseigne gérer cette affaire. Ce dernier s’en tirait avec brio, compte tenu des divagations de son adversaire.

Quand le dé fut lancé et que le trois sortit, Kalirr commençait à bouillir de l’intérieur. Il pensait à tous les efforts déployés pour arriver à ce lamentable résultat : un vieil Ecaflip lavant tout le linge de la région.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Sorag-Gloutoburg le Lun 9 Jan - 3:17

Me voila arrivé, au abord du zaap.
C’était la première vois que je voyais autant de membre de la main d'un coup et qui plus est avec trois têtes d'un coup.

À peine arrivée on se dirigea dans la banque au sud du petit village, alors que tout le beau monde entra dans la petite pièce on me demanda d'interroger le hibou qui n'avait guère l'air d'être en forme derrière son comptoir. Bon comme ça venait du roi de trèfle, je ne pouvais qu'accepter, même si l'envie de lui parler n'était pas à son apogée. À peine la discutions entamée, il me pria de parler moins fort, car soit disant il avait fait la fête hier soir. À ses mots je ne pus m'empêcher de m'amuser un peu alors, ni une ni deux, je lui crie dans ses deux belles oreilles. Bon ce n'était pas trop professionnel mais, ça m'a bien amusé de le voir souffrir.

Au final il n'avait pas d'information sur Ogorath, il était juste dérangé par des bûcherons qui travaillaient à proximité de la banque. Une fois arrivés là-bas, j'ai vu pour la première fois la Reine de cœur à l’œuvre il faut dire qu'elle a facilement réussie à avoir les informations voulues. Cela aurait été presque impressionnant, si le bûcheron n'aurait pas été si simple d'esprit. C'est ainsi qu'il nous indiqua la porte Est de la cité où un certain Gustave pourrait nous mener au mystérieux et tant convoité Ogorath. Nous n'eûmes pas trop de mal à le trouver grâce aux indications obtenues plus tôt.

Gustave était un bon gros crocodaille, il faut dire que je ne me serai pas amusé avec lui, comme je l'ai fait avec le banquier, plus tôt. Grâce à Kalirr il accepta de nous guider jusqu'à Ogorath sans trop discutailler.
Alors que certains membres de la main se parfumés pour éviter les odeurs, nous partîmes au travers du long et interminable marécage, qui en plus de ne pas être très agréable pour mes nasaux, a salie mes beaux vêtement achetés la veille. À la fin du périple, on arriva devant un batîment.

Arrivés dans la bâtisse nous descendîmes à la rencontre du Lavandier. À peine eut-il ouvert la bouche, que je ne pus m'empêcher de penser:
C'est ça, le grand Ogorath, un écaflip qui lave des vêtements?! Boh, au pire il pourra peut-être laver les miens.
Une discussion éprouvante débuta entre le roi de trèfle et l'écaflip, jusqu'au moment où notre beau Ogorath lança un dé. Une question me traversa l'esprit : il fait marcher ses affaires avec le hasard?
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Ven 13 Jan - 17:10

• DANS LE BLANC DE L'OEIL •




« Voilà comment ça va se passer... »

Ogorath laissa planer une ombre de suspense. Le félin semblait apprécier les effets de manche. A moins que la chose ne lui soit totalement égale ? Lui seul avait la réponse à cette question. Vraiment ? Bon, mettons qu’il l’avait. Ou pas, hein. Vu l’individu, on pouvait s’attendre à tout et n’importe quoi. Plus n’importe quoi que tout, voire totalement n’importe quoi plus que tout. A part s’il…

« Je disais donc... »

Ah, pardon.

« Voyons, ça ne fait rien. Rien de rien. Non, pour tout vous dire, je ne regrette rien. »

Tant mieux. Où en étions-nous ?

« L'effet de manche, le flottement mystérieux, nous en arrivions à la description de la réaction de mes estimés visiteurs et clients, si je ne m'abuse. »

Exact, merci !
La petite équipe dévisagea le matou m’as-tu-vu qui venait de commencer à discourir avec lui-même, alors qu’il s’apprêtait à leur exposer ses désidératas. Entre deux jets de vapeur et trois gargouillements de siphons engorgés – le fond sonore oscillait entre l’agression auditive et l’attentat à l’ouïe quand il n’était tout bonnement pas supplanté par un viol olfactif ou une moiteur intrusive – le Roi de Trèfle se racla ostensiblement la gorge. Ce qui eut pour effet de faire s’agiter les vibrisses – distinguées, cela va de soi – du buandier émérite :

« Est-ce qu’un client m’a appelé ? s’étonna Ogorath en portant deux griffes rétractiles à son jabot. Avant même que je ne lui en donne la permission ? Le vieux minet fit mine de s’offusquer. Ce n’est pas très réglementaire. Ah, peut-être même l’était-il vraiment. Pas du tout, même ! » finit-il par s’énerver franchement.

Ogorath bomba le torse et se planta face au Trèfle Vert, auquel il ne s’adressa pas, lui préférant l’élégante Dame de Coeur… qu’il dédaigna finalement pour s’intéresser à la petite aveugle du groupe,  la jeune Lessa. Ni tout à fait une enfant, ni tout à fait une femme, celle-ci était restée en retrait du groupe et se balançait doucement d’avant en arrière, le regard perdu dans le vide, bien qu’elle affichait tous les signes d’une personne aux aguets.

« Quand je vous dis de faire quelque chose, déclara-t-il, je le pense généralement. »

La gamine ne sursauta pas outre-mesure et à peine eut-elle relevé le menton en direction de la voix de son hôte que ce dernier se retourna vers les autres membres de la Main du Valet Noir, toisant celui-ci, questionnant celle-là :

« A moins que je ne vous ai pas encore dit quoi faire, soliloquait le godelureau du deuxième âge et demi. »

Il prit une pose nonchalante, en bon dandy qu’il était, et il eut un mouvement de poignet évasif. Ou évocateur. Voire les deux, en fait. C’est la maison qui offrait. Après tout, il fallait en donner pour leur argent aux potentiels clients.

« Dans ce cas, je ne le pense pas encore, s’amusa-t-il avec sérieux. »

Devant les mines consternées, atterrées et interloquées de son public du jour – ou de la nuit : à cette heure indue, une telle précision importait peu, Ogorath soupira d’un air las, roula des globes oculaires, jeta un coup d’oeil doré – et pas d'yeux, puisque l'un d'entre eux avait pris une retraite anticipée – un coup d'oeil des plus fugaces, donc, en direction de son royaume glougloutant et odoriférant  :

« Bon, je suppose que je peux vous refiler une tâche tant que vous êtes là. Sur un ton empli de compassion, il poursuivit. Une petite commission. Le vieux beau gloussa une nouvelle fois : il riait sous cape. Et beaucoup d’amusement ! »

A cette annonce réjouie, Kalirr soupira. Le dépit le disputait au ras-le-bol chez le Sept de Trèfle, mais le professionnalisme prévalait !

« Une tâche ! s’exclama Ogorath. Vous avez compris ? Une tâche, hahahahahahaha ! exulta-t-il, hilare. Gustave, aboya-t-il dans la foulée, je leur ai fait le coup de la tâche ! Sa mine s’assombrit. Où est ce reptile ? Jamais là quand il faut. L’autoproclamé « Prince des draps » maugréa, plus pour lui-même que pour son auditoire. Je le mets là quand il est faux, parfois, marmonna-t-il. »

Le maître blanchisseur s’époumona :

« Ooooooh, qu’est-ce que je donnerais pour me faire un collier de vos entraaaaaailles ! »

Les agents de la Main reculèrent, qui sur la défensive, qui sur le qui-vive. Tout le monde sur le pied de guerre.

« Un tout petit bout de fromage, sur un coulis d’intestin, poursuivit Ogorath sans faire mine de remarquer le manège de son public. Avec trois fois rien de cire du temps, ajouta-t-il, rieeeen qu’un peu... »

Un silence accueillit cette déclaration.

« Vous êtes fous. » balança lucidement un Ogorath aux yeux écarquillés.

Stupeur. Tremblements.
Tout le monde le pensait, mais personne ne l'avait encore dit.

« Vous le saviez, ça ? s’enquit-il, sûr de son fait. Heureusement que je suis là pour rehausser le niveau, enchaîna-t-il paternellement. »

Le félin tendit une patte aux coussinets de velours.

« Chers clients, la Propreté menace d’envahir mon royaume. Il opina gravement du chef, et ses favoris doublèrent l’effet en suivant le mouvement du crâne qui les hébergeait à titre gracieux. Parfaitement. Ogorath leva les yeux au lointain plafond métallique. Vous n’êtes que des hululements. Oui, des hululements, affirma-t-il. J’ai horreur des hululements. Il sauta, une énième fois, d’un sujet à un autre. Mais passons, repassons et trépassez : vous, plus les autres, devriez réaliser que le moment n’est pas des plus opportuns pour une grande « lessive ». Son ton, devenu pressant, se fit inquisiteur. Peut-être vous ai-je surestimés ? 

- Aux faits
, lâcha une Scriabine que le verbiage de son hôte et l’atmosphère surchauffée commençaient à fatiguer. Venez-en aux faits.

- Laissez les fées à leur contes, chère cliente
, se gaussa le matou. La Propreté est à ma porte – notre porte – et vous trouvez nécessaire de vous raconter des histoires… à vous-même. Ogorath tempéra son propos. Un choix intéressant, je ne dis pas le contraire.

- Nous perdons notre temps
, glissa Kalirr. »

Le maître des lieux lui sauta presque dessus à cette seule remarque.

« Le Temps est une chose étrange, cher client ! Ici et Ailleurs ! Le bellâtre hochait frénétiquement la tête. Et, à moins qu’il ne nous ramène en arrière, vous avez toujours une tâche à accomplir.

- Une tâche ? Laquelle ?
s’énerva le Sept de Trèfle. Vous ne nous en avez encore rien dit, trop occupé que vous étiez à vous parler à vous-même !

- Evidemment, puisque vous me coupez tout le temps la parole, par cette fichue Grande Chouette de Howl ! »


Ogorath leva de nouveau les yeux au ciel d’acier, à la manière de ces adultes désemparés qui s’adressent à des enfants capricieux.

« Je me parle à moi-même, vous dites ? Ce n’est pas bon signe. Ou peut-être en est-ce un ? Prince des blanchisseurs, roi des absences, des blancs, de ce genre de choses… Et tout ça. »

Lessa pouffa. Au son de ce rire cristallin, que certaines oreilles auraient pu trouver « innocent », les babines du félidé s’étirèrent plus que de raison, dévoilant une rangée de crocs assez vrais et acérés.

Visiblement réjoui, Ogorath annonça à ses visiteurs, à son linge et au monde tout entier, l’effroyable vérité :

« Mon prédécesseur ne voulait batailler que contre une seule tache – ou se dépatouiller face à une seule tâche, c'est selon. Il souhaitait plus que tout en venir à bout, bien sûr, mais il ne se trouva aucun client pour la lui apporter à nettoyer. »

Sa voix résonnait au milieu de la vaste salle. Les machines qui, jusque-là, faisaient un vacarme effroyable, avaient jugé bon de laisser un blanc pour accentuer l’emphase de la tirade de leur propriétaire. Un prédécesseur ? Une tache ? L’autre Ogorath ? Le précédent maître des lieux ? Tant de questions, si peu de réponses…

Ravi de l’effet produit par ses apparentes élucubrations, Ogorath poursuivit sur le ton de la conversation :

« On pourrait penser – et quand je dis « on », je pense « vous », chers clients – que j’ai voué mon existence à éradiquer la moindre tache sur la toile de jute de ce monde dégoûtant et crasseux. Et que, par conséquent – ou crétin sécant, à votre guise, j’abhorre tout ce qui a trait à la saleté. On… Non, vous ne pourriez avoir plus tort et plus raison à la fois ! Je nettoie, oui, estimés clients. C’est ma profession. Je blanchis, oui, aussi. Et c’est là ma vocation. Mais, pour laver et rendre à tout support son éclat originel, ô clients, il faut qu’il y ait eu salissure, forfait, dégât. Je ne serais rien sans la lie de ce monde et ma vie n’aurait guère de sens dans un univers immaculé. Ogorath se rengorgea. Je suis le Pourfendeur et l’Adorateur de la Tache. Tache originale, mais surtout pas originelle. Sans elle, je n’existe pas. Sans moi, elle n’a guère de sens. Mon adversaire est mon amante, relation duelle, relation cruelle. 

- Et donc… ?
Le relança le petit Roi de Coeur au chapeau pointu.

- Cher client, avec tout le respect qui vous est dû, sachez que si vous n'apprenez pas à tenir votre langue – que j'imagine aussi petite que mignonne, je me trouverai dans l’obligation de vous la faire manger avec un soupçon de persil et deux-trois gémissements ô combien affligeants pour le reste de cette joyeuse assemblée que constituent vos camarades, mes cuves et le linge des environs.

- Non, mais il… »
s’insurgea Sorag le Pandawa, alors que son hôte venait de se pencher et de se rapprocher au-delà des limites qu’imposait la décence du visage – déjà bien marqué par le temps – d’Emyn Muil.

Un regard d’Ogorath suffit à clouer sur place le velu personnage à l’odeur de rhum frelaté.

Assuré que nul ne tenterait quoi que ce soit de regrettable, le lavandier émérite baissa la voix, se faisant conspirateur et enjoignit ses invités à se rapprocher et à former un cercle étroit autour de sa personne on ne peut mieux apprêtée et du petit astrologue de la Main du Valet Noir.

« Il existe un petit village appelé « Trou du coude », souffla-t-il. C’est un charmant endroit, paisible avec ça… Ogorath secoua ses papattes duveteuses avant de poursuivre à regret. Et terne, terne, terne. Il soupira, fermant les yeux pour trouver du réconfort dans le ronronnement régulier de ses « machines à laver ». Vous rendriez la vie de ses habitants bien plus intéressante en leur faisant l’honneur d’une petite visite. Le balafré gloussa. Ils sont superstitieux. Chez eux, tout n’est qu’augure ou présage. Le félin se moquait éhontément. Faites en sorte que l’un d’entre eux – l’un de ces présages... devienne réel. Le blanchisseur se fit plus insinuateur. Trouvez leur chef spirituel et causez-lui de la prophétie de l’Attache-Devin. »

A ces mots, Ogorath rompit le cercle en repoussant ses interlocuteurs le plus proches.

« Vous devrez trouver un moyen pour que les deux premières parties de cette prophétie se réalisent, ordonna-t-il évasivement. Je m’occuperai du reste parce que c’est le plus amusant dans cette histoire, jugea-t-il bon de préciser, goguenard. Maintenant, partez. »

Le maître lavandier descendit les degrés métalliques et s’en retourna à ses bacs à linge et autres cuves à remous chargées de promesses. A l’assemblée, il se contenta de jeter par-dessus son épaule de simples vœux qui accompagneraient ses clients dans leur remontée vers la surface fétide et boueuse des marécages sans fond :

« Et salissez-vous bien ! »





C'est donc à la suite de ces déclarations que les personnes actuellement en présence d'Ogorath pourront réagir. Notez toutefois qu'à partir du moment où au moins l'une d'entre elles aura décidé d'effectuer le voyage jusqu'à Trou-du-Coude, tous les membres de la Main du Valet Noir pourront participer au RP-forum ici-présent.

Donc, jusqu'à ce qu'Emyn, Kalirr, Lessa, Sam, Scriabine ou Sorag ait ouvert la porte vers un nouveau lieu, personne d'autre qu'eux ne pourra s'inviter dans le récit.

A nos six camarades de se mettre d'accord sur les choses qu'ils souhaitent éventuellement réaliser chez Ogorath avant de permettre à la totalité des agents de la Main de passer à l'étape suivante de cette intrigue !
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Message par Scriabine le Mer 18 Jan - 19:13

Les paroles du félin provoquaient un échos assourdissant dans l'esprit de Scriabine, elle détestait ses tournures sans fin et ses sous-entendus incessants.

« Je me permets d'intervenir, Monsieur Ogorath... vos demi-mots et vos double-phrases ne laissent place à aucun élan de clarté dans votre discours. Ce n'est pas ainsi que nous avons pour coutume de traiter, veuillez pardonner notre approche méticuleuse, elle est le fruit de la tradition du Valet Noir. Aussi, avant de faire quoi que ce soit pour votre compte, nous devons nous assurer de votre engagement, et des conditions contractuelles qui nous lieront à l'avenir si un tel contrat devait être conclu. Pour notre part, nous avons d'après Sam environ 20 000 000K d'avoirs à placer en lieu sûr. Êtes-vous en mesure de gérer une telle somme ? À combien s'élèverait votre commission ? Seriez-vous capable de les prélever directement à Astrub, ou devrions-nous nous rendre ici les déposer ? Selon quelles modalités pourrions-nous récupérer ces sommes placées chez vous ? De quelle manière et où comptez-vous placer cet argent ? Vous comprendrez cher Monsieur, que nous sommes en droit d'obtenir ces informations eu égard à la somme très importante que nous vous consacrons. Par ailleurs, et veuillez encore une fois nous en excuser, mais au regard du temps très important qui nous sépare de la dernière relation entre vous et la Main du Valet Noir, nous ne pouvons vous accorder qu'une confiance partielle. Rien ne nous affirme que vous êtes bien la même personne ayant traité avec nous des années auparavant, vous-même ne semblez pas réellement enclin à le prouver. Avant toute quête saugrenue que vous nous proposeriez, comprenez que nous devons clarifier ces points au préalable. »


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Message par Arlène Kwinzel le Mer 18 Jan - 20:17

Ogorath reposa la pièce de tissu humide qu’il avait prélevée dans un baquet, battit d’une oreille, et se retourna vers la petite femme blonde qui venait de l’interpeller.

Le laveur de linge se fit blanchisseur, sourit démesurément et rebroussa chemin avant d’enfiler élégamment les marches qui le séparaient de ses visiteurs.

« Chère cliente
, s’exclama-t-il sur un ton amène ! Bien que je sois foncièrement persuadé que vous devriez être en train de faire votre devoir – celui qui vous lie à moi, la prérogative de passer du temps où bon vous semble demeure bien évidemment la vôtre. »

Scriabine ne goûta guère à la saillie, sa moue parlait pour elle, aussi le vieux beau enchaîna-t-il.

« Que voilà de curieuses questions. Non pas qu’elles soient ineptes, non, loin de là. Très loin, à des lieux – que dis-je – des infinités d’être ineptes ! Il se tapota le museau, d’une griffe joueuse. Comment vous appelait-il, vous appelais-je, vous appelait-on, déjà ? Ah, les doigts du Trèfle, c’est cela ? Non ? Voilà qui est d’autant plus curieux. Mais je l’ai déjà dit et cela commence à nous faire patauger dans la fange du calembour grivois. Non pas que j’aie quoi que ce soit contre la fange, bien au contraire, mais je sens que vous préféreriez des réponses précises, claires, nettes, parlantes, pour ne pas dire concrètes. »

La Dame de Coeur arqua imperceptiblement l’un de ses fins sourcils.

« Oui, quinze millièmes de chaque million déposé, transport à votre charge, sous huitaine à compter de la réception de votre demande, je suis au regret de ne pouvoir vous communiquer ces informations, énuméra le greffier d’une seule traite. »

De son œil valide, il fixa, tour à tour, les membres de l’assistance puis reporta son attention sur son interlocutrice à la comptabilité facile.

« Vous comprendrez, chère cliente, railla-t-il en adoptant la posture de Scriabine, que je suis en droit de sceller quelques-unes de ces informations si chères à votre coeur, eu égard aux accords passés avec mes autres clients. La confidentialité des uns vaut pour celle des autres, selon la formule consacrée. Une sacrée c… Mais je m’égare, amateur de triage que je suis ! »

Le minet fit mine de s’offusquer :

« Néanmoins, que vous qualifiez de « quête saugrenue » le menu service que je vous demande de me rendre en guise de preuve de votre bonne volonté et de votre efficacité – je suis en droit de choisir mes clients, comme vous êtes en droit de choisir vos partenaires – me touche profondément. Disons-le carrément, cette appellation me fait froncer les sourcils. Joignant le geste à la parole, le félin s'appesantit sur le sujet. Regardez, vous voyez ? Je fronce les sourcils ! »

Il porta la patte à ce qui aurait pu être l’emplacement de son coeur, sous son pourpoint pourpre aux fils d'argent.

« Des preuves ? De mon identité ? Allons bon, ne serais-je pas en droit de vous en demander, de mon côté ? Je ne l'ai pas fait, mais pourrais y songer, si le besoin s'en faisait sentir. Si vous êtes venus à moi, malgré le soin mis à estomper mes traces, c’est que vous n’avez pas trouvé meilleur que moi. Et, si vous avez été en mesure de me retrouver, c’est que vous êtes possiblement, probablement, voire potentiellement aptes à être ceux que vous prétendez incarner, ô délicieux clients aux relents fromagers. »

Le mirliflore ronronna.

« Tout n’est que faux-fuyants, en ce bas-monde. Même lors d’une association de malfaiteurs. Heureusement, nous sommes entre gens de bonne compagnie et une telle étiquette ne saurait nous être accolée, n’est-ce pas ? »

Un instant de flottement fit office de réponse.

« Vous fallait-il autre chose, estimés clients ? Peut-être une petite tape sur vos mignons petits derrières crottés ? Un lavage à sec de vos tenues ? Du linge de rechange, propre sans avoir à le laver en famille, en prévision de votre traversée des marais alentours ? Profitez-en, vous êtes au bon endroit ! »
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Scriabine le Mer 18 Jan - 20:37

Malgré l'attitude toujours aussi erratique d'Ogorath, sa réponse semblait avoir apporté un brin de satisfaction sur le faciès de Scriabine.

« Il aurait été fâcheux que vous nous révéliez vos "emplacements" aussi gratuitement, et cela me rassure que vous ayez à cœur la confidentialité de vos affaires. Nos affaires prochainement, qui sait. Je laisse les experts du trèfle juger du prix de cette opération, et des conditions que vous nous proposez, nous en rediscuterons probablement... plus tard. »

Après un court silence, se rendant compte que ses comparses étaient restés de marbre, Scriabine ponctua :

« Eh bien, il semblerait que nous soyons prêts à partir... quelqu'un connait l'emplacement du lieu-dit en question ? »


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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Emyn Muil le Mer 18 Jan - 22:23

Emyn Muil avait écouté la conversation avec un intérêt distant. Chercher à comprendre le sens exact de chaque intervention d'Ogorath était pénible, aussi s'était-il contenté d'en saisir la simple substance. Enfin, les choses commençaient à s'éclaircir, visiblement. La question de Scriabine ramena le sujet à des préoccupations plus concrètes, qui tirèrent Emyn de ses pensées.

« Le Trou-du-Coude, c'est ça ? il se grattait la tête, sous son grand chapeau. Ça me dit quelque chose, oui. Je suis déjà passé dans les environs, il y a fort longtemps. C'est quelque part en Amakna, dans un coin assez isolé, à l'ouest. Le zaap le plus proche en est à quelques jours de marche, et il n'y a pas de grande route qui passe dans les environs. On devrait s'y rendre sans grande peine, ça nécessitera seulement un peu de temps et d'organisation. »
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Mar 24 Jan - 22:04

• BLANCS COMME NEIGE •



Un nombre certain de représentants de la Main du Valet Noir s’aventura dans une contrée reculée du Monde des Douze.

Les Doigts – puisque c’est ainsi qu’il convient de les nommer – quittèrent rapidement les principales voies de communication pour emprunter des axes secondaires, quasi-tertiaires, qui se transformèrent bientôt en sentiers minables, voire en sentes aussi discrètes qu’effacées.

Le relief ondoyait autour du petit groupe, du moins telle était l’impression qu’il donnait, à force d’ascensions et de descentes de collines à la végétation clairsemée. Les rares étendues plates étaient labourées. Les surfaces pentues aussi, d’ailleurs.

Les courbes de la non-plaine morne défilaient donc au gré de l’avancée des agents de la Main.
Ces derniers échangeaient irrégulièrement quelques rares paroles, histoire de briser le silence relatif des alentours. Fallait-il parler de calme ou bien d’ennui ? Les deux termes auraient pu convenir aux environs, régulièrement balayés par une brise qui donnait l’impression de ne faire son travail qu'à moitié.

Toujours est-il que, même au milieu de nulle part – ce qui semblait manifestement être le cas – on finit par trouver quelque chose. Pas toujours ce que l’on cherche, mais, cette fois-ci, ce fut néanmoins le cas.

Du haut d’une énième « sommité », le petit groupe embrassa, une fois de plus, l’étendue du regard.
Au lieu des champs dédiés à la culture du navet qui avaient rythmé leur périple, les Doigts eurent la surprise  - et le soulagement, il faut bien le dire -  d’apercevoir, entre trois collines, quelques toits aux cheminées fumantes.

Moins d’une heure de marche leur suffit à gagner les premières habitations parmi la grosse douzaine – ou petite quinzaine selon l’appréciation de chacun – que comportait le hameau.  Sur le chemin, les uns purent apercevoir ce que les autres étaient trop fatigués pour distinguer : quelques silhouettes courbées occupées à extraire, de sillons lointains, l’une des légumineuses les plus fades de la Création. Aussi fade que l’existence des locaux.

Les cultivateurs de navets vivaient à l’intérieur de chiches chaumières disposées erratiquement autour d’une bâtisse un tantinet plus imposante que ses homologues. Pas de grand-chose, ceci dit. Et sans signes distinctifs ou autres fioritures architecturales. Elle était juste un poil plus grande. Pas de grand-chose, hein. Juste... Un peu. Cette impression était due à l'espèce d'arrière-salle que le bâtiment comportait.

Cette information fut cependant occultée par une découverte cruciale et dramatique : aucun débit de boisson ne pointa sa chope ou sa devanture à l’horizon, au grand dam de certains agents du Valet Noir.

A première vue, les alentours étaient déserts, mais la journée touchait presque à sa fin et, l’astre solaire ayant décidé d’aller se coucher, une cohorte d’individus déferla le long de ce qui tenait lieu de « grand-route ».

Les apparitions avaient toutes la même allure.
Outre le fait que chacune d’entre elles avait les traits tirés, il n’en était pas une – jeune comme vieille – qui n’abordait pas un air aussi las que… vide. Disons « dénué d’émotion », pour pousser plus loin la description.
D’ailleurs, en parlant de description, un observateur peu attentif, myope et ivre aurait tiqué rien qu’à la dégaine des arrivants. Tous, sans exception, arboraient la même tenue : simple – comprenez « sans prétention aucune », un minimum pratique dans les travaux des champs, mais, surtout, immaculée. Pas une trace de terre, pas la moindre once de saleté. Balèzes, les gus. Pas salissante pour un sou, la culture du navet !

Dans le coin, du moins...

Les locaux – car il s’agissait des habitants du cru – filaient donc noyer la fatigue accumulée au cours de leur journée – ô combien excitante – au fond d’une onde trouble et mouvante : le sommeil. Il leur faudrait cependant passer devant la poignée de visiteurs
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Message par Emyn Muil le Mar 24 Jan - 23:29

« Le Trou-du-Coude. » Au fur et à mesure que la petite troupe approchait du lieu-dit, la mémoire d'Emyn Muil s'éclaircissait. Pour sûr, il était déjà passé dans les environs, il y a bien longtemps : ces paysages sobres, marronâtres et vallonnés lui disaient bien quelque chose ! Certes, les lieux n'étaient pas riches, et ses habitants ne bénéficiaient pas au mieux de la fortune des dieux, mais le Xélor ne trouvait pas le coin déplaisant. L'endroit avait un certain charme.

La journée tirait vers sa fin. Les paysans commençaient à rentrer vers leurs masures. La propreté de leurs vêtements était curieuse. Ogorath avait-il un confrère ici ? En tout cas, comme quelques braves gens passaient sur le chemin de la troupe, Emyn Muil la fit s'arrêter, et interpella les paysans :

« Bien le bonjour bonnes gens ! Excusez-nous de vous déranger, mais nous cherchons un village, « le Trou-du-Coude ». Est-ce bien par ici ? »


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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Mer 25 Jan - 15:10

Il fallut que le petit Roi de Coeur répète sa question à plusieurs reprises pour qu’un des composants du flot d’arracheurs de navets daigne s’intéresser à lui.

Emyn, petit caillou fendant la marée humaine et légumisée, essuya donc l’inintérêt des locaux – hommes, femmes et enfants – jusqu’à ce qu’un Taure de bonne taille remarque sa présence. Il faut dire que la tenue vestimentaire de l’adepte de Xélor avait le don d’attirer l’oeil sur ce fond mouvant de tenues uniformes et ternes.

Le mastodonte jeta un regard bovin à l’astrologue de la Main, l’invitant à reposer une énième fois sa question.

« Bien le bonjour ! Excusez-nous de vous déranger, mais nous cherchons un village. Le « Trou-du-Coude », c’est bien par ici ? »

Question à laquelle la bête à cornes répondit d’une voix lasse dans laquelle le meuglement le disputait à la fatigue :

« Mmmmoui... Mmmmous y... êtes. Sui...vez-mmmmnous. »


D’un mouvement de cornes engageant, le Taure fit signe à Emyn Muil et ses comparses de leur emboîter le pas, à lui et ses semblables.

« Vous… avez mmmmesoin de quelque chose ? » s’enquit-il en regardant distraitement Kirosane et Sorag, alors que l’assemblée dépassait les deux premières chaumières.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kirosane le Mer 25 Jan - 21:17

Kirosane suivait le groupe, un peu à la traîne, sa raknaille juchée sur son épaule. Sa démarche laissait transparaître un brin d'angoisse dû à la présence d’une quantité non négligeable d’êtres humains dans un espace beaucoup trop restreint autour d’elle, et sa tête restait désespérément enfoncée dans son large couvre-chef.

Bien qu’impressionnée par la carrure du bovidé qu’ils suivaient, elle ne pouvait s’empêcher d’arborer un large sourire à chacune des prises de parole du Taure à l'accent fort, sourire vite réprimé par une nouvelle vague de malaise.

« Vous… avez mmmmesoin de quelque chose ? »

A ces mots, la jeune Sacrieur rejoignit l’avant du groupe pour se placer au niveau du cornu. Elle avait besoin de distraction, et l’animal venait de lui fournir une occasion de s’amuser. Espérant pouvoir profiter au maximum de l’accent de son interlocuteur, la blonde impulsive enchaîna sans prendre le temps de respirer:

« Mmmmmous… euh, vous auriez un peu d’eau ? Et puis, où est-ce qu’on va ? Pourquoi on vous suit ? Vous vous appelez comment ? Il faut qu’on parle à votre chef spirituel, un truc comme ça… Vous passez votre journée dans les champs ? Ce n’est pas trop dur ? Vous avez l’air grand, vous buvez beaucoup de lait ? C’est vous qui tirez la charrue ? Vous passez la journée dans la terre ? Comment vous faites pour être toujours propre ? Vous aimez bien le navet ? Il se passe des choses ici, à part le travail quotidien ? Vous ne buvez que de l'eau?»
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Mer 25 Jan - 22:06

« Mmmmou... Hic ! »

Error 404 - Taure not found.

Le colosse suspendit son élan lorsqu'il lui fallut emmagasiner la rafale d'interrogations de la blonde couturée de cicatrices. C'en était trop pour lui.
Non pas que les Taures soient moins bien dotés cérébralement que le commun des mortels, non, loin de là. Enfin, pas siiiiii loin que ça. Disons carrément qu'on n'était pas si éloigné de cette idée, voire plus que proche, en fin de compte : c'est que ça prend de la place, ces fichues cornes.

Non, vraiment non, la taille de l'encéphale du bovidé humanoïde n'avait rien à voir avec sa réaction – ou son absence de réaction : il n'avait tout simplement pas l'habitude de subir un feu aussi nourri de questions.

Il battit des paupières. Plusieurs fois.
Comme si cette simple tâche lui permettait de reprendre pied – ou sabot, dans le cas présent – dans la réalité qui était la sienne. Les champs de navets étaient derrière lui, il se trouvait presque dans son logis, sa journée de dur labeur était achevée, l'air avait toujours la même consistance, la même odeur de rien, les cheminées n'allaient pas tarder à se mettre à fumer vigoureusement, le vent du soir s'était levé et venait caresser son échine... Mmmmoui, il y avait des prises familières auxquelles se raccrocher dans cette dégringolade subite dont il venait d'être victime.

« Le... chef, hein ? Suivez-mmmmmoi, que je vous ammmmmène à lui. »

Hé, devinez quoi ?

Est-ce que, dans l'optique où il ne crécherait pas dans une étable, le mastoc allait guider ses assaillants mentaux vers sa chiche demeure ? Bien sûr que non ! C'est droit vers la plus grosse bâtisse du hameau qu'il les dirigea.

Rendu devant l'huis, après avoir jeté un coup d'oeil craintif à son escorte du soir, le Taure arma un poing qui aurait fait pâlir de jalousie bon nombre de battoirs et toqua timidement contre une porte de chêne massif.

Les agents de la Main avaient-ils déjà préparé cette éventuelle rencontre ou bien s'étaient-ils concertés sur le chemin, alors que leur accompagnateur reprenait ses esprits ?
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Scriabine le Ven 27 Jan - 20:00

Le Taure inspirait chez Scriabine un profond dégoût, il cumulait les caractéristiques répulsives. Aussi bien son apparence que son statut, ce n'était ni fait ni à faire. Elle n'avait aucunement envie de s'abaisser à adresser la parole à un tel individu qui baignait dans une sorte de patois bovin inaudible. Heureusement que Kirosane se dévoua pour résumer les raisons de la présence de la Main, quoi qu'avec beaucoup de zèle.

Le résultat y était : on nous emmenait voir le chef spirituel.

Scriabine avait en effet mémorisé à quelques mots près, la quête énoncée par Ogorath :

Ogorath a écrit:« Il existe un petit village appelé « Trou du coude ». Vous rendriez la vie de ses habitants bien plus intéressante en leur faisant l’honneur d’une petite visite. Trouvez leur chef spirituel et causez-lui de la prophétie de l’Attache-Devin. »
« Vous devrez trouver un moyen pour que les deux premières parties de cette prophétie se réalisent. Je m’occuperai du reste parce que c’est le plus amusant dans cette histoire. »

« S'il nous faut faire bonne impression sur ce gourou, peut-être serait-il de bon ton de s'informer au préalable sur cette fameuse prophétie... Les habitants du coin sont censés être courant. »

Scriabine venait de penser à voix haute, et avait attiré l'attention de ses pairs. Se rendant compte de la publicité de ses pensées, elle interrogea ses confrères et consœurs de manière plus directe :

« L'un d'entre vous pourrait-il aller récupérer des informations concernant cette fameuse prophétie auprès des habitants tandis que nous suivons ce... cet animal ? Pensez à rester évasif pour ne pas révéler nos intentions. Vous nous rejoindrez plus tard, nous... temporiserons. »


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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kalirr le Dim 29 Jan - 19:24

Kalirr était resté muet jusqu'à présent. Il s’était contenté de suivre le groupe, maudissant Ogorath pour cette longue et pénible marche. Lorsque les doigts reposaient leurs orteils en se permettant une petite halte, il en profitait pour noter dans son carnet des indications pour retourner au Zaap, dans le cas où il se retrouverait seul et perdu dans cette contrée inconnue.

Arrivé au village, il observa – tout comme ses compagnons – l’important flux d’agriculteurs quittant les champs en direction de leurs logements. Voyant Kirosane à la suite d’un grand Taure, il suivit le mouvement tout en laissant son esprit s’évader vers d’autres idées qui occupaient actuellement ses pensées. Il fut bien vite réveillé par la bruit d’une puissante main cognant une innocente porte ainsi que par la question de la dame de Cœur.

« L'un d'entre vous pourrait-il aller récupérer des informations concernant cette fameuse prophétie auprès des habitants tandis que nous suivons ce... cet animal ? Pensez à rester évasif pour ne pas révéler nos intentions. Vous nous rejoindrez plus tard, nous... temporiserons. »

Kalirr se questionna en lui-même quelques secondes avant de répondre.

« Je vais aller faire un tour et écouter ce que les habitants ont à me révéler. Je reviens dès que possible. »

Sur ces paroles, il partit en direction d’un des foyers du hameau. S’éloignant un peu de ses compères, il arriva devant l'entrée d’une bâtisse située sur la périphérie à l’Ouest du village. Il frappa à la porte et attendit quelques secondes. Personne. Il frappa à nouveau, jusqu’à ce qu’un autochtone vienne enfin lui ouvrir.

« Bonjour. Je suis un voyageur fatigué par une longue marche et j’apprécierai pouvoir me reposer quelques instants avant de reprendre ma route. Puis-je me permettre d’entrer un instant ? »

Un large sourire apparût sur le visage du sept de Trèfle qui essayait autant qu'il le pouvait d'inspirer la confiance de l'individu face à lui.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Dim 29 Jan - 20:18

« ...Puis-je me permettre d’entrer un instant ? »

A cette question, la femme entre deux âges qui avait ouvert sa porte ne sut pas quoi répondre.

Elle plissa les yeux pour mieux se concentrer sur celui qui lui faisait face : l'homme présentait bien, avait l'air affable, pas du genre à faire des histoires. Mais la maison – la chaumière – était petite, et puis il fallait informer le hameau de l'arrivée d'un visiteur.

La tête de l'occupante des lieux, aux cheveux tirés en un chignon poivre et sel, oscilla de droit à gauche. Puis de gauche à droite. Avant d'ouvrir une bouche aux lèvres gercées d'où s'échappa une explication :

« Mon bon monsieur... »

Mais la femme se ravisa. Avait-elle fondu devant l'apparence engageante de l'homme au chapeau à plume ? Avait-elle sciemment décidé de baisser sa garde ? Savait-elle, elle-même, pourquoi elle allait à l'encontre de tous ses principes ?

« Entrez, dit-elle. Entrez donc. Elle désigna les chausses crottées de son interlocuteur. Et essuyez bien vos pieds. »

L'habitante tint la porte à Kalirr, le temps que celui-ci se débarrasse de la crasse du voyage, et referma l'huis derrière lui le plus vite possible : il ne s'agissait pas de laisser sortir la chaleur qui émanait d'une cheminée aux dimensions modestes.

Le sol était recouvert d'un plancher de résineux poncé au sable et le centre de la pièce unique était occupé par une table autour de laquelle trois enfants et un vieillard épluchaient une jatte de petits navets. Dans le fond de l'habitation s'entassaient un coffre et un lit, surplombés par une mezzanine.

La femme invita le Sept de Trèfle à gagner la table et lui servit un gobelet de terre cuite à peine ébréché qui contenait une eau fraîche.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Sam Killeen le Dim 29 Jan - 21:21

Ogorath n'avais pas le don d'être très clair mais avait celui de refiler un affreux mal de crâne au Roi de Trèfle. Impossible à éradiquer, cette saleté était tenace. Il suivait donc le groupe en silence en queue de peloton tout en se tenant la tête pour tenter de limiter l'agrandissement de cette dernière. Ça serait dommage que sa boîte crânienne explose pour une histoire de kamas.

Malgré son mal de tête atroce, le jardinier tentait de suivre les conversations de ses plantes. Arrivé au village, l'agitation des environs lui donna trop d'informations à emmagasiner. Il décida de s'assoir contre le mur de l'une des petites maisons du village afin de retrouver ses esprits. Il saura retrouver son chemin lorsqu'il le faudra. La douleur le submergea, ses yeux se ferma et il se laissa partir dans un sommeil profond, assis dans la vase.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Kalirr le Dim 29 Jan - 22:48

Pour une fois, son mensonge avait une solide base de vérité. Il était, en effet, en voyage et était effectivement fatigué. Il s’assit et attrapa le verre d’eau qu’on lui offrait. Il but quelques gorgées et observa les éplucheurs de navets, avant de réorienter son regard vers la femme qui lui avait ouvert la porte. Il réajusta la position de son chapeau et reprit son plus beau – et hypocrite – sourire.

« J’apprécie votre généreuse hospitalité, chère madame. C’est rare de trouver des personnes aussi spontanées quand il s’agit d’aider ceux qui en ont besoin. »

La flatterie, c’était fait. Il lui fallait maintenant trouver un moyen de récupérer des informations.

« Voyez-vous, je travaille actuellement à l’écriture d’un livre sur… les navets. Voilà pourquoi je parcours la région. Peut-être pourriez-vous mettre à profit votre extrême sympathie avant que je ne vous quitte. J'aurai bien aimé savoir pourquoi la culture du navet est rependue par ici ? Et qui est votre chef exactement ? Savez-vous quelque chose de la prophétie de l’Attache-Devin ? Vous mangez des navets tous les jours ? »

Son explication était plus que bancale, il le savait. C’est pourquoi, il avait noyé la question importante sous quelques autres plus innocentes. Il se demandait tout de même si de telles interrogations trouveraient des réponses mais ne laissait rien transparaître au dehors, gardant son sérieux et son sourire.
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Re: [Quête mineure] Cousu de fil blanc

Message par Arlène Kwinzel le Lun 30 Jan - 21:10

« Un livre sur les navets ? » répéta son hôte, comme pour mieux s’imprégner de l’information.

Elle disposa quelques couverts sur la table et revint à son interlocuteur, que dévoraient des yeux les trois gamins.

« Des navets, on ne produit que ça, par ici. Quant à vous dire pourquoi… Disons qu’il faut bien en cultiver quelque part. La femme haussa les épaules. Nous échangeons une grande partie de notre production contre d’autres denrées, au bourg. »

Le vieillard éternua bruyamment sur ses épluchures, sa bru sourit légèrement.

« Ce… livre que vous écrivez, il parle de navets ou de prophéties ? Je n’ai pas bien compris. Mais dites-vous bien qu'on ne plaisante pas avec ces choses-là, surtout par chez nous. »

Les trois gosses souriaient béatement au visiteur.

« Vous devriez poser vos questions à notre Guide. Vous le trouverez dans la grande maison, à cette heure-ci. »

Sur cette déclaration, l’hôte de Kalirr s’affaira sur un navet et, voyant que l’agent de la Main ne bronchait pas, proposa poliment :

« Voulez-vous boire un autre verre d’eau ? »
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